00:00On est donc au cinquième jour de ce conflit entre Israël et l'Iran, et alors que l'armée israélienne affirme avoir tué le plus haut responsable militaire iranien,
00:09je vous propose d'écouter Benjamin Netanyahou qui a donné hier une interview à la chaîne américaine ABC,
00:14et le premier ministre israélien n'exclut pas de tuer le guide suprême iranien Ali Khamenei.
00:20Cela n'aggraverait pas le conflit mais y mettrait fin.
00:24Nous avons subi un demi-siècle de conflits propagés par ce régime qui terroriste tous les habitants du Moyen-Orient,
00:31répand le terrorisme, la subversion et le sabotage partout.
00:34La guerre sans fin est ce que l'Iran désire et il nous mène au bord de la guerre nucléaire.
00:38En réalité, ce que fait Israël permet de prévenir cela, en mettant fin à cette agression.
00:45Je crois qu'après notre action, nous serons en mesure d'amener le Moyen-Orient à des sommets que personne n'a même imaginé.
00:50Cela sera possible si nous supprimons la capacité iranienne de menacer tout le monde,
00:55non seulement nous avec notre existence, mais aussi les régimes et nos voisins arabes et tous les autres.
01:00Ceci apportera la paix que nous espérons tous.
01:05Voilà, Benjamin Netanyahou qui a donc déclaré que son pays était en train de changer la face du Moyen-Orient.
01:10On voit, Gabriel Cluzel, que ça va bien au-delà de simplement stopper le développement nucléaire en Iran.
01:17Oui, alors même si, pour les spécialistes, cette attaque est à distinguer,
01:25ce n'est pas en représailles au 7 octobre.
01:27C'est quelque chose qui est un travail de fond, qui est une réponse au développement de l'arme nucléaire.
01:34C'est ce qu'on appelle, c'est prévu par le droit international, je crois depuis Bush,
01:37une guerre préemptive qui est différente de préventive.
01:42C'est-à-dire qu'il y a une guerre qui se fait dans un contexte où on imagine que la menace est précise et forte.
01:49C'est vrai, on ne va pas se mentir.
01:50Et il a raison de le dire que c'est une...
01:54Israël fait là le boulot, on pourrait dire le sale boulot peut-être,
01:58au vu des réactions, des cris d'orfraie,
02:01mais tant pour le reste du monde arabe que pour l'Occident.
02:07N'oublions pas que...
02:08Le sale boulot, je ne sais pas, parce qu'on entendait tout à l'heure des témoignages d'Iraniens qui vivent à Paris,
02:13qui attendent avec impatience.
02:15Oui, mais c'est ce que je veux dire.
02:16Dans le sale, je veux dire, dans la perception qu'en ont certains,
02:19c'est-à-dire qu'il y a une forme de tartufferie,
02:22c'est-à-dire que certains disent que c'est affreux ce que fait Israël,
02:25parce qu'ils déstabilisent l'endroit,
02:27même si rappelons qu'ils visent des infrastructures militaires,
02:31ce qui n'est pas le cas des représailles.
02:33Mais donc, ceux-là même qui poussent les cris d'orfraie,
02:37on pourrait aller jusqu'à notre gouvernement,
02:39d'une certaine façon, en sont heureux.
02:42C'est en cela que je parle de sale boulot.
02:45C'est le boulot que les autres, disons, ne voulaient pas faire.
02:48Maintenant, il y a toujours un risque,
02:50et ça, c'est une réalité, et on l'a vu à chaque fois.
02:52C'est-à-dire, le narratif relève toujours de la prophétie autoréalisatrice.
02:58Vous avez raison, les gens qui sont à Paris,
03:00les Iraniens qui sont à Paris, souhaitent la chute de ce régime,
03:03mais par définition, souvent, ils sont venus à Paris
03:06parce qu'ils étaient contre ce régime.
03:08Donc, le risque, c'est d'aller de Caribe en Sylla,
03:10et on l'a vu pour la Libye, on l'a vu pour l'Irak,
03:14c'est-à-dire, il ne faudrait pas que, comment dire,
03:18cette chute des Mollahs conduise à un régime islamiste.
03:23Enfin, vous savez, on n'est jamais sûr de rien.
03:25Donc, c'est en cela que peut-être prédire à coup sûr
03:32des jours meilleurs est peut-être un peu optimiste.
03:35Paul Melun, sur la stratégie de Benyamin Netanyahou,
03:38qui va bien au-delà, on l'a dit, de stopper l'arme nucléaire en Iran.
03:43Oui, elle va bien au-delà, et en même temps, tout est lié.
03:46C'est-à-dire que là, aujourd'hui, ce qui est manifeste,
03:48et la volonté d'Israël d'éliminer Ali Rahmenei,
03:51participe de cette volonté, c'est de décapiter,
03:53aux propres comme aux figurés, la tête du régime de Terran.
03:57Oui, la fameuse doctrine de la pieuvre, dont on avait beaucoup parlé en 2021.
04:00Oui, exactement.
04:01Donc, il y a là, véritablement, une volonté de décapiter la tête du régime iranien,
04:07volonté qui, stratégiquement, me semble plutôt adaptée,
04:10sachant que, alors c'est très difficile, vu d'Occident,
04:13comme disait Gabriel, on a peut-être toujours une vision,
04:15une lecture peut-être un peu déformée,
04:17mais globalement, ce que l'on voit de toutes les enquêtes sérieuses,
04:20c'est qu'une majorité, certaine du peuple iranien,
04:23veut se débarrasser de ses propres dirigeants.
04:25Que depuis la révolution islamique, en 1979,
04:28les Mollahs n'ont jamais été aussi impopulaires,
04:31depuis la chute du Shah.
04:32Donc, si vous voulez, il y a aujourd'hui un moment historique et politique en Iran,
04:36dont il faut peut-être se saisir,
04:38sur le plan de la politique intérieure.
04:40Et donc, la déstabilisation de Téhéran par Israël,
04:43peut avoir un intérêt de politique intérieure,
04:45pour faire tomber le régime des Mollahs,
04:47ce qui est vraiment, à mon avis, quelque chose de très important pour la zone.
04:50Et deuxième point, sur l'arme nucléaire,
04:53les Mollahs ont roulé dans la farine tout le monde,
04:55signant des accords, expliquant, le dernier en date étant de 2015,
04:59qu'il n'y aurait pas de prolifération de l'armement nucléaire, etc.
05:04Et en fait, on s'aperçoit que, peu à peu,
05:06ils ont réduit les passages des inspecteurs du nucléaire,
05:10pour pas qu'ils puissent aller voir ce qui se passait très précisément,
05:13qu'ils ont développé tout ce qu'il fallait pour faire du nucléaire militaire,
05:16et qu'ils jouent une sorte de jeu de dupe avec l'Occident,
05:19expliquant, non, non, nous, c'est du nucléaire civil, bien sûr,
05:22comme celui qui développait, d'ailleurs, là-bas, dans les années 50,
05:24avec le soutien de l'Occident,
05:25alors même qu'on sait très bien qu'aujourd'hui, c'est du nucléaire militaire.
05:27Donc, ça a été dit, je crois, par le président de la République,
05:30le nucléaire militaire entre les mains des Mollahs,
05:34c'est une menace pour le monde entier, pour la paix,
05:36pas seulement pour le Moyen et le Proche-Orient,
05:37mais aussi, peut-être demain, pour des puissances occidentales,
05:40et bien sûr, pour Israël, puisque l'agenda des Mollahs est clair,
05:43c'est la destruction totale d'Israël.
05:46Donc, quand vous avez votre voisin,
05:47il y a deux, trois pays entre les deux,
05:49notamment la Jordanie et l'Irak,
05:50mais quand vous avez votre voisin qui dit,
05:52je veux vous détruire,
05:53votre existence même n'est pas un sujet,
05:56il faut vous détruire,
05:57il est évident que là, les frappes en prévention
05:59sur des infrastructures militaires se justifient pleinement.
06:02Et justement, cette extension du domaine des frappes israéliennes,
06:05elle a des objectifs qui sont plus larges, géopolitiques,
06:07on va en parler, mais on va écouter, tiens, Sarah Doraghi,
06:09journaliste franco-iranienne,
06:11qui souhaite plus de fermeté avec l'Iran,
06:14contrairement à la position d'Emmanuel Macron,
06:15elle était sur Europe 1 ce matin.
06:17Je ne suis pas d'accord avec le président,
06:18je pense que l'heure n'est pas à la dilution,
06:23à l'édulcoration et à la souplesse,
06:26voilà, et à l'onctuosité.
06:27Là, ce n'est pas le moment de dire,
06:28attendez, mais on revient, on discute,
06:30on discute pourquoi, on discute avec qui ?
06:32On discute avec des barbares qui sont là,
06:34qui font toujours la même chose.
06:35Je vais vous dire, moi j'ai grandi en Iran,
06:37on a grandi au son d'eux, à mort l'Amérique,
06:40à mort Israël.
06:41Qu'est-ce qui n'est pas clair ?
06:43Voilà, Sarah Doraghi,
06:44journaliste franco-iranienne,
06:45Gabrielle Cruzel, ça va dans le sens que vous disiez.
06:47Oui, mais c'est assez évident,
06:50il y a une espèce de naïveté encore,
06:53ou presque d'orgueil,
06:55parce qu'on veut penser que les autres pensent toujours comme nous,
06:57vous voyez, ont le même fonctionnement mental.
06:59que d'imaginer que l'Iran est un pays
07:01qui veut la prospérité,
07:03qui voudrait la prospérité de ses citoyens,
07:05enfin de ses ressortissants,
07:07et qui serait prêt à rester dans son petit précaré gentiment.
07:10Non, quand on lit tout ce qu'ont écrit les mots-là,
07:12on sait qu'ils veulent la révolution,
07:14et ils ont une conception extensive
07:16aux autres pays de cette révolution,
07:18donc ils n'auront pas de repos tant que de fait,
07:23ils n'auront pas réussi à venir à bout d'Israël,
07:26et puis on se doute bien que l'Occident
07:29ne rentre pas dans leurs petits papiers.
07:31Je rappelle quand même,
07:32parce qu'on a tendance à l'oublier,
07:34mais que les morts du Drakkar,
07:36nous les devons,
07:38par Hezbollah interposé,
07:40mais le Hezbollah était une filiale de l'Iran d'Emola,
07:44nous le devons à l'Iran.
07:45Donc pardon, c'est un, comment dire,
07:48c'est un conflit qui nous concerne,
07:50on peut même dire que,
07:52si je me souviens bien,
07:53il y a quelques mois,
07:54Israël a tué un des commanditaires,
07:57de cet attentat meurtrier du Drakkar,
08:00il y a encore des familles qui peuvent en parler,
08:03et en cela,
08:04Israël a un peu vengé les Français,
08:08donc non,
08:09il ne faut pas se faire d'illusions de faits
08:11sur le régime d'Emola,
08:12c'est comme croire à la parole d'un arracheur de dents,
08:15même signer des traités,
08:18on a parlé du nucléaire militaire,
08:21on s'est rendu compte en 2009,
08:23que finalement,
08:25ils ne faisaient pas tout ce qu'ils avaient dit,
08:26mais c'est un peu,
08:27là aussi,
08:28faire montre d'une grande candeur.
08:30Paul Melon ?
08:31Oui, d'autant qu'en plus,
08:32si l'Iran venait à avoir l'arme nucléaire,
08:36ça aiguiserait l'appétit d'un certain nombre d'autres pays,
08:38d'autres puissances régionales,
08:39qui eux aussi sont à quelques mois,
08:41selon les spécialistes de la matière,
08:43d'être dotés eux-mêmes de l'arme nucléaire,
08:46et donc ça veut dire une déstabilisation durable
08:48et très dangereuse de la zone et de la région.
08:52Donc à un moment donné,
08:52il faut savoir effectivement agir.
08:54On a essayé jusqu'à présent,
08:55par la voie diplomatique,
08:57avec ces fameux accords,
08:58Donald Trump en 2018 a retiré les Etats-Unis de ces accords,
09:01je pense d'ailleurs que ça a été une mauvaise stratégie,
09:02mais peu importe,
09:03de toute façon,
09:03les Molas nous mentaient
09:04et auraient fini par se procurer cette arme,
09:07par la fabriquer,
09:08donc il faut en passer probablement,
09:10et c'est malheureux,
09:10mais c'est comme ça,
09:11par une réponse d'ordre militaire,
09:13en épargnant et en essayant
09:14de ne pas faire de dégâts civils,
09:16mais en tout cas,
09:17en frappant ces bases militaires,
09:20ces bases de fabrication,
09:20et en cela,
09:22Benyamin Netanyahou,
09:23par cette attaque-là,
09:24rend service globalement à toute la région,
09:26et d'ailleurs,
09:27un certain nombre de pays,
09:28comme la Jordanie,
09:29comme l'Arabie Saoudite,
09:30n'ont pas plus intérêt
09:31à ce que le Mola obtienne l'arme nucléaire
09:33que Tel Aviv,
09:34donc si vous voulez,
09:34il y a peut-être une convergence des intérêts
09:36sur le sujet,
09:37l'Egypte aussi par exemple,
09:38donc que l'Iran ait l'arme atomique,
09:41ça n'est vraiment pas dans l'intérêt
09:42de beaucoup de pays,
09:43à part peut-être des pays comme la Russie
09:44ou la Chine,
09:45qui jouent un jeu un peu trouble
09:46vis-à-vis de l'Iran,
09:47mais globalement,
09:48que ce soit les puissances occidentales
09:49ou même des pays de la région,
09:51pas grand monde n'a intérêt
09:51à ce qu'aujourd'hui Téhéran dispose de cette arme.
09:53Et alors qu'il était critiqué
09:54sur sa stratégie concernant le conflit à Gaza,
09:57il est pour le coup soutenu,
09:58là, par une majorité de la population
10:00en Israël.
10:01Il y a une unité de la nation
10:03autour de cette action.
10:07Après, encore une fois,
10:09c'est la suite
10:11qu'il faudra surveiller de près
10:14parce qu'on l'a vu,
10:16ces changements de régime
10:21dans ces pays-là
10:22ne se terminent pas
10:23toujours de la façon
10:24qu'on l'imagine.
10:27Donc c'est vrai que ça va être
10:27un sujet de préoccupation.
10:29Les trattations se poursuivent
10:31et Donald Trump dit
10:32vouloir une fin réelle
10:33au conflit Iran-Israël,
10:34pas juste un cessez-le-feu.
10:36Et justement,
10:36on va en parler de Donald Trump
10:37parce qu'il a glissé
10:38un petit tacle appuyé
10:39à Emmanuel Macron
10:39en marge du G7.
10:41A tout de suite.
10:41Europe 1 et 13h27.
10:42Sous-titrage Société Radio-Canada
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