00:00Alors Sandrine Rousseau, je le disais, la commission d'enquête relative aux violences commises dans le secteur culturel touche à sa fin.
00:08Qu'est-ce que vous retenez de toutes ces auditions menées ?
00:11Est-ce que les violences qui apparaissent dans ces secteurs sont bien plus présentes qu'on ne pouvait le penser initialement ?
00:17En tous les cas, elles ne sont plus regardées parce que précisément la culture nous appelle à la regarder, à l'écouter.
00:26On est appelé en tant que spectateur, auditeur, on est appelé en tant que citoyen à regarder les oeuvres qui sont produites.
00:35Par conséquent, qui appelle notre regard, appelle aussi notre vigilance.
00:43C'est une commission d'enquête qui a permis de révéler des choses très importantes, comme le caractère systémique des violences qui s'y déroulent.
00:52Le fait que le cadre de travail est souvent mis tout à fait au second plan, c'est comme s'il y avait une espèce de création artistique qui se situait au-dessus de tout,
01:01alors qu'en fait c'est une relation de travail.
01:04C'est la même chose pour les talents, on a l'impression que parce qu'il y a un talent, ce talent doit être préservé, doit être protégé,
01:13quand bien même il se comporte mal avec les femmes ou avec les enfants.
01:17Il n'y a pas de talent qui soit au-dessus des lois, même 20 personnes n'étaient au-dessus des lois.
01:23Cette commission a permis de montrer cela.
01:26Qu'est-ce que vous retenez de ces témoignages ? Il y en a eu évidemment beaucoup.
01:31Il y a eu celui de Judith Gaudrech, mais aussi de nombreux autres, parfois plus tendus.
01:37On pense aussi avec Dominique Meznard, il n'y a pas si longtemps que ça.
01:40Qu'est-ce que vous retenez ?
01:43Je retiens des moments extrêmement forts, on a tous pleuré pendant cette commission d'enquête.
01:47Tous les députés présents ont eu la larme à l'œil à un moment, parce que ça nous a beaucoup émus.
01:52Il y avait des témoignages qui étaient extrêmement forts, extrêmement touchants.
01:56Et puis il y a eu des témoignages aussi comme ceux des acteurs qui se sont faits en off,
02:02mais qui ont, par leurs paroles, posé aussi un acte de dire peut-être qu'on n'avait pas tout vu,
02:07peut-être qu'on n'a pas été assez vigilants, peut-être que nous-mêmes on a été lourds.
02:11Et en fait, c'est aussi en faisant cet espèce de chemin personnel sur notre responsabilité qu'on avance collectivement.
02:17Donc ça, c'était un moment qui était aussi évidemment assez fort.
02:21Et j'espère que, sorti de la commission d'enquête, ces paroles qu'ils ont posées perdureront,
02:28parce que c'est important, en tant qu'acteurs majeurs de ce système,
02:32qu'ils aient une vigilance de chaque instant sur les violences qui peuvent s'y dérouler.
02:37– Ce n'est pas un regret d'ailleurs de voir des acteurs très connus, très médiatiques,
02:40comme Jean Dujardin ou Gilles Lelouch, avoir été auditionnés à huit clos
02:45pour porter cette parole et ce témoignage ?
02:49– Bien sûr que si, mais c'est moi qui accordais les huit clos en tant que présidente.
02:53Là, je le réaccordais parce que j'ai compris qu'ils avaient très peur
02:56qu'une phrase qui aurait pu être un peu maladroite, un peu mal interprétée,
03:01soit coupée de son contexte, qu'elle fasse le tour des réseaux sociaux.
03:06Et en fait, ils n'avaient pas envie de cela, ils n'avaient pas envie de prendre ce risque.
03:09Et moi, quand même, je trouvais que c'était très important
03:12qu'ils puissent venir parler dans la commission d'enquête.
03:14Donc j'ai préféré que ça soit à huit clos pour leur permettre d'être libres dans leurs paroles.
03:19Après, il y a aussi eu des grandes actrices qui sont venues à huit clos,
03:23il y a aussi eu des victimes qui sont les salariés du monde de la culture,
03:28qui sont venues terroriser, témoigner.
03:31Voilà, on a eu beaucoup d'auditions à huit clos.
03:34Et moi, j'ai reçu aussi énormément de témoignages par téléphone, par écrit,
03:43de gens qui m'ont écrit.
03:45Toutes ces personnes n'ont pas pu ou n'ont pas voulu venir à la commission d'enquête.
03:49Mais vraiment, ils décrivent un monde qui doit connaître une révolution.
03:54Et justement, les victimes notamment qui venaient témoigner,
03:58vous les aviez au téléphone, c'est ça ?
04:00Généralement, avant qu'elles viennent dans l'enceinte de l'Assemblée,
04:03c'était important, ça ?
04:05Oui, parce qu'en fait, elles prenaient un très gros risque
04:08sur leur carrière, pour leur santé psychique, de venir parler.
04:13Souvent, c'était une des premières fois où elles parlaient publiquement.
04:17Et donc, c'était très important de les rassurer
04:19quant au cadre de l'enquête, de la commission d'enquête,
04:22de les rassurer aussi sur le fait que leurs paroles ne seraient pas jugées,
04:27mais qu'au contraire, elles seraient accueillies
04:30et qu'elles permettraient de faire avancer les travaux de la commission.
04:33En fait, vous savez, moi j'ai vu là, dans cette commission,
04:37des immenses actrices, mais des immenses actrices,
04:40avoir la main qui tremble comme une feuille morte,
04:45tellement elles étaient terrorisées à l'idée de venir devant cette commission
04:51dire tout ce qu'elles avaient subi durant leur carrière.
04:54Donc voilà, ça a été des moments vraiment où je me suis dit
04:57mais c'est pas possible que des actrices de leur rang, de leur niveau,
05:01soient à ce point-là terrorisées de parler, c'est qu'il y a un problème de fond.
05:05Alors vous allez rendre votre rapport très rapidement.
05:09Quelles vont être les grandes lignes, si vous pouvez nous le dire ?
05:12Qu'est-ce que vous allez porter dans ce rapport ?
05:15On va porter une meilleure protection des enfants,
05:17parce que les enfants sont encore assez exposés.
05:20On ne prend pas suffisamment soin des enfants.
05:22Il y a eu des progrès qui ont été faits durant les années précédentes,
05:26mais quand même, on ne prend pas suffisamment soin des enfants.
05:28Je pense notamment au moment des castings, par exemple,
05:31qui sont des moments où il n'y a pas encore de contrat de travail,
05:34il n'y a pas encore de contrats qui sont signés.
05:36Donc en fait, c'est un peu une espèce de no man's land en matière de juridiction.
05:42Donc ça, on va regarder cela.
05:45Je pense qu'il faut aussi bien mieux accompagner tous les acteurs,
05:51tous les échelons de la culture,
05:54que ce soit de la petite structure associative,
05:57aux grands producteurs, des victimes,
06:00aux directions de films ou de plateaux,
06:05pour que quand il y a un signalement qui se fait,
06:09ce signalement puisse être véritablement instruit,
06:12correctement instruit,
06:14et qu'enfin, cette espèce de tolérance que l'on a avec des propos sexistes,
06:20avec des attitudes sexistes, puisse s'arrêter.
06:22Et puis, je l'ai dit, mais pour moi, il n'y aura pas que des questions de loi.
06:26Alors évidemment, on a fait des propositions,
06:28mais à la fin, c'est aussi beaucoup dans les esprits que ça se passe,
06:31et il va falloir que les esprits changent.
06:33Et ça, notre commission d'enquête est un élément,
06:36est une brique de cette évolution, mais ça n'est qu'une brique.
06:39Et donc, la responsabilité viendra à tout ce monde de la culture et du spectacle.
06:44La ministre de la Culture, Rachida Dati, avait justement présenté
06:48quelques mesures de lutte contre les violences dans la culture.
06:52Vous étiez présente d'ailleurs à ses côtés lors de cette présentation.
06:55Ça va dans le bon sens ?
06:57Vous vous sentez entendue par l'État, par le gouvernement ?
07:02Oui, en tous les cas, la ministre nous a vraiment dit,
07:05et en commission, et lors de cette conférence de presse
07:10qu'elle faisait pour annoncer les mesures qu'elle commençait à prendre,
07:13elle nous a redit à chaque fois combien elle était volontaire
07:16pour prendre des mesures fortes.
07:18Elle attendait notre rapport.
07:20Donc, je compte sur elle pour pouvoir continuer cette bataille.
07:23Dans tous les cas, je l'ai sentie vraiment,
07:28enfin, beaucoup plus ouverte sur ces questions,
07:31beaucoup plus réfléchie aussi sur ces questions.
07:34Et plus volontariste que ses prédécesseuses, en l'occurrence.
07:40Merci beaucoup, Sandrine Rousseau, députée écologiste et sociale de Paris,
07:46présidente de cette commission d'enquête relative aux violences sexuelles
07:51commises notamment dans les secteurs artistiques et médiatiques,
07:55d'avoir été en direct avec nous sur BFM2
07:57pour dresser le bilan de ces audiences
08:00que l'on a suivis en grande partie aussi en direct sur BFM2 ces derniers mois.
08:05Merci de nous avoir suivis.
08:07Restez bien avec nous, un nouveau direct à suivre dans quelques instants.
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