00:00Et tout de suite, l'invité de RTL Matin, Olivier, vous recevez aujourd'hui Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti Communiste.
00:09Bonjour Fabien Roussel.
00:10Bonjour à vous tous.
00:12Bonjour, vous êtes également maire de la ville de Saint-Armand-les-Eaux, dans le Nord.
00:15On vient d'écouter la chronique de France en Anglais sur cette guerre géopolitique entre géants de l'économie mondiale.
00:20Mais vous, l'élu du Nord, le maire d'une petite commune dans le Valenciennois, qu'est-ce que vous pensez de cette guerre ?
00:26Est-ce que vous êtes inquiet pour les habitants de votre région ?
00:30Je rappelle qu'il y a 56 000 emplois, par exemple, dans le secteur de l'automobile, dans les Hauts-de-France, aujourd'hui.
00:35Bien sûr que nous sommes inquiets, comme tous les Français.
00:39Inquiets parce qu'il y a ce mini-crac, et on espère que ça va s'arrêter là,
00:44et qu'il n'y aura pas derrière d'autres conséquences et une récession mondiale.
00:49Et inquiets par cette guerre économique.
00:51Inquiets parce que, comme vous l'avez dit, cette guerre économique, c'est aussi une guerre industrielle.
00:57C'est une guerre industrielle qui peut avoir des conséquences fortes sur notre industrie.
01:02Et la guerre aux droits de douane, où les États-Unis menacent d'augmenter les droits de douane,
01:07et en réponse nous augmenterions, nous aussi, les droits de douane,
01:11va avoir des conséquences directes sur les travailleurs. C'est une guerre contre les travailleurs.
01:15D'une part, parce qu'augmenter les droits de douane, ça augmente le prix des télévisions,
01:21de ce que l'on importe, forcément, et donc ça coûtera plus cher pour les travailleurs américains,
01:25mais pour les travailleurs français, mais aussi parce que ceux qui produisent,
01:29eh bien ils vont répercuter ça, ils vont baisser peut-être un petit peu leur marge,
01:32mais ils vont demander aux salariés de réduire les coûts de production.
01:36Et encore une fois, quand c'est comme ça, on tape sur les salaires, sur les conditions de travail, etc.
01:40Est-ce que vous entendez, chez vous, dans le Valenciennois, dans le secteur automobile,
01:42comment répondent les patrons et les salariés ?
01:44La plus grande inquiétude des gens que je croise, des amandinois que j'ai croisés,
01:49c'est de me dire, mais qu'est-ce qu'on peut faire contre ce fou de Trump ?
01:54Comment on peut réagir ? Et il faut réagir.
01:57Et il y a une attente d'une réaction forte pour nous protéger, pour protéger nos emplois,
02:01pour protéger notre industrie, pour protéger nos services publics.
02:05Et le sentiment que l'on a, c'est que c'est un grand fouillis,
02:09Il est fou, Donald Trump ? Vous avez cité des gens qui vous le disent dans la rue.
02:12Pour vous, il est fou, Donald Trump ?
02:14Donald Trump est tout sauf fou. C'est un businessman.
02:18C'est l'argent d'abord. Il ne pense qu'à ça.
02:21Il a déjà gagné beaucoup d'argent depuis qu'il a été élu.
02:24Il en veut toujours plus pour lui et sa caste.
02:26Et donc, nous devons mettre un terme à ces volontés hégémoniques.
02:32C'est un combat à mener, d'abord sur le long terme.
02:35Il faut peut-être remettre en cause, enfin, l'hégémonie du dollar dans l'économie mondiale.
02:41Il y a des puissances qui mettent ça à l'ordre du jour.
02:43Il faut travailler avec ces pays pour remettre en cause l'hégémonie du dollar
02:48et peut-être travailler à une autre monnaie internationale pour les échanges internationaux.
02:53Et puis surtout, il faut protéger, protéger notre industrie, protéger l'industrie française,
02:57l'industrie européenne, investir dans l'énergie, baisser le coût de l'énergie fortement,
03:03subventionner l'énergie, subventionner l'industrie, le faire, mais sans hésitation.
03:09Et c'est ce que nous attendons.
03:11C'est des mesures fortes de protection, pas par des droits de douane,
03:14mais de protection en soutenant des investissements importants dans notre pays.
03:19— Donald Trump, lui, il annonce qu'il veut, par ses droits de douane, protéger l'économie américaine,
03:23favoriser l'industrie chez lui, favoriser les salariés,
03:26les travailleurs américains par rapport au reste du monde.
03:29Vous souscrivez à cet objectif-là ?
03:31— Mais d'abord... — Est-ce que vous êtes protectionniste vous-même ?
03:34— D'abord, les Américains vont vite se rendre compte que la politique de Donald Trump
03:39est une politique en faveur des riches familles américaines
03:43et pas en faveur des ouvriers, des salariés américains.
03:48— C'est parce qu'il dit en taxant les voitures de l'étranger,
03:51on fabriquerait des voitures aux Etats-Unis, il y aura de l'emploi chez nous.
03:54— Il y a ce qu'il dit, et il y a la réalité.
03:55La réalité, c'est que la hausse des droits de douane va tout de suite conduire par
03:59une baisse du pouvoir d'achat pour les Américains qui vont devoir payer plus cher
04:03les produits qui viennent de l'étranger, de Chine, dont a parlé monsieur l'anglais tout à l'heure.
04:08Ils vont d'abord payer plus cher.
04:09Et vous avez vu que la résistance commence à s'organiser aux Etats-Unis
04:12avec des manifestations dans tout le pays contre cette politique.
04:16Maintenant, concernant ces industriels français européens
04:20qui feraient le choix d'aller s'installer aux Etats-Unis,
04:24là, il y a un sujet quand même.
04:26Il y a un sujet de s'adresser aussi aux investisseurs et aux industriels français et européens
04:31et de mettre sur la table leurs comportements.
04:34— Il y a un devoir de patriotisme pour les entreprises.
04:36Emmanuel Macron a appelé par exemple les entreprises à ne plus investir aux Etats-Unis.
04:40C'est normal pour vous ?
04:42— Oui, il y a même un code, il y a même un article de la loi
04:46qui peut même poser la question de la trahison concernant ceux
04:52qui mettent en cause les intérêts du pays, les intérêts vitaux du pays.
04:57Eh bien, quand des investisseurs...
04:58Et si des investisseurs, demain, faisaient le choix d'aller faire
05:02des investissements aux Etats-Unis contre la France,
05:05y compris pour pouvoir réimporter ensuite les produits dans notre pays,
05:09alors oui, cela devrait être condamné, je dirais.
05:13Mais d'abord, c'est fini, quoi. Il ne doit plus y avoir...
05:18— Vous avez des craintes sur certaines entreprises, vous avez entendu ?
05:20— Eh bien, quand je vois que M. Bernard Arnault est allé faire des génuflexions
05:24dès l'élection de M. Trump là-bas, aux Etats-Unis,
05:28oui, je me dis qu'il y en a qui ne pensent d'abord qu'à l'argent, comme Trump,
05:33plutôt que penser à la France, à nos investissements, à nos emplois ici.
05:37Et donc, il faut mettre aussi sur la table
05:39la manière dont nous allons d'abord soutenir les investisseurs,
05:43et c'est pour ça qu'il va falloir mettre en fin des critères sur l'argent public
05:47que nous versons aux entreprises,
05:49qu'il va falloir, par exemple, c'est ce que nous proposons,
05:52baisser fortement les taux pour pouvoir faire des investissements en France,
05:57pour que les entreprises puissent investir, mais le faire avec des conditions,
06:00des conditions liées à l'emploi, à la formation,
06:03aux investissements dans notre pays qui soient utiles,
06:06qui servent les intérêts de la nation.
06:08On ne prête pas de l'argent comme ça pour l'investir aux Etats-Unis,
06:11au contraire, cela, il faut empêcher les capitaux de sortir,
06:14mais il faut soutenir les investissements dans notre pays.
06:17En protégeant son entreprise, en favorisant son entreprise,
06:19il crée, il protège aussi les emplois qu'il y a en France,
06:23et que cette entreprise a en France.
06:26Mais si demain il n'y a plus de droits de douane,
06:29et si on laisse les entreprises françaises partir aux Etats-Unis
06:34comme ils sont en train de négocier aujourd'hui,
06:37vous parlez de Bernard Arnault, mais moi je vais vous citer ArcelorMittal.
06:41ArcelorMittal qui fait peser de grandes menaces sur la sidérurgie française,
06:45ArcelorMittal qui produit de l'acier au Brésil et aux Etats-Unis,
06:50et qui n'attend qu'une seule chose,
06:52c'est qu'il n'y ait plus du tout de droits de douane,
06:54justement, pour l'acier qui viendra de là-bas,
06:56et pour pouvoir l'importer en France, en Europe,
06:59et fermer son usine à Dunkerque avec des dizaines de milliers d'emplois.
07:02Et donc, nous avons besoin de mesures fortes pour maintenir cette industrie ici,
07:08et je le dis, si demain des entreprises font le choix de délocaliser,
07:12il faudra réquisitionner l'outil de production !
07:15Réquisitionner l'outil de production !
07:17C'est comme ça que l'on maintient l'outil ici,
07:20quitte à nationaliser les entreprises qui menaceraient de partir,
07:23on a besoin de protéger...
07:24– C'est-à-dire l'État prend la main sur la gestion de l'entreprise,
07:27sur la gestion des capitaux, sur la résistance.
07:29– Oui, et il faut faire confiance aux salariés, je vais vous donner un exemple.
07:31– Mais c'est impossible ça !
07:32– Mais enfin, il n'y a rien d'impossible !
07:33– La France ne peut pas prendre le contrôle des VMI sur d'autres grandes entreprises.
07:36– Ecoutez, vous savez, M. Trump fait la démonstration qu'il n'y a rien d'impossible.
07:39Ce qu'il dit aujourd'hui était impensable il y a quelques mois.
07:42Aujourd'hui, tout est possible.
07:43– Mais comment on fait pour nous protéger ?
07:45– Les éditeurs d'Airtel, ils entendent ça, ils disent ça n'arrivera jamais.
07:47– Je vais vous donner un exemple.
07:48Est-ce que vous connaissez l'entreprise Vancorex ?
07:50Vancorex en Isère, 500 salariés.
07:53500 salariés menacés, c'est une entreprise indispensable dans notre pays
07:57parce qu'ils produisent des molécules, des matières premières indispensables
08:01pour le nucléaire civil, pour le nucléaire militaire,
08:03pour Arianespace, pour pouvoir lancer nos missiles justement.
08:08On a besoin de Vancorex qui produit du chlore, du sel.
08:11C'est indispensable.
08:12Vancorex aujourd'hui est en redressement judiciaire.
08:15Les salariés ont mis sur la table du tribunal qui doit rendre sa décision.
08:20Je vous demande M. Lenglet de suivre cette affaire, vous verrez bien.
08:23Ils ont mis sur la table la création d'une CIC,
08:26une société coopérative d'intérêts collectifs,
08:29avec 20% d'actionnaires salariés,
08:3140% avec la région, l'agglomération, la ville,
08:34et 40% d'investisseurs privés.
08:36C'est une coopérative associant et des privés,
08:39et les salariés, et le public,
08:41pour pouvoir maintenir sur notre sol la production de molécules indispensables.
08:46Si on ne fait pas ça, demain nous serons dépendants d'autres pays
08:50alors que ce que produit Vancorex est indispensable à la nation.
08:55Nous avons écrit au Président de la République, quand je dis nous,
08:58c'est Transpartisan, c'est Olivier Faure,
09:01c'est Cyriel Chattenin-Dévers, c'est François Hollande,
09:04c'est moi-même, pour demander à M. Macron d'agir rapidement
09:07auprès du Tribunal de Commerce
09:09pour que la décision en faveur de Vancorex soit favorable.
09:12Voilà des exemples concrets
09:14comment on maintient l'outil industriel dans notre pays.
09:17Merci beaucoup Fabien Rauchel d'avoir été avec nous.
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