00:00Comment ça va l'Amérique ? Comment ça va le monde ? Partant de là, pas super bien si on en juge par Eddington.
00:05C'est le film d'Ari Aster qui était présenté en compétition ici au 78e Festival de Cannes,
00:12avec Joaquin Phoenix, donc très attendu, et Pedro Pascal, le GOAT.
00:30C'est le film le plus directement contemporain et branché sur les réseaux sociaux, je pense qu'on verra à Cannes cette année.
00:49C'est-à-dire que c'est comme si Ari Aster avait absorbé 5 ans de réseaux sociaux, de vidéos TikTok, de Karen, de Ken,
01:00de complotistes, de terplatistes, de fous de dieux, enfin, autant dire que c'est un peu terrifiant ce matériau-là qui concasse
01:08dans une histoire qui est située dans une toute petite ville qui s'appelle Eddington et qui se trouve au Nouveau-Mexique.
01:13Alors le film débute donc en printemps 2020, donc c'est le début de la pandémie de Covid, et aux États-Unis aussi, il y avait les mesures barrières, etc.
01:22Ça c'est vraiment la partie la plus réjouissante du film, la plus intéressante aussi, c'est de raconter, nous replonger dans cette période quand même très très particulière.
01:30On pensait qu'on ne la verrait plus au cinéma, bah si, Ari Aster nous y replonge.
01:33Ça donne des scènes assez marrantes, ça replonge aussi dans cette période où, un peu absurde, effectivement, on était tous éloignés à six feet, comme ils disent dans le film,
01:41deux mètres, chacun les uns des autres, avec le masque.
01:45Le problème, c'est que ça se gâte un peu après, parce que, bah, Ari Aster, il a beaucoup d'ambition, ça on le sait depuis ses débuts, ce qui n'est pas un défaut,
01:51mais il a peut-être un peu trop d'ambition par rapport à ses moyens.
01:53Et là, le film, il est vraiment très très chargé.
01:55Donc, Marie l'a dit, on raconte l'état de l'Amérique, mais alors vraiment, on met tout, tout l'état possible de l'Amérique qu'ils sont.
02:03Ça fait un peu étouffe-païen, au bout d'un moment, cette affaire-là, quoi.
02:06Parce qu'en plus, l'humour qu'il y a au début n'est plus toujours aussi bon, suivant les scènes.
02:11Et puis, il y a un effet de, ce qu'il y avait déjà un petit peu dans « Bow is the Fred », une dimension de surenchère permanente,
02:17dans l'action, dans l'horreur, pourquoi pas.
02:21Mais c'est cet effet de toujours plus, tout le temps, tout le temps, qui finit par lasser.
02:26Je dirais que c'est un peu la limite du film, c'est-à-dire qu'il y met beaucoup de choses et que ça finit par créer une sorte de confusion politique.
02:32Moi, je ne sais pas bien ce que veut raconter le film in fine, mais en même temps, c'est peut-être ça que veut raconter le film.
02:37Il y a cette noirceur terrible, assez désespérante, d'un truc qui mélangerait un peu tout
02:42et qui serait peut-être une sorte de constat que, politiquement, nous sommes confus, les amis.
02:50Et l'époque n'est pas terrible.
02:52Donc, il y a effectivement des scènes assez sidérantes de jeunes étudiants blancs qui hurlent aux noirs.
03:00Ce n'est pas mon combat et ce n'est pas à moi de le dire, mais je le dis quand même.
03:03Mais maintenant, ce serait bien que ce soit toi qui le dis.
03:04Enfin, des choses comme ça.
03:06Et c'est vraiment, vraiment comme si on avait passé une journée sur TikTok, sur YouTube, sur X
03:12et qu'on avait compulsé des vidéos jusqu'à en perdre des neurones, clairement,
03:17et que ça finissait par faire la matière d'un film.
03:19Le film est imparfait et en même temps, il vous happe dans une sorte de réel démultiplié.
03:25Moi, je l'ai trouvé très concernant, on va dire.
03:29Joaquin Phoenix, c'est vraiment l'homme de la situation.
03:31Parce que Joaquin Phoenix, c'est vraiment l'acteur qui est capable de se mettre dans tous les états.
03:34Voilà, il est pitoyable, il est dangereux, il est amoureux, il est mendiant, il est gênant.
03:44Et donc, ça crée comme ça, voilà, un personnage assez détestable,
03:49mais en même temps que le film va victimiser petit à petit.
03:54Donc, c'est assez trouble là aussi.
03:57Voilà, je trouve que celle qui s'en sorte le moins bien, finalement,
04:00c'est les personnages féminins.
04:02Je dirais, est-ce que ce ne serait pas une petite constante chez Harry Aster ?
04:06Voilà, continue de faire des films et d'aller chez le psy.
04:09Oui, alors je rejoins tout à fait Marie sur cette critique des personnages féminins.
04:15Alors, Harry Aster a visiblement un problème avec les personnages féminins,
04:18peut-être plus encore avec les mères,
04:19parce qu'il y a encore un personnage de mère assez gratiné dans ce film.
04:23C'est la belle-mère, en fait, du personnage de Joaquin Phoenix,
04:26et donc dans le film, la mère d'Emma Stone,
04:29voilà, une espèce de sorcière vraiment chelou,
04:33voilà, et vraiment pas sympathique du tout.
04:35Voilà, mais tous les personnages féminins du film sont vraiment bizarres,
04:38et à commencer par celui d'Emma Stone aussi,
04:40une espèce de victime, et un peu vraiment bizarre,
04:44qui va tomber dans les griffes d'un gourou joué par Austin Butler.
04:47Bon, ça fait partie des personnages comme ça qui passent dans le film,
04:50qu'on aurait peut-être de voir un petit peu plus développés,
04:52ou de manière peut-être un peu moins caricaturale.
04:54Je dirais que c'est du Ostloune sans le marxisme,
04:57c'est du Cohen sans la poésie et peut-être la philosophie et l'humour qui vont avec,
05:04mais en même temps, c'est pas rien.
05:06Eddington, j'y vivrai pas, mais c'est quand même bien.
05:09Eddington, j'y vivrai encore moins, et c'est bof.
05:17Sous-titrage Société Radio-Canada