00:00RTL Soir. Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:04Bonsoir Christophe Béchu. Bonsoir Yves Calvi.
00:06Vous êtes notre ancien ministre de la transition écologique, maire d'Angers et secrétaire général d'Horizon, le parti d'Edouard Philippe.
00:12A l'Assemblée Nationale, cet après-midi, François Bayrou a affirmé vouloir mener une réflexion parlementaire sur les peines d'inéligibilité avec exécution immédiate.
00:22Vous y êtes favorable ? Oui.
00:24Pourquoi ? Expliquez-nous.
00:26Parce qu'autant le jugement qui a été prononcé à l'encontre de Marine Le Pen est logique.
00:30Il résulte à la fois d'un système organisé, de détournement de fonds publics et les juges ont appliqué la loi.
00:36Et la loi, depuis 2016, elle explique, et c'est une bizarrerie de notre droit, qu'il peut y avoir une exécution provisoire alors même que le jugement n'est pas définitif.
00:45Et qu'il y ait une sanction définitive alors qu'il n'y a pas de jugement définitif puisqu'un appel est possible, c'est quand même surprenant.
00:51J'observe juste, Yves Calvi, que depuis dix ans, nombre d'élus ont été condamnés dans le cadre de ces procédures.
00:57Et que dans une ville, par exemple, comme Toulon, où le maire a subi ce process, les membres du rassemblement national qui l'ont...
01:05Bertholdco en l'occurrence.
01:07Exactement. Eux, à l'époque, ils n'ont pas organisé de pétitions, de manifs de soutien, ils n'ont pas crié à la forfaiture et au gouvernement des juges.
01:14Peut-être parce que la décision de justice les arrangeait.
01:16Ce qui est certain, c'est que ça provoque une émotion et un choc dans l'opinion.
01:19Qu'aucune mesure rétroactive ne peut évidemment être imaginée, c'est la base de notre droit.
01:23Mais que l'émotion de millions de gens par rapport à ce qui est vécu comme une forme d'invalidation, elle doit évidemment conduire à ouvrir cette réflexion.
01:31Pas à critiquer les juges, à interroger la loi.
01:34Vous ne vous sentez pas manipulé d'une certaine façon, le Premier ministre lui-même a intérêt à un aménagement.
01:38Vous savez très bien qu'il a un calendrier judiciaire.
01:41Je ne me situe pas sur le plan personnel, je me situe sur le plan des principes.
01:45On parle du Premier ministre de la France.
01:47Les principes juridiques, c'est que vous pouvez toujours faire appel de quelque chose.
01:50On a introduit sous une pression, notamment du Rassemblement national,
01:54de beaucoup de gens disant que les peines n'étaient pas assez sévères avec ceux qui fraudaient.
01:58On a introduit cette suspension sans possibilité d'appel.
02:02Qu'on réinterroge cette suspension, ça ne me choque pas en droit.
02:06Tout en redisant qu'en aucun cas ça ne peut être une manœuvre pour revenir sur une décision de justice.
02:11Il n'y a pas de rétroactivité qui serait évidemment acceptable dans notre état de droit.
02:15En fait, c'est la situation de Marine Le Pen qui donne le tempo de la politique française en ce moment ?
02:19On ne peut pas faire comme si c'était une décision qui frappait n'importe quel élu.
02:24Mais encore une fois, j'observe que quand ça a touché d'autres élus par le passé,
02:28il n'y a eu ni émotion, ni alerte, ni cri, ni scandale par rapport à un état de droit.
02:34Tout le monde s'est accommodé de ses décisions.
02:36Et la loi de 2016 a fait l'objet d'un assez vaste consensus
02:40et elle était réclamée par Marine Le Pen elle-même.
02:43Donc, en quelque sorte, ça doit aussi conduire à nous interroger sur le fait d'éviter d'aller poser des lois
02:49en se disant qu'on va laver plus blanc que blanc et qui peuvent aboutir à des situations
02:53dans lesquelles les droits de la défense ne sont pas exactement comparables à ce qu'ils sont dans d'autres domaines.
02:58En réunion de groupe ce matin, Marine Le Pen affirmait que le système a sorti la bombe nucléaire,
03:03sous-entendu qu'elle est victime d'un règlement de compte politique.
03:06Est-ce que vous comprenez cette réaction ?
03:08D'abord, elle a été reconnue coupable.
03:12Se concentrer sur la sanction, c'est oublier la raison de ce procès.
03:16On discute de millions d'euros qui ont été détournés du Parlement européen au bénéfice d'un parti
03:21pendant des années et avec un système organisé.
03:24Si le procès s'était tenu en appel, la sanction aurait été accompagnée d'une illégibilité
03:30que personne n'aurait contestée parce qu'en droit, pour le coup, c'est une pratique qui remonte à bien avant 2016.
03:35Là, ce qui choque, c'est que alors qu'elle peut faire appel et faire prévaloir ses arguments une deuxième fois,
03:42elle n'aura pas la possibilité de se présenter puisqu'elle est tout de suite rendue inéligible sans attendre cet appel.
03:49Et ce n'est que sur ce terrain-là, Yves Calvi, que je me situe.
03:53Je n'aimerais pas qu'on oublie que s'il y a eu procès, c'est parce qu'il y a eu détournement de fonds,
03:58que s'il y a sanction avec exécution immédiate, c'est parce qu'il y a eu condamnation
04:04et reconnaissance d'un système et qu'encore une fois, cet état de fait, il s'impose à tous les justiciables
04:11et il s'impose aussi à Marine Le Pen.
04:13Christophe Béchut, tout ce que vous venez de nous dire est tout à fait fondé,
04:16mais que répondez-vous finalement à tous ces électeurs qui se sentent floués
04:21alors qu'ils soutiennent le Premier Parti de France, le Rassemblement National,
04:24et qui ont l'impression qu'on leur vole et leur vote passé et la femme qu'ils soutiennent depuis des mois ?
04:33Je réponds à trois choses.
04:34La première, c'est que si nous en sommes là, c'est parce qu'il y a une faute de cette femme et de ce parti politique.
04:40Deux, si nous en sommes là, c'est parce qu'il y a une loi qui, depuis 2016,
04:44sans avoir été jamais remise en cause par aucun parti politique,
04:47a permis aux juges de prononcer les peines qui sont prévues dans ce cas-là.
04:51Et trois, je comprends cette émotion, je comprends l'émotion des électeurs.
04:55Je vais vous dire, pour nous, on ne considère pas que ce soit une bonne nouvelle.
04:58On considère que le combat politique, il a plutôt vocation à se gérer dans les urnes que dans les prétoires.
05:03Mais pour autant, c'est la conséquence de faits délictuels et de l'état de notre droit.
05:10Et ça, ces aimants-là, on peut les sortir de la discussion de comptoir,
05:16mais on ne peut pas les oublier parce qu'ils sont la cause de la situation que nous vivons.
05:20Alors avant de nous séparer, après votre prise de parole qui était parfaitement claire,
05:23les dirigeants de ce qu'on appelle le Bloc Central sont rassemblés dimanche à Saint-Denis.
05:27Parmi les participants, votre candidat Édouard Philippe, Gabriel Attal, François Bayrou,
05:31qui est le mieux placé pour 2027 ?
05:34Ce serait évidemment aux électeurs d'en décider.
05:37Et vous voyez bien que la décision d'hier, elle est susceptible de rebattre le casting.
05:41Mais en aucun cas, l'état d'esprit d'Édouard Philippe, qui n'est pas candidat contre ni le RN,
05:46ni les autres candidats du Bloc Central, qui est candidat pour la France et pour proposer un programme de redressement.
05:51Je peux vous assurer qu'on ira jusqu'au bout. Là-dessus, les choses sont très claires.
05:54Donc nous sommes d'accord, l'absence de Marine Le Pen rebat les cartes.
05:57Et ces trois responsables ont besoin peut-être d'une petite explication de texte entre eux, et pour nous d'ailleurs, à l'arrivée.
06:04D'abord, penser que la disqualification de Marine Le Pen,
06:08si aucun appel ne lui permet de revenir sur cette situation de fait, disqualifierait le RN, est totalement fausse.
06:16Il y a évidemment la question de l'incarnation, elle compte en politique.
06:19Mais il y a la question de la ligne, il y a la question du programme, il y a la question des idées.
06:22Et nous ne considérons pas que, encore une fois, ce soit une bonne nouvelle, ni pour le débat démocratique dans son entier,
06:28ni parce que le RN serait absent de cette prochaine élection présidentielle.
06:32Ils ont avec Jordan Bardella, ou avec d'autres, des personnalités qui sont capables de répondre aux attentes d'une partie des électeurs.
06:38Mais encore une fois, notre sujet est le sujet d'Édouard Philippe.
06:41Ce n'est pas qui est candidat, c'est de porter un projet devant les Français.
06:46Et c'est d'aller à leur rencontre, comme il le fait à l'heure actuelle, en faisant un tour de France toutes les semaines, à bas bruit,
06:52pour aller à la rencontre de femmes et d'hommes qui travaillent, d'agriculteurs, de commerçants, d'industriels.
06:57C'est de construire un projet et c'est de le proposer au pays.
07:00Vous venez de me dire qu'affronter Marine Le Pen ou son probable successeur, c'est la même chose ?
07:11Je ne dis pas ça.
07:12Je ne pense pas que ce soit le cas, objectivement.
07:14Mais je ne dis pas ça.
07:16Ce que je dis, c'est que ce n'est pas le RN qui a été empêché de se présenter à l'élection présidentielle
07:21et considérer que tout à coup, sa disqualification serait une bonne nouvelle pour tous les autres partis, me semble être totalement faux.
07:28D'abord, ça n'est pas une bonne nouvelle parce qu'il est toujours préférable que les joutes politiques se déroulent devant les citoyens et dans les urnes que dans les tribunaux.
07:35Et ça, c'est ce que je vous dis avec la plus grande clarté.
07:38Et ensuite, parce que penser que cette situation, elle va aboutir à ce que tout à coup, de manière subite,
07:45des gens qui exprimaient leur envie de voter pour le RN vont changer d'opinion, je ne le crois pas.
07:50Le travail de conviction, le travail pour être capable d'expliquer quel projet pour la France, Édouard Philippe est capable de porter,
07:57la nécessité de détailler à la fois les réformes, le besoin de redressement et de souveraineté de notre pays,
08:02tout ça reste à faire et c'est notre cap et notre état d'esprit pour les années qui viennent.
08:06Merci beaucoup Christophe Béchu, maire d'Angers et secrétaire général d'Horizon d'avoir pris la parole ce soir sur RTL.
08:11Bonne soirée à vous.
08:13Enfin, sachez que dans moins de 15 minutes, nous vous parlerons du bruit au travail.
08:16Un français sur cinq est concerné, un sur cinq, à des niveaux qui peuvent être dangereux pour sa santé.
08:22Quels métiers sont les plus concernés ? Quels sont les risques ? Les préconisations ?
08:26Nous poserons toutes ces questions au vice-président de l'Association Nationale de l'Audition, Jean-Charles Secateau.
08:31A tout de suite sur RTL.
08:36RTL soir jusqu'à 20h.
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