00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Il est 18h45, officiellement ils sont interdits, mais si l'on en croit le dernier rapport de la défenseur des droits,
00:09Claire Edon, les contrôles au facieste ont toujours cours, les personnes perçues comme je cite Arabes, Noires ou Maghrébines
00:16ont quatre fois plus de chances d'être contrôlées que le reste de la population
00:20et douze fois plus de risques de connaître un contrôle poussé avec fouilles ou palpations.
00:24Des pratiques discriminatoires toujours bien ancrées comme en témoignent ces jeunes parisiens au micro de Nina Vallette.
00:30J'ai déjà eu de nombreux contrôles, parfois je faisais rien du tout, on venait me contrôler comme ça tout simplement.
00:37Parfois il y a des policiers qui sont très professionnels, il y en a d'autres un peu moins.
00:41On a même déjà confondu mon frère, vu parce qu'il est noir, avec un autre individu qui avait fait quelque chose
00:47et du coup ils l'ont ramené au poste de police.
00:49Moi j'ai la chance, je suis blanc déjà, c'est déjà arrivé qu'on contrôle des amis à moi qui étaient à côté
00:53parce qu'ils étaient noirs ou arabes ou je ne sais quoi.
00:57Selon ne serait-ce que le style vestimentaire ou l'origine ethnique, on va dire l'apparence, ça peut être plus ou moins sec.
01:05On voit clairement que des fois il y a une sélection qui est entre certains et pas d'autres.
01:09Bonsoir Dominique Sopo.
01:11Bonsoir.
01:11Vous présidez SOS Racisme, merci de nous rejoindre dans RTL Soir.
01:16Nous sommes en 2025, comment expliquez-vous ces chiffres et les témoignages que l'on vient d'entendre ?
01:22Déjà ces chiffres sont des chiffres qu'il ne faut que confirmer toutes les études précédentes
01:28puisqu'il faut quand même avoir conscience qu'à chaque fois que des chercheurs, des sondeurs, des militants
01:35se sont penchés sur le sujet, à chaque fois la conclusion a été la même, il y a du contrôle au faciès.
01:40On peut penser au testing de Lévi et Jobard en 2007 à Châtelet et à Gare du Nord,
01:45à l'étude du défenseur des droits déjà en 2017 qui là donnait un ratio de 20 fois plus de risques d'être contrôlés
01:53quand on est noir ou arabe, les travaux de Sébastien Rocher
01:56et toute une série d'autres travaux de sociologie, qu'ils soient quantitatifs ou qualitatifs,
02:01qui montrent l'ampleur de ce phénomène.
02:04Ce phénomène s'explique par le fait qu'il y a des stéréotypes, des préjugés raciaux,
02:09et même racistes on pourrait dire, qui existent et qui vont pousser de fait les policiers ou les gendarmes
02:15à avoir un biais discriminatoire dans les contrôles qu'ils vont effectuer.
02:21On peut aussi l'expliquer évidemment plus généralement par un fonctionnement,
02:26une logique de la sécurité publique qui va aussi quand même beaucoup s'orienter
02:31sur les populations d'origine immigrée, qui vont être beaucoup démonisées dans le débat public.
02:37Et ça perdure parce que vous remarquerez que cette étude est sortie,
02:42comme toute une série d'autres études.
02:43Pour autant, nous avons constamment une forme de déni par la négation ou par l'abstention de réaction
02:51de la part des autorités en charge de la sécurité publique.
02:55Un rapport est sorti dit qu'il y a des citoyens qui sont davantage contrôlés
02:59et beaucoup plus, massivement plus, que d'autres citoyens en raison de leur couleur de peau.
03:04Je pense que nous n'avons pas eu le droit à la moindre réaction du ministère de l'Intérieur, par exemple.
03:09Pour la moitié d'entre eux, le rapport affirme que le contrôle n'est pas justifié.
03:13Ça veut dire que le contrôle d'identité qui s'appuie en fait sur un cadre légal
03:16est encore pratiqué à tort et à travers dans notre pays ?
03:22Oui, il y a un problème de toute façon dans les contrôles d'identité en France.
03:25C'est qu'il y a un cadre légal qui notamment pose un problème lorsqu'on parle de ce que l'on va dire
03:31les contrôles préventifs.
03:33C'est-à-dire qu'il y a des contrôles d'identité qui sont liés au fait que vous avez fait une infraction
03:37et que donc vous allez être contrôlé parce qu'on a vu que vous aviez fait une infraction.
03:42Il y a des contrôles préventifs où là, c'est beaucoup plus flou puisque ce qui est dit,
03:47c'est que le contrôle peut être fait si on pense que la personne est susceptible d'avoir commis
03:54ou d'être sur le point de commettre un délit.
03:57Évidemment, là, on est dans quelque chose...
03:59Une interprétation, une projection.
04:00Ou les stéréotypes peuvent...
04:03Oui, une projection extrêmement puissante et qui se traduit par les chiffres que vous rappiez.
04:07Je pense qu'il faut quand même que les gens comprennent.
04:09Quand on dit que des personnes noires, arabes ou maghrébines ont 12 fois plus de chances
04:15d'être contrôlées que le reste de la population,
04:18il faut quand même se rendre compte de ce que cela veut dire.
04:20Et pour un contrôle poussé, comme vous le disiez, avec palpation, fouille, etc.
04:26Il faut quand même se rendre compte qu'il y a une catégorie de citoyens
04:29qui se trouvent dans une situation extrêmement dégradée par rapport aux autres citoyens
04:33dans l'expérience qu'ils vont avoir avec la police
04:36qui est quand même une des figures de la République et de son autorité.
04:41Dominique Sopo, je vous propose d'écouter ce que répond Anne-Lise L'Absolu,
04:46porte-parole du syndicat policier Alliance, au micro de Cindy Hubert.
04:49La police travaille avec un cadre légal,
04:51selon le code de procédure pénale et sous l'autorité du magistrat.
04:54Les contrôles d'identité se font sur des éléments objectifs.
04:57La police nationale, il faut le rappeler, c'est un décor qui compte le plus de diversité.
05:01Nous avons des collègues de toutes confessions, de toutes origines.
05:04Ces propos sont totalement infondés.
05:07Que pensez-vous de ces explications ? C'est un dialogue de sourds ?
05:11Non, ce n'est pas un dialogue de sourds, c'est une négation d'un problème que tout le monde connaît.
05:17D'ailleurs, vous remarquerez que la personne ne dit pas que les Noirs et les Arabes ne sont pas plus contrôlés.
05:23Elle vous explique que c'est sur des éléments objectifs,
05:26c'est-à-dire une position qu'on pourrait qualifier de pas très loin du racisme,
05:32quand même, sans vouloir être désagréable.
05:34Donc, nous avons un phénomène qui est reconnu par tout le monde, par toutes les études.
05:39Et nous avons des représentants de la police, en tout cas de syndicats policiers,
05:45qui ont expliqué que tout ça soit n'existe pas, soit est tout à fait normal.
05:51C'est quelque chose d'assez affligeant, parce que là, on est quand même en train de parler d'un corps qui représente la République,
05:57dans la question de la sécurité publique, de la sérénité publique,
06:02et qui, en fait, va organiser ce déni, et qui va avoir des conséquences très graves,
06:08évidemment pour les personnes qui vont être contrôlées de façon abusive et grossièrement discriminatoire,
06:14et qui va avoir des conséquences beaucoup plus larges,
06:16puisque le rapport du défenseur des droits, comme d'autres rapports,
06:20note que l'expérience que vous avez dans le rapport à une institution,
06:24en l'espèce ici la police, va marquer votre perception, évidemment, de cette institution,
06:30et donc de votre capacité à collaborer avec cette institution.
06:34Or, qu'est-ce que c'est qu'une police efficace en matière de sécurité publique ?
06:37Qu'est-ce que c'est qu'une police qui est capable d'aller chercher des informations
06:40en étant plongée dans la population ?
06:43C'est une police qui a la confiance de la population.
06:45Quand vous érodez le lien de confiance entre la police et la population,
06:50ça a aussi des conséquences en matière d'efficacité du travail policier.
06:55Et là, on voit bien, d'ailleurs, quelque chose de très déconnant, si je puis me permettre,
07:00c'est un syndicat de policiers qui répond, comme d'habitude, d'ailleurs, dans ce genre d'affaires.
07:05Pourquoi ça n'est pas le ministre ?
07:06Est-ce que, lorsqu'on dit qu'il y a un dysfonctionnement en matière d'éducation nationale,
07:11je suis enseignant ? Le ministre ne réagit pas ? Le ministre ne répond pas ?
07:15Le ministre n'est pas interrogé, même par les médias ?
07:18Là, c'est mis en place un système dans lequel le ministère ne répond jamais.
07:23Ce sont les syndicats de policiers qui viennent dire, de toute façon,
07:25si vous dites cela, c'est que vous êtes contre la police, que vous crachez sur la police,
07:29que vous méprisez la police, ce qui n'est absolument pas le cas,
07:33parce que les personnes que vous entendez dans les interviews,
07:36vous voyez bien qu'il n'y a pas d'animosité.
07:38Elles font état d'une expérience discriminatoire, massive, évidente,
07:44sans pour autant expliquer qu'elles sont contre la police.
07:47Merci beaucoup Dominique Sopo, président de SOS Racisme,
07:50d'avoir pris la parole ce soir sur RTL.
07:52Dans un instant, nous allons retrouver Marc-Antoine Lebré pour le Breaking News.
Commentaires