00:00Sonia De Villers, vous recevez la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
00:06Bonjour Elisabeth Borne.
00:08Vous êtes ici pour parler d'un projet qui vous tient à cœur depuis longtemps,
00:11la place des filles dans les filières scientifiques en France.
00:14Mais juste avant d'entrer dans ce studio, vous m'avez confié, Madame la ministre,
00:18que vous avez reçu hier les parents de Cécile Collère.
00:22Cécile Collère, elle est professeure de français.
00:24Elle a été arrêtée en Iran le 7 mai 2022,
00:27c'est-à-dire que ça fait trois ans aujourd'hui qu'elle est en captivité et vous êtes inquiète.
00:33Oui, moi je suis inquiète après avoir échangé avec ses parents.
00:37Et je vous l'avais dit, ça fait maintenant trois ans que Cécile Collère et Jacques Paris sont arbitrairement détenus en Iran.
00:45Moi je veux ce 7 mai dire à nouveau que la France met tout en œuvre pour obtenir leur libération,
00:51les assurer de notre soutien total.
00:54et puis dire aussi qu'aujourd'hui, sur le ministère de l'éducation nationale,
00:59on affichera les portraits de Cécile Collère et de Jacques Paris pour dire qu'on ne les oublie pas.
01:07Bien. Alors je le disais, c'est un sujet qui vous tient à cœur depuis longtemps.
01:11En France, les filles sont trop peu nombreuses dans les spécialités scientifiques au lycée.
01:16Pire dans les filières scientifiques post-bac.
01:18Pire encore dans les métiers d'ingénieur par exemple.
01:21C'est un problème pour qui concrètement ?
01:24Pour les filles ou pour ces secteurs d'activité ?
01:26Alors pour les deux, c'est un problème pour les filles parce que du coup,
01:30elles accèdent à des emplois qui sont moins bien rémunérés,
01:34elles ont moins de perspectives de carrière.
01:36Et puis c'est un problème pour notre pays parce qu'on ne forme pas assez d'ingénieurs,
01:40pas assez de techniciens.
01:42On sait qu'il manque de l'ordre, enfin plus de 20 000 ingénieurs chaque année,
01:4760 000 techniciens et donc c'est un enjeu pour notre compétitivité.
01:50C'est ça, donc mécaniquement, si on augmente le nombre de filles dans ces filières,
01:54on augmentera le nombre d'ingénieurs et techniciens.
01:56Je dis bien qu'effectivement, l'idée est d'avoir plus de filles et pas moins de garçons.
01:59C'est d'augmenter globalement le nombre d'ingénieurs et techniciens.
02:03Vous lancez le plan filles et maths dont la première action sera de former
02:07tous les professeurs de la primaire au lycée.
02:12Quel est le problème avec les profs concrètement ?
02:14Est-ce qu'ils transmettent les stéréotypes qu'ils ont eux-mêmes subis à leur génération ?
02:21Est-ce qu'ils perpétuent consciemment ou inconsciemment le système ?
02:24Oui, je pense que c'est important d'avoir cette sensibilisation et ces formations
02:29qui vont se mettre en place à partir de la rentrée 2025
02:31parce qu'on voit que les biais, les stéréotypes ne reculent pas,
02:37voire se renforcent dans la société et donc dans nos classes.
02:41Et donc, on constate au fur et à mesure de la scolarité
02:45que le goût des filles pour les maths baisse par rapport aux garçons
02:50et donc l'objectif, c'est vraiment d'éviter de reproduire ces stéréotypes.
02:56Franchement, vous annoncez par exemple que vous allez faire afficher une charte
03:01en salle des professeurs, ça va à la salle des professeurs aux primaires
03:04mais ça va également pour le collège et le lycée.
03:06On se demande, qu'est-ce qu'il va y avoir écrit sur cette charte ?
03:09Par exemple, vous voyez, les filles ont moins confiance en elles
03:13et moins confiance en elles dans les maths.
03:15Et donc, elles lèvent moins la main quand on fait un cours de maths
03:18et si on n'est pas attentif à ça, on interroge tout le temps les garçons
03:23et pas les filles.
03:24On envoie les garçons au tableau et pas les filles.
03:27Et puis, quand on regarde les appréciations,
03:30les filles, on leur dit qu'elles sont consciencieuses
03:31et les garçons, on leur dit qu'ils sont brillants.
03:33Donc, vous voyez, ça n'encourage pas.
03:35Tout ça, c'est documenté.
03:35Tout ça, c'est documenté.
03:36Vous annoncez également ce matin, Madame la Ministre,
03:39la création de classes spécialisées sciences
03:41en quatrième et en troisième.
03:44Alors, comment elles vont fonctionner, ces classes ?
03:46Est-ce que c'est des classes dans lesquelles il y aura
03:47plus d'heures d'enseignement et plus d'heures d'enseignement
03:50en maths, en physique et en SVT ?
03:53Alors, je veux effectivement créer des classes aménagées maths et sciences
03:59en quatrième et en troisième, c'est des dispositifs qui existent aujourd'hui
04:04pour la musique, pour le théâtre, par exemple.
04:07Et l'objectif, c'est de développer aussi la culture scientifique et technique,
04:12donc d'avoir des activités supplémentaires pour découvrir les sciences,
04:18les maths autrement, avec des chercheurs, avec des partenaires
04:21que les chefs d'établissement, les recteurs sont en train de rechercher
04:25et donc de pouvoir sensibiliser des jeunes à la recherche,
04:31à l'expérimentation dans les sciences.
04:33Des jeunes, autant de filles que de garçons ?
04:35Et alors, du coup, ces classes, le cahier des charges, si je peux dire,
04:38c'est qu'elles doivent accueillir 50% de filles.
04:40Quotas ? C'est-à-dire qu'on en vient au quota ?
04:42C'est une présence équilibrée de filles et de garçons
04:46dans ces futures classes à horaires aménagées pour les maths et les sciences.
04:51Qui existeront là, dès la rentrée ?
04:53On va expérimenter dans 5 académies dès la rentrée.
04:57On veut le généraliser, c'est-à-dire avoir au moins une classe aménagée de ce type,
05:02à horaire aménagée de ce type, dans chaque département à la rentrée suivante.
05:07Et quota encore dans les classes préparatoires aux grandes écoles ?
05:11Alors, il faut agir à tous les niveaux.
05:13J'ai dit le collège, le lycée, on pourra y revenir,
05:16c'est d'avoir plus de filles qui vont vers les spécialités maths et vers les maths experts.
05:23Et effectivement, moi, ce que je constate, c'est qu'en classe prépa,
05:26la part des filles ne progresse pas et qu'on a même certaines classes prépa
05:30dans lesquelles il y a moins de 10% de filles.
05:33Les filles, quand elles voient des formations où il y a aussi peu de filles,
05:36où il y a autant de garçons, on va le dire,
05:38Et que des profs de maths et de physique qui sont des hommes.
05:40Et que des profs de maths aussi qui sont des hommes,
05:41donc il faut aussi agir sur ce point.
05:44Les filles hésitent à aller.
05:45Et moi, j'entends ces témoignages de jeunes filles qui disent
05:48« je ne veux pas aller dans une filière qui est trop masculine ».
05:52Alors, combien de filles dans les classes préparatoires aux grandes écoles ?
05:54L'objectif, c'est d'avoir, à partir de la rentrée 2026,
05:59au moins 20% de filles dans chaque classe préparatoire
06:02et de viser 30% en 2030.
06:05Bien, et c'est une polytechnicienne qui nous parle,
06:08qui peut donc passer par ces classes-là.
06:10Il y a d'autres dossiers bouillants sur votre bureau,
06:14Elisabeth Borne,
06:16notamment l'accueil des chercheurs étrangers dans les labos
06:18et les universités françaises.
06:20Ça a fait grincer des dents cette semaine.
06:22C'est-à-dire que d'un côté, l'Europe et Emmanuel Macron
06:24ont annoncé des enveloppes très conséquentes
06:26pour attirer les scientifiques, particulièrement menacés aux Etats-Unis.
06:29Et on ne peut que s'en réjouir.
06:30En revanche, ça a été pointé par l'intersyndical
06:34et par beaucoup de représentants de ce secteur.
06:37En ce moment, le gouvernement supprime par décret
06:41des budgets conséquences, eux aussi alloués à la recherche.
06:44Est-ce que ça n'est pas là le grand écart ?
06:46D'un côté, on supprime des budgets alloués à la recherche,
06:48de l'autre côté, on ouvre des enveloppes
06:51pour accueillir des scientifiques étrangers.
06:52Aucun organisme de recherche, aucune université n'a vu une baisse de son budget
06:58et on a annulé des crédits qui étaient en réserve.
07:01Et je voudrais rappeler que depuis qu'on a lancé la loi de programmation de la recherche,
07:05c'est 6 milliards d'euros de plus pour la recherche.
07:08Donc on est très engagé parce que la recherche, c'est l'avenir de notre pays
07:12pour la recherche en France.
07:14Et c'est très important, vous voyez, à un moment où la recherche est menacée
07:18dans de nombreux pays dans le monde et on voit ce qui se passe aux Etats-Unis,
07:22d'être une terre d'accueil pour ces chercheurs.
07:24Il y a néanmoins de grandes universités françaises qui sont dans le rouge,
07:27dont les budgets sont dans le rouge et gravement dans le rouge.
07:29Il y a des cas particuliers et on peut l'examiner avec elles.
07:33Mais globalement, je peux vous assurer qu'on a augmenté les crédits de la recherche
07:36et accueillir ces chercheurs qui sont menacés, dont les travaux sont menacés,
07:41pouvoir héberger les données qui sont aussi menacées,
07:45c'est important parce que quand la science vacille aux Etats-Unis,
07:48c'est un peu toute la science mondiale qui est en danger.
07:50Et alors, dans ces dossiers majeurs, on ne s'attendait probablement pas
07:54à avoir une convention citoyenne sur les temps de l'enfance.
07:57C'est le président de la République qui l'a annoncé.
08:00Est-ce que c'était une urgence ?
08:02C'est un sujet qui le préoccupe depuis longtemps
08:05et je pense qu'on peut tous constater.
08:08Vous savez, moi, quand je vais dans un collège,
08:10je rencontre des collégiens qui me disent
08:11« Quand est-ce qu'on aura des journées moins chargées ? »
08:13Des collégiens aussi, dont malheureusement,
08:16ils peuvent se coucher peut-être tard
08:17et ils sont longtemps sur leur smartphone, sur leurs écrans,
08:21qui sont fatigués.
08:23Je pense que c'est important qu'on puisse réfléchir ensemble
08:26et donc c'est ce qui sera demandé aux citoyens de la convention citoyenne,
08:30un meilleur respect des rythmes biologiques de l'enfant.
08:33Et pourquoi passer par une convention citoyenne ?
08:36C'est vraiment là la question qui a émergé,
08:39notamment du côté des professeurs et des enseignants.
08:41Alors, passer par une convention citoyenne,
08:44ça veut dire écouter tous les Français
08:47sur un sujet qui nous concerne tous.
08:49Mais ce qui est très clairement dit
08:51dans la lettre de Cézine
08:53pour cette convention citoyenne,
08:54c'est que les mesures feront l'objet d'une concertation
08:57si elles doivent être retenues.
08:58Donc il y aura bien une concertation
09:00avec ceux qui sont directement concernés.
09:01Donc les profs.
09:02Donc les profs.
09:03Elisabeth Borne, merci.
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