00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Bonsoir Jérôme Marty.
00:05Bonsoir Yves Calvi.
00:06Vous êtes médecin généraliste, président de l'Union française pour une médecine libre.
00:10En déplacement dans le Cantal, François Bayrou a annoncé son plan pour lutter contre les déserts médicaux.
00:14Le Premier ministre veut instaurer, je cite, davantage de solidarité territoriale.
00:18Chaque généraliste ou spécialiste qui exerce dans un territoire bien pourvu devra consacrer un ou deux jours par mois
00:25à des consultations dans les zones qui sont en difficulté.
00:28Est-ce que vous êtes sensible à l'appel de solidarité du Premier ministre François Bayrou, Jérôme Marty ?
00:33Je suis sensible à un document qui a le mérite d'exister, mais où tout est à faire puisqu'il n'est absolument pas finalisé.
00:40Il manque d'explications, il manque de financement, tout un tas de choses qui sont quand même indispensables au fonctionnement.
00:47Donc on nous dit, vous devrez aller exercer au maximum deux jours par mois dans des zones en tension,
00:53dites zones rouges, que nous ne connaissons pas, qui ne sont pas définies aujourd'hui.
00:58On nous dit, vous aurez un gain financier en y allant, on ne le connaît pas et on ne sait pas comment il sera perçu.
01:04On a tous des patientelles pleines où on voit entre 20 patients jusqu'à 50 patients par jour.
01:10Personne ne nous dit ce que ces 50 patients deviendront quand on ira exercer sur un autre territoire.
01:15Enfin bref, on part de zéro.
01:17Je pense qu'il faut construire ça avec le ministère maintenant.
01:20Il faut l'habiller pour que ce soit fonctionnable.
01:22Mais vous ne dites pas non a priori, c'est ça qui me frappe dans votre première réponse.
01:26Vous le dites, il y a plein de choses sur lesquelles on doit travailler, on veut des éclaircissements,
01:29mais a priori vous êtes prêt à en discuter.
01:32Alors écoutez, aller donner de son temps dans les zones en tension, c'est nous qui l'avons proposé.
01:35Ça fait trois ans qu'on le propose, donc on ne peut pas être contre.
01:38Par contre, on le proposait contre quelque chose qui pouvait créer un appel d'air
01:42et faire que de nombreux généralistes allaient le faire.
01:44C'est-à-dire qu'on expliquait, on demandait que le généraliste qui va aller exercer dans une zone en tension
01:50aura accès aux zones horaires complémentaires dans son activité principale.
01:55Pas dans la zone en tension, mais dans son activité principale.
01:57C'était un moyen de faire qu'il y ait une forte demande de volontariat
02:01pour aller aider les Français qui sont dans ces zones en tension.
02:05Aujourd'hui, on ne nous explique pas comment ça va être financé.
02:07C'est pour ça qu'à la fois, je suis pour l'idée, mais je suis extrêmement méfiant quant à sa mise en œuvre.
02:12Alors, voilà, je précise que ces un ou deux jours d'exercice dans les déserts médicaux
02:16seraient effectivement, mais on n'a pas le détail, récompensés par des incitations financières
02:20et que les téléconsultations seront possibles.
02:23Donc ça, ça se négocie, non ?
02:25Ça, ça se négocie.
02:26Maintenant, si vous voulez, ça ne tient pas compte du fait principal.
02:29Le fait principal, c'est qu'aujourd'hui, ce qu'on appelle désert, c'est les déserts habités.
02:33Je veux dire par là que ça fait longtemps que la France est centralisée.
02:36Ça fait longtemps que les Français se sont mis dans les villes.
02:38Et aujourd'hui, la problématique de l'accès aux soins, c'est que quand vous venez d'arriver dans une ville,
02:42vous avez beau être entouré de médecins, vous n'en trouvez pas un seul.
02:45Parce que tous les médecins ont le fameux panneau « ne prend pas de nouveaux patients ».
02:48Et ce que propose le Premier ministre ne résout absolument pas ça.
02:52Or, si on raisonne en valeur absolue,
02:54le nombre de Français qui sont le plus touchés par ce phénomène-là sont dans les villes.
02:58Et là, on va nous parler de secteurs qui sont hyper rurals, à faible population.
03:02Donc, en valeur absolue, peu de personnes qu'il faut aider, c'est certain.
03:05Mais ça ne résout pas la problématique.
03:07Mais vous nous dites que les déserts médicaux n'existent pas ?
03:096 millions de Français sont sans médecin traitant, par exemple.
03:11Et 100 000 Toulousains sur 550 000 n'ont pas de médecin traitant.
03:15Est-ce que Toulouse est un désert ?
03:16Non.
03:16C'est la vraie question.
03:17Donc, il faut arrêter de parler de désert.
03:18Moi, je crois qu'il faut parler de difficulté d'accès aux soins.
03:20Et quand vous prenez le problème par ce côté-là de la lorgnette,
03:23à ce moment-là, vous commencez à trouver des solutions qui sont de vraies solutions.
03:26Parce que sinon, vous ne résolvez pas la principale problématique,
03:30qui est celle, par exemple, rencontrée par les Montalbanais,
03:32qui depuis 10 ans, 10 ans, j'insiste, quand vous venez d'arriver à Montauban,
03:35vous ne trouvez pas de médecin.
03:37Et pourtant, ce n'est pas un désert.
03:38Le Premier ministre remarquait qu'avec cette obligation,
03:41ce sont 30 millions de consultations par an qui seraient proposées dans des zones sous-dotées.
03:45Est-ce que vous êtes d'accord avec ce chiffre ?
03:47Non, parce que je me méfie beaucoup des chiffres, si vous voulez.
03:49Quand je vois que dans un même document,
03:51on me donne comme solution qui a fonctionné les fameuses CPTS.
03:55Les CPTS, s'il vous plaît, de quoi s'agit-il ?
03:57Communauté professionnelle du territoire de santé.
03:59C'est-à-dire, c'est le regroupement de soignants
04:01qui sont censés faciliter le fait pour les Français de trouver un médecin,
04:05puisque la mission principale de ces fameuses CPTS,
04:07c'est de trouver un médecin à tous les patients
04:09qui sont sur le territoire dont elles ont la charge.
04:11Quand on les a créés il y a 10 ans,
04:136 millions de Français n'aient pas de médecins traitants.
04:1510 ans plus tard, il y a 900 CPTS
04:16et 6 millions de Français n'ont pas de médecins traitants.
04:18Donc, ça ne sert à rien.
04:19Tous les jours, des Français souffrent de ne pas pouvoir obtenir une consultation.
04:23Qu'est-ce qu'on fait pour le Cantal ?
04:24160 médecins pour 100 000 habitants en 2010.
04:27Ils sont 139 en 2025.
04:2921 ans au moins, alors que la population a augmenté.
04:32On va les aider d'une façon ou d'une autre,
04:34avec un gain substantiel pour le médecin
04:36qui va aller donner de son temps pour les aider.
04:38Et puis, quelqu'un qui va prendre en charge sa patientelle
04:40ou un autre médecin en remplaçant qu'on va aller envoyer là-bas,
04:43ou un assistant.
04:44Mais surtout, surtout Yves Calvi,
04:46on réaménage le territoire.
04:48Il y avait quelque chose qui, au temps de Giscard d'Estaing,
04:50qui s'appelait la DATAR,
04:51qui était chargée de l'aménagement du territoire,
04:53qui avait beaucoup de pouvoir.
04:54Aujourd'hui, il n'y a pas d'organisme réel
04:56pour réaménager le territoire.
04:57Et on a un désert qui, parfois,
04:59des difficultés d'accès aux soins
05:00qui sont en lien avec des choses
05:02qui n'ont strictement aucun rapport avec le soin.
05:04Si vous êtes à un endroit qui est complètement clavé,
05:06où vous pouvez vous déplacer pour aller voir le spécialiste,
05:08vous avez un bus le matin et un bus le soir seulement,
05:11vous êtes obligé de prendre votre journée entière
05:13pour aller voir le spécialiste.
05:14Et bien souvent, des Français ne le font pas
05:15parce qu'ils ne peuvent pas se permettre de perdre cette journée.
05:17J'ai bien compris que vous nous disiez
05:19que vous pouviez être d'accord
05:20dans le cadre d'une négociation,
05:22mais que dans ce cas-là,
05:23ce ne sont pas ces rendez-vous que vous accepteriez
05:25qui devraient être uniquement augmentés
05:27sur le plan financier,
05:28que ce soit toutes les consultations
05:30qui puissent être augmentées.
05:31Où qu'elles aient lieu ?
05:32Dans l'activité principale du médecin,
05:34pas dans la zone où il va donner de son temps
05:36pour améliorer l'accès aux soins.
05:38En fait, vous demandez une augmentation,
05:39tout simplement, des consultations.
05:41Ce que l'on demande...
05:42Ce qui est assez culotté
05:43dans la circonstance particulière.
05:44Non, je vous explique, Yves Cali.
05:46Pour les généralistes,
05:47c'est la seule spécialité
05:48qui n'a pas accès à ce qu'on appelle
05:49le secteur 2,
05:50c'est-à-dire les honoraires complémentaires.
05:51Nous, on prône une solution
05:52qui ne coûte rien à l'assurance maladie
05:53et qui ne coûte rien au pays.
05:55Par contre, qui va coûter au complémentaire.
05:56Le pays est déficitaire,
05:57l'assurance maladie est déficitaire,
05:59les mutuelles ne sont pas déficitaires.
06:00C'est vrai.
06:01Donc, on tape là où il y a de l'argent.
06:03Et les mutuelles.
06:04Les gens qui sont à la CMU,
06:05à la CMUC, à la C2S, à l'AME
06:07ne dépendent pas du secteur 2.
06:09Ils en sont protégés.
06:10Donc, il y a une espèce de solidarité
06:12qui doit se mettre en œuvre
06:13entre les populations
06:13qui ont suffisamment de médecins
06:14et les populations
06:15qui ont passé de médecins.
06:16Et ça peut être cette solution-là.
06:17Et pour les autres spécialités,
06:19parce que le désert,
06:19c'est d'abord un désert de dermatologues,
06:21de psychiatres, de pédiatres,
06:23de rhumatologues, etc.
06:24Pour les autres spécialités,
06:25ce que l'on dit,
06:26c'est qu'il faut en finir
06:27avec l'hypercentralisation.
06:28Il faut réaménager le territoire
06:29en structure hospitalière,
06:31mais hôpital de jour
06:31et de consultation
06:32avec de l'IRM, du scanner,
06:35du centre de prélèvement,
06:36de la pharmacie.
06:40Le pôle de consultation
06:41et de l'hospitalisation
06:41auront à ce moment-là
06:43soit un gain fiscal
06:44ou des points de retraite
06:46s'ils sont libéraux
06:46et s'ils sont du public,
06:49parce que ça peut être
06:49des spécialistes de l'hôpital public
06:50qui y vont,
06:51un meilleur salaire.
06:52Et, dernière chose,
06:54un désert dont on ne parle jamais,
06:55Yves Calvi, jamais,
06:57il existe un désert intra-hospitalier.
06:59Il existe un désert
07:00dans les murs de l'hôpital.
07:01On n'en parle jamais.
07:02Au moment où on parle,
07:03il y a en permanence
07:0425 à 30 % de postes
07:05de patitions hospitaliers
07:06qui sont vacants.
07:08Ce qui, entre parenthèses,
07:09montre que le salariat
07:09n'est pas forcément la solution.
07:11Mais, ce que l'on dit,
07:12c'est que le médecin généraliste
07:13qui va aller donner
07:14un jour de son temps
07:14à l'hôpital public aussi,
07:15qui va aller à portée des mains,
07:17il aura de la même façon
07:18dans son activité principale
07:19accès au secteur 2.
07:20Bon, moi, ce qui me frappe
07:21dans vos réponses aujourd'hui,
07:22c'est que vous semblez ouvert
07:22mais vous demandez tout simplement
07:23une augmentation des consultations,
07:25quelle qu'elle soit.
07:26Non, on veut améliorer...
07:27Ah si, c'est ce que vous avez fait
07:28de part de fois dans cette interview.
07:29On veut améliorer la qualité...
07:30On est pragmatique.
07:31On cherche une solution
07:32où on va arriver à, enfin,
07:34tout mettre en œuvre
07:35pour réparer le système de soins
07:37qu'ont cassé
07:38les politiques sanitaires successives.
07:39C'est quand même fou
07:40de penser qu'en France,
07:41au moment où on parle,
07:42il y a plus de 6 millions de Français
07:43qui n'ont pas de médecins traitants,
07:44il y a des difficultés
07:45d'accès aux soins partout,
07:46il y a une profession
07:47qui s'épuise
07:47et des internes
07:48qui seront en grève le 28
07:50contre la loi Garo,
07:51dont je rappelle
07:51qu'à même âge,
07:54ils se suicident 7 fois plus
07:55que la profession générale.
07:567 fois plus.
07:58Donc, à un moment,
07:58il faut qu'on répare le système
07:59et pour réparer le système,
08:00il faut être pragmatique,
08:01il faut oser toutes les solutions.
08:0245% des Français
08:03renonçaient à des soins
08:05faute de rendez-vous en 2024.
08:06En tout cas,
08:06on a compris
08:07que vous étiez prêt
08:08à une négociation
08:08qui sera visiblement serrée.
08:10Merci beaucoup,
08:11Jérôme Marti,
08:11d'avoir pris la parole,
08:12médecin généraliste
08:13et président de l'Union française
08:14pour une médecine libre.
08:15Merci Yves Calvi.
08:16Il est 18h27.
08:18Est-ce que ça roule mieux
08:19sur l'A13,
08:20dite l'autoroute de l'Ouest ?
08:21Depuis 4 mois,
08:22les automobilistes
08:23n'ont plus à s'arrêter
08:24entre Caen et Paris
08:25en raison de la suppression
08:26des péages physiques.
08:27notre spécialiste auto.
08:29Christophe Bourrou
08:29a voulu savoir
08:30si le système de flux libre
08:31est vraiment efficace.
08:33Rendez-vous dans RTL Inside
08:34juste après le journal
08:35de 18h30.
08:36A tout de suite sur RTL.
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