00:00Musique
00:00Le département des Ardennes a été marqué par la guerre de 1870,
00:21première guerre mondiale, seconde guerre mondiale,
00:24donc c'est un des hauts lieux chargés de mémoire, d'histoire,
00:30c'est un engagement profond des militaires,
00:34sacrifier leur existence personnelle, familiale, pour les autres.
00:43Je m'appelle Marc Lamény, sénateur des Ardennes depuis août 2007,
00:49et je rapporte le budget ancien combattant lié avec la nation et mémoire.
00:55Marc Lamény sait ce que la nation doit à ses soldats.
01:02Ses morts, ses blessés physiques, et ceux rongés par des maux invisibles.
01:08Entre 2010 et 2019, l'armée a recensé 3000 blessés psychiques dans ses rangs.
01:13Ils sont 5 fois plus nombreux que les blessés physiques.
01:16Nous rendons au 3ème régiment du génie, régiment historique pour le département des Ardennes,
01:25connu, reconnu avec son histoire, son passé militaire.
01:29Chose rare, le régiment a accepté de recevoir le sénateur pour parler de cette question,
01:35encore largement tabou au sein des armées.
01:37Donc je vais les saluer, aux militaires.
01:40Ah, ça me touche.
01:42Vraiment content de vous rencontrer.
01:46On sait que les militaires, vous êtes exposés à beaucoup de risques.
01:51Risques physiques, mais aussi psychologiques.
01:54Donc tout ça, c'est des sujets importants que vous abordez aussi,
01:59dans l'entraînement, dans le travail et tout ça.
02:01Et je crois que ça, il faut toujours le partager entre tous.
02:04Le 3ème RG compte 900 hommes.
02:06Il a été de toutes les dernières opérations extérieures de la France.
02:11Un régiment reconnu pour son savoir-faire en matière de logistique,
02:16de déminage ou de télécommunication.
02:18Le but de cet entraînement est, comme vous l'avez dit,
02:21de gagner en rapidité, en savoir-faire,
02:23et de travailler dans un contexte opérationnel,
02:26donc avec l'armement et tout l'équipement.
02:28Souvent, le 3ème RG ouvre et ferme les théâtres d'opération.
02:33Il est donc très exposé au feu.
02:35Cet entraînement sur 10 jours permet au sergent-chef romain
02:38d'appréhender les risques et de détecter chez ses hommes
02:41d'éventuels troubles psychiques.
02:44Toujours jouer avec ce thermomètre émotionnel,
02:47tout le temps connaître ses personnels.
02:49Comme je le dis toujours, il n'y a pas de soldat heureux sans famille heureuse.
02:53Un soldat qui n'est pas heureux ne sera pas opérationnel.
02:55Il ne faut pas hésiter à aborder un petit peu tous les sujets.
02:58Et puis même, des fois, on n'ose pas parler de tels sujets qui préoccupent.
03:07Le 3ème RG prend le sujet des blessés psychiques très au sérieux.
03:113 militaires et 2 réservistes s'occupent de la détection de ces troubles,
03:16souvent passés sous silence.
03:17La plupart des gens, quand ils arrivent chez moi,
03:20ils ont cette sensation de faire un aveu de faiblesse.
03:26Et c'est toute la difficulté pour moi de les orienter
03:29et de leur dire que ce n'est pas une faiblesse,
03:32c'est bien évidemment une blessure.
03:33La plus répandue des blessures psychiques
03:35est le syndrome de stress post-traumatique.
03:38Il survient le plus souvent après une situation violente ou choquante,
03:42comme l'expérience de mort imminente,
03:45la sienne ou celle d'un camarade.
03:47De nombreux symptômes peuvent ensuite apparaître.
03:50Troubles du sommeil, troubles de concentration,
03:53ça peut aller parfois jusqu'à des actes de violence
03:55dans les cas les plus extrêmes.
03:57Et surtout, également, le plus difficile, je pense,
04:00pour le patient, c'est avec tout ce qu'on appelle des reviviscences.
04:03C'est-à-dire que les événements marquants
04:06reviennent à l'esprit contre la volonté du patient.
04:10Le stress post-traumatique varie beaucoup.
04:12D'un individu à l'autre,
04:14il peut durer des semaines, des mois, voire des années.
04:17Pour certaines personnes,
04:18ils arriveront à avoir une vie quasiment normale
04:21et arriver à vivre avec leurs blessures.
04:24Et certains, malheureusement, vont être très impactés
04:26à avoir parfois, dans certains cas, malheureusement,
04:30même un handicap.
04:31Vous ne pouvez pas du tout généraliser
04:33parce que, vraiment, chaque situation, au cas par cas...
04:37Depuis 1992, l'institution reconnaît la blessure psychique,
04:41au même titre que les autres blessures de guerre.
04:44Depuis, les plans pour ces blessés spécifiques se sont multipliés.
04:49L'armée a fait le choix de ne plus regarder ailleurs.
04:51Ce serait une faute de ne pas affronter
04:55et de ne pas regarder la vérité en face
04:57parce que c'est notre raison d'être, d'aller au combat.
05:01Et le combat blesse, le combat tue.
05:07C'est aussi une réalité qu'il faut regarder en face
05:09et des moyens existent,
05:11mais qui commencent par la volonté des chefs,
05:14la volonté du commandement.
05:15Pour mieux prendre en charge ces blessés,
05:23qui demandent grand soin,
05:25l'armée a opté pour un changement radical d'approche.
05:28Dans le Morbihan, près d'Oré,
05:30ce décor champêtre, presque hors du temps,
05:33abrite un nouveau dispositif, baptisé Atos.
05:37Le dispositif Atos n'est absolument pas un dispositif de soin.
05:40Le soin, c'est vraiment une partie spécifique.
05:45La réhabilitation psychosociale, finalement, intervient...
05:48Alors, on pourrait dire dans un second temps,
05:49en tout cas, nécessite un minimum de stabilité,
05:52mais a surtout vocation à venir compléter
05:54ce qui va être fait au niveau du soin.
05:57Ces blessés de l'armée et quelques gendarmes
06:00viennent des 4 coins de la France.
06:02Tu te souviens de ton cauchemar ?
06:03Non, je ne suis pas.
06:04Moi, je fais des cauchemars toutes les nuits,
06:06mais je ne suis jamais tombée de monde.
06:07Une fois intégrés au dispositif,
06:09ils sont ici, chez eux,
06:10peuvent venir quand ils le souhaitent,
06:12participer aux tâches ou s'adonner à des activités.
06:16Ce jour-là, à l'ombre du noyer, place au théâtre.
06:19Prenez bien de l'espace,
06:22parce que cette distance permet d'avoir le temps aussi
06:24d'aller vers l'autre.
06:26Et quand vous êtes prêts, vous allez l'un vers l'autre.
06:29Et je m'arrête quand je sens que ça va être trop pour l'autre.
06:31C'est l'autre qui compte.
06:33Parmi les participants, Pierrick, 55 ans.
06:36Ce gendarme s'est dévoué corps et âme à la résolution d'affaires criminelles.
06:41Au cours de sa carrière, il a été exposé à un stress intense,
06:45des scènes insoutenables.
06:47Pierrick tient jusqu'à l'affaire de trop.
06:49Septembre 2020, alors que je rentrais chez moi,
06:52j'ai fait un malaise cardiaque, je suis tombé.
06:54Et donc effectivement, j'emploie le terme tombé,
06:56parce que moi, je suis vraiment tombé physiquement,
06:58avec après une perte totale de mes capacités physiques.
07:04Depuis qu'il a intégré la maison Atos,
07:06Pierrick reprend pied.
07:08Mais il doit toujours composer avec des symptômes de SPT persistants.
07:13J'ai encore des reviviscences.
07:14Il y a des endroits où je passe,
07:15où j'ai développé des flashs au fur et à mesure du temps.
07:19Ils surviennent quand je suis dans un état de fatigue intense.
07:22Ça, je l'ai décelé.
07:24C'est des images de situations que j'ai vécues
07:26qui reviennent dans la tête d'une précision absolument incroyable.
07:29Pierrick est atteint d'un stress post-traumatique complexe,
07:32déclaré il y a une vingtaine d'années,
07:34et non traité à temps.
07:36S'il s'exprime aujourd'hui, c'est pour faire de son cas
07:38un exemple pour ses pères.
07:41Dans nos métiers, on vit tous des situations traumatiques
07:43à un moment donné.
07:46La mort d'autrui.
07:47Moi, j'ai été mis en joue à plusieurs reprises
07:50dans le cadre de ma carrière.
07:51Enfin, bon, voilà.
07:52J'ai eu des situations de coup de feu.
07:56Ce qu'il faut comprendre, c'est que quand on vit ce type de situation,
07:59il faut avoir le courage
08:01de traiter la situation traumatique
08:04dès qu'on en a conscience.
08:06parce que le stress post-traumatique,
08:09on peut le vivre un jour J,
08:12et il ne peut se déclencher que dix ans après.
08:14Si on arrive aujourd'hui à faire rentrer ça dans la tête
08:18de tout un chacun et de mes pères,
08:22de ma hiérarchie du plus bas au plus haut,
08:24des familles de gendarmes,
08:27des familles de militaires,
08:28ou des familles de gens qui sont touchés par le SPT,
08:30traiter le problème dès qu'il survient
08:33pour éviter qu'il ne devienne chronique ou complexe,
08:36eh bien, voilà, j'aurais réussi ma mission.
08:38Tu as envie de dire quelque chose, Pierrick ?
08:39Toi, qui l'as...
08:40Non, c'est que c'est chouette.
08:42Je trouve qu'il y a une forme de communion
08:43qui se met en place.
08:44Je ne sais pas si tu as ressenti la même chose.
08:46Si, si.
08:46Le fait qu'il y a un échange de sourire aussi,
08:49ça change la perception
08:51et le sens de l'accueil.
08:52En dépit de leurs blessures
08:54et d'un poids qui est quand même très visible sur leur corps,
08:59il y a beaucoup de joie dans ces maisons.
09:03J'ai l'impression que c'est un port
09:04où ils peuvent venir un peu accoster
09:06et repartir après, là où ils en sont.
09:08Sans se connaître,
09:10parfois même sans se parler,
09:12tous ici se comprennent.
09:14Je crois que la meilleure chose qu'on puisse dire
09:16de façon très synthétique,
09:21c'est un grand merci d'être là,
09:22quoi, c'est...
09:24C'est...
09:26Pardon.
09:31Le ministère des Armées
09:33ambitionne d'étendre le dispositif
09:35à 10 maisons
09:36pour accueillir 1 000 blessés psychiques
09:38d'ici à 2030.
09:40Et les crédits alloués à Atos
09:42sont en augmentation constante.
09:44Plus de 6 millions d'euros cette année.
09:47Une bonne chose pour Marc Lamény.
09:50Les maisons Atos, c'est innovant.
09:52Il n'y en a que 5, bientôt 6.
09:54Mais il y a une demande légitime.
09:56Certes, tout à un coût,
09:58mais en réalité, le coût, il est raisonnable
10:00par rapport aux biens fondés
10:02et puis aux résultats.
10:03Si l'armée intensifie ses efforts pour les blessés psychiques,
10:08le civil aussi prend sa part.
10:10À Paris, Marc Lamény a rendez-vous au MEDEF.
10:14L'organisation patronale a mis sur pied un groupe de travail
10:18pour aider les entreprises à recruter des blessés psychiques.
10:21Vous avez un rôle fondamental.
10:23Le MEDEF a même édité un guide
10:26avec des recommandations à destination des futurs recruteurs
10:29pour intégrer ses blessés particuliers.
10:31L'entreprise a un rôle à jouer
10:33dans le parcours de reconstruction du militaire blessé
10:37en tant qu'organe de reconnexion sociale.
10:43Voir qu'on délivre un résultat,
10:46on contribue au succès de l'entreprise,
10:49au succès d'un projet, etc.
10:51Eh bien, ce sentiment d'utilité,
10:55il va venir consolider l'estime de soi.
10:58À Rennes, l'entreprise Orange
11:03a fait le choix de donner une nouvelle chance
11:05à Simon Poitvin.
11:07Simon de la CA, bonjour.
11:09Simon était militaire par le passé.
11:12En 2018, en pleine opération de maintien de la paix au Liban,
11:15un trouble psychique violent le terrasse.
11:18Retrouvé à terre par ses camarades,
11:20puis hospitalisé,
11:22il se réveille touché par une amnésie profonde.
11:27C'est un blackout.
11:28total.
11:29Je ne me souviens plus de rien.
11:30Je ne connais pas ma famille,
11:31je ne connais pas mes parents,
11:32je n'ai pas de frères,
11:33je n'ai pas de sœurs,
11:34je ne sais pas ce que je fais là,
11:35je ne sais pas qui je suis.
11:37Et je suis...
11:40En fait, je ne sais pas quoi faire.
11:44Je suis vraiment perdu.
11:46Après une longue convalescence,
11:48Simon tente de retrouver son régiment,
11:50mais il est inapt au service.
11:52Et vous me dites quoi à ce moment-là ?
11:54Ça vous blesse ?
11:56Ouais.
11:58J'avais l'impression, en fait,
11:59j'étais...
12:01Je n'avais plus rien.
12:02Simon rebondit grâce au MEDEF
12:04et trouve un apprentissage chez Orange.
12:07Il est aujourd'hui technicien en CDI
12:09et bien intégré à son équipe.
12:11Les anciens militaires,
12:12ils ont justement cette rigueur,
12:14ce côté très professionnel
12:17qui fait qu'aujourd'hui,
12:19d'accueillir des personnes
12:20issues de l'armée dans l'entreprise,
12:24ça permet justement de capitaliser
12:25sur ces acquis-là
12:27et c'est utile pour l'ensemble
12:29de l'équipe du collectif.
12:31Loin de l'armée,
12:33loin de sa blessure psychique,
12:35une nouvelle vie s'ouvre à Simon
12:37dans le civil.
12:38Je suis soutenu,
12:40que ce soit famille,
12:41que ce soit belle famille,
12:43que ce soit les collègues,
12:44que ce soit mon manager.
12:45Je me sens très soutenu
12:46en tout ce que je fais.
12:48C'est un peu fleur bleue,
12:49mais c'est vraiment la sensation que j'ai.
12:52C'est que j'ai aucun...
12:56Je suis très bien.
12:57L'aspect psychique jusqu'au maintenant
13:02était malheureusement un peu oublié,
13:07alors que maintenant,
13:08les unités militaires
13:09ont pris conscience, je dirais,
13:12d'apporter des solutions
13:13pour aider.
13:16Ce que j'aimerais dire
13:17à nos blessés,
13:20ils méritent beaucoup de respect,
13:21de reconnaissance.
13:22Ils ont servi pendant des années
13:24notre nation,
13:25notre pays.
13:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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