00:00RTL au coeur de l'actu
00:30Depuis 3 ans, depuis la guerre en Ukraine
00:31Bonjour colonel Michel Goya
00:33Bonjour
00:34Merci d'être avec nous sur RTL, vous êtes consultant militaire
00:38Ma première question, elle est très simple
00:40Si on doit faire la guerre demain, est-ce qu'on est prêt ?
00:43C'est tout prêt, ça dépend avec qui on fait la guerre
00:47Et contre qui on fait la guerre
00:49Je rappelle qu'on a quand même mené un certain nombre d'opérations militaires
00:53Qui étaient déjà des guerres contre les organisations armées
00:56Notamment au Sahel
00:59Ou en Irak
01:01Là c'était des opérations extérieures
01:03Je parlais d'une confrontation avec la Russie par exemple
01:06Oui bien sûr, alors là on est évidemment dans une toute autre échelle
01:09Mais si vous voulez, notre armée française dispose d'abord d'une force de frappe nucléaire
01:14Il ne faut quand même pas l'oublier
01:15Qui au moins nous met à l'abri
01:17Par la dissuasion, nous met à l'abri d'une attaque nucléaire
01:21Et neutralise d'une certaine façon cette capacité russe
01:26Et ensuite pour le reste, on a des forces conventionnelles
01:30Qui au moins le mérite d'être professionnelle, d'être compétente
01:33Et d'être plutôt bien équipée techniquement
01:35Mais qui ont globalement un énorme défaut
01:38Qui est la faible masse en réalité, la faible quantité
01:42Faible quantité d'effectifs et de matériel ?
01:45Oui, c'est-à-dire très concrètement
01:46Voilà un scénario dans lequel que vous évoquiez
01:49Il faut rappeler que la France stratégiquement est une île
01:52Donc si on devait dissuader au moins la Russie d'attaquer
01:56Ce serait la dissuader d'attaquer des pays d'Europe de l'Est, d'Europe orientale
02:00Et donc il faudrait déployer des forces sur place, ça c'est conséquent
02:05Or, notre capacité de déploiement maximale de forces
02:11Pour un engagement dit de haute intensité
02:13Ou d'engagement majeur
02:15C'est au grand maximum 20 000 hommes
02:17Donc on est capable de déployer un corps d'armée avec des états-majors
02:2120 000 hommes, une quarantaine d'avions de combat
02:24Qui seront très bons
02:26Mais 20 000, c'est quand même pas beaucoup
02:28On se souvient des propos d'un sénateur il y a quelques années
02:32Disant en cas de guerre, la France tient 15 jours
02:34C'est toujours vrai aujourd'hui
02:36Alors que la France a considérablement augmenté son budget militaire quand même
02:40Alors d'abord, on ne l'a pas considérablement augmenté
02:44On l'a augmenté très certainement
02:45En réalité, le retournement de situation est en 2015
02:49C'est à partir de ce moment-là
02:51Qu'on a arrêté de diminuer notre effort de défense
02:54Qu'on a commencé à le remonter
02:55Mais pendant 25 ans, on l'a diminué
02:58On est passé, en termes de pourcentage du PIB
03:00On est passé pratiquement de 3% à 1,5%
03:04Et maintenant, depuis cette époque, on est à 2%
03:06Donc si vous voulez, on remonte la pente
03:08Mais on n'est pas revenu à la situation
03:14Dans laquelle on était à la fin de la guerre froide
03:15Michel Goya, est-ce qu'il faut rétablir le service militaire obligatoire ?
03:20Ça dépend pour quoi faire, en réalité
03:22Je rappelle que le service, comme son nom l'indique, c'est un service rendu à la nation
03:26Donc il faut que ça serve à la nation
03:27Donc l'idée d'un service militaire, ça sert à former des unités, des soldats
03:34Qui soient capables d'être engagés au service de la France
03:38Au service de la défense de la France
03:40Or, on a un petit problème avec nos soldats appelés
03:44Nos soldats conscrits
03:45C'est qu'on ne les engage pas dans les opérations
03:48Traditionnellement, on ne les engage pas dans les opérations au loin
03:50Or, comme je disais tout à l'heure
03:52Si on doit s'engager, on faudra combattre au loin
03:54Donc la question est la suivante
03:56Former des unités, de nouvelles unités de régiments d'appelés
04:00Comme j'ai connu, moi, au début de ma carrière
04:02Bon, très bien, alors ça coûte très cher
04:04Il faut les équiper, il faut les encadrer
04:05Donc c'est un effort colossal
04:07Si c'est pour les envoyer éventuellement en Pologne
04:11Ou dans les Pays-Baltes pour dissuader une attaque russe
04:15Et éventuellement la contrer, très bien
04:17Là, effectivement, on aura accru notre capacité
04:20Si c'est pour les maintenir simplement en France
04:22C'est l'interdiction de le déployer au loin
04:26En réalité, on aura affaiblit nos capacités
04:28Parce que tout ça aura absorbé énormément de ressources
04:30Et de cadres au détriment du reste
04:32Il y a un regain de patriotisme chez les jeunes
04:34Il y a eu une étude l'an dernier qui disait
04:36Que plus d'un jeune sur deux, 57%
04:39Était prêt à s'enrôler sous les drapeaux
04:41En cas de guerre
04:42Vous, le militaire que vous êtes, Michel Goya
04:45Vous constatez ce regain de patriotisme
04:48Dans les jeunes générations ?
04:50Je le sens en tout cas beaucoup plus
04:52Qu'il y a quelques générations
04:56Ou au début de ma carrière militaire dans les années 80
04:59Ça, c'est certain
05:00Oui, mais après, c'est souvent affaire de contexte
05:05On est dans un contexte où d'abord
05:07On a été agressé sur notre sol
05:09Par des attentats terroristes importants
05:12Par des organisations armées
05:13Qui sont venues nous attaquer
05:15Donc ça, déjà, ça a changé quand même
05:17Un certain nombre de perceptions
05:18Et puis ensuite, oui, il y a quand même
05:20Le sentiment d'une menace
05:22Une menace forte extérieure
05:24D'un monde qui est effectivement
05:25Beaucoup plus dangereux
05:26Et là, oui, le réflexe patriotique, je dirais
05:29Enfin, ou plutôt le patriotisme
05:31Revient un petit peu par réflexe
05:33Maintenant, voilà
05:34Il faut que ça se traduise concrètement
05:36Par peut-être plus d'engagement
05:38Plus d'engagement dans les réserves
05:40On parle des services militaires
05:42Autant, je pense que c'est peut-être
05:44Un peu compliqué, on va dire
05:46À mettre en œuvre
05:47Peut-être un pouvoir un peu lisoire
05:48En revanche, l'engagement dans des réserves
05:50Réservistes ou dans l'engagement, bien sûr
05:52Dans l'armée
05:53Ça, oui, c'est quelque chose
05:54Qu'il est possible
05:55Et qui nous permettrait
05:56D'augmenter nos capacités
05:58En quelques mots, pour conclure
05:59Notre armée française
06:00Aujourd'hui, en 2025
06:01Vous la qualifieriez comment ?
06:04C'est une force nucléaire
06:06Plus une excellente force expéditionnaire
06:10Avec ce que la suppose
06:12D'excellence
06:13Mais aussi de limites
06:15En termes de capacité
06:18Et de volume
06:19Mais avec un effort
06:21Suffisant de la nation
06:23Dans quelques années
06:24On peut retrouver un rang
06:26De grande puissance militaire
06:27Merci beaucoup
06:28Colonel Michel Goya
06:30Merci d'avoir été avec nous ce matin
06:31Sur eux
06:32Merci beaucoup
06:33Merci beaucoup
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