00:00Bonjour, lieutenant-colonel Vincent Arbar-Etier. Merci d'être avec nous, historien militaire et docteur en sciences politiques et histoires contemporaines.
00:11Patrick Sos, chef du service international de BFMTV, est également avec nous.
00:14On va tout de suite prendre la direction d'Israël et de Bercheva, précisément, puisque la ville a de nouveau été touchée ce matin par un tir de missile iranien.
00:22Et Clémence Dibout, l'envoyée spéciale de BFMTV, vient d'arriver sur place. Clémence.
00:27Et les immeubles que vous voyez derrière moi, c'est celui qui a été le plus proche de l'impact, complètement soufflé.
00:35Cet immeuble d'habitation, les immeubles d'habitation autour sont également touchés.
00:39Le cratère, il est juste là, juste à côté. C'est un impact assez impressionnant.
00:44Un trou que vous avez ici, un missile iranien qui est tombé ce matin, très tôt ce matin.
00:49C'est arrivé il y a quelques heures à peine. D'ailleurs, la police est encore en train de faire des investigations.
00:53Ce que vous voyez ici, ce sont des restes de missiles, ce sont des morceaux de missiles que la police est en train d'essayer d'analyser, de répertorier.
01:02Il y a encore des secouristes qui sont sur place pour voir s'il y a des personnes encore sous les décombres.
01:06On parle de quelques blessés légers seulement, notamment parce qu'à ce moment-là, tous les habitants étaient très certainement dans les abris.
01:14Parce qu'il y a eu des alarmes, on va peut-être pouvoir s'approcher pour vous montrer qu'il y a eu un incendie tout autour.
01:19Toutes les voitures qui étaient juste devant l'immeuble ont été calcinées.
01:23Il y a encore des vérifications en cours. Il y a des habitants qui ont été évacués parce qu'ils ne vont pas pouvoir revenir habiter dans l'immeuble.
01:31On voit tout le souffle important de toute cette zone qui est quadrillée par la police et les forces de l'ordre en ce moment.
01:37Des voitures calcinées ici, retournées par le souffle.
01:41Une habitation est ventrée et ce bilan pour l'instant assez léger.
01:45On parle entre 5 à 7 blessés qui sont d'ailleurs pris en charge à l'hôpital Sokora, là où il y a déjà eu une frappe de missile hier à Bercheva.
01:53Parce qu'évidemment, les habitants ont été évacués.
01:56Le lieutenant-colonel Vincent Abarettier, ils sont quand même gonflés de façon un peu triviale les Iraniens,
02:02de viser une zone déjà visée il y a 24 heures.
02:05– Oui, alors, on peut essayer de se mettre dans leur esprit.
02:12Soit ils ont raté la zone militaire, prétendument militaire, parce qu'Israël dit le contraire qui était à côté de l'hôpital.
02:20Soit ils veulent marquer par cette insistance à bombarder le même endroit qu'ils ne sont pas morts, qu'ils peuvent faire quelque chose.
02:29Donc, si vous voulez, quelque part, dans la guerre, je reprends toujours cette image de Klaus Wies,
02:33qui est un duel entre deux volontés, il y a un gagnant, il y a un perdant,
02:39et eux, ils cherchent à montrer qu'ils n'ont pas perdu toutes leurs armes et toutes leurs forces,
02:43en dépit des frappes israéliennes aux différents endroits de leur territoire,
02:48et qui ont certainement, elles, fait beaucoup de dégâts,
02:50mais ils sont encore en mesure d'envoyer des missiles là où ils le volent, et là où ils l'ont déjà envoyé.
02:56– Et d'ailleurs, je ne sais pas si on peut voir les images que diffuse ce matin de Sahal,
02:59qui affirme avoir bombardé des dizaines de cibles à Téhéran cette nuit,
03:03notamment ce qu'elle a qualifié de centre de recherche et de développement du projet d'armes nucléaires iranien du côté de Téhéran.
03:10– Et aussi des sites de fabrication de missiles.
03:12– De missiles, voilà.
03:12– Parce qu'il y a un gros enjeu pour la suite de la guerre,
03:16sur les capacités des uns et des autres à détenir suffisamment d'armes pour la poursuite de cette guerre.
03:21– Oui, et il y a des chiffres qui traînaient, je n'ai pas d'autres mots,
03:25avant cette guerre au niveau de la production ou des stocks de missiles iraniens.
03:30On était entre 2000 et 3000.
03:33Mais c'est des chiffres qui datent d'il y a déjà plusieurs années,
03:36et qui sont un mélange d'anciens stocks soviétiques,
03:38mais aussi de fabrication qui s'en suit,
03:41avec parfois quelques problèmes justement de fabrication.
03:44C'est pour ça qu'il y a encore un léger, un tout léger doute sur le degré de précision de ces missiles
03:49et du coup sur la volonté réelle d'avoir frappé l'hôpital.
03:54Mais vraiment un très léger doute.
03:55Et puis de l'autre côté, on a quand même, parce qu'on reste là-dessus,
03:58comme on a là aussi quelques doutes sur la protection.
04:02Ça, ça fait des jours et des jours qu'on vous parle du dôme de fer.
04:05Mais il y a notamment un article du Wall Street Journal
04:08qui indique que le dernier degré de ce dôme de fer qu'on appelle la flèche,
04:14la flèche en anglais Arrow, c'est le nom des missiles justement d'interception,
04:18et bien ces missiles Arrow-3, ils sont en train de manquer à l'armée israélienne.
04:22Et comme on entend, là aussi c'est difficile à déchiffrer,
04:24mais que Donald Trump n'est pas tout à fait enclin à re-signer des chèques
04:28pour envoyer plus de matériel militaire, notamment ces missiles,
04:32et bien là on se retrouve là aussi, ce duel et cette histoire de volonté.
04:37Il est affaibli, sachant que, rappelons-le, 90% c'est énorme comme taux de réussite.
04:43Oui mais, je fais un peu de maths, ça fait 10% d'échec.
04:46Absolument, et Donald Trump se laisse donc 15 jours avant de décider ou non
04:49d'engager les Etats-Unis dans la guerre, et aujourd'hui,
04:52ce sont les ministres des Affaires étrangères français, allemand, britannique
04:55et la chef de la diplomatie européenne qui retrouvent leur homologue iranien à Genève.
04:59Est-ce qu'il faut y voir un signe d'avancée diplomatique ?
05:03Alors en fait, il y a toujours dans ce cas-là, deux logiques qui s'affrontent.
05:07C'est la logique diplomatique, qui est une logique, je dirais, post-Clauswitzienne,
05:11ou alors une logique qui remonte à 1928,
05:13quand Aristide Briand et Frank Kellogg, le secrétaire d'État américain,
05:18disaient que la guerre était hors la loi, 1928.
05:21Mais vous avez toujours une espèce de ressurgissement,
05:24pas du Loch Ness, mais du monstre de la guerre,
05:27et qui montre là que Clauswitz pouvait avoir raison,
05:30en disant que la guerre, c'était la continuation de la politique par d'autres moyens.
05:34Et après la Seconde Guerre mondiale,
05:36il y a, malgré la création de l'ONU à la place de la Société des Nations,
05:40qui avait été l'échec de la collectivité internationale face aux dictatures
05:45et aux gens qui voulaient la guerre,
05:46là, on a d'une certaine mesure, mais c'est jamais de la même façon,
05:50une espèce de renaissance de la légitimité guerrière
05:52au sein d'un monde international qui est quand même assez déséquilibré.
05:56Une question que je me pose, vous pourriez la poser aux représentants du Quai d'Orsay,
06:00c'est la République du Guyana qui préside actuellement
06:03le Conseil de sécurité de l'ONU du fait de l'Ordre.
06:06Et l'Iran s'est adressé à lui dès le moment où il a été attaqué.
06:11Qu'est-ce que fait le Conseil de sécurité de l'ONU ?
06:13Alors, je ne parle pas du président du Guyana ni de son représentant,
06:16mais il y a quelque chose qui ne va pas.
06:18Et on a l'impression que la communauté européenne, elle,
06:20est dans la logique d'Aristide Briand,
06:22et le président Macron est dans cette logique-là,
06:25alors qu'ailleurs, il y a une logique qui est une course contre la montre
06:29en essayant de donner aux armes une notion définitive,
06:36si vous voulez, par rapport à une menace qui est avérée,
06:39ou qui semble avérée,
06:40qui est gagner sur le terrain de la guerre des succès
06:46qui vont faire en sorte que notre ennemi est définitivement mis hors de combat.
06:50Mais c'est toujours compliqué.
06:51– Stéphane Goldin est avec nous, ancien chef d'une unité d'élite de Tzahal.
06:54Est-ce qu'en Israël, on croit déjà à la diplomatie ?
06:58– Non, pour le moment, on n'y croit pas encore à la diplomatie.
07:03On aurait souhaité évidemment que le président Trump puisse, je dirais,
07:07coordonner les troupes américaines avec les troupes de défense israélienne
07:11le plus rapidement possible pour avancer dans cette attaque.
07:14Parce qu'il est vrai que si les Américains s'étaient associés
07:16ou s'associeraient avec les forces de défense israéliennes,
07:20la question pourrait être réglée, je dirais, dans les 72 heures.
07:23Donc pour le moment, il n'y a pas énormément de croyances en la diplomatie,
07:28tout simplement parce que le danger n'est toujours pas écarté.
07:31Et donc pour le moment, en tout cas en Israël,
07:33il y a une unité nationale, en tout cas avec l'ensemble,
07:37je dirais, des franges de droite ou de gauche sur le territoire israélien,
07:41pour que cette opération puisse aller jusqu'à son terme
07:46et pour concrètement retirer, déminétariser nucléairement, en tout cas l'Iran.
07:54Après, toute la question du régime est une autre question
07:57qu'il faudra à un moment donné aussi se poser.
07:59Stéphane Goldin, est-ce que les Israéliens sont en train de préparer
08:03une opération commando contre le site nucléaire ultra-renforcé de Fordo ?
08:09Si jamais les Etats-Unis refusaient finalement d'y mener une frappe aérienne,
08:13est-ce que, dans les surprises que réserverait Tsaal,
08:17il y a ce plan d'opération commando ?
08:20Écoutez, il faut surtout ne jamais sous-estimer l'invention israélienne
08:26et la réflexion israélienne sur ce qui pourrait se faire à court, moyen et long terme.
08:32Toujours est-il que Fordo est un site qui est très compliqué
08:36puisqu'il est ancré sous une montagne.
08:38Et donc, c'est vrai que pour fracasser ce site, pour frapper ce site,
08:43il faudrait ce qu'on appelle des grosses bombes, qu'on appelle des bunker breakers,
08:47qui soient portées en plus par des avions B2,
08:50donc des porteurs relativement lourds.
08:55Des gros moyens.
08:55Donc, pour le moment, il y a peut-être une autre possibilité.
08:59Je ne crois pas qu'Israël déploiera des forces commandos sur le terrain iranien,
09:05tout simplement parce que ça risque de les mettre énormément en danger,
09:08même si ces commandos d'élite ont l'habitude d'opérer, je dirais, en territoire ennemi.
09:13Pour le moment, à mon avis, je dis bien à mon avis, ce n'est pas encore d'actualité,
09:17mais tout peut arriver.
09:18Je pense qu'il y a peut-être d'autres moyens dans les besaces israéliennes.
09:24Le sourire de Stéphane Goldil, le petit sourire en quoi ?
09:26Enigmatique.
09:27Merci beaucoup à tous les trois.
09:29Merci d'être venus sur le plateau de première édition.
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