00:00Guillaume Daré, La Politique, Emmanuel Macron s'exprime ce soir, l'occasion de faire son retour sur la scène nationale, il faut le dire,
00:05et il pourrait annoncer la tenue d'un référendum. En tout cas, il y réfléchit sérieusement.
00:11C'est la bonne idée pour rebondir ou est-ce que c'est un pari risqué ?
00:13En tout cas, c'est une arme constitutionnelle à manier avec prudence.
00:16D'ailleurs, ça ne vous a pas échappé que ça fait 20 ans, 20 ans qu'il n'y a pas eu de référendum en France.
00:22C'est le traumatisme de 2005. Jacques Chirac, effectivement, le référendum sur la Constitution, les Français disent non.
00:28Depuis, ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande ne s'y sont risqués.
00:32Pourquoi ? À mes yeux, c'est une arme constitutionnelle qui est risquée ?
00:35Parce qu'il y a deux risques. Le premier, c'est celui de l'indifférence.
00:38Si vous convoquez les Français sur un sujet pour lequel ils ne se sentent pas concernés,
00:43finalement, ils ne vont pas aller voter et il y a un risque.
00:45C'est finalement qu'il y a un vote sans grande légitimité politique.
00:48C'est par exemple le cas, regardez, en septembre 2000, Jacques Chirac convoque les Français à voter sur la question du quinquennat.
00:56Alors, oui, la réforme du quinquennat est adoptée, mais il y a seulement 30% de participation.
01:01Donc, on peut se le dire, c'est un bide en termes de participation. Ça, il faudra l'éviter.
01:06Voilà. Donc, le premier risque, c'est l'humiliation de l'indifférence. Et le deuxième, alors ?
01:09Le deuxième risque, c'est celui de la défiance.
01:11À partir du moment où le référendum, c'est une prérogative du chef de l'État,
01:14il y a toujours un risque que ça se transforme en un vote pour ou contre le président de la République.
01:20Et donc, ça recentre la question sur celui qui la pose plutôt que sur la question elle-même.
01:26Et au moment où Emmanuel Macron, finalement, veut s'en servir pour renouer avec les Français,
01:30il ne faudrait pas que cet éventuel référendum, finalement, ça sonne le glas de son quinquennat
01:33et que ça incite certains de ses opposants à demander son départ de l'Élysée.
01:39Évidemment, le référendum qui a entraîné un départ, c'est peut-être le référendum le plus célèbre de l'histoire de la Ve République.
01:44Regardez cette photo, c'est en 1969, référendum convoqué par le général de Gaulle qui entraînera le départ du général de Gaulle.
01:52Comment Emmanuel Macron peut éviter ces deux risques ?
01:54Alors déjà, en demandant aux Français de se prononcer sur des sujets de leur quotidien.
01:58On le sait, il veut leur demander leur avis.
02:00Par exemple, on en parlait sur la question des écrans, de l'accès aux plus jeunes,
02:03sur la question peut-être effectivement de la fin de vie ou encore sur la question du pouvoir d'achat.
02:08Essayez aussi d'utiliser une méthode absolument nouvelle.
02:10L'Élysée travaille sur quelque chose qui n'a jamais été fait, d'inédit.
02:15Ce serait un bulletin de vote, mais avec trois questions.
02:18L'un des plus proches conseillers du Président de la République me dit qu'ils ont vérifié juridiquement.
02:22Ça serait faisable. Ils ont consulté plusieurs constitutionnalistes.
02:26Enfin, dernier point contourné.
02:28On répond à la même chose aux trois questions.
02:31Effectivement, ce serait oui ou non à une consultation avec trois questions différentes.
02:35Ce n'est pas comme une votation citoyenne en Suisse ?
02:36Ce n'est pas comme un QCM, effectivement.
02:37Alors, est-ce qu'après, juridiquement, c'est un référendum en tant que tel ou une consultation ?
02:43Certains constitutionnalistes disent qu'il pourrait y avoir débat là-dessus.
02:48Enfin, dernière façon de contourner tous les risques qu'on a évoqués pour le chef de l'État.
02:51Vous allez me dire que c'est peut-être une évidence,
02:53mais l'Élysée assure qu'Emmanuel Macron respectera le choix des Français.
02:57Ce n'est pas une évidence tant que ça, parce que rappelez-vous, en 2005,
02:59les Français disent non au projet de constitution européenne,
03:02mais permettez-moi le terme, on le refourgue en 2008 via un vote du Parlement.
03:07Et c'est sans aucun doute l'un des éléments, si j'ose dire,
03:09du traumatisme démocratique que vivent les Français depuis 20 ans
03:12et qui fait peut-être aussi partie des raisons
03:15pour lesquelles une partie des Français aujourd'hui ne croient plus en la politique.
03:18Merci beaucoup, Guillaume.
03:19Merci beaucoup, Guillaume.
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