00:00Bonjour à vous, merci d'être là en direct ce matin dans les 4V en cette journée particulière
00:05puisque à midi il y aura une minute de silence observée dans l'ensemble des établissements scolaires
00:10en hommage bien sûr à la surveillante qui a été tuée avant-hier.
00:13Au-delà de tous ces hommages, Raphaël Glucksmann qui sont évidemment très importants,
00:17comment on peut protéger les enfants et les personnels de l'éducation nationale ?
00:22Déjà, permettez-moi de partager ce deuil.
00:25Je pense que toutes les Françaises, tous les Français partagent ce deuil.
00:28Le deuil des proches de cette femme qui a été assassinée alors qu'elle veillait sur nos enfants.
00:36Le deuil de la communauté éducative dans son ensemble.
00:39Parce que l'école est touchée par un phénomène d'hyperviolence qui n'est pas suscité par l'école,
00:45qui est suscité par la société dans son ensemble.
00:48Et si vous voulez, on a mis sur les épaules de l'école l'ensemble des crises qui frappent notre société.
00:55Et donc comment on fait pour faire face à ça ?
00:58Il n'y a pas une mesure qui va tout changer.
01:02Il n'y a pas une mesure type les portiques qui vont empêcher ces horreurs d'arriver.
01:08C'est bidon tout ça ou il faut le faire quand même ?
01:10Non, ce n'est pas bidon.
01:11Mais il faut arrêter de faire la course à la mesure qui va empêcher ce genre d'horreur.
01:17On voit bien que l'État cherche la parade, comme l'écrit ce matin Villarro.
01:19L'État cherche la parade, mais en fait, c'est beaucoup plus profond que ça.
01:24C'est des années, des décennies de délitement du lien civique.
01:29De délitement de l'autorité ?
01:31De perte aussi de la cohésion sociale.
01:34Moi, j'étais il y a encore quelques jours avec les policiers dans les Yvelines.
01:40On a passé de longues heures à discuter et à aller sur le terrain.
01:44Et ce qu'ils nous disaient tous, c'est ce phénomène d'hyperviolence qui s'est développé dans les dernières années,
01:50chez les plus jeunes, chez des ados de 13 ans, 14 ans,
01:54qui n'ont plus aucune conscience, en fait, du bien et du mal, de la limite à imposer à sa propre violence.
02:00À cause des réseaux sociaux ou pas ?
02:02Puisque vous avez vu que le Président, il veut interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans.
02:04Il n'y a pas une seule cause.
02:05Il y a la disparition des structures républicaines.
02:09Il y a la disparition des services publics.
02:10Il y a la disparition de l'autorité.
02:11Il y a l'érosion du lien civique.
02:13Et il y a aussi ce phénomène.
02:14Oui, c'est noté par tous les acteurs de terrain, ce phénomène des réseaux sociaux.
02:19Et c'est un immense problème.
02:20Vous savez, quand vous avez des jeunes qui commettent des violences
02:23et qu'il y a ensuite les postes et qu'il y a une forme d'émulation et de perte, en fait, de toute forme de limite.
02:29Donc oui, il y a un problème fondamental des réseaux sociaux.
02:32Il y a un problème pour nos jeunes, mais il y a un problème en général pour notre démocratie, pour notre société.
02:36Même si ce n'était pas le cas à nos gens.
02:38Oui, ce n'est pas le cas à nos gens, mais c'est le cas dans beaucoup, beaucoup d'endroits.
02:42Donc oui, il faut discuter de la relation des jeunes aux réseaux sociaux.
02:47Et oui, il faut aller et peut-être interdire au moins de 15 ans.
02:50Et il faut aller plus loin.
02:52Enfin, il faut poser la question de ces réseaux de manière générale.
02:55Vous savez, moi, à l'échelle européenne, au Parlement européen, je porte le combat
02:58pour qu'enfin on applique nos propres lois visant les grandes plateformes pour les responsabiliser.
03:05Vous avez des plateformes comme TikTok qui violent toutes les règles européennes.
03:09Et qu'est-ce qu'on fait contre ces plateformes ?
03:11À quel moment elles vont prendre au sérieux les alertes de la puissance publique ?
03:15Vous savez, vous avez TikTok qui, à la fois, produit un effet délétère sur la santé mentale de nos jeunes
03:22et qui, en même temps, permet des ingérences dans nos démocraties, de fausser des élections,
03:26comme on l'a vu récemment en Roumanie, et qui ne change rien, qui ne répond pas aux injonctions de la puissance publique.
03:34Et donc, finalement, c'est les réseaux sociaux, c'est l'école, c'est la société dans son ensemble.
03:39Vous savez, quand on parle comme ça d'une école mythique de la Troisième République
03:41qui était une forme de sanctuaire républicain, il n'y avait pas que l'école.
03:45Autour de l'école, il y avait plein de structures intégratrices qui participaient à ce projet d'émancipation qu'est la République.
03:50Il y avait aussi l'autorité. Vous nous avez parlé d'un manque d'autorité,
03:53ce qui n'est pas forcément un discours qu'on entend beaucoup à gauche.
03:55Est-ce qu'il y a, sur cette question, un déni de la part de certains de vos amis à gauche, que vous essayez de casser ?
04:00Moi, je pense qu'il y a un déni collectif dans la société
04:03et qu'il y a la nécessité d'aborder sans tabou ces questions.
04:07Mais ce n'est pas en faisant une surenchère de mesures répressives
04:10qu'on répondra à quelque chose qui est beaucoup plus profond.
04:13Donc, ça ne sert à rien ce que propose Gérald Darmanin, supprimer le sursis, l'aménagement des peines, les peines minimales.
04:18Tout ça, vous dites oui, il faut le faire pour envoyer des messages ou bien ça ne sert à rien ?
04:21Non, il ne faut pas faire tout ce qui est proposé là.
04:23Mais ce qu'il faut faire surtout, c'est réfléchir à comment on régénère notre société
04:29et comment on exclut l'hyperviolence de cette société.
04:33Comment on prend en charge notre jeunesse pour l'éduquer ?
04:37Comment on fait pour qu'il y ait une société qui n'est pas que d'un côté l'école et de l'autre TikTok et X ?
04:44Qu'on ait d'autres structures intégratrices ?
04:46Mais j'insiste parce que c'est comme ça qu'on va éduquer, qu'on va rétablir l'autorité.
04:50Ce n'est pas simplement avec des coups de menton ou des mesures à chaque fois qu'il y a un drame.
04:53Ce qu'on doit faire, c'est penser pourquoi notre société est en train de se déliter de cette manière.
05:00Et ça, ça suppose qu'autour de l'école, il y ait des structures intégratrices qui se sont renforcées.
05:05À l'époque, il y avait des parties de masse qui canalisaient.
05:08Il y avait les églises.
05:10Il y avait le service militaire qui était de trois ans pendant la Troisième République.
05:13Et il n'y a plus aucune autre structure intégratrice que l'école, aucune autre structure éducative que l'école.
05:19Donc en réalité, on est dans une société où on fait tout reposer sur l'école.
05:23Mais l'école, c'est une cocotte minute, ça va exploser.
05:25Et d'ailleurs, je vais vous dire, moi je passe là des semaines et des semaines à aller à bas bruit partout en France.
05:32Dans le secteur hospitalier, rencontrer les acteurs du secteur hospitalier, rencontrer les acteurs de la police, rencontrer les acteurs de la justice, rencontrer les acteurs de l'éducation.
05:39Et l'impression que j'ai, c'est qu'en fait, la France est devenue une juxtaposition de cocotte minute.
05:44Ça peut exploser à tout moment et il n'y a pas, je pense, cette réflexion profonde pour faire évoluer,
05:51pas simplement pour injecter de l'argent pour calmer les gens dans chaque cocotte minute et faire baisser la pression, mais pour refonder notre modèle.
05:58Sur un plan plus politique, est-ce que vous faites beaucoup de rencontres ?
06:00Est-ce que vous allez rencontrer Olivier Faure bientôt ?
06:02Parce que c'est ce week-end le congrès du Parti Socialiste et c'est lui qui va rester au poste de premier secrétaire.
06:08Vous vous êtes félicité de sa victoire ? On peut penser que vous étiez plutôt plus proche de Nicolas Maillet-Rossignol sur les idées.
06:13Je l'ai appelé pour le féliciter et ce que je dis, c'est qu'en fait, avec le Parti Socialiste, on travaille ensemble tous les jours au Parlement européen.
06:21On a fait une campagne des européennes, on a posé les bases d'un renouveau de l'espace social-démocrate,
06:27de cette gauche attachée à l'Union européenne, attachée à la démocratie, attachée à l'écologie, attachée à un débat public apaisé.
06:35Oui, mais jusqu'où ira cette union ?
06:38Il faut construire sur ce qu'on a fait.
06:40Il a milité pour une primaire de Ruffin à Glucksmann, sauf que Glucksmann, ici présent, il n'est pas d'accord pour ça.
06:45Mais parce qu'on a une base, on a fait 14% aux européennes, il faut qu'on construise sur cette base.
06:51Et ensuite, on peut discuter avec qui on veut, mais d'abord, construisons sur cette base.
06:55Parce qu'en fait, à gauche, il faut arrêter de l'hypocrisie.
06:57J'entends encore les appels à dire qu'il faut une union de la gauche, un candidat unique.
07:04Mais la vérité, c'est qu'avec la France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon, nous ne partageons ni la même vision, ni la même méthode, ni le même projet.
07:11Donc en réalité, c'est tout à fait démocratique et normal qu'il y ait deux pôles qui s'affirment de manière sincère et claire.
07:19Et donc ce qu'il faut, c'est de la clarté. Et il faut que nous, nous travaillons avec nos partenaires socialistes à affirmer ce pôle-là.
07:25Les autres partenaires, Les Verts, François Ruffin, ils sont encore dans cette idée d'une grande union de la gauche.
07:32Alors moi, ce que j'entends, c'est qu'ensuite, quand on discute en privé, je vais vous dire la vérité,
07:36quand on discute en privé, ils nous disent, mais de toute façon, Mélenchon ne veut pas l'alliance.
07:40Donc nous, on va prendre le drapeau de l'union et on va laisser à Mélenchon la désunion.
07:44Mais ça veut dire que ça, c'est de l'hypocrisie en réalité.
07:46Le sujet pour vous, au-delà des petites bisbilles politiques, c'est d'empêcher Marine Le Pen d'arriver au pouvoir ou le RN en 2027.
07:53Vous l'avez entendu le week-end dernier, c'était lundi avec notamment Victor Orban et Matteo Salvini qui étaient présents en France.
08:00Elle a chargé l'Union européenne. Vous lui répondez quoi à Marine Le Pen ?
08:03Déjà, j'invite tout le monde à voir ce discours.
08:07Quand on nous parle de dédiabolisation du Rassemblement national, on doit regarder,
08:12on doit écouter les mots qui ont été prononcés par Marine Le Pen elle-même et par tous ses alliés d'extrême droite.
08:17Marine Le Pen, elle s'est livrée à une diatribe contre l'Europe.
08:20Elle a expliqué que l'Europe était une dictature, que l'Europe était un empire,
08:24que l'Europe était néo-libérale, ultra-libérale et dans le même moment ultra-autoritaire.
08:29Et surtout, elle a dit quoi ? Que nous, au Parlement européen, dans les institutions européennes,
08:33nous travaillons à déclencher une guerre en Europe.
08:36Eh bien, moi, ce que je veux dire à Marine Le Pen, c'est que la guerre, elle existe
08:39et que nous, nous travaillons d'arrache-pied à assurer la sécurité des Européennes et des Européens,
08:44à assurer la possibilité d'une défense autonome européenne,
08:48autonome vis-à-vis des États-Unis dans lesquels nous ne pouvons plus avoir confiance.
08:51Et ce que je veux lui dire, c'est qu'à chaque fois que nous travaillons à une avancée
08:55pour la sécurité des Européens, à une avancée pour la souveraineté européenne,
09:00qui s'oppose aux avancées que nous proposons ?
09:03Ces hommes et ces femmes au Parlement européen, ces alliés européens
09:06qui votent contre la défense européenne, qui votent contre la souveraineté européenne,
09:09qui votent contre tout ce qui permet d'assurer la sécurité des Françaises et des Français.
09:13Et en réalité, ces gens sont des patriotes de pacotille.
09:16Et 2027, l'élection pour laquelle, aujourd'hui, Marine Le Pen ou Jordan Bardella sont les favoris,
09:24eh bien, ce sera un référendum sur la démocratie, sur la capacité de la France à être un leader en Europe.
09:30Marine Le Pen, c'est le parti de la soumission.
09:34C'est le parti de la soumission à Vladimir Poutine et à Donald Trump.
09:37Et il faut que les Françaises et les Français entendent cela,
09:39les implications qu'aurait le triomphe de l'extrême droite dans notre pays.
09:43Et on voit avec cet appel enflammé que les slogans sont déjà prêts,
09:46ou en préparation en tout cas pour 2027.
09:48C'est pas des slogans, c'est l'avenir de notre démocratie, c'est l'avenir de la France.
09:50La France, ça ne peut pas être ça, ça ne peut pas être ce discours-là,
09:53ce discours trumpiste et poutiniste.
09:55Merci beaucoup, Raphaël Glucksmann dans les cas de Vestim.
09:57Merci à vous.
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