- il y a 1 an
François Bayrou était de BFMTV et RMC ce mardi 27 mai. Il a notamment été interrogé sur plusieurs thématiques comme l'affaire Bétharram, le budget 2026, le rapport sur les Frères musulmans ou encore la proposition de Gabriel Attal d'interdire le voile aux mineures de moins de 15 ans dans l'espace public.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00:00BFM TV face à face, Apolline de Malherbe.
00:00:10Il est 8h20 et exceptionnellement ce face à face qui commence tout de suite parce que nous avons une heure.
00:00:17Bonjour François Bayrou, parce qu'il y a de très nombreux sujets.
00:00:21Vous êtes Premier ministre depuis bientôt six mois et vous avez donc accepté de répondre à toutes mes questions sur BFM TV et RMC.
00:00:27D'abord merci d'avoir choisi le face à face.
00:00:29Les colères sociales qui s'accumulent et qui virent parfois au blocage, le déficit qui est abyssal.
00:00:35On est en train de perdre le contrôle, c'est même le mot de la cour des comptes.
00:00:40Inquiétude aussi sur le front de la sécurité, du narcotrafic, révélation du rapport sur l'antrisme des frères musulmans
00:00:46et puis la loi sur la fin de vie dont le vote solennel devrait avoir lieu dans la journée.
00:00:50Le tout dans un pays fébrile et avec une majorité fragile.
00:00:55Le macronisme qui s'essouffle, les ambitions qui se réveillent à l'approche de 2027.
00:01:00On a donc une heure et je voudrais commencer par ces 40 milliards à trouver.
00:01:04Parce qu'au fond je me dis peut-être qu'en une heure on va y arriver, ces 40 milliards.
00:01:07Mais quand je regarde que sur les 40 milliards vous voudriez déjà commencer avec simplement 300 millions d'efforts à demander au taxi et que ça bloque, je me dis que c'est pas gagné.
00:01:17Oui, si c'était gagné, depuis longtemps ça ne serait pas notre équipe qui serait au gouvernement.
00:01:24Parce que comme vous savez, nous sommes arrivés, il n'y avait pas de budget, le gouvernement de Michel Barnier avait été renversé.
00:01:33Il n'y avait pas de majorité et pas de perspective.
00:01:38Les français disaient que ce gouvernement ne durera pas deux semaines.
00:01:42Le plus profond, le plus important, c'est la situation du pays.
00:01:51Comme vous l'avez dit, depuis des décennies, on a laissé tout courant politique confondu.
00:01:59On a laissé s'accumuler les déficits.
00:02:03On a laissé s'accumuler une montagne de dettes.
00:02:08Le pays est en situation de sur-endettement.
00:02:11Et plus grave, à mes yeux encore, si on peut dire plus grave, c'est que la France est un pays qui ne produit pas autant que ses voisins.
00:02:21Et donc vous vous trouvez dans une situation où tous les mois, on dépense 10% de plus que ce qui rentre dans les caisses.
00:02:30Et comme vous savez, cette situation-là, pour les familles, pour les entreprises, c'est une situation insupportable et qui ne peut pas durer.
00:02:39Le gouvernement a choisi d'affronter, les yeux ouverts, cette situation.
00:02:46Et donc j'ai indiqué, comme vous savez, on a fait une grande conférence pour dire aux français quelle était la situation.
00:02:58Avec un horizon qui est au début du mois de juillet, je proposerai aux français un plan de retour à l'équilibre des finances publiques sur 3 ou 4 années.
00:03:12Mais encore une fois, François Bayou, on va prendre le temps de tout ça, mais quand on regarde là ce qui se passe dans la rue, vous avez rendez-vous tout à l'heure avec des taxis.
00:03:21Il y a encore une réunion, vous les avez vus samedi.
00:03:24Les taxis, vous leur demandez, c'est simple, 300 millions d'économies.
00:03:29La sécurité sociale dit, le transport sanitaire, c'est 6,8 milliards d'euros, dont 3,1 milliards pour les taxis conventionnés.
00:03:37Ça a augmenté de 45% en 5 ans.
00:03:40Et l'économie que vous leur demandez, donc dans ces milliards, c'est en réalité 300 millions sur 3 ans.
00:03:46Donc ça va commencer par 150 millions avec un forfait de prise en charge.
00:03:50En fonction des départements, ce ne serait plus au compteur.
00:03:52Et ça bloque. On en est au tout petit début.
00:03:55Est-ce que vous voulez me laisser expliquer cette situation-là ?
00:04:00Donc je dis, le gouvernement va proposer aux Français un plan de retour à l'équilibre des finances publiques.
00:04:10Et ce plan de retour à l'équilibre des finances publiques, il va demander un effort à tous les Français, le plus juste possible.
00:04:19Mais un effort suffisant pour que la France sorte de cette situation dans laquelle on est montré du doigt.
00:04:26Et qu'on a laissé grandir au travers du temps.
00:04:29Peut-être que vous vous souviendrez qu'il y a un homme politique, un seul, qui a essayé de faire du sujet de la dette un grand sujet national.
00:04:37C'est le moment du fishing for compliments, comme on dit. Vous faites la pêche, le compliment.
00:04:41Mais c'est tout à fait vrai.
00:04:42Et je me souviens bien que pendant les différentes campagnes présidentielles, vous avez toujours dit la dette, la dette, la dette.
00:04:46Sauf que là, vous avez les manettes et vous n'arrivez pas à faire 300 millions d'économies. Est-ce que vous ferez mieux que les autres ?
00:04:52Est-ce qu'on pourrait faire une interview dans laquelle on écoute les réponses quand on a posé les questions ?
00:04:57Je les écoute, mais sur les taxis, je ne vois pas comment vous allez vous en sortir.
00:04:59Très bien. Vous avez fini de poser la question. Alors je vais vous répondre de la manière la plus simple.
00:05:04Il n'est pas question de ne pas aller vers cette économie-là.
00:05:10Mais les taxis disent « Mais pourquoi ne nous a-t-on pas associés à la décision qu'il faut prendre ? »
00:05:17Et cette méthode-là, qui est une méthode que je résume en quatre mots.
00:05:22Jamais sans les Français, jamais sans la base, jamais sans ceux qui sont au travail.
00:05:29Cette méthode-là, c'est la seule qui permet d'avancer.
00:05:34Est-ce que nous allons maintenir la date d'application de cet effort pour les taxis ?
00:05:40Oui. Ce qui était prévu, c'était le 2 octobre. Le 1er ou le 2 octobre.
00:05:46Le 1er ou le 2 octobre, le plan sera en place. Je vous le dis.
00:05:49Ce sera appliqué. Au 1er octobre. Vous ne repoussez pas.
00:05:52Non, mais parce que c'est bien qu'on écoute. Donc 1er ou 2 octobre, le plan sera en place.
00:06:00Est-ce que ce plan va demander moins d'efforts que ce qui était prévu avant-hier ?
00:06:04Non. Je suis persuadé qu'on peut faire mieux.
00:06:08– Vous allez faire plus d'économies ?
00:06:11– Qu'on peut atteindre des économies qui seront plus substantielles encore
00:06:15que ce qui avait été demandé dans le 1er plan.
00:06:18Mais nous aurons travaillé avec eux à la meilleure manière de faire les choses.
00:06:23Les taxis disent « Mais nous, on veut bien faire des économies ».
00:06:26Alors je sais bien, les taxis n'ont pas bonne presse.
00:06:29Il n'y a pas grand monde qui les soutient.
00:06:31Et moi, je regarde ces femmes et ces hommes qui travaillent,
00:06:35qui bossent des heures beaucoup plus importantes que beaucoup d'autres,
00:06:40qui ont monté des entreprises, et je veux les écouter.
00:06:43Jamais sans les Français.
00:06:45– Mais j'ai du mal à comprendre.
00:06:47– Mais vous allez comprendre.
00:06:49– Vous allez leur demander plus d'efforts.
00:06:51Vous allez faire effectivement la réforme au 1er ou au 2 octobre comme prévu.
00:06:57Et vous pensez que ça va bien se passer ?
00:06:59– Oui.
00:07:00– Qui vont accepter et qui vont même d'eux-mêmes vous proposer davantage d'économies ?
00:07:04– Oui, absolument.
00:07:05– Ça veut dire moins de sous pour eux ?
00:07:07Je ne vois pas comment ça peut…
00:07:09– Non mais parce qu'on n'écoute pas ce que ceux qui connaissent la situation disent
00:07:16et ce que eux disent.
00:07:18Est-ce qu'il faut lutter contre des fraudes ?
00:07:20Oui, il y a probablement des gens qui abusent de la situation.
00:07:24– Y compris chez les taxis eux-mêmes.
00:07:26– Parce qu'on les a laissés faire aussi.
00:07:28Et donc cette question de la convention avec la sécurité sociale,
00:07:33est-ce qu'on peut transporter, répondre à la demande des patients
00:07:38et en même temps ne pas gaspiller l'argent public ?
00:07:41Ma réponse est oui.
00:07:43Je pense qu'on peut faire plus d'économies que ce qui avait été prévu.
00:07:47Mais on va définir ces économies avec eux.
00:07:50Mais ce n'est pas leur seul problème les taxis.
00:07:52Je dirais même que ce n'est pas le problème le plus important qu'ils rencontrent.
00:07:56– C'est un problème important pour certains
00:07:58qui ont une majorité de leurs chiffres d'affaires
00:08:00qui reposent désormais sur ce transport sanitaire, notamment en province.
00:08:05– Oui, c'est important.
00:08:07Et je répète, cette convention-là, on peut tout à fait obtenir une situation,
00:08:13c'est ma conviction, j'ai passé trois heures avec eux,
00:08:16on peut tout à fait obtenir une situation
00:08:19dans laquelle on obtienne les économies demandées
00:08:24et même davantage que ce qui était demandé.
00:08:27Ils sont d'accord pour ça.
00:08:29Ils sont d'accord pour proposer des idées.
00:08:31Et j'ai moi-même des idées.
00:08:33Je ne suis pas sans idées en face de la situation.
00:08:37Je pense qu'une méthode de gouvernement, de conduite des affaires différente,
00:08:43ils ont tous pendant la réunion dit
00:08:45mais c'est la première fois qu'on nous écoute comme ça,
00:08:48que le Premier ministre vient, que les ministres viennent,
00:08:51jamais sans eux.
00:08:55Et donc, première question.
00:08:57Ils ont une deuxième question qui est très lourde pour eux.
00:09:00– Le rapport notamment au Uber, au VTC.
00:09:04– Au VTC, comme on dit, au véhicule de tourisme avec chauffeur,
00:09:08au VTC, dont ils disent que les règles qui ont été fixées par la loi
00:09:17ne sont pas respectées.
00:09:19Par exemple, ils disent qu'il y a des organisations
00:09:22qui ne paient pas de charges et ne paient pas d'impôts.
00:09:25Est-ce que c'est acceptable ?
00:09:26Non, ça ne l'est pas.
00:09:28Ils disent mais il y a des organisations…
00:09:30– Les plateformes devront payer leurs impôts en France.
00:09:33– Mais égalité de traitement pour tous.
00:09:36On le demande pour les agriculteurs, mais on va le demander aussi pour eux.
00:09:40Il n'y a aucune raison de ne pas faire respecter les règles qu'on a fixées.
00:09:44Et donc, ce travail-là, nous allons le conduire avec eux
00:09:47dans les 3 ou 4 semaines qui viennent.
00:09:49Et je vous dis, l'engagement du gouvernement,
00:09:52c'est qu'on obtiendra les économies attendues
00:09:56et que même, j'espère, on obtiendra plus avec eux.
00:10:00– C'est donc le début de ces fameux 40 milliards.
00:10:03Donc on est d'accord.
00:10:04Vous nous dites les 300 millions d'efforts demandés aux taxis,
00:10:08ce sera même un minimum.
00:10:10Et vous le ferez simplement avec une autre méthode de dialogue.
00:10:14On va revenir aussi tout à l'heure sur la trajectoire financière
00:10:16hors de contrôle de la Sécurité sociale.
00:10:18– C'est la même chose.
00:10:20– Mais vous avez dit, je viens de l'entendre,
00:10:22vous avez dit je vais demander en juillet un effort à tous les Français.
00:10:26– Sans exception, oui.
00:10:27– Ça veut dire quoi ? Ça va passer par quoi ?
00:10:29Un effort, ça veut dire quoi ?
00:10:31C'est plus d'impôts ?
00:10:32C'est des niches fiscales qui seront réduites ?
00:10:35– Ça veut dire qu'au début du mois de juillet,
00:10:38avant le 14 juillet,
00:10:40le gouvernement proposera aux Français de manière transparente,
00:10:45c'est sans précédent.
00:10:46D'habitude, les budgets, ça se fait au mois de septembre,
00:10:50au début octobre.
00:10:52C'est là que le Parlement fait sa rentrée
00:10:54et qu'on rencontre les débats habituels sur le budget.
00:11:00Nous avons décidé de prendre de l'avance sur ce calendrier
00:11:04pour que tout le pays réfléchisse
00:11:06à la situation dans laquelle on se trouve.
00:11:09On ne peut pas en rester là.
00:11:12Je ne sais pas si tout le monde entend ce que je dis.
00:11:15Il serait irresponsable,
00:11:18il serait scandaleux
00:11:21et il serait une traitrise de l'intérêt du pays
00:11:25qu'on en reste à la situation actuelle.
00:11:28Et le gouvernement est prêt.
00:11:30Vous savez, j'avais évoqué l'idée d'un référendum
00:11:33qui est une décision du Président de la République.
00:11:35– Je n'ai pas trop compris cette histoire de référendum.
00:11:37Est-ce que c'était pour nous faire plaisir aux Français
00:11:40en nous disant je vais vous consulter
00:11:41ou est-ce que vous y avez vraiment cru ?
00:11:42– Mais d'abord j'y crois.
00:11:44– Vous y croyez toujours ?
00:11:45– Oui, je pense que…
00:11:46Alors c'est une décision du Président de la République.
00:11:49Qu'est-ce que je cherche…
00:11:50– Il n'a pas l'air convaincu.
00:11:51– Qu'est-ce que je cherche en évoquant cette idée ?
00:11:54Je cherche la prise de conscience des Français.
00:11:58Ma certitude que j'ai exprimée cent fois,
00:12:01c'est que ce sont des problèmes si graves
00:12:03que si on veut les résoudre contre les Français,
00:12:06sans s'occuper d'eux,
00:12:08en leur imposant par l'épreuve de force,
00:12:10on n'y arrivera pas.
00:12:11Et donc le seul allié que le gouvernement puisse avoir
00:12:15dans cette affaire si difficile, si exigeante,
00:12:20si impressionnante,
00:12:22j'ai évoqué l'idée d'un Himalaya, vous savez,
00:12:24quand j'ai été nommé dans cette fonction.
00:12:26– Et depuis vous avez dit je vais y aller colline par colline,
00:12:28donc ce n'est pas tout de suite un Himalaya quand même.
00:12:31– Un peu de géographie, Apolline de Malherbe,
00:12:35parce qu'il n'y a pas que la littérature française.
00:12:38– Non tout à fait, vous savez que la géographie me passionne,
00:12:40mais en l'occurrence je pense que c'est surtout de la politique.
00:12:42– L'Himalaya c'est une chaîne de montagne.
00:12:45Et l'Himalaya est composée d'une dizaine peut-être
00:12:49de sommets de plus de 8000 mètres.
00:12:53Et donc ce n'est pas colline comme vous avez dit,
00:12:57c'est des défis qui sont des défis impressionnants.
00:13:01Et ces défis-là, nous allons les affronter un à un.
00:13:05Et nous n'allons en négliger aucun.
00:13:08Et on va faire le tour de ces défis-là.
00:13:10– Mais j'ai besoin de comprendre, François Bayrou,
00:13:12vous nous avez dit, et ça fait partie aussi je pense
00:13:15de ce que vous voulez que les Français entendent,
00:13:18vous dites vous allez tous faire des efforts.
00:13:20Tout le monde va faire des efforts.
00:13:22Et on n'a pas le choix.
00:13:23Concrètement ces efforts c'est quoi ?
00:13:25J'ai l'impression qu'à chaque fois que des pistes ont été évoquées,
00:13:28elles ont toutes été refermées.
00:13:30Par exemple sur la niche fiscale limbre,
00:13:34l'abattement fiscal des retraités de 10%.
00:13:36Est-ce que ça, ça pourrait être mis sur la table ?
00:13:39– Je ne ciblerais pas une catégorie de Français
00:13:43à l'exclusion des autres.
00:13:46On va concentrer sur les uns.
00:13:48– Je ne dis pas concentrer, mais vous pouvez faire ça et d'autres choses.
00:13:51Donc vous ne toucherez pas les retraités.
00:13:53– Non, vous ne m'attirez pas dans ce genre de déclaration.
00:13:59Je vous dis, tout le monde va devoir faire des efforts.
00:14:03La situation du pays, vous avez utilisé les mots
00:14:06qui ont été utilisés hier, hier lundi, par la Cour des comptes.
00:14:10– Qui parle d'une situation qui est hors de contrôle.
00:14:13– La Cour des comptes sur la situation de la sécurité sociale
00:14:17dit que c'est aujourd'hui hors de contrôle.
00:14:19Les dépenses dérapent.
00:14:21Je vais vous dire une règle simple.
00:14:23Un pays comme le nôtre ne devrait pas pouvoir
00:14:26dépenser plus que la croissance.
00:14:28S'il y a une croissance de 1,5%,
00:14:32eh bien on ne devrait jamais dépenser plus.
00:14:35– Au moment où on se parle, la croissance sera sans doute en plus de 0,5.
00:14:380,6 grand maximum.
00:14:40– Parce qu'il y a l'inflation en plus.
00:14:42Donc on ajoute les deux.
00:14:44Et donc cette règle-là,
00:14:47nous ne pouvons pas dépenser plus que ce qui rentre dans les caisses.
00:14:52Nous ne pouvons pas avoir une croissance des dépenses
00:14:56plus grande que la croissance des recettes.
00:14:58Et ceci est une orientation élémentaire de bon sens
00:15:03que chaque famille et que chaque entreprise a en tête
00:15:07au moment où l'année commence.
00:15:09– François Bayrou, vous dites tout le monde va devoir participer,
00:15:11mais je ne veux cibler personne plus que les autres.
00:15:13– Oui.
00:15:14– La TVA ?
00:15:15– Non, tout le monde.
00:15:16– Non mais la TVA est un groupe qui toucherait tout le monde.
00:15:19– Est-ce que vous pouvez me donner acte de ce que je vous ai dit ?
00:15:22C'est au début du mois de juillet
00:15:24que je donnerai dans un plan d'ensemble
00:15:28les choix que nous faisons pour revenir en 3 ou 4 ans
00:15:33à un certain équilibre.
00:15:35– Vous ne pouvez pas nous dire ce matin,
00:15:37vous allez tous faire un effort, très bien.
00:15:41– Et en même temps, je ne ciblerai personne.
00:15:44Parce que ça crée presque une angoisse.
00:15:47– Est-ce qu'on peut se mettre d'accord sur une chose ?
00:15:49Je ne déforme pas ce que vous dites,
00:15:51ne déformez pas ce que je dis.
00:15:53Je répète, je ne dis pas que je ne ciblerai personne.
00:15:57Je dis que je ne prendrai pas une catégorie de français
00:16:00que je prendrai pour cible en épargnant les autres.
00:16:03Et donc, je dis que c'est un plan d'ensemble
00:16:07dont je ne ferai pas fuiter les mesures et les décisions
00:16:11parce que c'est l'ensemble du plan
00:16:14qu'on a besoin de prendre en compte.
00:16:17– J'ai parfaitement compris.
00:16:18– Est-ce que c'est clair ?
00:16:19– C'est clair qu'il faudra faire un effort,
00:16:21c'est clair que ce sera un effort qui ne sera ciblé
00:16:23sur personne en particulier.
00:16:25Évidemment, moi, spontanément, vous pourrez refuser d'y répondre.
00:16:29Mais j'entends éventuellement CSG, TVA,
00:16:31c'est-à-dire une sorte d'assiette large
00:16:34qui permet que tout le monde contribue d'une manière ou d'une autre.
00:16:36Il y a une autre option, François Bayrou,
00:16:38qui est le fait de dépenser moins
00:16:42et donc d'avoir aussi un modèle social qui soit peut-être revu.
00:16:46Est-ce que c'est une autre option ?
00:16:48– Le rééquilibrage des dépenses publiques
00:16:51pour l'action publique et des dépenses sociales,
00:16:53nous ne pouvons pas y échapper.
00:16:55J'ai dit une chose lorsque j'ai fait la conférence de presse
00:16:58que vous avez évoquée.
00:16:59J'ai dit, aucun gouvernement, ni celui-ci,
00:17:03ni ceux qui viendront nécessairement après
00:17:06ne pourra désormais éluder la situation créée.
00:17:09Et mon but, c'est que chacun des Français
00:17:12qui nous écoutent ou nous écouteront se disent
00:17:15« mais c'est vrai, on ne peut pas faire autrement ».
00:17:18La question qui est posée, c'est quel peuple nous sommes ?
00:17:22Est-ce que nous sommes des individus
00:17:26qui décident que peut-être il y a un effort nécessaire,
00:17:29mais pas pour eux ?
00:17:31Ce qui est répété à longueur de temps
00:17:35par tous mes interlocuteurs.
00:17:37Ils viennent et ils disent « bon, vous avez raison
00:17:40de faire des économies, mais alors pas pour moi,
00:17:43pas chez moi, pas dans mon secteur,
00:17:45ça n'est pas possible pour nous ».
00:17:47Eh bien, il faut que tout le monde ait en tête.
00:17:51Et je le dis, ceci est un enjeu national.
00:17:55C'est-à-dire que nous n'avons aucune possibilité
00:17:59comme gouvernement ou comme société...
00:18:01Mais lorsqu'Emmanuel Macron dit
00:18:03« il faut revoir le financement de notre modèle social »,
00:18:11ça ne peut pas peser uniquement sur le travail.
00:18:15Qu'est-ce que vous vous dites ?
00:18:16Il a raison intégralement.
00:18:18Et c'est ce qu'il aurait fallu faire depuis longtemps.
00:18:21Et lorsque les partenaires sociaux sont autour de la table,
00:18:24vous savez que je leur ai demandé de travailler
00:18:28sur la question des retraites,
00:18:30dans ce qu'on a appelé un conclave.
00:18:32On ne savait pas que, historiquement,
00:18:34ce serait un moment où ce mot...
00:18:35Il avance, ce concept ?
00:18:36Oui.
00:18:39Moi, je me souviens, vous aviez dit « il n'y aura pas de tabou ».
00:18:42Oui.
00:18:43Y compris sur l'âge.
00:18:44Oui.
00:18:45Depuis, il y a un tabou sur l'âge.
00:18:46Mais non, mais...
00:18:48Il n'y a pas de tabou, il y a une règle
00:18:50qui est simple, que nous avons déterminée ensemble,
00:18:54c'est qu'on allait sauvegarder l'équilibre du système de retraite.
00:18:58Il n'y aura pas de réforme du système de retraite
00:19:01si on sort de l'équilibre.
00:19:02Et les entreprises d'un côté,
00:19:04et les salariés de l'autre,
00:19:06les organisations de salariés,
00:19:07ont dit « d'accord, ceci est notre règle ».
00:19:10Et ça ne s'accommode donc pas d'un retour
00:19:15à la situation d'avant la réforme des retraites.
00:19:19Mais on peut adapter,
00:19:21on peut réfléchir à la manière dont ça va s'appliquer,
00:19:24à condition que l'équilibre soit, pour 2030, garanti.
00:19:30François Bayrou, sur la question du financement de notre modèle social,
00:19:35est-ce qu'on maintient notre modèle social tel qu'il est,
00:19:37ou est-ce qu'on en change simplement le financement
00:19:40en faisant moins peser ce financement sur les cotisations salariales et patronales ?
00:19:44En tout cas, c'est nécessaire.
00:19:45Le travail en France n'est pas récompensé comme il devrait l'être.
00:19:49Et les partenaires sociaux disent cela.
00:19:52Ils disent même, si je les entends bien, mais ils me l'écriront,
00:19:58« on est prêts à revoir la totalité de la question du financement du modèle social français.
00:20:04On est prêts à revoir la question de la place du travail
00:20:08dans le financement du modèle social français. »
00:20:10Et je dis, c'est une bonne idée.
00:20:13Pourquoi c'est une bonne idée ?
00:20:15Toujours pour la même raison.
00:20:17C'est parce que ça ne peut pas être le pouvoir politique
00:20:20qui prend seul la responsabilité d'un défi aussi important.
00:20:25Jamais sans les Français. J'ai bien compris.
00:20:27Vous savez quoi ? Ce que je vous propose, François Bayrou,
00:20:29ce matin, j'ai Xavier qui m'a appelé.
00:20:31Xavier, il m'a appelé de Menton.
00:20:33Il est jardinier, paysagiste à la tête d'une entreprise
00:20:35qu'avait créée d'ailleurs son père.
00:20:37Ils étaient à une époque 7 salariés.
00:20:40Ils ne sont plus que 4.
00:20:41Et il va vous expliquer pourquoi.
00:20:43Bonjour, Xavier.
00:20:45Le Premier ministre vous écoute.
00:21:07Il me disait tout à l'heure, Xavier,
00:21:09qu'il avait parfois même l'impression
00:21:11de travailler pour l'État.
00:21:13Et pas pour ses salariés. Et pas pour ses clients.
00:21:15Alors, prenons note de cela.
00:21:20Ce qu'il faut sauvegarder, c'est les entreprises.
00:21:24Je disais les efforts pour tous les Français,
00:21:28mais en même temps, là où se crée la richesse,
00:21:32là où se crée l'activité,
00:21:34là où on a besoin que les Français soient en confiance,
00:21:39c'est précisément sur cette question
00:21:41dans cet environnement de l'entreprise.
00:21:44Parce que c'est là que se résoudra la question
00:21:48si importante que j'évoquais en commençant.
00:21:51Il y a les finances publiques,
00:21:52mais il y a une question au moins aussi importante,
00:21:54c'est la production du pays.
00:21:56La France est un pays où la production nationale,
00:22:00si on la divise par le nombre des habitants,
00:22:03est une des plus faibles.
00:22:05Si vous prenez tous nos voisins,
00:22:07nos voisins des Pays-Bas, nos voisins allemands,
00:22:10nos voisins italiens, même,
00:22:12tout le monde a une production par personne qui progresse.
00:22:17Et donc...
00:22:19Je vous écoute parfaitement.
00:22:21J'ai juste besoin d'une pastille pour l'atout.
00:22:23Ça n'est absolument pas pour vous couper.
00:22:25J'aurais dû vous en apporter.
00:22:26Exactement.
00:22:27On ne devrait pas se déplacer sans pastille.
00:22:29François Bayrou, est-ce qu'on peut être encore plus concret ?
00:22:32Xavier qui nous écoute, est-ce que vous êtes en train de lui dire
00:22:35demain, vous pourrez réembaucher
00:22:37parce que, oui, les charges salariales et patronales vont baisser ?
00:22:42Les entreprises doivent être mises à l'abri
00:22:49pour le long terme, pour que chacun puisse se dire
00:22:53je me projette dans l'avenir, je vais créer une activité,
00:22:56je vais créer des salaires, je vais embaucher
00:23:00et ça ne peut pas se faire si on a le sentiment d'une menace
00:23:03qui pèse sur chacune des entreprises.
00:23:06Pouvez-vous lui dire, nous allons vers cet allègement de charges ?
00:23:10Je n'ai pas dit ça.
00:23:12J'ai dit les partenaires sociaux sont prêts à réfléchir ensemble,
00:23:16à prendre ensemble la question du financement du travail.
00:23:20Et pour moi, on peut même aller encore plus loin.
00:23:23On peut imaginer qu'à l'avenir, les partenaires sociaux
00:23:26soient les responsables du financement.
00:23:28Mais vous le savez bien, la question c'est de rapprocher
00:23:30ce qu'on appelle le brut du net.
00:23:34Tous les chefs d'entreprise vous le diront,
00:23:36et je pense que Xavier ne me contredira pas,
00:23:38si vous voulez augmenter de 100 euros,
00:23:40ils sont obligés eux de sortir 200 euros
00:23:42et à la fin ça ne fait même pas 100 euros dans la poche du salarié.
00:23:45Et donc il y en a qui renoncent.
00:23:47Et donc, vous répétez en d'autres termes ce que je dis
00:23:50et ce que les partenaires sociaux disent.
00:23:52Nous avons un problème de financement de notre modèle social,
00:23:56ce problème repose trop sur le travail
00:23:59et nous allons apporter des réponses à cette question,
00:24:03y compris avec la participation des partenaires sociaux.
00:24:07Vous allez encore me dire non, mais la TVA sociale,
00:24:09qui était quand même une idée qui a régulièrement été avancée,
00:24:12l'idée de faire payer davantage sur la consommation
00:24:15que sur le travail, on va vers ça.
00:24:18En tout cas, si les partenaires sociaux s'emparent de cette question-là,
00:24:20vous les soutiendrez ?
00:24:22Je souhaite que les partenaires sociaux puissent s'emparer de cette question.
00:24:27Je souhaite que tous ceux qui ont la responsabilité du monde du travail,
00:24:30du monde de l'entreprise et du monde des salariés,
00:24:33acceptent de poser ensemble cette question.
00:24:36Vous remarquerez au passage qu'il y a combien de décennies que ça n'a pas été fait.
00:24:40Il y a combien de décennies qu'on a laissé ces questions s'enliser, déraper,
00:24:48que personne n'a eu le courage de les poser.
00:24:50Vous ne serez pas opposé à une augmentation de la TVA
00:24:54pour pouvoir alléger les charges sur le travail.
00:24:57Je ne suis pas opposé et je suis même favorable à ce qu'on cherche
00:25:00un financement différent de notre modèle social.
00:25:03Vous demandiez est-ce que notre modèle social, on peut l'abandonner ?
00:25:06Non, je ne crois pas qu'on puisse l'abandonner.
00:25:09Je pense que la France, elle est en partie dans ce modèle social.
00:25:13Il n'est pas trop généreux aujourd'hui ?
00:25:15Il est très généreux et c'est même le plus généreux.
00:25:19Non, ma question n'était pas est-ce qu'il est très généreux,
00:25:21c'est est-ce qu'il est trop généreux ?
00:25:23Oui, j'espère que non, mais je sais que la situation est extrêmement exigeante.
00:25:30Je reviens à la question.
00:25:32Le modèle social, c'est une partie de ce que la France a voulu faire.
00:25:36Nous sommes le seul pays dans le monde dans lequel,
00:25:39depuis la maternelle jusqu'à l'université,
00:25:43pour ce qui est de l'école et de la formation,
00:25:46depuis la santé jusqu'à ce qui est les retraites et l'assurance chômage,
00:25:52nous sommes le seul pays dans le monde qui a réussi à faire
00:25:56ou qui a construit un modèle dans lequel la puissance publique prend tout en charge.
00:26:02On a commencé cette interview il y a un peu plus de 20 minutes, François Bayrou.
00:26:06Je n'ai pas le début des 40 milliards.
00:26:08Non, mais vous êtes gentil, mais vous n'êtes pas la cour des comptes.
00:26:11La cour des comptes, elle dit qu'il y a urgence.
00:26:13Elle parle d'une trajectoire financière hors de contrôle.
00:26:15Elle parle d'une situation où on pourrait faire face à une crise de liquidité.
00:26:19Excusez-moi, je suis venu chez vous pour mettre un certain nombre de choses au point.
00:26:23Oui, mais je pense que les Français ont vraiment besoin de réponses.
00:26:25Vous leur dites on va faire 40 milliards d'euros d'économie et on ne sait pas où.
00:26:29Alors, vous m'écoutez ?
00:26:31Donc, je vous donne le calendrier de ce que nous allons faire.
00:26:36La situation est telle que nous ne pouvons que mettre en place
00:26:41un plan sérieux de retour à l'équilibre des finances publiques.
00:26:46J'ai compris l'objectif, j'ai compris la méthode, j'ai toujours pas compris où.
00:26:51Depuis le temps que vous êtes derrière ce micro,
00:26:53combien avez-vous reçu de ministres de l'économie et de premiers ministres ?
00:26:56De très nombreux qui m'ont fait beaucoup de promesses.
00:26:58Non, vous ne leur avez pas posé la question de cette manière-là.
00:27:02Moi, je vous dis, avant le 14 juillet,
00:27:05et le gouvernement a besoin, et les partenaires sociaux ont besoin
00:27:08de ce temps de préparation pour mettre au point un plan
00:27:12qui n'a jamais été présenté devant les Français.
00:27:14Jamais.
00:27:16Et donc, j'ai tout à fait l'intention de le faire
00:27:18sans subir la pression de ceux ou celles
00:27:22qui voudraient que j'annonce des décisions
00:27:25avant même que ces décisions n'aient été préparées,
00:27:28négociées et mesurées dans l'ensemble de la collectivité nationale.
00:27:34Et éventuellement mises en référendum,
00:27:35puisque vous ne renoncez pas à cette idée de référendum
00:27:37pour pouvoir impliquer les Français.
00:27:39Je pense, alors, encore une fois, le référendum,
00:27:41ça appartient au Président de la République et c'est à lui...
00:27:44Sur proposition du Premier ministre.
00:27:46Et c'est à lui de prendre une décision de cet ordre.
00:27:48Je pense que la question que nous posons là,
00:27:51ça n'est pas une question pour le monde politique.
00:27:54C'est pas une question pour le monde social.
00:27:56C'est une question pour chacun des foyers français,
00:27:59pour chacun des travailleurs et pour chacun des retraités.
00:28:02Et cette question-là, je veux la traiter avec eux.
00:28:05Ça signifie une prise de conscience nécessaire.
00:28:08Alors après, nous avons besoin que, dès cette année,
00:28:14on ait une décélération des dépenses.
00:28:17Nous avons besoin, dès cette année,
00:28:19un rééquilibrage entre recettes et dépenses.
00:28:22Vous imaginez, François Bayrou, pouvoir demander aux Français
00:28:25« êtes-vous prêts à faire des efforts ? »
00:28:2740 milliards, et qu'ils vous répondent oui ?
00:28:30Oui.
00:28:32Et qu'ils répondent oui à cette question du référendum ?
00:28:34C'est exactement ce que je crois.
00:28:36Et si ça n'est pas par le vote direct des Français,
00:28:39il y aura forcément les représentants des Français
00:28:43au Parlement qui vont s'exprimer.
00:28:46Et donc, oui, je pense que la clé de la situation,
00:28:50c'est que ce sujet devienne si important
00:28:56dans l'esprit des Français, dans l'esprit public,
00:28:59qu'eux disent « oui, nous acceptons les efforts ».
00:29:02Oui, nous allons chacun prendre notre part
00:29:05de cette remise à l'équilibre.
00:29:08Le tout dans un contexte, vous dites,
00:29:10sinon ce sera les représentants des Français.
00:29:13On le sait, cette majorité, elle est extrêmement fragile.
00:29:16Vous allez à nouveau faire face à une motion de censure cette semaine,
00:29:19puisque LFI a annoncé hier soir
00:29:21qu'ils allaient tenter d'en déposer une.
00:29:24Pensez-vous pouvoir durer ?
00:29:27Ça, ça dépend du Parlement.
00:29:30C'est entre les mains des parlementaires.
00:29:33Mais en réalité, c'est entre les mains des Français.
00:29:36Vous parlez de motion de censure, je ne sais pas si elle aura lieu,
00:29:39mais je sais avec certitude que ça sera la septième
00:29:42depuis que nous sommes arrivés,
00:29:44c'est-à-dire espèce de record du monde d'émotions de censure.
00:29:47– Vous en avez vu d'autres ?
00:29:49– J'en ai vu d'autres, et donc on en a déjà surmonté
00:29:52six de ces motions de censure, et ça serait la septième.
00:29:56Ça n'a aucune importance.
00:29:59Si les Français, au fond d'eux-mêmes,
00:30:02comme citoyens, comme femmes et hommes au travail,
00:30:05si les Français sont persuadés
00:30:08que oui, on ne peut pas faire autrement,
00:30:11que oui, il est d'intérêt national pour leurs enfants,
00:30:14parce que le plus, j'allais dire, le plus dégueulasse dans cette affaire,
00:30:18c'est qu'on laisse s'accumuler les déficits,
00:30:21on laisse s'accumuler la dette, et qui va payer la dette ?
00:30:25– Ce sont nos enfants, ce sont nos petits-enfants,
00:30:28ce sont les générations qui aident.
00:30:30– Non, non, non, c'est d'abord ceux qui sont au travail,
00:30:33qui vont devoir assumer une charge accrue sur leur revenu,
00:30:38et c'est ensuite ceux qui, au fur et à mesure des générations,
00:30:42vont prendre leur place dans dix ans, dans vingt ans, dans trente ans.
00:30:46Eh bien, un pays, une famille,
00:30:50qui décide qu'elle va continuer à vivre dans la facilité,
00:30:55mais que ce sont ses enfants qui un jour paieront la dette accumulée,
00:31:01n'est pas digne de ce nom, n'est pas digne de ses responsabilités.
00:31:06– François Bayrou, il est 8h50,
00:31:08j'ai encore de très nombreuses questions à vous poser.
00:31:11Sur les agriculteurs d'abord, ce paradoxe,
00:31:14vos députés ont rejeté leur propre texte pour mieux l'adopter,
00:31:19pour échapper à ce qu'ils ont estimé être une obstruction du débat,
00:31:22les 3 000 amendements qui avaient été déposés,
00:31:24notamment par LFI, et par les écologistes.
00:31:27C'est un 49-3 déguisé ?
00:31:30– Non, c'est tout simplement le dérapage continu
00:31:38auquel on a assisté de la situation parlementaire française.
00:31:42Il y a une Assemblée nationale, il y a un Sénat,
00:31:44c'est à l'Assemblée nationale que se concentrent ces difficultés-là.
00:31:49On ne peut plus examiner des textes sans qu'il y ait une obstruction généralisée.
00:31:553 500 amendements avaient été déposés.
00:31:59Pourquoi ? Pas pour corriger le texte.
00:32:013 500 amendements avaient été déposés pour empêcher l'examen du texte.
00:32:06Parce que comme il faut au moins deux minutes par amendement,
00:32:10alors on se trouve avec des jours et des jours d'examen,
00:32:14ce qui fait qu'on ne peut pas examiner un seul autre texte.
00:32:17Donc on est dans le blocage généralisé.
00:32:20Il y a d'autres textes qui sont en attente.
00:32:23– On va y revenir puisque c'est aujourd'hui notamment
00:32:24qu'aura lieu le vote solennel sur la loi sur la fin de vie.
00:32:27– Et donc l'obstruction qui consiste non pas à utiliser le Parlement
00:32:33pour exprimer des idées, des analyses, pour faire changer les orientations,
00:32:38mais pour l'empêcher d'examiner les textes.
00:32:40– Est-ce que la France est devenue ingouvernable ?
00:32:42– Non, je ne crois pas ça.
00:32:44– Non ?
00:32:45– Je ne serai pas là autrement. Je ne crois pas ça.
00:32:48Je pense que depuis des décennies,
00:32:52on est entré dans une vision bloquée de la situation.
00:32:58La société française est entièrement fracturée,
00:33:02les uns contre les autres.
00:33:05– Mais ils vous ont tous mis des lignes rouges, François Bayrou.
00:33:08Chacun vous observe chez vos partenaires, notamment LR.
00:33:13Ils ont mis des lignes rouges.
00:33:14S'il y a la moindre augmentation d'impôts, ils disent nous sortirons.
00:33:18Est-ce que vous pensez qu'ils vous suivront sur les 40 milliards,
00:33:22sur les efforts par exemple que vous vous apprêtez à demander aux Français ?
00:33:25– Je ne demande pas qu'on me suive.
00:33:27Je demande qu'on suive l'intérêt national.
00:33:30Je ne demande pas qu'on me suive.
00:33:31Moi, ce n'est pas une question personnelle.
00:33:33Ça n'est même pas une question partisane.
00:33:36Nous sommes devant une situation de menace immédiate sur l'avenir du pays.
00:33:42– Mais je crois, François Bayrou, que Michel Barnier tenait le même discours.
00:33:46– Bien, peut-être la méthode est-elle différente.
00:33:49Je vous rappelle que nous, nous avons réussi à faire adopter les budgets.
00:33:52Et Michel Barnier, qui est un homme que j'estime et que je connais depuis longtemps,
00:33:57chacun après l'autre apporte sa pierre à cet édifice.
00:34:01Cet édifice, c'est la prise de conscience par les Français.
00:34:04– Vous ferez la proportionnelle ?
00:34:06– Oui, en tout cas, je proposerai à l'Assemblée nationale, qui est souveraine,
00:34:10je proposerai qu'elle examine cette question qui traîne depuis des décennies.
00:34:14Vous voyez, si on s'arrête un quart de seconde,
00:34:17tout ce que nous traitons là, il y a des décennies que la question est posée
00:34:21et que personne ne la traite.
00:34:23– Sur la question de la proportionnelle, du scrutin à la proportionnelle,
00:34:28ça a déjà été fait, ça a été fait notamment en 1986, avec une prime au premier.
00:34:33– Non.
00:34:34– Est-ce que vous seriez favorable à une prime au premier
00:34:38pour qu'il y ait une majorité plus solide ?
00:34:39– Non, il n'y avait pas de prime au premier en 1986.
00:34:42– Et donc vous feriez pareil ?
00:34:43– Et le texte qui a été adopté en 1986 est peut-être un des textes d'arrivée
00:34:48sur lequel on puisse trouver un accord de l'Assemblée nationale.
00:34:52– Est-ce que vous souhaitez une possibilité de cette proportionnelle équilibrée,
00:35:01qui ne donne pas de prime au premier, qui ne donne pas une surmajorité au premier ?
00:35:04– Voilà, exactement.
00:35:05– Pour que tout le monde comprenne bien.
00:35:07– C'est très simple, la proportionnelle, parce que c'est des mots un peu abstraits tout ça,
00:35:11qu'est-ce que c'est ?
00:35:12C'est on vous donne le nombre de sièges
00:35:15que vous donne le nombre de voix que vous avez obtenues.
00:35:18Il n'y a pas de ces vagues d'un côté ou de ces vagues de l'autre qu'on a connues trop souvent
00:35:24et ça oblige à réfléchir différemment à la politique.
00:35:29Vous savez, il y a 27 pays dans l'Union européenne.
00:35:33Tous les autres, en dehors de la France, ont un scrutin proportionnel.
00:35:37Est-ce qu'ils marchent moins bien que la France ?
00:35:40Si vous regardez les résultats actuels, tous les pays qui nous entourent,
00:35:45quel est leur niveau d'équilibre des finances publiques ?
00:35:51– Ils ont souvent été plus courageux que nous là-dessus.
00:35:54– Et bien pourquoi ont-ils été plus courageux ?
00:35:56Poussez votre réflexion.
00:35:58Pourquoi ont-ils été plus courageux ?
00:36:00Parce qu'ils avaient un système politique qui permettait le courage.
00:36:04Quand vous êtes au scrutin majoritaire, la question c'est est-ce que vous êtes pour ou contre ?
00:36:09Et c'est tellement plus confortable d'être contre.
00:36:12Dans le problème que nous exposons ce matin ou par lequel nous avons commencé ce matin,
00:36:17problème des finances publiques et problème de la production du pays.
00:36:21Dans ces problèmes-là, bien sûr ça demande des changements.
00:36:25Et c'est tellement plus simple de dire moi je suis contre.
00:36:28– Donc François Bayrou, vous ferez en sorte qu'il soit possible d'aller vers la proportionnelle
00:36:33au risque éventuellement d'avoir une majorité RN.
00:36:37Vous prenez ce risque ?
00:36:38– Pourquoi une majorité RN ?
00:36:39– Et pourquoi pas ?
00:36:41La majorité à la proportionnelle, elle est donnée à ceux qui ont le plus de voix.
00:36:46Ceux qui ont, si vous avez 35% des voix, vous avez 35% des sièges.
00:36:51Ça n'est pas une majorité.
00:36:53– Si en partant, François Bayrou, si après votre mandat,
00:36:58c'est le RN qui arrive au pouvoir, Marine Le Pen ou Jordan Bardella,
00:37:02comment vous le vivrez ?
00:37:04– Je le vivrai comme la poursuite d'un échec qui est entretenu depuis des années,
00:37:11sur lequel les réponses n'ont pas été apportées.
00:37:14Mais je suis persuadé que le seul scrutin qui permet de ne pas basculer dans les extrêmes,
00:37:20c'est précisément le scrutin proportionnel.
00:37:22– C'est une réponse pour vous précisément, pourtant le RN le demande.
00:37:25Alors il le demande avec effectivement une prime au premier,
00:37:29ce que vous refusez pour l'instant de faire.
00:37:32– Est-ce que le macronisme c'est fini ?
00:37:35– Ce sont des mots que je ne partage pas.
00:37:39D'abord, je ne suis pas sûr que faire un isme avec un nom propre,
00:37:46en dehors du gaullisme qui honnêtement était un ressaisissement national
00:37:52porté au travers de l'histoire.
00:37:54Je n'ai jamais fait de la politique en référence à des hommes.
00:37:57Je fais de la politique, je l'ai souvent dit au président de la République,
00:38:00il sait très bien ce que je pense de ce sujet,
00:38:02je fais de la politique en référence à des principes.
00:38:05– Mais les principes, les idées, les volontés d'Emmanuel Macron
00:38:08pourront-elles lui survivre ?
00:38:09– À des idées politiques.
00:38:11Je suis persuadé que le président de la République,
00:38:13il appartient au courant politique auquel je crois le plus,
00:38:17c'est-à-dire la démocratie, démocrate.
00:38:22C'est-à-dire ceux qui pensent que le progrès d'un pays
00:38:26il dépend de la responsabilité des citoyens.
00:38:29– Avoir dans votre gouvernement, François Bayrou,
00:38:32une porte-parole du gouvernement qui, elle, dit au fond
00:38:36on arrive au bout du macronisme.
00:38:38Un ministre de l'Intérieur comme Bruno Retailleau,
00:38:42dont on voit bien que son élection à la tête de LR
00:38:46est une étape qui va vers une ambition présidentielle.
00:38:49Est-ce que tout cela c'est une force ou c'est une faiblesse ?
00:38:51– C'est une force.
00:38:53Alors, je n'approuve pas les déclarations déséquilibrées.
00:39:00– Ça veut dire quoi ?
00:39:02Ça veut dire que vous n'appréciez pas les déclarations
00:39:05de la porte-parole de votre gouvernement ?
00:39:07– Je lui ai dit que ce n'étaient pas les déclarations
00:39:10les plus justes qu'on pouvait trouver.
00:39:15La ligne politique du gouvernement,
00:39:21c'est une ligne politique qui a deux caractéristiques.
00:39:25Elle est centrale et elle est de rassemblement.
00:39:29Elle veut s'appuyer sur les Français pour porter les réformes du pays.
00:39:35La définition de ce courant démocrate auquel j'appartiens
00:39:40et dont j'ai porté le drapeau dans ma vie pendant longtemps,
00:39:45cette définition a été donnée par un philosophe qui s'appelle Marc Sanglier.
00:39:50Et il a dit que la démocratie, c'est l'organisation de la société
00:39:56qui permet de porter au plus haut la conscience
00:40:00et la responsabilité des citoyens.
00:40:02On s'arrête à ces deux mots, la conscience,
00:40:05la prise de conscience que j'évoquais,
00:40:07et la responsabilité des citoyens.
00:40:09Il y a des gens qui pensent que pour faire bouger un pays,
00:40:13il faut le faire par l'obligation.
00:40:18On va les forcer à bouger, par l'épreuve de force.
00:40:22Je ne crois pas ça.
00:40:23Je pense qu'aujourd'hui, c'est le temps dans lequel nous sommes.
00:40:26On l'a bien compris, c'est à la fois jamais sans les Français, d'un côté,
00:40:28et de l'autre, dans le dialogue.
00:40:30Mais lorsque vous entendez un Marc Fesneau qui est proche de vous,
00:40:33qui dit chez nos confrères de La Tribune dimanche,
00:40:36qu'il estime qu'il y a aujourd'hui une surenchère régalienne,
00:40:39une forme même de trahison de l'esprit du départ.
00:40:41Vous partagez cette idée ?
00:40:43D'abord, c'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'estime et d'affection.
00:40:48Et donc forcément, quand je l'entends, je suis...
00:40:52Plutôt en harmonie.
00:40:53Plutôt en harmonie avec ce qu'il dit.
00:40:55Donc il y a aujourd'hui une surenchère.
00:40:57J'approuve pas le mot régalien.
00:40:59Régalien, c'est très important, c'est très noble.
00:41:02C'est la défense, la sécurité.
00:41:04C'est ce qu'un État doit faire pour les citoyens.
00:41:06Il faut comprendre.
00:41:07Qu'est-ce qu'il dit derrière ?
00:41:08Quand il dit régalien, il dit retaillot.
00:41:10Non, pas du tout.
00:41:11Non ?
00:41:12Ah non, c'est pas là la surenchère pour vous ?
00:41:13La surenchère régalienne, c'est pas retaillot ?
00:41:15Je pense que c'est pas du tout ce qu'il visait.
00:41:17Ah bon ? Darmanin, alors ?
00:41:18Mais vous lui poserez la question.
00:41:19Darmanin, alors ?
00:41:20Non, je ne crois pas.
00:41:21Mais vous lui poserez la question.
00:41:22Il est beaucoup mieux à m'informer que moi de répondre.
00:41:24Tout à fait, je lui poserai.
00:41:25Mais enfin, il se trouve que vous êtes Premier ministre
00:41:26et que vous êtes face à moi ce matin.
00:41:27Qu'est-ce qu'il veut dire ?
00:41:28Qu'est-ce qu'il veut dire ?
00:41:29Il veut dire qu'il ne faut pas perpétuellement se livrer
00:41:34à des surenchères qui dressent les Français les uns contre les autres.
00:41:38Et Dieu sait que ces temps-ci, l'air est plutôt saturé,
00:41:43les ondes sont plutôt saturées de ce genre de surenchères.
00:41:46Ça veut dire quoi ?
00:41:47Ça veut dire que le rapport sur l'antrisme des frères musulmans,
00:41:49vous ne l'auriez pas rendu public ?
00:41:51Il a été rendu public.
00:41:54Et c'est un rapport qui présente des faits inquiétants
00:41:58dont je pense qu'on peut regarder tous ensemble
00:42:02quelle est l'ampleur de ces risques-là.
00:42:06De quoi il s'agit ?
00:42:08Il s'agit de l'idée qu'il y a des organisations
00:42:13qui cherchent à imposer à la France une loi qui est une loi religieuse
00:42:18ou d'essence religieuse.
00:42:22Or, ceci n'est pas la laïcité.
00:42:24J'aime beaucoup le mot de laïcité.
00:42:26Laïcité, ça veut dire le peuple.
00:42:29Laos, en grec, le mot de la racine de laïcité, c'est le peuple.
00:42:34Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:42:35Mais concrètement, fait quoi ?
00:42:36Mais attendez, qu'est-ce que ça veut dire ?
00:42:39Ça veut dire que nous sommes là pour vivre tous ensemble
00:42:42et qu'il y a une loi en France, qu'il y a une règle en France,
00:42:45un principe en France.
00:42:48La loi protège la foi, mais la foi ne fait pas la loi.
00:42:52Est-ce que les conclusions de ce rapport vous laissent entendre
00:42:55que cette laïcité est aujourd'hui menacée ?
00:42:57En tout cas, si ces faits sont confirmés...
00:43:01Vous en doutez ?
00:43:02Si ces faits sont confirmés, je pense qu'il est nécessaire
00:43:06d'avoir les réactions de précaution et de limitation qui s'imposent.
00:43:12Mais vous en doutez ?
00:43:14Vous doutez des conclusions de ce rapport ?
00:43:16Qui a quand même été mené pendant un an par deux hauts fonctionnaires
00:43:19qui ont fait 200 auditions dans tout le territoire ?
00:43:23Je n'ai pas envie de faire de l'islam
00:43:27un sujet de fixation de la société française.
00:43:31Je sais que c'est la mode, je sais que ça a probablement du succès
00:43:36dans un certain nombre de cercles,
00:43:39mais nous devons vivre ensemble.
00:43:42C'est la mode ?
00:43:43Oui, je pense que c'est un peu ce que Fénot disait et que vous citiez.
00:43:51Cette surenchère régalienne ?
00:43:52Surenchère.
00:43:53Je pense qu'en France, les athées, les chrétiens, les musulmans,
00:44:04les juifs, les bouddhistes, nous allons devoir vivre ensemble.
00:44:09Mais précisément, est-ce que ce rapport...
00:44:11Tout ceux qui entretiennent la montée des tensions sur l'origine,
00:44:18sur, je ne sais pas, la couleur de peau...
00:44:20Donc les coupables, c'est l'antrisme des frères musulmans
00:44:22ou c'est ceux qui veulent utiliser ce rapport ?
00:44:25Je pense que tous ceux qui veulent faire que la loi religieuse
00:44:30devienne plus importante que la loi civile,
00:44:33cela ne respecte pas les principes français.
00:44:35Donc il faut faire quelque chose ?
00:44:36Et donc il faut le prendre en compte et l'empêcher.
00:44:39Lorsqu'Emmanuel Macron dit « Je suis saisi par la gravité des faits établis »,
00:44:42je demande au Premier ministre François Bayrou et à son équipe
00:44:45de formuler de nouvelles propositions pour un prochain Conseil de défense début juin.
00:44:50Avez-vous de nouvelles propositions ?
00:44:52Les propositions, elles ont été exposées dans le Conseil de défense.
00:44:55Et elles étaient des propositions sérieuses.
00:44:57Et je suis sûr que le Président de la République le sait.
00:45:00On peut aller plus loin, on peut le rendre plus concret,
00:45:03un certain nombre de ses orientations,
00:45:06mais Bruno Retailleau, qui portait une partie de ses propositions,
00:45:10a tout à fait proposé, annoncé un certain nombre de décisions.
00:45:14Il a votre confiance, Bruno Retailleau, pour régler ces questions-là ?
00:45:17Oui, il est membre du gouvernement, il a ma confiance.
00:45:19Lorsque Gabriel Attal dit « il faut aller jusqu'à interdire le voile aux jeunes filles de moins de 15 ans »,
00:45:25c'est là la surenchère ?
00:45:26Je ne sais pas ce que ça veut dire.
00:45:28Ça veut dire quoi « je ne sais pas ce que ça veut dire » ?
00:45:30Je travaille beaucoup avec Gabriel Attal.
00:45:34Comment vous faites ?
00:45:35Ça veut dire que dans la rue, les policiers disent à une jeune fille
00:45:39« Montrez-moi votre carte d'identité pour savoir si vous avez l'âge ».
00:45:43Donc je ne crois pas.
00:45:45Et je crois que Bruno Retailleau a dit à peu près la même chose que vous citiez tout à l'heure.
00:45:50Je ne crois pas que ce soit en dressant sur des sujets qui sont des sujets d'irritation et de montée des tensions.
00:46:03Je ne crois pas que ce soit de cette manière qu'on puisse traiter de la question de la vie en commun
00:46:09des différentes communautés, des différentes sensibilités religieuses en France.
00:46:14Donc celui qui était visé, ce n'était ni Bruno Retailleau, ni Gérald Darmanin, mais bien Gabriel Attal.
00:46:19Il fait de la surenchère.
00:46:21Vous ne comprenez même pas d'où ça sort, en fait.
00:46:23Je comprends qu'un certain nombre d'observateurs, dont vous êtes en ce moment le porte-parole,
00:46:33essaient de dresser les uns contre les autres, les membres du gouvernement, les communautés religieuses.
00:46:39Je ne dresse personne les uns contre les autres, François Bayrou.
00:46:40Je constate simplement que vous dites « on a fait des propositions, elles sont sages, en revanche,
00:46:47mais celle-ci, ce n'est même pas que vous la rejetez, c'est que vous ne comprenez même pas. »
00:46:52Oui, je ne comprends pas comment, pratiquement, on peut poser cette question-là.
00:46:58Et lorsque Bruno Retailleau dit qu'il souhaite inscrire dans la Constitution,
00:47:01je cite cette phrase « que nul ne peut se prévaloir de sa religion, de ses croyances, de ses origines,
00:47:06pour échapper à la règle commune », est-ce que vous considérez que c'est une piste sérieuse ?
00:47:12Non, je pense que c'est déjà dans la Constitution.
00:47:14Donc on n'a pas besoin de le rajouter ?
00:47:15C'est dans les principes français.
00:47:17Donc il n'y a pas besoin de le rajouter ?
00:47:18Je vais vous dire, je ne prends pas de leçons sur ce sujet.
00:47:22Celui qui a interdit le voile à l'école, c'est moi.
00:47:25Et il y a une très bonne étude d'un sociologue qui s'appelle Éric Morin,
00:47:31qui dit que c'est par la circulaire que j'ai prise dans les années 90
00:47:37que le voile a disparu dans les écoles.
00:47:40Et on a fait ça sans avoir à mettre un affrontement entre les différentes sensibilités.
00:47:48Je veux que la France conserve ses principes,
00:47:51et je veux que ces principes-là ne servent pas à l'affrontement entre les uns et les autres.
00:47:59Vous comprenez ce que je veux dire ?
00:48:01Vous aviez dit d'ailleurs, François Bayrou, vous aviez dit « je veux lancer un grand débat
00:48:06sur ce que cela signifie d'être français ».
00:48:09Oui.
00:48:10On en est où ?
00:48:11Le Conseil économique et social et environnemental a pris la responsabilité de l'organiser,
00:48:18et je l'aiderai de toutes mes forces.
00:48:20Donc ce débat aura lieu ?
00:48:21Aura lieu.
00:48:22Sous quelle forme ?
00:48:23Partout en France, organisé par les conseils économiques et sociaux
00:48:28et par les conseils économiques et sociaux régionaux.
00:48:31François Bayrou, je précise pour ceux qui nous rejoignent, il est 9h08,
00:48:33on est bien sur RMC et BFM TV, et vous répondez à toutes mes questions.
00:48:37Il y a des questions aussi sur la sécurité.
00:48:40Cette annonce, par exemple, d'une prison en Guyane avec un quartier de très haute sécurité.
00:48:47Vous disiez « jamais sans les Français ».
00:48:50Les élus guyanais disent « on n'a pas été consultés ».
00:48:53Était-ce la mauvaise méthode ?
00:48:54En tout cas, je sais qu'il faut les consulter.
00:48:57Alors, reprenons les choses, parce qu'il y a eu plein d'interprétations.
00:49:01Je vous dis ce que j'ai compris après avoir parlé avec le garde des Sceaux.
00:49:05Il y a une prison en construction en Guyane qui fait 500 places ou 550 places.
00:49:13Sur les places de cette prison, on peut en prendre quelques dizaines
00:49:19pour faire un quartier de haute sécurité.
00:49:22Est-ce que c'est possible ? Oui.
00:49:24Est-ce qu'il faut en discuter avec les élus de Guyane ? Assurément.
00:49:27Il vous avait prévenu, vous ?
00:49:29Non, mais il est dans l'exercice de sa mission.
00:49:32En tout cas, vous y êtes favorable, si c'est fait en accord avec les élus.
00:49:37Si c'est fait en accord avec les élus et dans le projet de cette prison qui est en construction,
00:49:41qui commence à peine.
00:49:43Vous voyez, une des difficultés que nous avons...
00:49:45La méthode, quand même, François Bayrou, c'est-à-dire que vous vous dites « jamais sans les Français ».
00:49:50Mais il y a certains de vos ministres qui font des trucs sans le Premier ministre.
00:49:55Oui, sans, non.
00:49:57Ils avancent des idées et puis on regarde après si ces idées sont acceptées
00:50:03et comment on les fait entrer dans la réalité.
00:50:05Mais cela vous convient ?
00:50:07Vous avez confiance en lui ?
00:50:09L'idée qu'un gouvernement, c'est des sensibilités différentes.
00:50:15Et ces sensibilités différentes, elles doivent pouvoir vivre ensemble, là encore.
00:50:19Et qu'on fait en sorte que les idées soient validées une fois qu'elles sont lancées,
00:50:26c'est une méthode nécessaire.
00:50:30Et pardon, j'en profite, quelle est votre méthode avec Emmanuel Macron ?
00:50:33Il est président de la République, je suis Premier ministre, nous nous connaissons depuis longtemps.
00:50:39Il est dans l'exercice de ses responsabilités, je suis dans l'exercice des miennes.
00:50:44Et nous avons une relation, pas seulement de confiance,
00:50:48mais une vision en commun de ce que doit être l'avenir du pays.
00:50:52Mais quand je vous écoute, je me dis qu'au fond, la cohabitation, elle n'est peut-être pas entre vous et le Président,
00:50:56mais elle est peut-être entre vous et vos ministres ?
00:50:58Pas du tout.
00:50:59Pas du tout ?
00:51:00Pas du tout.
00:51:04J'ai voulu des ministres poids lourds.
00:51:08Et j'ai voulu que ces ministres poids lourds puissent s'exprimer.
00:51:12Parce qu'ils portent chacun une part de la sensibilité du pays.
00:51:17Simplement, lorsque le moment de la décision vient, pas de la proposition, de la décision vient.
00:51:23Vous avez vu qu'il y a eu beaucoup d'annonces sur l'économie, les finances, les impôts,
00:51:28et que j'ai rappelé que ce n'était pas la multiplication des annonces qui était nécessaire.
00:51:34C'était qu'on vérifie la faisabilité de tout ça, avec des principes.
00:51:41Et donc, chacun existe dans le gouvernement avec sa sensibilité,
00:51:46mais il y a un chef du gouvernement et il y a une équipe.
00:51:49Vous avez lu la lettre de la mère d'Elias ?
00:51:52Oui.
00:51:53Elias, c'est ce jeune garçon qui est mort le 24 janvier dernier,
00:51:57tué par deux autres adolescents à peu près du même âge, dans le 14e arrondissement de Paris.
00:52:03Elle l'a écrite le jour de la fête des mères.
00:52:05Elle dit, mais qui s'est moqué d'Elias ?
00:52:07Est-ce ces deux adolescents de 16 et 17 ans qui, en toute impunité depuis 2021, réitèrent des vols avec violence ?
00:52:13Est-ce ces deux adolescents qui, malgré une interdiction juridique d'entrer en contact,
00:52:17se retrouvent régulièrement autour du stade Jules-Noël pour commettre des délits ?
00:52:21Est-ce leurs parents et l'instabilité des cellules familiales ?
00:52:24Est-ce cette mère, MAIRE, qui n'a pas jugé bon de sécuriser les abords du stade qu'elle savait pourtant mal fréquenter ?
00:52:30Est-ce les médias qui n'ont pas eu l'honnêteté d'écrire les mots machette et hachette qui ont tué son fils ?
00:52:35Est-ce, au fond, les juges, les juges des enfants,
00:52:38qui ordonnent à deux reprises, en 2023 et en 2024, une interdiction d'entrée en contact de deux délinquants,
00:52:43sans même vérifier leurs adresses et sans s'apercevoir qu'ils habitent dans la même résidence ?
00:52:48Les différents ministres de la Santé, de l'Éducation Nationale, de la Justice, de l'Intérieur,
00:52:52qui n'ont pas pris la mesure depuis des années de la dérive d'une partie de la jeunesse,
00:52:55de son ensauvagement, de l'impact des réseaux sociaux et de la banalisation de la violence ?
00:52:59Qui s'est moqué d'Elias ?
00:53:02Je suis du côté de sa maman.
00:53:05Et vous aussi.
00:53:07Quand on lit ces mots-là, et qu'on pense aux jeunes garçons qu'ils étaient,
00:53:13et à qui la vie a été arrachée, par armes blanches...
00:53:18Je dirais les mots de machette et d'hachette qui sont utilisés pour sa mère.
00:53:22On a laissé faire tout ça, n'est-ce pas ?
00:53:25Est-ce que ça va changer ?
00:53:27Oui, ça va changer.
00:53:28En tout cas, j'ai réuni sur l'arme blanche les décideurs différents,
00:53:33et nous allons prendre un certain nombre de décisions,
00:53:36ne serait-ce qu'une décision d'interdiction.
00:53:40Qu'il ne soit plus accepté
00:53:46que des adolescents puissent se promener avec des couteaux, des lames, des hachettes ou des machettes.
00:53:53Ceci...
00:53:56C'est la France qui est en jeu.
00:53:58Et donc, oui, nous allons avoir...
00:54:01Le groupe de travail va me rendre ses conclusions dans les heures qui viennent.
00:54:04Vous pouvez dire ce matin à la maman d'Elias...
00:54:06En tout cas, je peux dire à la maman d'Elias que sur ce sujet-là,
00:54:10sa parole, son cri de douleur et de rage ne sera pas inutile.
00:54:20Évidemment, j'ai même proposé...
00:54:23Une France à peu près, où les choses ne sont pas vraiment appliquées,
00:54:25où les choses ne sont pas vraiment vérifiées.
00:54:27Oui, une France, un monde à peu près.
00:54:30Enfin là, en l'occurrence, c'est la France.
00:54:32Non, mais ce n'est pas seulement la France.
00:54:34Est-ce que quand vous dites ça, il n'y a pas une manière de se déresponsabiliser,
00:54:37de dire, bon, c'est l'époque, c'est le monde ?
00:54:39Quand la maman d'Elias dit, les réseaux sociaux,
00:54:43quand elle dit...
00:54:44Oui, mais quand elle dit, les juges, qui, en 2023-2024, ne vérifient pas les adresses,
00:54:48disent qu'ils n'ont pas le droit de se parler, mais qu'ils habitent à 20 mètres...
00:54:51Elle a intégralement raison.
00:54:57Mais la société dans laquelle on vit,
00:55:02est une société de violence perpétuelle.
00:55:07Et tout le monde y participe, y compris les réseaux sociaux, y compris les médias.
00:55:13Parce que ce qu'on préfère mettre en valeur,
00:55:16c'est évidemment ce qui est le plus brutal,
00:55:19et ce qui est le plus plein d'affrontements.
00:55:21Là, en l'occurrence, c'est l'inverse.
00:55:22Nous avions minimisé.
00:55:23Nous n'avons pas utilisé les mots « achète » et « achète ».
00:55:25Oui, parce qu'on ne l'a pas su.
00:55:27Parce qu'on ne l'a pas su.
00:55:28Je ne suis pas sûre.
00:55:30Moi, en tout cas, j'ai demandé le rapport,
00:55:32et ces mots n'étaient pas dans le rapport.
00:55:34Ces mots n'étaient pas dans le rapport.
00:55:35Je voudrais qu'on pose aussi la question de la sécurité.
00:55:38Je voudrais que vous écoutiez Thierry.
00:55:39Thierry, il est gérant d'un magasin d'articles de golf,
00:55:41Avenue Marceau, dans le quartier des Champs-Élysées.
00:55:43Alors, pourquoi Thierry ?
00:55:45Parce que son magasin, il a déjà été dégradé,
00:55:47il y a trois semaines, après la qualification du PSG,
00:55:49par des individus cave-goulets,
00:55:51qui étaient venus, dit-il, fêter la qualif.
00:55:54Ils redoutent que ça recommence samedi.
00:55:56Et je voudrais que vous l'entendiez,
00:55:58et qu'on se pose la question simplement de savoir
00:56:00si on peut se réjouir autrement
00:56:02qu'en allant casser des vitrines.
00:56:04Écoutez.
00:56:05Voilà l'outil qui a été utilisé pour vandaliser notre vitrine.
00:56:09C'est un pavé qui fait pas loin de 3-4 kilos.
00:56:11Différents commerçants ont retrouvé également,
00:56:13devant leur commerce, ce type de pavé.
00:56:15Monsieur le Premier ministre, ma question est la suivante.
00:56:17Pouvez-vous nous garantir que l'avenue sera suffisamment protégée
00:56:21pour que nous n'ayons pas à craindre
00:56:23d'un autre acte de vandalisme dans notre commerce ?
00:56:25Et quelles sont les ressources que vous souhaitez mobiliser
00:56:28pour éviter que les commerçants soient à nouveau impactés
00:56:30par ce vandalisme ?
00:56:32Vous pouvez le rassurer.
00:56:33Je peux garantir que l'avenue sera protégée.
00:56:35Je peux garantir que les services de police,
00:56:38la préfecture de police et la sécurité sont mobilisés
00:56:41pour éviter ce genre d'insupportable désordre.
00:56:47Et je lui dis que oui, mais je sais très bien que partout,
00:56:52c'est pas seulement l'avenue Marceau, n'est-ce pas ?
00:56:54C'est que partout, hélas, ce genre de choses se produisent.
00:56:58On a mobilisé des milliers de policiers.
00:57:01Le ministre de l'Intérieur, le préfet de police
00:57:03ont mobilisé des milliers de policiers
00:57:05pour que l'ordre soit maintenu.
00:57:08Mais on a affaire à forte partie, n'est-ce pas ?
00:57:11Et donc, je ne prétends pas que tout soit réglé.
00:57:15Je ne prétends pas qu'il n'y ait pas de risque.
00:57:18Je dis que nous nous préparons au risque.
00:57:20Nous nous préparons au risque.
00:57:22Mais vous ne pouvez pas garantir à 100%.
00:57:24C'est-à-dire que vous avez quand même l'impression
00:57:25qu'il y a quelque chose d'un peu hors de contrôle
00:57:27dans cette façon de se réjouir, entre guillemets.
00:57:31Il y a chaque fois qu'il y a ce genre de célébrations,
00:57:36si j'ose dire,
00:57:37chaque fois vous avez des incidents de cet ordre,
00:57:39chaque fois il y a des black blocs,
00:57:41chaque fois on les arrête,
00:57:43chaque fois on les met en prison et puis ils ressortent de prison.
00:57:46Et donc cette nécessité,
00:57:50cette exigence de sécuriser,
00:57:54elle n'est pas sans aucun risque.
00:57:57François Bayrou, aujourd'hui aura lieu le vote
00:58:00en première lecture des deux textes sur la fin de vie.
00:58:04Vous avez d'ailleurs voulu deux textes.
00:58:06Un premier texte sur l'accès aux soins pour soulager la souffrance,
00:58:10les soins palliatifs.
00:58:11Un autre texte pour autoriser un droit à mourir.
00:58:14Est-ce que vous souhaitez que ces deux textes soient adoptés ?
00:58:17Ces deux textes sont soumis au vote séparément
00:58:20pour que nul ne soit obligé de voter pour l'un pour obtenir l'autre.
00:58:25Et c'est le sens de la décision que j'ai prise
00:58:27de séparer les deux textes.
00:58:29Le texte sur la fin de vie,
00:58:32je pense qu'il devrait être adopté à l'unanimité,
00:58:35ou en tout cas la plus large majorité possible.
00:58:37Pourquoi ?
00:58:38Parce que les soins palliatifs, c'est un devoir à l'égard des malades,
00:58:42à l'égard de la société.
00:58:43Vous avez dit le texte sur la fin de vie.
00:58:44Non, vous vouliez dire le texte sur les soins palliatifs.
00:58:46J'ai dit le texte sur les soins palliatifs.
00:58:48Je pense qu'il devrait être adopté à l'unanimité.
00:58:51Vous pensez et vous souhaitez.
00:58:53Je souhaite.
00:58:54Et l'autre texte, je pense qu'il commence son parcours parlementaire.
00:59:00Le débat a été extrêmement digne, extrêmement intéressant
00:59:05et a, d'une certaine manière, honoré le Parlement
00:59:08dans les temps où ça n'arrive pas tous les jours.
00:59:10Après, il y a des questions qui continuent à se poser.
00:59:13Lesquelles ?
00:59:14Une question très simple.
00:59:18Est-ce que toutes les précautions sont prises
00:59:22pour que le texte, pour que ce type de pratiques
00:59:26ne devienne pas très large ?
00:59:28Je vous donne un chiffre.
00:59:30Le Canada a adopté un texte comme celui-là
00:59:35et on disait qu'il y aura à peu près 200 personnes par an
00:59:39qui seront l'objet de cette fin de vie.
00:59:45Et aujourd'hui, c'est 5 217.
00:59:47Non, aujourd'hui, c'est 15 000.
00:59:48Et c'est même 15 000 en tout.
00:59:50C'est 15 000 au Canada.
00:59:5110 % aujourd'hui, 10 % des morts, des décès
00:59:57sont aujourd'hui sur ce point au Québec.
01:00:00Et aux Pays-Bas, c'est 10 000,
01:00:01ce qui, pour la France, voudrait dire 35 000.
01:00:03Ça, pour vous, ça n'est pas souhaitable ?
01:00:06Je pense qu'il y a une question.
01:00:08Et que cette question, les parlementaires
01:00:11se la sont posée, qu'ils vont continuer à se la poser
01:00:15et les décisions qui vont être prises,
01:00:20elles vont partir au Sénat
01:00:22et le Sénat apportera lui-même sa lecture.
01:00:24Puis elles reviendront à l'Assemblée.
01:00:26J'ai confiance dans la démarche parlementaire
01:00:29pour que toutes les interrogations soient levées.
01:00:31Mais vous sentez bien que ce que j'exprime,
01:00:35c'est qu'il y a là quelque chose d'infiniment précieux
01:00:41pour l'idée que nous nous faisons de la vie et de la mort.
01:00:44Et autrement dit, pour l'idée que nous nous faisons
01:00:47de la nature humaine.
01:00:48Ça n'est pas parce que tu es malade
01:00:51que tu es moins digne de soins, d'attention, de respect.
01:00:54Ça n'est pas parce que tu es handicapé
01:00:57que tu es moins digne de soins, d'attention et de respect.
01:01:00Chez nous, la vie, elle est honorée
01:01:05comme la chose la plus précieuse.
01:01:07Si je vous entends, François Bayrou, j'entends un doute chez vous.
01:01:09Je ne dis pas un doute, j'ai des interrogations sur ce texte.
01:01:13Et quand il y a des interrogations sur un texte,
01:01:15est-ce que vous vous dites, bon, dans le doute j'y vais quand même
01:01:19ou dans le doute j'y vais pas ?
01:01:20Non, je me dis, heureusement, le Parlement dans son organisation
01:01:25va pouvoir poser toutes ces questions.
01:01:27Il y a une deuxième question qui se pose
01:01:30autour d'un mot dont je crois qu'il est ambigu.
01:01:33Le délit d'entrave.
01:01:36On a sanctionné sévèrement l'entrave.
01:01:39Qu'est-ce que ça veut dire ?
01:01:40Et qu'est-ce qu'avaient en tête ceux qui vont voter le texte ?
01:01:43Vous vous souvenez, ces agressions qui ont eu lieu
01:01:46contre les services d'IVG ?
01:01:48Et ça, ça n'est pas acceptable.
01:01:50Une fois que c'est entré dans la loi, ça n'est pas acceptable.
01:01:53Mais ça n'est pas une entrave que d'essayer de persuader
01:01:56quelqu'un de vivre.
01:01:58Et les services de soins palliatifs,
01:02:01tous les jours, par milliers en France,
01:02:05ils tiennent la main de ceux qui sont au bout de leur vie
01:02:10et qui voudraient cependant continuer à vivre.
01:02:13Et c'est ce souci du plus faible,
01:02:19ce souci du plus fragile,
01:02:21ce souci de celui qui est seul.
01:02:24C'est ça la marque de la société que je souhaite pour la France.
01:02:28Ça veut dire, François Bayrou, que tenter de convaincre quelqu'un,
01:02:32même s'il a exprimé une fois, deux fois son souhait de mourir,
01:02:36ça n'est pas une entrave.
01:02:38Tenter de le convaincre, ça n'est pas une entrave.
01:02:41Il faut pouvoir tenter de convaincre.
01:02:43Vous avez vu les mots des évêques d'Ile-de-France
01:02:45qui se sont adressés aux députés hier
01:02:47et qui disent qu'à leurs yeux,
01:02:50le problème c'est que la mort va désormais apparaître presque comme un soin.
01:02:53Ils parlent des unités de soins palliatifs,
01:02:55ils disent dans ces unités de soins palliatifs,
01:02:57des femmes et des hommes qui demandaient à mourir,
01:02:59changent la vie.
01:03:00On est exactement sur ce que vous dites à l'instant.
01:03:02Parce qu'ils sont regardés non pas comme des presque morts,
01:03:04mais comme des toujours vivants
01:03:06à écouter, à soigner, à soutenir et à soulager
01:03:08dans leurs douleurs et leurs angoisses.
01:03:10Le problème, c'est que vous avez fait deux textes.
01:03:12Mais aujourd'hui, au moment où on se parle,
01:03:14est-ce que vous pouvez dire, François Bayrou,
01:03:16que tous les malades français
01:03:18dont on pourrait soulager la souffrance,
01:03:22on le fait vraiment ?
01:03:23Non.
01:03:24Non ?
01:03:25Non.
01:03:26Donc est-ce que la liberté du choix est réelle ?
01:03:28Il y a une trentaine de départements, si ma mémoire est fidèle.
01:03:32Il y en a 22 départements en France où il n'y a pas de service palliatif.
01:03:35Et les autres, il y a des services de soins palliatifs,
01:03:37mais qui sont souvent déjà saturés.
01:03:39Oui, c'est vrai.
01:03:41Mais c'est déjà un immense progrès.
01:03:46J'ai beaucoup travaillé avec les médecins
01:03:48et les infirmiers de soins palliatifs.
01:03:51Ils sont
01:03:54ce que l'humanité fait de plus compréhensif,
01:03:58de plus généreux.
01:04:00Et je ne veux pas qu'ils se sentent abandonnés.
01:04:04Alors j'entends très bien
01:04:06ceux qui disent
01:04:08« Mais moi, dans mon état,
01:04:10je veux pouvoir accéder à la mort
01:04:13si je ne peux plus faire autrement. »
01:04:17Je comprends ça.
01:04:19Et il y a eu de très grands combats dans l'humanité pour tout ça.
01:04:22Mais simplement, ce que je veux,
01:04:24c'est qu'il n'y ait pas de détournement
01:04:28de la loi
01:04:30pour faire de ce qui devrait être un acte ultime
01:04:34un acte normal et banal.
01:04:36Si je vous écoute, François Bayrou,
01:04:38en l'état, vous député, vous ne le voteriez pas.
01:04:41Non, ce n'est pas ce que je dis.
01:04:43Ce soir, je veux dire.
01:04:44Vous le feriez évoluer éventuellement,
01:04:45mais tel qu'il est aujourd'hui, non.
01:04:47Je pense que ce soir, je m'abstiendrai, oui.
01:04:49Ce soir, vous ne le voteriez pas.
01:04:51Je pense que c'est le début d'un processus.
01:04:54Je pense que les soins palliatifs,
01:04:56on doit les organiser partout,
01:04:58ça devrait être une obligation morale de la nation.
01:05:01Et pour ce qui est de l'intervention
01:05:03pour faire mourir quelqu'un,
01:05:05y compris à sa demande,
01:05:07y compris avec les vérifications nécessaires,
01:05:09alors il faut qu'il n'y ait plus d'ambiguïté sur le sujet.
01:05:12Et j'ai absolument confiance dans le Sénat
01:05:16et puis le retour à l'Assemblée
01:05:18pour que les deux questions que j'ai posées,
01:05:21c'est-à-dire que ça ne devienne pas
01:05:23un acte de régulation de la société.
01:05:27Avec même peut-être un service public.
01:05:29Certains disent, Claire Fourcade,
01:05:31qui est à la tête des représentants
01:05:33de certains soins palliatifs,
01:05:35dit qu'il y a même un enjeu économique.
01:05:38C'est-à-dire qu'à un moment,
01:05:40la question pourrait se poser,
01:05:42face aux dérives des comptes publics,
01:05:44de se dire, au fond,
01:05:46ça coûtera moins cher que quelqu'un.
01:05:48On cesse de le soigner mécaniquement
01:05:50que de devoir, pendant des années,
01:05:52lui apporter des soins très coûteux.
01:05:54Il y a des gens qui disent ça.
01:05:56Ils ont même un calcul économique.
01:05:59Ils disent, ce qui coûte le plus cher à la Sécu,
01:06:02c'est les six derniers mois de la vie humaine.
01:06:05Et donc, si on peut raccourcir,
01:06:07après tout, pourquoi ne le ferait-on pas ?
01:06:09Je suis en désaccord complet
01:06:12avec une approche aussi instrumentalisée.
01:06:17Je ne veux pas employer de mots excessifs.
01:06:20La vie humaine, c'est ce que nous avons
01:06:22de plus précieux et c'est ce dont nous avons la charge.
01:06:25La vie des malades, la vie des handicapés,
01:06:28la vie des fragiles, la vie de ceux qui ne peuvent plus,
01:06:31on est là pour les aider.
01:06:33J'ai beaucoup aimé la phrase que Jean Léonetti,
01:06:35l'auteur de la première loi, a eue.
01:06:37Cette loi dit deux choses très simples.
01:06:40Un, on ne te laissera pas tout seul.
01:06:43Et deux, on ne te laissera pas souffrir.
01:06:46Et c'est sur cette ligne que je suis.
01:06:49François Bayrou, vous avez été entendu par la commission
01:06:51sur Notre-Dame de Bétarame.
01:06:53Vous avez dit que vous n'aviez pas menti.
01:06:55Est-ce que vous avez malgré tout des regrets ?
01:06:58J'ai des regrets que cette affaire ait été instrumentalisée.
01:07:02Cette affaire qui est un drame pour des dizaines et des dizaines
01:07:08partout en France maintenant.
01:07:10On sait bien qu'il y a des exemples partout en France.
01:07:14C'est un drame pour eux.
01:07:16Et ça a été instrumentalisé comme un homme politique,
01:07:18comme une affaire politique.
01:07:20Mais votre premier regret, François Bayrou,
01:07:22ce n'est pas de ne pas avoir vu ?
01:07:24J'ai vu. Et je suis intervenu.
01:07:26Suffisamment ?
01:07:28Vous savez, j'ai mis en ligne,
01:07:30peut-être on peut s'arrêter une seconde à ça,
01:07:32j'ai mis en ligne tous les documents.
01:07:34Je sais ce que vous allez me dire. J'ai cliqué dessus.
01:07:36Ça ne s'ouvre pas. Ça bug.
01:07:38Donc vous nous dites que vous avez mis les documents,
01:07:40mais j'avoue, je n'y ai pas accès.
01:07:42Mais parce que vous ne m'écoutez pas.
01:07:44Alors si vous m'écoutez, je vous explique ce qui s'est passé.
01:07:46On a mis en ligne vendredi soir.
01:07:48Et puis dimanche,
01:07:50il y a eu une attaque massive,
01:07:52une cyberattaque massive
01:07:54pour faire sauter
01:07:56le site.
01:07:58Pour faire sauter le site Bayrou.fr ?
01:08:00Et le site a sauté.
01:08:02Et puis on l'a remis en ligne
01:08:04et il y a eu une attaque
01:08:06encore beaucoup plus massive.
01:08:08Mais qui fait ça ?
01:08:10Et notre hébergeur, hier,
01:08:12nous a dit
01:08:14« Je ne peux pas continuer à héberger votre site
01:08:16parce que tous mes clients sont victimes
01:08:18des attaques qui sont dirigées contre vous. »
01:08:20Mais qui attaque votre site pour avoir les preuves ?
01:08:22Je n'en sais rien.
01:08:24Pourquoi ? Parce que ça doit gêner quelqu'un.
01:08:26Puisque j'ai mis en ligne
01:08:28la preuve absolue
01:08:30par des documents
01:08:32que toutes les accusations étaient fausses.
01:08:34Donc vous nous dites ce matin que ce n'est pas un bug,
01:08:36c'est une attaque informatique.
01:08:38Je ne dis pas.
01:08:40J'affirme.
01:08:42Vous allez porter plainte.
01:08:44J'affirme que ce site
01:08:46qui était simplement la mise en ligne
01:08:48de tous les documents a été l'objet
01:08:50d'une cyberattaque pour faire sauter
01:08:52le site.
01:08:54Vous allez porter plainte ?
01:08:56Vous pensez que c'est vos opposants politiques ?
01:08:58Je ne sais pas.
01:09:00François Bayrou, ça me frappe quand même.
01:09:02Je vous demande si vous avez des regrets.
01:09:04Vous me dites « Je regrette que ce soit instrumentalisé. »
01:09:06Vous dites « J'ai vu, j'ai fait ce qu'il fallait. »
01:09:08Pour votre fille, vous n'avez pas vu.
01:09:10Comment vous avez vécu ça ?
01:09:12Comment vous vous l'avez vécu ? Comment vous en avez parlé avec elle depuis ?
01:09:14D'abord, je n'ai
01:09:16jamais cessé de parler avec mes enfants.
01:09:18Y compris
01:09:20quand les enfants se taisent
01:09:22et elle, elle s'étue.
01:09:24Et pas seulement elle.
01:09:26Mais
01:09:28dans toutes les familles, il y a des enfants qui se
01:09:30taisent.
01:09:32Vous savez,
01:09:34vous vous souvenez des mémoires de
01:09:36Marcel Pagnol ?
01:09:38Un des mémoires d'enfance
01:09:40de Marcel Pagnol. Un des trois
01:09:42volumes
01:09:44s'appelle « Le temps des secrets ».
01:09:46Simplement,
01:09:48il faut des secrets quand on est
01:09:50adolescent, quand on est enfant.
01:09:52C'est naturel. Mais les secrets
01:09:54ne devraient pas toucher
01:09:56les atteintes
01:09:58à l'intégrité.
01:10:00Est-ce que si on vous avait dit,
01:10:02vous pensez, si elle
01:10:04vous avait dit, vous l'auriez entendu, vous l'auriez sorti de cette école ?
01:10:06Vous auriez, en l'occurrence, sorti de
01:10:08le camp de Macron au Calais.
01:10:10Oui, sans aucun doute.
01:10:12Je crois d'ailleurs qu'elle n'y est pas retournée.
01:10:14Pour vous,
01:10:16vous avez tout dit. Vous n'avez plus
01:10:18rien à cacher. Mais je n'ai
01:10:20jamais rien caché.
01:10:22Peut-être c'est pour ça que
01:10:24ces attaques font
01:10:26que notre site saute.
01:10:28Vous vous rendez compte dans quel pays
01:10:30on vit, dans quelle démocratie on vit ?
01:10:32Un responsable politique,
01:10:34Premier ministre de surcroît,
01:10:36qui est attaqué ignominieusement
01:10:38pendant des mois
01:10:40avec des gens qui prétendent
01:10:42qu'il a caché, qu'il a
01:10:44protégé le pire du pire
01:10:46du pire
01:10:48et qui apporte
01:10:50la preuve que tout ça est faux.
01:10:52Et vous avez des gens
01:10:54qui montent des attaques
01:10:56numériques, massives,
01:10:58pour qu'ils ne puissent pas
01:11:00montrer les documents.
01:11:02Qu'est-ce que c'est ce pays-là ?
01:11:04C'est du totalitarisme.
01:11:06J'estime que ce genre d'attaques...
01:11:08Demandez des preuves,
01:11:10des éléments.
01:11:12C'est du totalitarisme.
01:11:14Vous ne m'avez pas écouté.
01:11:16N'essayez pas de détourner.
01:11:18Je dis que les cyberattaques
01:11:20qui sont conduites,
01:11:22et pas seulement ça, parce que des attaques
01:11:24numériques, il y en a
01:11:26mille sur les réseaux sociaux.
01:11:28Je dis que
01:11:30empêcher un homme
01:11:32et un responsable politique
01:11:34d'apporter les preuves...
01:11:36Donnez-les-nous. François Bayrou, donnez-moi les preuves.
01:11:38Donnez-les-moi, moi je les montrerai
01:11:40sur BFM, je les montrerai sur RMC.
01:11:42Si votre site internet bug...
01:11:44Ce que je veux dire, c'est que si le site internet bug,
01:11:46il y a d'autres moyens de les donner.
01:11:48Ce pays n'empêchera pas que des documents
01:11:50puissent être montrés. Eh bien je vous transmettrai la totalité
01:11:52des documents et vous les mettrez en ligne aussi.
01:11:54Très bien. Je m'y engage.
01:11:56Et vous donnerez tous les textes et tous les documents.
01:11:58Que les choses puissent être vues, dites et commentées.
01:12:00Vues, dites et montrées
01:12:02à tous pour montrer que
01:12:04toutes ces attaques-là étaient
01:12:06absolument le contraire
01:12:08de la vérité et de la réalité.
01:12:10Je donne tous les documents,
01:12:12je donne toutes les preuves de l'action que j'ai conduite,
01:12:14y compris comme
01:12:16ministre, à l'égard de tout ça.
01:12:18Et nous nous engageons à les montrer.
01:12:20Et pourquoi veulent-ils empêcher qu'on les montre ?
01:12:22Pourquoi ?
01:12:24François Bayrou, vous pensez quoi ?
01:12:26Qu'est-ce que vous dites ? Pourquoi vous laissez cette question ?
01:12:28Je pense que ce qu'ils ne supportent pas,
01:12:30c'est que la vérité s'impose.
01:12:32Ce qu'ils, je ne sais pas qui est
01:12:34ils, français ou extérieur,
01:12:36mais ils ne supportent pas
01:12:38que la vérité s'impose.
01:12:40Ou extérieur, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ça peut être
01:12:42une ingérence extérieure, comme on dit ?
01:12:44On a l'habitude maintenant.
01:12:46François Bayrou, ça fait une heure dix que vous répondez
01:12:48à mes questions, très nombreuses questions.
01:12:50Et notamment, en effet, puisque vous estimez
01:12:52que c'est le nerf de la guerre sur la question
01:12:54du budget, si j'ai bien compris,
01:12:56vous ouvrez le débat sur
01:12:58la TVA sociale, ou en tout cas sur
01:13:00un financement autre que par
01:13:02le seul travail pour
01:13:04le modèle social.
01:13:06Pour améliorer le rendement du travail.
01:13:08Pour que le travail paie plus
01:13:10et que les entreprises
01:13:12ne soient pas
01:13:14limitées dans leur développement.
01:13:16Et avant le 14 juillet,
01:13:18vous donnerez ce plan
01:13:20et tous les français, mais vous arriverez
01:13:22à les en convaincre, accepteront
01:13:24de faire des efforts.
01:13:26Alors ça, votre dernière phrase est quand même
01:13:28assez optimiste.
01:13:30Tous les français, j'espère une majorité
01:13:32de français, j'espère un nombre
01:13:34substantiel de français,
01:13:36mesureront qu'on ne peut pas
01:13:38continuer comme ça. Et que les seuls
01:13:40alliés qu'ils trouvent dans
01:13:42la situation présente, c'est
01:13:44ceux qui leur disent, on va en sortir.
01:13:46On va revenir en trois ou quatre ans
01:13:48à un pays
01:13:50estimable qui fait
01:13:52face à ses obligations et notamment
01:13:54à ses obligations à l'égard de ses enfants.
01:13:56Allez-vous tenter à nouveau de convaincre
01:13:58Emmanuel Macron d'un référendum sur les finances ?
01:14:00Je vous promets que je vais en parler avec lui.
01:14:02Ecoutez, ce sera déjà pas mal. Merci beaucoup
01:14:04François Bayrou d'avoir répondu à mes questions
01:14:06ce matin et d'avoir accepté
01:14:08d'y répondre sur RMC et BFM TV.
Commentaires