- il y a 8 mois
REDIFF - Le 4 mai 1897, une vente de charité tourne au drame. Cette année-là, le Bazar de la Charité est installé sur un terrain vague, avec ses décors de carton-pâte et une attraction alors inédite : le cinématographe. Mais soudain, dans ce lieu bondé et insolite, un incendie se déclare, attisé par des matériaux inflammables. En quelques minutes, c'est l'enfer et la panique générale. Revivez cette tragédie qui a endeuillé la Belle Époque.
Crédits : Lorànt Deutsch, Emma Locatelli.
Dans le podcast « Entrez dans l'Histoire », Lorànt Deutsch vous dresse le portrait d'une personnalité qui a marqué l'Histoire. Des récits captivants pour apprendre et enrichir sa culture générale.
Regardez Entrez dans l'Histoire avec Lorànt Deutsch du 09 juin 2025.
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00:00Jusqu'à 15h30 sur RTL. Entrez dans l'histoire avec Laurent Deutsch.
00:06Bonjour les amis, c'est Laurent Deutsch. Aujourd'hui, ça va chauffer. Et on va
00:12avoir chaud, très chaud, car je vous emmène affronter les flammes au cœur de l'incendie
00:17du Bazar de la Charité. L'incendie du Bazar de la Charité, un drame atroce qui s'est produit à
00:23la fin du 19e siècle dans les beaux quartiers de la capitale. Ce jour-là, le 4 mai 1897,
00:29alors que toute la bonne société parisienne s'est donné rendez-vous dans une vente de
00:34bienfaisance, la joyeuse fête de Charité a tout à coup viré à l'hécatombe. L'incendie du Bazar de
00:42la Charité a provoqué une onde de choc phénoménale dans la capitale et dans toute la France. Mais
00:48une fois la stupeur et l'effroi passé, il a aussi suscité bon nombre de polémiques. Ce qui n'aurait
00:54dû être qu'un fait d'hiver tragique a malheureusement pris dans les jours suivants une tournure inattendue.
00:59En effet, il a révélé toutes les fractures qui divisaient la société de la belle époque,
01:04en dressant la gauche contre la droite, les pauvres contre les riches, les femmes contre les hommes.
01:11Oui, cet incendie meurtrier a ravivé la lutte des classes et même la guerre des sexes.
01:17Alors restez avec moi, car dans quelques instants ça risque de chauffer un peu,
01:21car nous allons entrer dans la fournaise du Bazar de la Charité. A tout de suite.
01:27Laurent Deutsch sur RTL, Entrez dans l'Histoire.
01:32Laurent Deutsch sur RTL, Entrez dans l'Histoire du Bazar de la Charité.
01:36Nous sommes le mardi 4 mai 1897 dans le 8e arrondissement de Paris, au 17 de la rue Jean Goujon.
01:46Une vingtaine de personnes sont assises sur des chaises, dans le petit apanti accolé au vaste entrepôt du Bazar de la Charité.
01:53Elles ont payé 50 centimes pour venir voir les photographies animées des Frères Lumières.
02:00Une nouvelle invention qu'on appelle le cinématographe.
02:04De là où ils sont, les spectateurs perçoivent le brouhaha qui provient du Grand Hall du Bazar de la Charité,
02:10juste à côté, où déambulent à présent plus d'un millier de personnes.
02:15Cette journée est un succès.
02:17À 16h15, M. Bellac, le projectionniste, lance enfin le premier film.
02:24La magie opère tout de suite.
02:27Le public, fasciné par les images en mouvement, pousse des petits cris de stupeur et de ravissement.
02:34Mais tout à coup, le film s'arrête.
02:38Les spectateurs commencent à râler.
02:41M. Bellac s'excuse.
02:43Ne vous inquiétez pas, ça va reprendre, ce n'est rien, c'est tout simplement la lampe de mon appareil qui s'est simplement éteinte.
02:51M. Bellac doit remettre de l'éther dans le carburateur de son projecteur pour qu'elle se rallume.
02:57Mais alors qu'il ouvre une bouteille d'éther, le projectionniste se plaint de ne pas y voir assez clair.
03:03Il demande à Grégoire, son assistant, de lui faire un peu de lumière.
03:07Mais le dénommé Grégoire, au lieu d'écarter l'une des bâches qui les entourent pour profiter de la lumière du jour,
03:15va avoir la mauvaise, la très mauvaise idée de plutôt craquer une allumette dans l'obscurité.
03:21Et là, en une fraction de seconde, les vapeurs d'éther échappées de la bouteille vont faire jaillir une grande gerbe de feu.
03:32Et la pellicule à l'intérieur du projecteur, une pellicule en nitrate de cellulose, va s'enflammer presque aussitôt.
03:40Dans les secondes qui suivent, les gaz sous pression dans le cinématographe explosent à leur tour.
03:45Tandis que l'appareil brûle sous ses yeux, M. Bellac va faire preuve d'un sang-froid remarquable.
03:52Il fait immédiatement évacuer les spectateurs.
03:55Pas de panique, pas de panique, sortez tranquillement, il n'y a rien à craindre.
04:00À côté, dans le vaste hangar du bazar de la Charité,
04:04la foule compacte des visiteurs ignore qu'un début d'incendie vient de se déclencher à quelques mètres.
04:11La foule continue de flâner tranquillement entre les comptoirs.
04:15Mais le feu a déjà entamé son chemin meurtrier.
04:20Après avoir cramé le cinématographe, il a embrasé les fines cloisons de la petite salle de projection.
04:26Puis il a commencé à lécher avec gourmandise les boiseries des stands numéro 13 et numéro 15 dans le grand hall.
04:34Personne ne le voit encore, mais le plafond goudronné du bazar est déjà atteint.
04:39Les premières gouttes de bitume, brûlantes, tombent sur les cheveux et les chapeaux des visiteurs.
04:47Dans quelques minutes, le feu aura tout envahi, piégeant dans ses flammes plus de 1200 personnes.
04:53À 16h30, l'édifice de 1000 mètres carrés, transformé en un gigantesque brasier, va littéralement s'effondrer.
05:03Oui, dans 14 minutes exactement, tout sera terminé.
05:08Le bazar de la Charité ne sera plus qu'un énorme tas de cendres.
05:12Mais revenons un peu en arrière.
05:22À la fin du XIXe siècle, à la Belle Époque comme on l'appelle, l'État ne fait pas grand-chose pour les nécessiteux.
05:30Oui, la Belle Époque, c'est pas pour tout le monde.
05:33Et c'est grâce à l'Église et aux initiatives privées de quelques personnes fortunées qu'on tente de soulager la misère du petit peuple.
05:40Et en ce printemps 1897, justement, c'est le baron Armand de Macau qui est chargé d'organiser à Paris la grande vente de bienfaisance annuelle, appelée le Bazar de la Charité.
05:53Le principe est simple.
05:55Depuis 1885, de généreux donateurs offrent des bibelots, des bijoux, de la vaisselle, des meubles, des tableaux, destinés à être vendus le jour du bazar.
06:04L'argent de la vente est ensuite reversé aux différentes congrégations religieuses qui œuvrent pour les pauvres.
06:11Les bonnes âmes chargées d'animer l'événement sont de pieuses et de grandes dames issues de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie.
06:18C'est la crème de la crème.
06:20Oui, ce jour-là, ce sont des duchesses, des comtesses, des baronnes, des marquises qui viennent au bazar jouer à la marchande.
06:28Et cerise sur le gâteau, cette année, on a même recruté pour tenir un stand la Duchesse d'Alençon, la propre sœur de Sissi, l'impératrice d'Autriche.
06:39Sissi, vraiment, la sœur de Sissi était Duchesse d'Alençon.
06:43Avec de pareilles VIP, le bazar est devenu au fil du temps une véritable institution.
06:48Pas seulement caritative, c'est une véritable institution mondaine, le rendez-vous du Gotha, une sorte de kermesse de luxe qui, chaque année, rassemble tout le gratin.
07:01C'est pourquoi ce bazar se tient toujours dans les quartiers chics de la capitale, rue du Faubourg Saint-Honoré ou place Vendôme.
07:07Mais cette année-là, en 1897, les organisateurs du bazar de la charité annuelle ont décidé de le déplacer dans le 8e arrondissement, rue Jean-Goujon, pas très loin des Champs-Élysées.
07:20Ils ont loué une grosse baraque en bois, construite sur l'un des derniers terrains vagues du quartier.
07:26Jusqu'à présent, ce grand barnum, de 80 mètres de long et de 13 mètres de large, abritait une troupe de théâtre.
07:32Le baron de Macau a trouvé qu'il ferait parfaitement l'affaire pour son bazar.
07:38Et pour mieux attirer le chaland, les organisateurs ont reconstitué à l'intérieur du fragile édifice une vieille rue du Moyen-Âge.
07:47Le décor, composé de simples panneaux de théâtre, a été acheté à l'Opéra de Paris pour 180 francs, c'est-à-dire pour des clopinettes.
07:56De part et d'autre de l'allée centrale, on a monté 22 comptoirs en bois.
08:0022 petits stands, aux allures des shops médiévales, avec leurs enseignes dont les noms fleurbont le Moyen-Âge.
08:07À l'écu d'argent, aux pélicans blancs, aux lions d'or, aux chabotés, à la truie qui file.
08:13Ainsi, le 4 mai, c'est une foule immense qui se presse dans le grand bâtiment, au décor de carton-pâtes.
08:201200 visiteurs flannent entre les étals, heureux et parfaitement insouciants.
08:24La duchesse d'Alençon, la sœur de Sissi, tient son stand au bout de l'allée.
08:32C'est une grande femme de 50 ans, à l'allure, altière, un peu sèche, mais au regard plein de bienveillance.
08:39Depuis le matin, la duchesse se tient debout derrière son comptoir.
08:43Mais là, il est plus de 16 heures, et elle commence à être un peu fatiguée.
08:48Elle agite fébrilement son éventail en dentelle, son visage aviré au rouge.
08:53Il faut dire qu'il fait une chaleur insupportable, il n'y a pas d'air.
08:57Le plafond de la grande baraque, étendu d'un immense vélum de couleur crème,
09:01une longue toile goudronnée, destinée à faire joli et apporter un peu d'ombre aux visiteurs.
09:06Mais ce plafond de pacotille empêche plutôt l'air de passer, et l'atmosphère est étouffante.
09:15Soudain, à 16h15, le bruit d'une explosion éclate au bout de l'allée centrale.
09:21Personne n'y prête vraiment attention, certains ne l'entendent même pas.
09:26Seuls les organisateurs ont compris qu'un début d'incendie s'était déclaré dans le local du cinématographe.
09:32Ils demandent donc aux gens d'évacuer le bazar.
09:34Des centaines de visiteurs ont donc le temps de sortir du bâtiment tranquillement,
09:40sans trop réaliser le drame qui est en train de se jouer.
09:44Car le feu a commencé à se répandre à une vitesse affolante.
09:48Car en quelques minutes seulement, il a dévoré les premiers comptoirs collés à la salle de projection.
09:54Puis, il s'est propagé au vélum qui fait office de plafond.
09:58La toile goudronnée s'est mise à fondre sous l'effet de la chaleur,
10:01et a goûté sur les cheveux et sur les chapeaux des femmes.
10:04À présent, on entend les premiers cris, horrifiés.
10:10À mesure que les flammes progressent, le public se rue vers les sorties.
10:15Malheureusement, et c'est là tout le drame de cette histoire,
10:18il n'y en a pas assez pour tout le monde.
10:20Les seules issues possibles dans ce long couloir étriqué,
10:25ce sont les deux portes de l'entrée rue Jean-Goujon,
10:28mais aussi les trois petites ouvertures à l'arrière du bâtiment,
10:31qui, elles, donnent sur le reste du terrain vague.
10:34Mais ces cinq issues sont très vite prises d'assaut par une foule devenue hystérique.
10:42Et là, c'est plus qu'une bousculade.
10:44C'est un véritable carnage.
10:47Les gens se poussent et se frappent pour passer.
10:49Ils s'écrasent les uns contre les autres.
10:51Ils s'écroulent sur le sol.
10:53Ceux, et surtout celles qui tombent, n'arrivent plus à se relever.
10:58De nombreuses femmes se retrouvent à terre,
11:00prisonnières dans leurs jupes et leurs jupons encombrants qui entravent leurs mouvements.
11:04Elles se font littéralement piétiner.
11:06Très vite.
11:07Ce sont de véritables barricades de corps humains qui bloquent l'accès aux sorties.
11:12On se croirait à Zincourt en 1415.
11:15Les Français sont coincés.
11:17Derrière son comptoir, la Duchesse d'Alençon, elle,
11:20fait preuve d'un sang-froid remarquable.
11:23Elle invite ses clientes à sortir dans le calme,
11:26puis demande à ses vendeuses de les suivre.
11:28Une jeune comtesse qui l'accompagne la supplie de déguerpir aussi.
11:32La Duchesse refuse.
11:34Partez, ne vous occupez pas de moi, je sortirai la dernière.
11:38Et pendant qu'on joue des coudes dans cette souricière,
11:41le feu continue à se propager à la vitesse de l'éclair.
11:45À 16h20, il a ravagé tous les stands.
11:48Des braises et des débris incandescents tombent à présent sur les gens
11:52qui hurlent de douleur.
11:54Les robes des femmes s'enflamment telles des fétudes pailles.
11:58Quant au vélum du plafond, il s'est gonflé d'air chaud comme une montgolfière.
12:03Mais à présent, il commence à fléchir sous son poids.
12:06Deux minutes plus tard, il se crève et s'effondre sur le public.
12:10C'est une véritable averse de feu qui s'abat sur les gens et qui les embrase comme des torches vivantes.
12:18La Duchesse d'Alençon sait qu'elle n'en réchappera pas.
12:22Elle a trop attendu.
12:23Sa bonté l'a perdue.
12:26Mais elle continue de faire preuve d'un courage exemplaire.
12:30Elle prend dans ses bras la vicomtesse de Beauchamp qui vient de s'évanouir.
12:33Une jeune religieuse s'effondre à ses pieds en pleurant.
12:37La Duchesse la rassure.
12:39Allons, ma fille, pensez que dans quelques minutes, nous verrons Dieu.
12:44Oui, en effet, pour tous ceux et toutes celles qui sont restées enfermées dans le bazar,
12:48la mort est à présent inéluctable.
12:52Quant à ceux qui ont réussi à s'échapper par l'arrière du bâtiment,
12:56eh bien, leur cauchemar est loin d'être terminé.
12:59Il ne fait même que commencer.
13:03Oui, car ces rescapés se retrouvent de nouveaux prisonniers.
13:07Ce terrain vague où ils se sont amassés est cerné par deux constructions infranchissables.
13:13Totalement encerclés par les murs aveugles d'une imprimerie et d'un hôtel.
13:18Cette issue dans laquelle ils avaient cru trouver leur salut est en réalité un cul-de-sac.
13:24Un piège mortel qui vient de se refermer sur eux.
13:27Car la fumée leur brûle les poumons.
13:30Et à quelques mètres seulement, le monstrueux brasier de mille mètres carrés risque à tout moment de s'écrouler sur eux.
13:39À l'extérieur, depuis la rue, les passants assistent à la tragédie sidérée et impuissante.
13:45Enfin, pas tous, car certains vont essayer de trouver des solutions.
13:50Un petit groupe d'ouvriers réagit très vite.
13:52Ils apportent des échelles de 10 mètres, les font basculer contre le mur de l'imprimerie et arrivent ainsi à sauver une cinquantaine de personnes.
14:01Les cuisiniers de l'hôtel, quant à eux, entreprennent de déceler à coups de marteaux les barreaux d'une petite lucarne de leur cuisine qui donne sur le terrain vague.
14:10Grâce à leur réactivité, ils parviennent eux aussi à secourir plus d'une centaine de victimes.
14:15D'autres inconnus vont faire preuve d'un courage extraordinaire.
14:21Un jeune plombier n'hésite pas à se jeter dans les flammes pour empoigner des femmes et les sortir de la fournaise.
14:27Il en sauvera une dizaine.
14:29Malheureusement, ces initiatives héroïques ne peuvent pas sauver tout le monde.
14:33À 16h25, lorsque le régiment des sapeurs-pompiers de Paris arrive sur les lieux du sinistre, tout est déjà fini.
14:39Ceux qui n'ont pas réussi à s'échapper du bâtiment et tous ceux qui sont restés piégés dans le terrain vague ont péri dans les flammes.
14:49À 16h30, le bazar de la Charité s'effondre sur lui-même dans un rugissement épouvantable.
14:56À 17h, ce n'est plus qu'un grand tas de bois calciné et fumant duquel il va falloir sortir maintenant plus d'une centaine de cadavres.
15:05Dès le lendemain de l'incendie, un abominable calvaire commence pour les familles.
15:13Elles vont devoir identifier, en effet, les êtres chers qu'elles ont perdus.
15:18Les dépouilles carbonisées des victimes sont exposées dans l'ancien palais de l'industrie sur les Champs-Elysées.
15:24Les gens tentent de retrouver, d'identifier leurs proches grâce à un bout de vêtement, un morceau de chapeau, une montre, une chaussure.
15:32Mais ça ne suffit pas.
15:34Alors, on va avoir la bonne idée de faire venir les dentistes des personnes disparues.
15:40Et bien oui, comme c'était des personnes assez riches, opulentes, elles avaient des moyens, et bien elles avaient donc un dentiste, elles avaient des soins.
15:46Évidemment, les pauvres, eux, ils n'allaient pas chez le dentiste.
15:48Mais les duchesses, les marquises, elles allaient chez le dentiste.
15:50Donc, on fait venir le dentiste pour savoir s'ils les reconnaissent, enfin s'ils reconnaissent les dentitions.
15:54Et c'est donc de ce jour funeste qu'est née une spécialité essentielle de la médecine légale, l'odontologie scientifique.
16:04C'est d'ailleurs ainsi qu'on identifiera le cadavre calciné de notre courageuse duchesse d'Alençon, grâce à un bridge et à une couronne en or.
16:12Et comme pour toute catastrophe, il faut un responsable, le coupable va être vite trouvé, le cinématographe.
16:23Dans les milieux bourgeois et aristocratiques, on s'en prend immédiatement à cette attraction vulgaire, juste bonne à divertir le bas-peuple et le public des foires.
16:33Pendant quelque temps, la rôtissoire des frères Lumière sera même interdite.
16:38Après la recherche du coupable, on en profite aussi pour régler ses comptes.
16:42La récupération politique, comme toujours, va bon train.
16:47Sur les 130 morts, 123 sont des femmes, et 7 seulement sont des hommes.
16:527 hommes, dont 2 enfants et 3 vieillards.
16:56Ah oui, là, on est loin du Titanic, hein ?
16:58Les femmes et les enfants, d'abord !
17:00Ah non, là, pas du tout, là, c'est la parité, c'est... on est tous égaux devant l'instinct de survie.
17:05Sauf qu'il peut, chacun sa gamelle.
17:06Et là, du coup, les journaux républicains et les féministes vont se déchaîner contre les aristocrates et les bourgeois,
17:14et contre leur comportement indigne à l'égard des femmes, des vieillards et des enfants.
17:19Durant l'incendie, ces gentils hommes, soi-disant, ont manifestement oublié les règles les plus élémentaires de la galanterie.
17:25Pire, on les accuse même d'avoir sauvé leur peau au prix d'une brutalité abjecte.
17:32Ils auraient frappé les femmes à coups de canne, à coups de poing, pour gagner au plus vite les sorties.
17:37Oui, ce jour-là, la noblesse française, soi-disant chevaleresque, en a pris pour son grade.
17:43On accuse les aristos, lâches indignes.
17:47La presse les surnomme avec ironie.
17:49Les cires de Fiche-le-Camp, les marquis d'Escampette, les chevaliers de la Frousse, les barons de la Pétoche.
17:55Mais là, on se calme les amis.
17:58En réalité, s'il y a eu aussi peu d'hommes parmi les victimes,
18:01c'est tout simplement parce qu'il n'y avait quasiment pas d'hommes ce jour-là.
18:05Et oui, ils n'étaient pas au bazar de la Charité.
18:07Eux, ils étaient au bistrot.
18:09Ou en forêt de Rambouillet pour faire la chasse à court.
18:12Sur les 1200 visiteurs ce jour-là, il n'y avait que 40 hommes.
18:16Les œuvres de bienfaisance à cette époque, c'était surtout l'apanage des femmes de la haute société.
18:21Quoi qu'il en soit, au-delà de ces polémiques ridicules comme toujours,
18:26l'effroyable tragédie du bazar de la Charité a traumatisé la France tout entière.
18:32Elle a été vécue comme un drame national.
18:35Elle a même endeuillé une partie du monde à l'époque.
18:38En effet, toutes les familles royales d'Europe y ont perdu une tante, une sœur, une cousine ou une nièce.
18:44Quelques mois après l'incendie, une grande souscription nationale permettra de racheter le sinistre terrain vague
18:51pour y faire construire la chapelle Notre-Dame de Consolation en hommage aux victimes.
18:57Un mémorial splendide situé au 23 de la rue Jean-Goujon nous rappelle encore aujourd'hui
19:02qu'à cet endroit même, il y a presque 130 ans, Paris a connu l'une des pires catastrophes civiles de son histoire.
19:14Et bien voilà les amis, entrer dans l'histoire c'est fini pour aujourd'hui,
19:19mais je vous retrouve demain à 15h, avec un excentrique, un écrivain génial,
19:24un officier de marine et même un académicien, Pierre Lottie.
19:28Mais dans un instant, vous avez rendez-vous avec Laurent Ruquier et ses grosses têtes.
19:32Bon après-midi sur RTL.
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