00:00Et avec nous en plateau, David Rodriguez, bonjour, merci d'être avec nous, responsable juridique à l'association de consommateurs CLCV.
00:06On sera aussi avec Sylvain Grattalou, président de l'Union Nationale des Propriétaires Immobiliers,
00:10et puis Marie Coeur de Roy, journaliste spécialiste de l'immobilier sur BFM Business.
00:14Parce que des centaines de milliers de logements vont sortir de la catégorie passoire énergétique à partir de l'an prochain,
00:21car les critères de calcul du DPE vont de nouveau être modifiés.
00:25Décision de Matignon pour être plus favorable aux logements équipés de chauffage électrique.
00:29On va voir tout ça parce que c'est assez technique, Marie.
00:31Déjà, le DPE, qu'est-ce que c'est concrètement ?
00:34Alors, le diagnostic énergétique, le diagnostic de performance énergétique, c'est ce qui fixe une note de performance énergétique à votre logement.
00:41Je ne vais pas vous chanter A, B, C, D, E, F, G, mais c'est à peu près l'idée.
00:44Vous êtes A, vous êtes super logement, vous êtes G, vous êtes passoire thermique, même chose si vous êtes F, c'est les pires notes.
00:50Et pour établir ce diagnostic de performance énergétique, on va prendre en compte tout un tas de critères,
00:55et notamment si vous vous chauffez à l'électrique, ou au gaz, ou au fuel.
00:58Et aujourd'hui, à date, vous êtes chauffé avec des énergies fossiles, vous êtes plus favorisé,
01:03vous obtiendrez une meilleure note que si vous êtes chauffé à l'électrique.
01:06C'est une aberration que dénoncent depuis des années les diagnostiqueurs eux-mêmes,
01:10et qui disent qu'il va falloir sous-pondérer, finalement, pour qu'on ait une meilleure note grâce à l'énergie électrique.
01:17Donc du coup, 850 000 logements...
01:18C'est ce que dit Matignon, oui.
01:19Ce n'est pas forcément le chiffre ?
01:20Non, en fait...
01:21Ils vont sortir de la catégorie passoires énergétiques.
01:23Ça, c'est faux.
01:23Ce n'est pas 850 000 logements qui vont sortir de cette catégorie passoires,
01:26puisque, comme je vous l'ai dit, F et G, ce sont des passoires thermiques.
01:29En réalité, vous avez la moitié qui vont être...
01:31Ils seront un peu moins passoires.
01:32Voilà, exactement.
01:33Bon, comment réagissez-vous à cette mesure, David Rodriguez ?
01:36Plutôt mal, parce qu'effectivement, le DPE, on parle de mix énergétique.
01:39On oublie également que le DPE, ça prend en compte les émissions de gaz à effet de serre.
01:43Et que si vous êtes chauffé avec des énergies fossiles, vous avez été également pénalisé sur ce point.
01:47Donc, ce n'est pas aussi simple pénalisation de l'électricité par rapport aux énergies fossiles.
01:54Le souci, c'est qu'on va permettre à des bailleurs qui avaient des logements classés passoires énergétiques
01:59de ne plus avoir de tels passoires énergétiques, sans prendre en compte la situation des locataires,
02:04pour lesquels la situation ne s'améliore pas.
02:06C'est-à-dire qu'on est toujours...
02:06Il reste des passoires énergétiques, c'est ce que vous voulez dire.
02:08Non, mais c'est-à-dire, de fait, ça reste comme des passions énergétiques.
02:10Elle l'était hier.
02:11Il n'y a plus d'obligations de travaux.
02:12Donc, il n'y a plus d'obligations de travaux.
02:13Donc, il peut y avoir les problèmes de mal logement.
02:15Il peut y avoir des problèmes de factures énergétiques qui sont importants.
02:18Il peut y avoir les problèmes de condensation, d'humidité.
02:20Tout ce qu'on peut avoir dans des logements indignes.
02:22Alors, je suis d'accord, toutes les passions énergétiques ne sont pas forcément des logements indignes.
02:25Mais c'en est également.
02:26Et puis, il y a surtout le coût.
02:28Sylvain Grattalot, comment réagissez-vous à ce que vous venez d'entendre ?
02:31– Forcément, je suis complètement en désaccord avec M. Rodonguez.
02:35– Forcément.
02:36– Il le sait, évidemment.
02:38Mais c'est de bonne guerre.
02:39Non, je crois que ce qui est important, déjà, c'est qu'il y a des mesures qui ont été prises.
02:43Vous savez que ça fait longtemps qu'on réclame cette modification du mécanisme
02:48qui permet de déterminer l'étiquette.
02:49Aujourd'hui, on a eu des logements qui sont sortis parce qu'au 1er janvier,
02:54ils sont devenus des passoires énergétiques.
02:55Et surtout, c'est qu'on a privé, par la même occasion,
02:58plus des milliers et des milliers de Français.
03:01De toi, dans une période où on a l'attrition de la location,
03:05je crois qu'il faut s'en réjouir.
03:07Pour autant, même si, de mon point de vue, c'est une excellente nouvelle,
03:12il ne faut pas oublier, et là, ce serait une erreur,
03:15qu'il faut quand même rénover.
03:17Il faut rénover parce qu'on a des objectifs auxquels le NPI adhère totalement,
03:22une rénovation, mais qui va se faire d'une manière beaucoup plus apaisée.
03:26Vous savez, on raisonne souvent dans un système un peu parisien,
03:32où entre nous, on sait très bien où on doit aller.
03:34Pour autant, lorsque vous allez sur les territoires,
03:36les propriétaires bailleurs ne mesurent absolument pas les enjeux qu'il peut y avoir derrière,
03:40et surtout, n'ont pas pris les mesures pour arriver à une rénovation totale.
03:46Donc je crois que là, on va enfin pouvoir avoir des diagnostiqueurs qui vont être formés,
03:53on aura des entreprises qui vont être organisées,
03:56mais en tout cas, la rénovation ne doit pas être ignorée.
04:00Je crois que c'est une manière de pouvoir...
04:02Mais vont-ils les engager, ces travaux de rénovation ?
04:04Mais bien sûr qu'ils vont les engager.
04:06Vous croyez que c'est la première fois que des propriétaires bailleurs
04:09doivent rénover leur logement ?
04:11Mais enfin, ils le font régulièrement, à la fois par des petits gestes,
04:14notamment une rénovation qui peut se trouver à l'intérieur,
04:16mais quand il y a des ravalements de façade, quand il y a plein de choses à faire,
04:19on n'aurait pas un patrimoine français aussi beau
04:21si les propriétaires bailleurs n'avaient pas pris conscience depuis toujours
04:26que rénover leur patrimoine, leur bien, c'est le valoriser aussi.
04:31Mais au-delà de tout ça, c'est aussi donner la possibilité aux Français
04:35d'être logés dans un contexte qui est extrêmement compliqué.
04:38Donc il faut s'en réjouir, mais il ne faut pas non plus considérer
04:41que c'est fini et qu'on arrête là. Bien au contraire.
04:43David Rodrigues, est-ce que ce n'est pas un bon argument que de dire
04:46qu'il y a un certain nombre de logements qui vont revenir en quelque sorte sur le marché ?
04:51Alors ça, c'est la problématique de l'indécence énergétique
04:53et c'est le fait que les pouvoirs publics n'assument pas les conséquences
04:55de la loi Climat et Résilience.
04:57Il fallait un calendrier.
04:58Le problème, c'est que le calendrier était trop restreint,
05:00était trop court et surtout qu'il n'y ait d'équations
05:03avec le calendrier applicable en copropriété
05:05sur l'obligation de réaliser des plans plurinaires de travaux.
05:08Je dis souvent qu'en copropriété, on est sur un temps géologique.
05:10C'est long, il y a le processus décisionnel en Assemblée Générale.
05:13Et le fait, c'est qu'on est arrivé au pied du mur
05:15avec une absence totale de volonté qui peut s'entendre
05:18de décaler ce calendrier pour permettre la réalisation
05:21de ces travaux d'économie d'énergie.
05:23Il ne faut pas oublier que les bailleurs étaient loin
05:24d'être les plus motivés pour réaliser ces travaux
05:26parce qu'ils n'allaient pas aux Assemblées Générales, par exemple.
05:28Et maintenant, on se retrouve avec des modifications
05:30par touche, techniques,
05:32qui ne sont plus du tout sur l'aspect réalisation de travaux.
05:36L'année dernière, c'était les petites surfaces en 40 000 logements.
05:40Ça s'entendait, a priori, il y avait un problème de logiciel
05:43et les petites surfaces étaient pénalisées dans le cadre du DPE.
05:46Bon, maintenant, c'est le mix énergétique.
05:48Ça pénalise les logements chauffés à l'électricité.
05:51Mille de rien, en 18 mois, c'est un million de logements
05:53qui ne sont plus considérés comme passoires énergétiques
05:55sans aucun travaux.
05:56Donc la réalité, c'est également cela.
05:58Alors, c'est bon pour le marché ou pas ?
06:00Moi, je trouve que c'est bon pour le marché.
06:01Je pense que la décision, elle est bonne
06:02parce que pour le coup, c'était une aberration.
06:04Et il faut arrêter de penser que du jour au lendemain,
06:06ces logements qui étaient F ou G vont devenir A, quoi.
06:09Donc, oui, on va corriger.
06:09Mais quel cafouillage quand même autour de ce DPE ?
06:11Mais bien sûr, mais parce que...
06:12Alors, pour le coup, je suis tout à fait d'accord
06:14avec ce qui vient d'être dit.
06:15C'est-à-dire que le calendrier n'était pas tenable.
06:18Donc, effectivement, pourquoi on n'avait pas l'outil qui était adapté ?
06:21Donc, qu'on le corrige par touche, c'était nécessaire.
06:23Évidemment, c'est un flou artistique
06:25et les gens ont du mal à s'y retrouver.
06:26Mais la réalité, c'est que les travaux restent nécessaires.
06:29Combien même vous êtes chauffés à l'électricité,
06:30vous êtes toujours plus pénalisés que si vous êtes chauffés au gaz,
06:33aujourd'hui, dans votre note de DPE.
06:35Mais ça va vous permettre, si vous faites l'isolation des murs,
06:39l'isolation de la toiture,
06:40finalement, d'avoir un véritable gain.
06:42Alors qu'aujourd'hui, si vous étiez chauffés à l'électricité
06:44et que vous aviez fait tous ces travaux-là,
06:46ça ne servait quasiment à rien.
06:48Donc, on met fin quand même à une aberration.
06:50Il faut le reconnaître, là.
Commentaires