00:00Europe 1 soir, week-end, 19h, 21h, Guillaume Lariche.
00:0420h46 de retour avec Gabriel Cluzel et puis Nathan Devers au lendemain de son ouverture devant tous les médias.
00:10Les caméras étaient là, les trois sites de baignade dans la Seine à Paris ont été fermés ce dimanche.
00:15Drapeau rouge en raison des fortes pluies qui brassent un petit peu trop le fleuve.
00:19Donc ça fait remonter des choses pas très jolies jolies et donc c'est un petit peu la baignade intermittente, Gabriel Cluzel.
00:24Oui cette baignade elle est quand même très symbolique, elle montre, elle ressemble à un caprice on va être très clair.
00:331,4 milliard, j'ai déjà un peu parce que ça change d'autre chose, c'est pas juste pour se baigner, ça aide aussi les berges, ça aide plein de choses.
00:41D'ailleurs ils ont du mal à chiffrer le coût, je sais pas si vous avez lu le récent rapport, ils disent que si on considère de façon très très restrictive c'est 200 000 euros,
00:49si on considère de façon plus extensive c'est 1 milliard, selon le nombre de postes considérés plus ou moins pérennes.
00:58Mais c'est quand même affreusement cher, moi je rapporte toujours à des choses concrètes parce que sinon on se rend pas compte.
01:05Mais vous savez le minimum vieillesse en France, maintenant on dit de façon chic l'ASPA, l'allocation solidarité pour personnes âgées c'est 1034 euros pour une personne seule.
01:15Vous voyez 200 000 euros, 1 milliard, vous voyez un peu la fourchette, même avec 200 000 euros on peut faire vivre des personnes âgées pendant longtemps.
01:24Donc c'est vrai que ça a quelque chose de prodigieusement choquant que cette baignade dans la Seine à laquelle on a l'impression qu'une poignée de parisiens s'accroche comme le Graal
01:35et qui en plus ne parvient pas à son objectif, c'est-à-dire que dès qu'il y a des précipitations, mais pardon c'est pas couvert Paris, on se doute bien qu'il va y avoir des précipitations.
01:44Enfin ça pouvait être anticipé, certes elles ont été relativement importantes mais néanmoins c'est une réalité météorologique.
01:50Donc pour vous c'est un gâchis en fait cet argent dépensé ?
01:52C'est un gâchis indécent. C'est un gâchis indécent. Encore une fois imaginez les paysans, les agriculteurs au bord du suicide qui observent cette espèce de mascarade autour de la baignade dans la Seine
02:09mais qu'ils aillent se baigner dans une piscine municipale et qu'ils arrêtent d'enquiquiner le monde.
02:13C'est un gâchis pour vous aussi Nathan Devers ?
02:15Moi j'aurais une forme d'incertitude, c'est que si dans 10 ou 15 ans, on voit que véritablement se baigner dans la Seine est devenu une habitude pour beaucoup de Parisiens.
02:27Ça l'était au début du siècle dernier.
02:29Si nous y revenions, là on pourra dire, à posteriori, c'était un acte courageux, audacieux, c'était intéressant, etc.
02:37Si c'est juste de la com politique, dans le genre, nous allons enfin réussir ce que Jacques Chirac avait promis mais qu'il n'a jamais réussi à faire,
02:47bon, c'est évidemment beaucoup moins intéressant.
02:49J'aimerais juste dire une chose, c'est que la baignade dans la Seine, moi je ne suis pas du tout opposé.
02:54J'estime qu'il y a d'autres problèmes, beaucoup de problèmes qui se posent aux Parisiens et aux habitants d'ailleurs des grandes villes, on peut l'étendre.
03:01Et que ces problèmes-là ne sont pas traités et qu'ils devraient l'être peut-être en priorité.
03:05Mais la question des transports fait que Paris est devenue une ville absolument inaccessible.
03:10Moi je pense tous les jours, comme tout le monde quand on est parisien, à tous les gens qui habitent en grande banlieue
03:15et qui depuis une dizaine d'années, pour lesquels le fait de travailler à Paris est devenu cauchemardesque.
03:22La question des grandes chaleurs, Paris n'est pas une ville qui a été construite, enfin le Paris moderne,
03:26pour être une ville qui subit des canicules un an sur deux.
03:30Ça aussi c'est une question sur laquelle il faudrait travailler.
03:32Restons sur la baignade.
03:33Mais justement, ce que je veux dire, c'est que je crois qu'il y a une forme de mauvaise priorité
03:38dans le fait de présenter comme un acte d'héroïsme le fait d'ouvrir la scène à quelques baigneurs,
03:46alors que pour beaucoup de Parisiens, les priorités se situent ailleurs.
03:50Dans les questions que je viens de vous soulever, et puis la liste serait assez longue.
03:54Alors justement, par rapport aux baigneurs qui ont commencé à pouvoir nager hier,
03:58ça a soulevé pas mal la polémique sur TikTok, je vais vous en parler tout de suite.
04:02Les zones de baignade dans la scène qui ont donc été inaugurées hier,
04:05on était donc le samedi 5 juillet, le même jour que la fête nationale algérienne.
04:10Et certains internautes, Gabriel Cluzel et Nathan Devers,
04:13y ont vu une insulte au souvenir des manifestants pro-FLN,
04:16jetés dans le fleuve parisien.
04:18C'était en octobre 61, et à l'époque, la manifestation interdite par la préfecture
04:22avait rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes,
04:24de manifestants dans les rues de Paris.
04:25La répression policière avait été très très très intense et violente.
04:28Plusieurs dizaines de manifestants furent tués,
04:30et certains de leurs corps jetés dans la scène.
04:32Je cite ce qu'on pouvait entendre sur TikTok,
04:35« J'ai trop la haine, s'emporte ainsi une militante pro-palestinienne ».
04:38Alors ça, c'était sur X.
04:39« Les gens se baignent dans la scène sans savoir qu'on y a noyé des Algériens,
04:42et en plus, ils inaugurent le 5 juillet ».
04:45Est-ce que c'est une ligne de plus que la politique est décidément partout,
04:48ou alors c'est du n'importe quoi, selon vous ?
04:51Oui, c'est très intéressant.
04:52Parce que, d'abord, c'est le signe qu'il y a un passé mémoriel,
04:56je pense que Gabriel sera d'accord, au moins sur ce point avec moi,
04:59avec l'Algérie, qui évidemment continue de nous hanter,
05:02et qui est toujours du présent, et qui n'a pas été réglé,
05:04et que la guerre d'Algérie continue de créer,
05:08non seulement participe de notre mémoire collective,
05:10mais elle participe surtout de notre inconscient collectif.
05:12J'entends, mais de voir ça là-dedans, de voir cette réciprocité.
05:15Mais justement, c'est vrai que pour beaucoup,
05:18je peux comprendre la blessure
05:21qu'il peut y avoir de se dire,
05:23les dirigeants n'ont même pas pensé au fait que le 5 juillet
05:25est vécu par énormément d'Algériens,
05:28ou de gens originaires d'Algérie,
05:29et d'ailleurs de gens qui sont sensibles à cette question,
05:33comme l'anniversaire
05:34de cette date extrêmement sombre sur la scène.
05:37Je donne un exemple, je fais une comparaison,
05:39mais si on avait,
05:40ce n'est pas la même chose évidemment,
05:41mais si on avait rouvert un vélodrome à Paris
05:44le jour anniversaire de la rave du Veldiv,
05:47certains auraient pu dire,
05:48oh là là, la date quand même, ça sent mauvais,
05:50c'est étrange.
05:50Donc oui, il y a aujourd'hui des souffrances
05:53dont l'histoire et dont la mémoire
05:55n'est toujours pas réglée,
05:57et je crois que c'en est le symptôme.
05:59Oui, alors pardon,
06:00mais je vais retourner la chaussette,
06:02parce qu'à chacun sa mémoire,
06:05et c'est peut-être un vrai sujet
06:07du reste de notre pays.
06:08Le 5 juillet, c'est une des fêtes,
06:11parce qu'il y en a deux d'ailleurs,
06:12toutes les fêtes de l'Algérie,
06:13c'est quand même important de voir
06:14que ce pays s'est construit en réalité
06:16contre la France,
06:17parce que son identité démarre
06:18avec l'indépendance.
06:20La première fête nationale,
06:22c'est la Toussaint-Rouge,
06:24le 1er novembre,
06:25et la deuxième fête, c'est le 5 juillet.
06:26Et alors moi, je pourrais dire aussi
06:29dans la foulée que les pieds noirs et harkis
06:31qui ont été assassinés le 5 juillet,
06:34alors que les militaires français
06:37restaient larmes aux pieds,
06:38les disparus,
06:39parce que des disparus français
06:41qui n'ont jamais été retrouvés,
06:43puis je peux vous dire
06:43que les archives algériennes,
06:44on attend toujours qu'elles soient ouvertes,
06:46on peut aller se brosser,
06:47et bien ils étaient devant le mur
06:48des disparus à Perpignan,
06:50ils étaient à Paris à manifester,
06:52ils pourraient dire aussi
06:52je ne comprends pas qu'on se réjouisse
06:54avec une baignade
06:54le jour anniversaire du martyr
06:57de nos ascendants.
06:59Parce que moi,
06:59je commence à en avoir un petit peu assez
07:01qu'on s'occupe toujours
07:02de la mémoire des Algériens,
07:05ils ont déjà l'Algérie
07:06qui s'occupe de leur mémoire,
07:08très bien, parfait,
07:09mais nous,
07:09on ne s'occupe jamais
07:10de la mémoire des nôtres.
07:12Voilà.
07:12Et quand je dis la mémoire des nôtres,
07:14c'est au sens large,
07:14parce que ça comprend évidemment
07:15les harkis qui avaient fait
07:17le choix de la France.
07:18On attend le verre.
07:18Non, mais sur ce point,
07:19je vous suis,
07:21la date du 5 juillet,
07:22on l'a envisagé côté algérien,
07:25côté pieds noirs,
07:27notamment dans la ville d'Oran,
07:28il y avait eu des massacres absolus
07:30avec un moment où
07:31la célébration de l'indépendance
07:34commençait,
07:35les pieds noirs,
07:37les civils,
07:37les français d'Algérie,
07:38qui n'étaient évidemment pas
07:39des colons pour la très grande majorité,
07:41qui étaient des gens assez simples,
07:42assez pauvres, etc.,
07:44se sont fait massacrer dans les rues,
07:47emmenés dans des bus, etc.,
07:48vers les lacs du sud.
07:49Et toute cette date,
07:51cette dimension noire de la date
07:52a été en effet omise.
07:54Et il faut rappeler,
07:54et vous avez raison,
07:55que les autorités françaises,
07:56et ça pour le coup,
07:57c'est une des tâches
07:58de la politique du général de Gaulle
08:00dans cette question,
08:01ont laissé faire.
08:01Il y avait l'armée française,
08:02mais qui n'a pas...
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