00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Il est 18h17, bienvenue à vous qui nous rejoignez sur RTL.
00:05Bonsoir Laëlla Mignano.
00:07Bonsoir.
00:07Vous êtes journaliste d'investigation au Média Disclose.
00:09Merci de prendre la parole sur RTL.
00:11Vous êtes l'autrice avec Sarah Benichoux et Sophie Boutboul
00:14d'une enquête stupéfiante dévoilée aujourd'hui.
00:17Plus de 200 policiers et gendarmes, tous grades, pardonnez-moi, confondus,
00:21ont été mis en cause pour des faits allant du harcèlement sexuel au viol
00:24entre 2012 et 2025, sur 13 ans.
00:27Comment avez-vous été informé d'un pareil scandale ?
00:30En fait, c'est parti d'une première dénonciation.
00:32Il y a une femme, une jeune étudiante qui est venue nous alerter,
00:35qui nous a dit « J'ai été violée par un jeune policier,
00:38un élève policier à l'époque, j'ai signalé,
00:41et aujourd'hui il est devenu policier. »
00:43Et donc, au début, on a essayé de vérifier cette affaire
00:46et on a essayé de voir si c'est un cas isolé.
00:48Et c'est comme ça que l'enquête commence.
00:50Une première histoire, une deuxième histoire,
00:52à Toulouse, à Rouen, à Troyes, à Paris,
00:56et on se rend compte que c'est dans toute la France
00:58qu'il y a des histoires comme ça,
01:00qui passent devant les tribunaux locaux
01:04ou qui sont relatés par la presse locale, etc.
01:06Et c'est comme ça qu'on va connecter les points entre eux.
01:09Qui sont ces 429 victimes de violences sexuelles
01:11commises par des policiers et des gendarmes que vous avez recensées ?
01:15Alors, on a une victimologie très variée, malheureusement.
01:19On a des victimes de violences conjugales,
01:22donc des plaignantes, des femmes qui sont venues chercher justice
01:25et protection dans les commissariats et les gendarmeries de France
01:29et qui se sont ensuite fait agresser ou violer par les personnes,
01:33les policiers et les gendarmes chargés de prendre leur plainte.
01:36Pardonnez-moi, on s'arrête un instant là-dessus.
01:38Des femmes venues porter plainte parce qu'elles avaient été elles-mêmes
01:41victimes de viols ou de violences sexuelles
01:43sont violées sur place dans le commissariat
01:46par ceux qui sont chargés de prendre leur plainte.
01:48Exactement, et parfois des femmes victimes de violences intraconjugales.
01:53Donc des femmes qui sont déjà en souffrance,
01:54qui se faisaient battre par le conjoint,
01:57souvent pendant des années,
01:59et qui finissent par franchir la porte du commissariat
02:02et qui, là, au lieu de trouver protection,
02:04trouvent de nouveaux agresseurs sexuels.
02:06Vous soulignez qu'une victime sur deux
02:09est elle-même membre des forces de sécurité ?
02:11Tout à fait, c'est aussi un des constats un peu accablants de l'enquête.
02:15La moitié des victimes que nous avons retrouvées
02:18sont elles-mêmes policières et gendarmes.
02:20Et la plupart du temps, elles sont des inférieurs hiérarchiques.
02:23Donc ce sont des supérieurs qui ont profité de leur pouvoir
02:27pour pouvoir les agresser.
02:28Vous décrivez un double abus d'une certaine façon.
02:30Exactement.
02:31Ce sont 429 victimes recensées, je le rappelle,
02:33mais vous imaginez qu'il puisse y en avoir beaucoup plus
02:35et j'ai une autre question à poser,
02:37c'est est-ce que les auteurs sont identifiés de ces violences ?
02:41Alors la première question, c'est que je pense que nos révélations,
02:44c'est un peu la pointe émergée de l'iceberg, comme on dit.
02:48C'est-à-dire, c'est celles qu'on a retrouvées,
02:49celles dont les affaires sont judiciarisées la plupart du temps,
02:52celles qui ont passé l'écran de la presse.
02:55Mais combien y en a-t-il qui n'ont pas parlé encore aujourd'hui,
02:58qui ne veulent même plus entendre parler de commissariat ou de justice ?
03:02À mon avis, c'est beaucoup plus.
03:03Et on peut le voir déjà sur l'adresse e-mail qu'on a mis en place,
03:07qui s'appelle MeToo Police.
03:08On reçoit déjà pas mal d'e-mails de personnes qui disent,
03:12moi aussi, MeToo Police.
03:14Des auteurs sont-ils identifiés ? C'était ma deuxième question.
03:16Alors oui, on en a identifié 215.
03:20215 auteurs de violences sexuelles,
03:23et dont un tiers sont des récidivistes.
03:27C'est-à-dire qu'ils ne font plus d'une victime.
03:30En dépit des alertes, des signalements hiérarchiques, etc.,
03:33on les laisse en poste,
03:34et donc du coup, ils réitèrent les faits sur d'autres victimes.
03:37On a un triste record à Toulouse,
03:40avec un formateur qui a agressé, harcelé 24 femmes en une année.
03:48Et les camarades, sur place, ils ne font rien ?
03:50Ils ne protègent pas ?
03:51Les femmes ?
03:51Enfin, je veux dire, qu'un confrère se comporte mal est une chose,
03:53vous comprenez ce que je veux dire,
03:54mais voilà, que fait la société qui les entoure,
03:58et avec qui ils travaillent ?
03:59J'imagine que vous vous êtes posé la question.
04:01Tout à fait.
04:01On appelle ça le mur bleu du silence.
04:04C'est-à-dire qu'il y a une solidarité,
04:07un esprit de camaraderie qui fait que ça ne se fait pas
04:09de dénoncer le collègue.
04:10Après, ce n'est pas toujours le cas.
04:11Il y a des lanceurs, il y a des lanceuses d'alerte.
04:13Mais ce n'est pas toujours le cas,
04:14et en général, c'est mal vu,
04:16surtout quand on s'attaque à un supérieur hiérarchique.
04:19Alors, on reste dans le mur bleu, donc, du silence.
04:21Vous parlez d'un phénomène systémique,
04:23et non de cas isolés.
04:25C'est quand même particulièrement dramatique.
04:27On parle de la police française,
04:29de la gendarmerie française.
04:31Qu'est-ce qui vous permet de l'affirmer ?
04:33Eh bien, il n'y a absolument aucune structure
04:37qui n'a été mise en place.
04:39Et donc, du coup, forcément, la situation a pourri.
04:41Ça fait dix ans que le ministère de l'Intérieur
04:43est au courant.
04:44Dix ans qu'il reçoit des signalements
04:46qui signent les bulletins de sanction
04:48des agresseurs sexuels,
04:50qui les maintient en poste.
04:52Et donc, effectivement,
04:53une situation qui aurait pu être moins pire,
04:56eh bien, du coup, n'a fait qu'augmenter.
04:57Et on se trouve avec des situations
05:00qui sont particulièrement inquiétantes.
05:02Des propres mots de la défenseuse des droits,
05:04qui a dit que les trois quarts des signalements
05:07qu'elle recevait dans la fonction publique,
05:09toute la fonction publique,
05:10était le fait de forces de sécurité.
05:13Les policiers et les gendarmes
05:14sont donc finalement,
05:15enfin, sont d'une certaine façon
05:16à l'image de la société.
05:18Comment expliquons-nous que de tels profils
05:19restent durablement dans la police ?
05:21J'imagine que vous posez la question,
05:23vous-même ?
05:23Ah, on se pose la question nous-mêmes ?
05:25Évidemment, vous n'avez pas eu de réponse très claire.
05:26Pas très claire.
05:27Quand on lui a posé la question,
05:28par exemple, à la gendarmerie,
05:29on dit comment ça se fait
05:30que vous avez 46 agresseurs sexuels sanctionnés
05:33et il n'y en a que 3 qui ont pris la porte.
05:363 seulement qui ont été révoqués.
05:37Pourquoi l'immense majorité est restée dans les rangs ?
05:40Aucune réponse.
05:41La seule réponse qu'on reçoit
05:42du ministère de l'Intérieur,
05:43c'est à chaque fois qu'on nous dénonce des faits,
05:45on ouvre une enquête.
05:46Voilà.
05:46Alors, j'ai noté qu'apparemment,
05:48les sanctions disciplinaires
05:50passaient aussi par les plus hautes sphères
05:52et en l'occurrence jusqu'à l'Elysée
05:53pour certains commissaires.
05:54Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
05:56Ça veut dire qu'à chaque fois
05:57qu'un policier ou un gendarme est mis en cause,
06:00c'est la hiérarchie qui doit signer
06:01le bulletin de sanctions.
06:03Ils ont le pouvoir de l'augmenter,
06:04la sanction, ou de la diminuer.
06:06Et selon le grade hiérarchique,
06:08on monte de plus en plus haut.
06:09Donc d'abord la préfecture,
06:12ensuite le ministère de l'Intérieur,
06:13puis pour les plus hauts grades,
06:14donc les commissaires,
06:15commissaires divisionnaires,
06:16c'est l'Elysée qui doit signer
06:18le bulletin de sanctions.
06:19Donc pardonnez-moi,
06:20si c'est un commissaire de police
06:21qui s'est mal comporté
06:23ou qui a tenté de violer une femme,
06:24enfin bref,
06:25ça arrive à l'Elysée directement ?
06:28Son bulletin de sanctions,
06:29c'est-à-dire qu'il y a eu
06:30un conseil de discipline,
06:31on soumet le bulletin de sanctions
06:32à l'autorité hiérarchique
06:35et là, elle doit signer.
06:37Soit elle décide de la révocation,
06:39elle décide d'un blâme,
06:40elle décide d'une suspension
06:41ou elle aggrave la décision
06:43qui est déjà décidée
06:44par le conseil de discipline.
06:46On peut parler de Merta ?
06:47Enfin, je ne sais pas,
06:48c'est plus clair que ça ?
06:49Complètement,
06:50c'est quelque chose qui,
06:50c'est le mur bleu du silence,
06:53c'est quelque chose
06:53qui est complètement sous silence,
06:56alors que l'ensemble
06:57des admirations publiques,
06:58aujourd'hui,
06:59le ministère des Armées
07:00a mis en place son plan d'action
07:01il y a dix ans.
07:02Aujourd'hui,
07:02dans le ministère de l'Intérieur,
07:03il n'y a pas un seul plan d'action,
07:04pas une instruction,
07:05pas une note.
07:06Aujourd'hui,
07:07il n'est pas interdit
07:08à un policier ou un gendarme
07:10d'avoir des relations sexuelles
07:11avec une plaignante
07:12ou avec une détenue.
07:14Alors que c'est le cas aux Etats-Unis,
07:15c'est le cas en Angleterre.
07:16En France,
07:16ce n'est pas interdit.
07:18Que vous répond
07:19le ministère de l'Intérieur
07:19si vous l'avez interrogé ?
07:21Oui, bien sûr,
07:22on l'a interrogé.
07:23On a envoyé plus d'une centaine
07:24de questions au ministère
07:26et aux différents hiérarchies locales,
07:30etc.
07:31Il nous répond qu'à chaque fois
07:32qu'un fait est signalé,
07:34une enquête est ouverte.
07:36Voilà la réponse.
07:37Et donc,
07:38ça s'arrête derrière ?
07:39Exactement.
07:40Après,
07:41peut-être qu'il va avoir
07:43un sursaut,
07:43peut-être qu'aujourd'hui,
07:44il va décider de prendre
07:46le problème à bras-le-corps,
07:47etc.
07:47C'est une chance
07:48qui lui est offerte.
07:49Maintenant,
07:49il ne peut plus ignorer
07:50l'existence de Smith & Police
07:53ou peut-être que pas.
07:55En tout cas,
07:56d'où la nécessité
07:57de la publication
07:57de votre enquête.
07:59Merci beaucoup,
07:59Leïla Mignano.
08:00Vous êtes journaliste
08:01d'investigation
08:01chez nos confrères
08:02du Média Disclose
08:03et co-autrice
08:04de cette enquête
08:05dont nous venons de parler.
08:06117 mails par jour,
08:07des sollicitations
08:08toutes les deux minutes,
08:09des réunions de plus en plus tardives.
08:11Au travail,
08:11les employés vivent
08:12des journées de travail infinies
08:13selon une étude stupéfiante
08:15réalisée par Microsoft.
08:17Tout cela est-il bien normal ?
08:18Quel impact pour les salariés,
08:19pour la vie d'entreprise,
08:20pour notre société ?
08:21Nous posons les questions
08:22à 18h40 à Camille Puech
08:23qui est spécialiste
08:24du management
08:24et des conditions
08:25de travail sur RTL.
08:27Agnès Bonfillon,
08:28Yves Calvi.
08:31RTL Soir jusqu'à...
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