00:00Bienvenue. Aujourd'hui, on plonge dans le parcours assez complexe de Benito Mussolini.
00:06Une figure centrale du XXe siècle, c'est certain.
00:09Oui, incontournable et très controversé.
00:12On va s'appuyer sur un rapport assez détaillé.
00:15Benito Mussolini, l'ascension et la chute du fascisme.
00:18L'objectif, c'est de décrypter un peu ce cheminement.
00:21Comment cet agitateur socialiste au départ devient le dictateur fasciste de l'Italie ?
00:26C'est ça, la grande question.
00:27Comment il prend le pouvoir ? C'était quoi les caractéristiques de son régime ?
00:31Et qu'est-ce que son histoire nous apprend ?
00:33Bon, on y va. On décortique ça ensemble ?
00:35Allons-y.
00:36Alors pour commencer, les débuts.
00:39Né en 1883, son père, Forgeron, socialiste.
00:43Et il l'appelle Benito d'après Benito Juarez, un révolutionnaire mexicain de gauche.
00:48C'est pas anodin.
00:49Ah oui, quand même.
00:50Une jeunesse marquée par l'indiscipline apparemment.
00:53Renvoyé d'école, des incidents violents.
00:55Oui, mais paradoxalement, il réussit plutôt bien ses études.
00:58Et déjà très tôt, il parle de violence politique.
01:01C'est noté dans le rapport.
01:02Tout à fait.
01:03Dès 1901, il se dit socialiste révolutionnaire, disciple de Marx.
01:09Il devient journaliste, assez influent d'ailleurs pour le parti socialiste italien, le PSI.
01:13Il édite Avanti, c'est ça ?
01:15Oui, et il lance même son propre journal, la lotta di classe, la lutte des classes.
01:19Très clair.
01:20Donc un militantisme affirmé.
01:22Ah oui, il est arrêté plusieurs fois pour ses activités syndicales, ses appels à la grève, à la violence aussi.
01:27Un vrai agitateur.
01:29Mais alors comment on passe de ça, de ce socialisme virulent au fascisme, le grand écart idéologique ?
01:37Le tournant décisif, c'est la Première Guerre mondiale, clairement.
01:41D'accord.
01:42Au départ, il est pacifiste, comme le PSI.
01:45Mais en 1914, changement radical.
01:47Il se met à prôner l'entrée en guerre de l'Italie.
01:50Ce qu'il met en porte-à-faux avec son parti.
01:52Exactement.
01:53Sa cause, son expulsion du PSI.
01:55Et là, il bascule.
01:56Vers un nationalisme, mais alors intense.
01:59Il parle d'une lutte nationale.
02:01Qui transcende les lignes de classe, c'est sa formule.
02:04En 1918, il va jusqu'à appeler à l'émergence d'un dictateur impitoyable, dit-il.
02:09Ça suggère quand même un certain pragmatisme, non ?
02:12Ou une forme d'opportunisme ?
02:13On peut le voir comme ça.
02:14Une quête de pouvoir, de changement radical.
02:17L'idéologie semble être un outil, finalement.
02:19Alors que l'appel à la révolution et la violence, ça, ça reste.
02:22Ça, c'est la constante.
02:23Et c'est dans ce contexte qu'il fonde les fachis italiennes dits combattiments, en 1919 ?
02:28Oui, les faisaux italiens de combat.
02:30L'Italie, à ce moment-là, c'est un terrain fertile, j'imagine.
02:34Sortie de guerre, difficile.
02:35Ah oui, complètement.
02:36Évidemment, instabilité économique énorme, inflation, chômage.
02:40Et puis une grande désillusion nationale.
02:42Et les troubles sociaux, le bienio-rosso ?
02:45Oui, ces deux années de grève intense, d'occupation d'usines.
02:49Et surtout, la peur.
02:51La peur d'une révolution communiste chez les élites, les industriels, les grands propriétaires terriens.
02:56Et c'est cette peur qui va jouer un rôle majeur dans la marche sur Rome.
03:00Octobre 1922.
03:01C'est absolument crucial pour comprendre.
03:03Parce que cette marche sur Rome, ce n'était pas une conquête militaire.
03:06C'était avant tout un coup de bluff politique.
03:09Un coup de bluff ?
03:10Oui.
03:11Ces milices, les chemises noires, terrorisaient déjà pas mal le pays, surtout dans le nord.
03:16Face à la menace de cette marche sur la capitale, le roi Victor Emmanuel III, eh bien il a peur.
03:22Peur de la guerre civile ?
03:23Peur de la guerre civile et il est sans doute influencé par ses élites industrielles et agraires qui voient Mussolini comme un rempart contre le socialisme, contre le désordre.
03:33Et donc il ne déclare pas la loi martiale ?
03:35Non. Au contraire, il refuse de signer le décret préparé par son gouvernement et il l'invite, Mussolini, à former un gouvernement.
03:42Incroyable. Il devient premier ministre légalement, sans combat majeur.
03:47Tout à fait légalement. L'intimidation a suffi.
03:49Une fois au pouvoir, comment est-ce qu'il démontait la démocratie ?
03:53Ça ne se fait pas en un jour, j'imagine.
03:55Non, c'est progressif, mais très déterminé.
03:59D'abord, il y a la loi Acerbo, en 1923.
04:02Une loi électorale, en gros, qui garantit une majorité écrasante de sièges aux partis arrivés en tête.
04:08Taillé sur meuvure pour les fascistes, donc.
04:10Évidemment.
04:11Ensuite, un événement clé, l'assassinat du député socialiste Giacomo Matteotti, en 1924.
04:17Un opposant très critique.
04:19Ça a provoqué une crise.
04:21Une énorme crise politique.
04:23Beaucoup sont choqués.
04:25Mais Mussolini, lui, il réagit en doublant la mise.
04:30Le 3 janvier 1925, il fait un discours célèbre où il assume, en quelque sorte, la responsabilité politique et morale.
04:37Et il revendique ouvertement la dictature.
04:39Le point de mon retour.
04:40Exactement.
04:41Et entre 1925 et 1927, il met en place les instruments de cette dictature.
04:47Interdiction des autres partis, fin de la liberté de la presse, création de l'Ovra, la police politique secrète.
04:53La peur s'installe.
04:54Oui, un climat de peur.
04:56Et les caractéristiques de ce régime fasciste, si on devait résumer ?
04:58Bon, d'abord, un État totalitaire.
05:00L'État prime sur tout, sur l'individu.
05:03Ensuite, un nationalisme, mais alors extrême.
05:06Avec ce rêve un peu fou de recréer un empire romain.
05:10Une troisième Rome.
05:11Le militarisme aussi, très présent.
05:13Ah oui, glorifié.
05:14La guerre seule, disait-il, porte au maximum de tensions toutes les énergies humaines.
05:20Économiquement, il y a le corporatisme.
05:21C'est-à-dire ?
05:22Présenté comme une troisième voie pour harmoniser les classes, patrons et ouvriers, sous l'égide de l'État.
05:28Mais le rapport le décrit comme une fraude élaborée.
05:31Qui favorise et qui, alors ?
05:33Surtout les grandes entreprises, en fait.
05:35Sous contrôle étatique, oui, mais ça s'apparente à un capitalisme d'État.
05:38Et bien sûr, le culte de la personnalité.
05:41Le douce, omniprésent.
05:43Et la question de l'antisémitisme, différent de l'Allemagne nazie au début ?
05:48Oui, initialement, le fascisme italien n'est pas fondé sur l'antisémitisme racial comme le nazisme.
05:54Mais ça change.
05:55Après l'alliance avec Hitler et surtout après la guerre d'Éthiopie.
05:58Une conquête très brutale d'ailleurs.
06:00Extrêmement brutale.
06:021935-36 avec usage d'armes chimiques.
06:05C'est suite à ça, et dans le cadre du rapprochement avec l'Allemagne, que le régime adopte des lois raciales en 1938.
06:12Ce qui nous amène logiquement à la Seconde Guerre mondiale.
06:15Et à sa chute ?
06:15Oui, l'entrée en guerre en 1940 aux côtés de l'Allemagne.
06:18Ce fut un désastre militaire quasi complet pour l'Italie.
06:21En Grèce, en Afrique du Nord.
06:22En Russie aussi.
06:24Les défaites s'accumulent, ça érode son soutien, même au sein du parti fasciste.
06:28Le débarquement allié en Sicile en juillet 1943, c'est le coup de grâce.
06:33Et là, son propre camp le lâche.
06:34Oui, le grand conseil du fascisme vote sa défiance.
06:37Et le roi, cette fois, le fait arrêter immédiatement.
06:40Mais il est libéré par les Allemands.
06:42Oui, par un commando allemand spectaculaire.
06:44Hitler le place alors à la tête de la République de Salaud.
06:47Un état fantoche dans le nord de l'Italie.
06:49Totalement.
06:50Un régime sous occupation et contre l'Allemand.
06:52Mais ça ne dure pas.
06:53En avril 1945, alors que tout s'effondre, il tente de fuir en Suisse.
06:58Et il est capturé.
06:59Capturé et exécuté par des partisans communistes.
07:02Avec sa maîtresse, Clara Pettacci.
07:04Quelle fin.
07:05Et l'héritage de tout ça ?
07:07Il est complexe et lourd.
07:10Mussolini reste le fondateur du fascisme.
07:12Il a inspiré Hitler d'autres dictatures.
07:15Son usage du culte de la personnalité, de la propagande, ça servit de modèle.
07:19Et l'Italie après la guerre ?
07:21L'Italie a eu du mal à solder se passer.
07:23Le rapport parle de purges qui ont été superficielles.
07:27Ce qui a permis une continuité considérable du personnel administratif, judiciaire et même de certaines lois de l'époque fasciste dans le nouvel État démocratique.
07:35Une sorte de pacte de l'oubli ?
07:37C'est l'expression utilisée, oui.
07:39Un pacte qui a laissé des traces durables.
07:41Finalement, ce qui reste peut-être comme leçon, c'est cette vulnérabilité des démocraties.
07:46Quand l'instabilité, la crise économique, la peur s'installe.
07:49Oui, comment ces crises peuvent être exploitées par des figures autoritaires ?
07:53Et le rôle ambigu, parfois, des institutions établies, des élites, qui peuvent soit résister, soit, comme on l'a vu ici, faciliter une prise de pouvoir qui va les détruire.
08:02Tout à fait.
08:03Ça pose des questions fondamentales sur la solidité des garde-fous démocratiques.
08:08Absolument.
08:08De quoi continuer à réfléchir.
08:11Sous-titrage FR ?
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