00:00Yves Kelvy, Agnès Bonfillon, RTL Soir, édition spéciale.
00:04Il est 18h20, bonsoir Marine Tandelier.
00:07Bonsoir.
00:08Vous êtes secrétaire nationale des écologistes et principale opposante à Marine Le Pen dans votre ville d'Enin-Beaumont.
00:13Merci de prendre la parole sur RTL. Comment réagissez-vous ce soir à la condamnation de Madame Le Pen ?
00:18Écoutez, je suis assez choquée qu'un parti soit condamné pour avoir détourné 4,1 millions d'euros.
00:25Ce n'est pas la peine qui me choque, c'est leur infraction.
00:29Et ça correspond quasiment à tout l'argent que dépense le Conseil Régional des Hauts-de-France chaque année,
00:33auquel je suis élue, Marine Le Pen était avant moi, pour toute sa politique associative d'aide aux associations.
00:37Ce sont des sommes qui sont énormes.
00:39On sait que, historiquement, le slogan de ce parti était « les nôtres avant les autres ».
00:43Mais quand ils parlaient des nôtres, ils ne parlaient pas de leurs électeurs.
00:45Ils parlaient de l'argent qui pouvait se mettre dans les poches.
00:48C'est quand même assez spectaculaire ce que la justice vient de juger là.
00:53Et la réalité, c'est que les réactions du RN ne sont pas à la hauteur.
00:57Ce qu'ils expliquent, c'est qu'il faudrait une justice à deux vitesses.
01:00Eux qui ont toujours trouvé que la justice était laxiste, qu'il ne fallait pas d'aménagement des peines,
01:04qu'il fallait y aller à fond, beaucoup plus durement.
01:06En fait, ça c'est pour tous les Français, sauf eux.
01:08Quand c'est pour eux, la justice est beaucoup trop laxiste et doit être beaucoup plus clémente envers eux.
01:16Et ça, on voit bien que c'est un deux-poids-deux-mesures qui n'est pas acceptable de la part de la politique.
01:20Et pourtant, au moment où nous parlons, même le Premier ministre semble avoir des états d'âme.
01:24La France à Bérou serait, je cite, « troublée ».
01:27Vous savez, moi, j'ai attentivement écouté les responsables politiques réagir.
01:32Et tous les responsables politiques qui sont un peu mitigés sur cette peine, en fait, répondent à deux catégories.
01:37La première catégorie, c'est celles et ceux qui espèrent racoler quelques électeurs sur les terres du Front National.
01:43Et la deuxième catégorie, c'est celles et ceux qui pensent qu'ils auraient pu être à sa place
01:46parce qu'ils ont commis des délits similaires.
01:48Voilà la règle que j'ai constatée aujourd'hui.
01:51Et dans ce fièvre des nabots-mongues que vous connaissez parfaitement, on évoque parfois un « assassinat politique ».
01:56Le terme vous paraît ridicule ?
01:58Oui, un peu surfait quand même. J'ai entendu aussi mon maire, Steve Rewa, en duplex à l'instant,
02:03expliquer que c'était comme si on rétablissait la peine de mort.
02:06Je rappelle par ailleurs que le seul parti qui est aujourd'hui pour le rétablissement de la peine de l'honneur, c'est le leur.
02:10C'est juste. Alors, de nombreux électeurs se disent par ailleurs, écoeurés, d'être privés de leur championne.
02:15C'est important de leur parler. Et qu'avez-vous envie de leur dire ce soir ?
02:19Même s'ils ne sont pas de votre camp et qu'ils ne sont pas de votre famille politique.
02:23Moi, j'ai envie de leur dire que je peux comprendre qu'ils aient pensé que Marine Le Pen les aimait sincèrement
02:29et allait tout faire pour changer leur vie vraiment.
02:31La réalité déjà, c'est que l'extrême droite au pouvoir a toujours aidé plutôt les milieux d'affaires,
02:36les milieux très privilégiés, rarement le peuple. Ça, c'est la première chose.
02:40Et la deuxième chose, c'est que nous voulons des élus exemplaires et les habitants.
02:44Les habitants et les électeurs et reines des Limbo-Monts le savent bien,
02:47puisque nous avons eu, dans les années 2000, un maire corrompu qui a fini en prison
02:51avec 18 chefs d'inculpation. Et que c'est précisément à ce moment-là,
02:54quand d'ailleurs le Conseil des ministres a démis de ses fonctions de maire,
02:58c'est la première fois que ça arrive dans la Vème République,
03:00il y a eu une municipale partielle et tiens, tiens, qui était venue à tête de liste, Marine Le Pen.
03:04Et oui, Marine Le Pen, elle est arrivée chez nous par opportunisme électoral pour faire,
03:08elle disait ça, c'était la chevalier blanc de l'anticorruption, etc.
03:12Donc nous, notre territoire, on en a marre aussi qu'il soit associé toujours à des affaires politico-judiciaires.
03:18On mérite, les habitants du bassin minier des Limbo-Monts méritent des élus
03:22qui aient, comme le disait le Rassemblement national, les mains propres et la tête haute.
03:27– Jean-Luc Mélenchon... – C'est-à-dire pas Marine Le Pen.
03:30– On avait compris votre point de vue, je vous rassure.
03:32Jean-Luc Mélenchon, ce soir, a fait cette déclaration,
03:35la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple.
03:39C'est ce qu'affirme le leader des Insoumis.
03:41Est-ce que vous le suivez sur cette piste ?
03:43– Absolument pas.
03:44Alors, je veux bien qu'on porte le sujet de la révocation populaire
03:48que la France Insoumise porte depuis longtemps.
03:50Mais enfin, la révocation populaire, qu'elle soit par les élections
03:53ou par un système de révocation en mi-mandat, par exemple, comme il le proposait,
03:57ne se substitue pas à la justice.
03:59Heureusement que les politiques ne se substituent pas à la justice.
04:03Imaginez, il y aurait donc une justice pour les Français qui ne sont pas élus
04:07et une justice différente pour les élus.
04:09Eh bien, non.
04:10Et heureusement, les élus de la République doivent être exemplaires
04:13pour mériter la confiance des Français,
04:15surtout quand ils aspirent aux plus hautes fonctions.
04:17Marine Le Pen, en l'occurrence, voulait être présidente de la République.
04:20Eh bien, heureusement qu'on ne peut pas être présidente de la République
04:22quand, ou parlementaire, ou conseiller départemental,
04:26puisqu'elle doit renoncer à cette fonction aussi qu'elle a occupée jusqu'à présent,
04:29quand on a détourné 4,1 millions du Parlement européen.
04:34Je rappelle que ce n'est pas juste Marine Le Pen qui est condamnée,
04:37c'est plus de 20 cadres de son parti, 20 cadres élus,
04:41et c'est le parti lui-même qui est condamné.
04:43C'est-à-dire que le Rassemblement national, Jordan Bardella ou pas,
04:46est discrédité profondément et durablement.
04:50Est-ce que vous convenez ce soir néanmoins
04:52que la vie politique française connaît une secousse majeure
04:55puisque celle qui a réuni 13 millions d'électeurs,
04:5813 millions en 2022, est privée d'élection ?
05:01Oui, mais la justice en sort gagnante,
05:05parce que j'ai entendu beaucoup de commentaires aujourd'hui,
05:07mais imaginez si les juges avaient dit
05:09ce qu'elle a fait c'est très grave, n'importe qui aurait pris très cher en peine,
05:12mais comme elle est candidate à la présidentielle,
05:14du coup on va moins la condamner.
05:15Ça aurait été incompréhensible.
05:17Et donc c'est la preuve que notre justice fonctionne bien,
05:20qu'elle n'a pas peur, et que tout le monde est injusticiable comme un autre.
05:24Je reviens aussi sur une chose,
05:26c'est que j'entends beaucoup qu'il n'y a plus Marine Le Pen,
05:28mais c'est bon, il y a Jordan Bardella.
05:30Jordan Bardella, il n'est pas passé dans cette affaire devant le tribunal
05:33parce qu'il est resté peu de temps au Parlement européen,
05:35et donc on a considéré que les sommes concernées étaient infimes par rapport à d'autres,
05:40donc il n'a pas été à la barre, etc.
05:42Mais je rappelle quand même qu'il a travaillé six mois dans le même système pour M. Jalk,
05:46c'est-à-dire qu'il n'a pas vraiment travaillé,
05:48et que l'équipe de M. Jalk, quand le Parlement européen,
05:50vous savez, a envoyé la liste avec toutes les preuves qu'il va y fournir,
05:53a quand même commandé en 2018, sur le site Momox,
05:56que certains doivent bien connaître,
05:58un agenda de 2015 pour dicter au téléphone à M. Bardella,
06:02ils l'ont fait livrer l'agenda au siège du RN,
06:04ce qu'il devait écrire dedans pour faire semblant qu'il avait travaillé.
06:06Cette affaire-là sera jugée également,
06:08puisque un recours a été déposé par l'association Adélib le 25 mars dernier,
06:13et donc M. Bardella, je pense, n'échappera pas non plus à la justice.
06:16Imaginez quand même commander un agenda 2015 en 2018
06:20pour faire semblant de le remplir a posteriori,
06:22c'est quand même un sketch.
06:24En plus, il avait signé les pages,
06:25comme si c'était naturel de signer les pages de son agenda,
06:28ça l'enfonce plus que ça l'exonère.
06:30C'est donc un fusil à deux coups que vous avez utilisé ce soir
06:33pour argumenter notre situation politique, Marine Tendelier.
06:37Merci beaucoup d'avoir pris la parole sur RTL,
06:39secrétaire nationale des écologistes.
06:41Je vous précise que pour tout comprendre,
06:43sur cette condamnation de Mme Le Pen,
06:45ainsi que sur le procès des assistants parlementaires du RN,
06:47vous pouvez retrouver un dossier très complet
06:49sur notre site rtl.fr et l'application RTL.
06:51Cette édition spéciale se poursuit.
06:53Dans un instant, justement, nous serons à Enimbaumont, dans le Pas-de-Calais.
06:56Comment les habitants ont-ils reçu la nouvelle de la condamnation de Marine Le Pen ?
06:59À tout de suite.
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