00:01RTL Soir, Aude Vernuccio et Yves Calvi.
00:03Bonsoir Xavier Couture.
00:05Bonsoir Yves.
00:06Je m'adresse à l'homme de télévision et aux passionnés de sport, Canal+, TF1.
00:09Vous avez travaillé dans toutes nos grandes maisons de télévision
00:12et vous avez notamment été directeur des sports du groupe TF1.
00:15Au moment où nous parlons, pouvez-vous me dire
00:17où nous pourrons regarder le championnat de France de football l'an prochain ?
00:21Aïe, c'est une très bonne question.
00:23Je me posais la même question tout à l'heure.
00:26Écoutez, Yves, je pense que pour être très sérieux,
00:29on sent qu'il y a une petite amélioration dans les relations
00:32qui unissent l'ensemble des acteurs.
00:36Et a priori, il y a une atmosphère qui se détend entre Dazon
00:42qui possède les droits de diffusion
00:43et la ligue de football professionnelle qui lui a cédé ses droits.
00:48Et on sent que grâce à un garçon que vous connaissez bien,
00:50qui est Nicolas de Taverneau,
00:52il y a des rapprochements qui peuvent s'opérer
00:54avec les grandes maisons d'audiovisuel
00:57et en particulier le groupe Canal.
00:58Donc on peut espérer qu'enfin la ligue de football professionnelle
01:04soit capable de créer sa propre chaîne,
01:06soit autonome sur les droits de sa diffusion,
01:10qu'elle trouve un partenariat opérationnel
01:13avec Dazon qui a déjà son potentiel d'abonnés.
01:17On parle de 600 ou 700 000 abonnés.
01:19Je vous le précise, parce que je fais partie des imbéciles
01:22qui sont abonnés pour 30 euros à Dazon,
01:24alors que je suis moi-même, par ailleurs, abonné à Canal+.
01:27Moi aussi, j'ai fait la même chose.
01:30Je suis abonné à Dazon et je regarde les matchs sur Dazon.
01:33Mais ce n'est pas si mal.
01:34Ah ben non, sauf qu'on a payé 30 balles tous les deux,
01:38alors qu'aujourd'hui, ils le soldent.
01:41Enfin, ils le soldaient.
01:41Oui, mais comme nous ne sommes pas très nombreux à avoir fait ce choix,
01:45je pense que Dazon a quand même fait des comptes
01:48et des mécomptes qui lui ont montré
01:49qu'ils ne pouvaient pas continuer dans ces conditions
01:51parce qu'ils perdaient trop d'argent.
01:53Ce qu'on peut comprendre.
01:53Moi, je vous aime bien, je pense qu'ils m'aiment bien,
01:57mais enfin, ils ne s'aiment pas encore plus, ces gens-là.
01:58Et ils ont pas envie de perdre de l'argent pour nos beaux yeux.
02:02Mais cela dit, c'est une plateforme très professionnelle.
02:04Je crois qu'ils n'ont pas envie,
02:07contrairement à ce que l'on a dit,
02:08de quitter le marché français
02:10et qu'ils sont candidats à faire partie d'une nouvelle alliance.
02:14Alors, si l'on peut avoir une distribution assurée par canal,
02:19si on a un signal, une chaîne
02:22qui est plus ou moins opérée par Dazon
02:24avec ses déjà 600 000 abonnés
02:27et si l'on a une ligue de football professionnelle
02:30qui opère elle-même la commercialisation,
02:33tout ça peut peut-être déboucher,
02:36pas demain matin,
02:37mais à horizon de 2 ou 3 ans ou 4 ans
02:39sur enfin un équilibre économique correct
02:42pour le football professionnel en France.
02:44Vous vous rendez compte de ce que vous venez de dire ?
02:45C'est-à-dire que pour tous nos auditeurs qui nous écoutent,
02:48c'est stupéfiant parce qu'on n'imagine pas
02:52dans le grand public
02:52que tout cela soit aussi compliqué
02:55à mettre en place
02:57et à rendre rentable, non ?
03:00Vous savez, il y a eu,
03:02comme on a pu le suivre,
03:05il y a eu des ruptures
03:07entre le partenaire historique
03:09qui était Canal+,
03:10et la ligue de football professionnelle
03:12à partir de là.
03:13Pourquoi ?
03:13Vous pouvez nous rappeler pourquoi ?
03:15Ce qui s'est passé en fait ?
03:16Pourquoi ?
03:17Je pense que le mal vient de ce milliard d'euros
03:20que la ligue imaginait valoir son championnat.
03:25Donc, à partir du moment,
03:26et ça remonte à l'histoire avec Mediapro,
03:29on a vendu pour un milliard
03:32un produit qui ne pouvait pas être assumé
03:35dans ces conditions-là par Mediapro,
03:38qui est parti dans des conditions...
03:39Vous vous souvenez,
03:40ils sont vraiment partis par la petite porte
03:42et ça a été dramatique pour le football.
03:44Je suis comme tout le monde,
03:44j'ai suivi tout ça,
03:45j'ai pris mes abonnements,
03:46sans comprendre,
03:48alors que je suis journaliste,
03:48vous comprenez ?
03:49Voilà,
03:50et on enchaîne avec le Covid,
03:52le Covid qui a quand même été
03:53un moment extrêmement difficile
03:55pour le football français.
03:56Le football français s'est récupéré
03:58avec un prêt
03:59qui a été consenti,
04:01enfin un prêt par la création
04:03d'une société,
04:04financé par ce grand fonds d'investissement
04:08qui s'appelle CVC,
04:09qui a mis un milliard et demi
04:10dans le football professionnel,
04:12un milliard et demi
04:13plus 1 milliard et 200 ou 300 millions de pertes.
04:16Le football français,
04:17en 30 mois,
04:18le football professionnel
04:19a perdu près de 3 milliards.
04:21Vous vous rendez compte ?
04:22Près de 3 milliards.
04:23Donc aujourd'hui,
04:23il faut reconstituer tout cela,
04:25il faut redonner une logique commerciale,
04:28une logique éditoriale
04:29et une logique de retentissement.
04:31Il faut que le football retrouve aussi du public.
04:34Bien sûr.
04:35Parce que c'est vrai que la Ligue 1,
04:36aujourd'hui,
04:37comparée à la Champions League
04:39qui est disponible sur Canal
04:41et qui fait un travail formidable.
04:43Canal fait un très bon boulot
04:44sur une formule
04:45qui a réuni beaucoup,
04:47beaucoup de passion
04:48et d'intérêt cette année,
04:49a fortiori avec le parcours du PSG.
04:51Tout cela fait que la Ligue 1
04:53a du retard à attraper
04:54pour sa notoriété,
04:55pour son image,
04:56pour son rayonnement.
04:57Mais je ne doute pas
04:58que Nicolas de Tavernon
04:59y parvienne.
05:00Franchement,
05:01c'est un immense professionnel,
05:02Nicolas.
05:02Donc je pense qu'il est en train
05:03de bâtir à quelque chose
05:04qui finira par sauver
05:06le football professionnel.
05:07Qui va diffuser le championnat
05:08l'an prochain ?
05:09Au moment où je vous parle.
05:12Ça ne sera plus
05:14sur du Dazen en tant que tel,
05:16quoi qu'il arrive.
05:17Quoi qu'il arrive,
05:18ça ne sera plus
05:18sur du Dazen en tant que tel.
05:19Enfin, sous Marc Dazen,
05:20on s'est bien compris.
05:21Ça, c'est acté.
05:23Ça, c'est acté.
05:24Alors, je pense que
05:25le plus raisonnable
05:26est de se dire
05:28que la Ligue de football
05:29professionnelle
05:30diffusera les matchs
05:32avec un certain nombre
05:33d'acteurs
05:34pour lui venir en aide,
05:36tant sur le plan technique
05:38que sur le plan du financement,
05:40qui sont encore à trouver,
05:41sur lesquels, j'imagine,
05:42Nicolas est en train
05:43de bosser
05:43comme il sait le faire.
05:45C'est quand même...
05:46Enfin, il y a un côté
05:47quand même incroyable
05:48dans tout ça.
05:48Je me mets à la place
05:49de nos auditeurs
05:49qui veulent tout simplement
05:50regarder leur match
05:51de foot le soir
05:52sans stress
05:53et sans 17 abonnements.
05:56C'est quand même incroyable.
05:57On aura donc changé
05:58au moins trois fois
06:00de diffuseur
06:02en à peine quatre ans.
06:04Alors, moi,
06:05vraiment,
06:06je plaide
06:07pour l'exclusivité
06:08des droits.
06:09Je pense que
06:09lorsqu'on a bâti
06:11cette machine infernale
06:13qui consistait
06:14à obliger
06:15les aidants droits
06:16à faire des allotissements,
06:18je l'ai vécu moi-même
06:19quand j'étais
06:19patron du groupe Canal
06:21il y a maintenant
06:21plus de 25 ans,
06:22mais rien n'a changé depuis.
06:25Et cette obsession,
06:26cette obsession
06:27de vouloir faire jouer
06:28la concurrence
06:29sur les droits du sport
06:30est une absurdité.
06:32Une absurdité, pourquoi ?
06:33Parce que la valeur des droits,
06:35la valeur des droits,
06:36c'est l'exclusivité.
06:37Si vous n'avez pas
06:37l'exclusivité des droits,
06:39vous faites perdre
06:40de la valeur
06:40à ce que chacun achète
06:42parce qu'il n'a pas
06:43l'intégralité du championnat.
06:45Alors, ce n'est pas vrai
06:45pour tous les sports.
06:46Il y a des sports
06:47qui peuvent s'autoriser
06:48ce partage,
06:49mais pour l'essentiel,
06:51une compétition,
06:52elle doit être détenue
06:53par un seul diffuseur.
06:54Il peut ensuite revendre
06:55une part de ses compétitions,
06:57une part des matchs,
06:58bien sûr.
06:58Mais ne pas avoir
07:00l'exclusivité,
07:00et prendre le risque
07:02de faire baisser
07:03la valeur des droits.
07:03En tout cas,
07:04c'est ma conviction.
07:04On évoque de plus en plus
07:05un éventuel retour sur Canal.
07:07Est-ce que c'est vraiment possible
07:09ce matin dans l'équipe ?
07:10Le patron de Canal+,
07:11Maxime Saada,
07:12explique que Canal
07:12veut s'impliquer.
07:14Alors, c'est un terme
07:15qui veut tout et rien dire.
07:17C'est bizarre, en tout cas.
07:18Et en tout cas,
07:19ça n'est pas clair.
07:20Canal veut s'impliquer.
07:22Pour vos auditeurs,
07:22que l'on explique bien,
07:25Canal a deux casquettes.
07:26Canal a une casquette d'éditeur,
07:28Canal a une chaîne,
07:29plusieurs chaînes,
07:30dans son portefeuille.
07:32Et puis, Canal est aussi
07:33une plateforme de distribution.
07:35Sur la plateforme MyCanal,
07:37on trouve Max,
07:38on trouve Netflix,
07:40on trouve Paramount,
07:42un certain nombre de services
07:45qui sont additionnels
07:47à l'offre de Canal.
07:48On peut tout à fait imaginer
07:49demain que le patron de Canal
07:52décide d'accueillir
07:54la nouvelle plateforme
07:55de distribution,
07:56de diffusion des March 2L.
07:58et qu'elle se retrouvera
07:59à cette plateforme
08:00à égalité avec Netflix,
08:02avec Paramount.
08:03Alors après,
08:03la question qui se pose,
08:04c'est est-ce qu'on donne
08:05un minimum garantie,
08:07est-ce que Canal donne
08:08un minimum garantie
08:09à cette plateforme ou pas ?
08:10Ça, c'est tout le travail
08:11auquel j'imagine
08:12va s'attacher aujourd'hui
08:13Nicolas de Tauverneau.
08:15Un abonnement à 15 euros par mois,
08:17ce serait le juste prix
08:18pour Canal+,
08:18ce sera ma dernière question.
08:20Quel est votre avis ?
08:22Le juste prix,
08:23c'est effectivement
08:24ce que le public
08:25a envie
08:26de mettre sur la table
08:28pour disposer des droits
08:30d'une compétition quelconque.
08:32Aujourd'hui,
08:32Canal est plus expert que moi
08:34parce qu'ils font ce métier
08:34toute la journée.
08:35donc si Canal dit 15 euros,
08:38alors je ne sais pas
08:39s'il y a une part de bluff
08:41dans cette affirmation,
08:42mais en fait,
08:42ça ne me paraît pas
08:43totalement déraisonnable
08:45d'imaginer qu'à 15 euros,
08:47l'offre de L1
08:48pourrait rencontrer
08:50un large public.
08:51Alors maintenant,
08:52est-ce qu'économiquement,
08:54cela peut répondre ?
08:54Vous savez,
08:55si vous faites un calcul simple,
08:56vous vous dites 15 euros,
08:583 millions d'abonnés,
09:00ce qui serait gigantesque,
09:02oui, gigantesque,
09:03ça ferait 45 millions
09:05par mois,
09:0645 millions par mois,
09:08ça représente
09:09540 millions au bout de l'année.
09:12Il faut fabriquer la chaîne
09:14et il faut rembourser CVC.
09:16Donc ça veut dire
09:16que dans ces conditions,
09:17avec 3 millions d'abonnés,
09:19avec 3 millions d'abonnés
09:20qui seraient gigantesques,
09:21il resterait un peu moins
09:22de 400 millions par an
09:23pour les clubs de L1
09:25et de L2,
09:26les clubs professionnels.
09:27Est-ce que c'est suffisant ?
09:28Sous réserve d'inventaire,
09:29ça me paraît un peu juste.
09:31Merci infiniment,
09:32Xavier Couture,
09:32d'avoir pris la parole
09:33sur ce dossier ultra sensible
09:35dans RTL Soir.
09:36Bon week-end à vous.
09:37Merci beaucoup,
09:38au revoir Yves.
09:39Il est 18h50
09:40et dans un instant,
09:41notre idée week-end,
09:42après la nuit au musée,
09:44c'est la nuit des monuments
09:45qui démarrent cette année.
09:47Que faut-il voir absolument ?
09:48La réponse de Stéphane Berne
09:49qui s'y connaît vraiment
09:50beaucoup en la matière.
09:52RTL Soir
09:53Yves Calvi
09:55Aude Vernucci
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