00:00En 1938, je pourrais dire en 1972, une audience allait voir un film français.
00:07Ils partageaient une identité.
00:11Ils voyaient un film de Pagnol, ils avaient une information sur leur identité.
00:15Dans les années 72, quand on fait du cinéma,
00:19on a une identité sur une jeunesse, les physiques, tout ça.
00:23Aujourd'hui, je ne sais pas bien.
00:24Je ne sais pas si ça a toujours ce pouvoir-là, cette vertu-là, je n'en suis pas sûr.
00:28Moi, je ne fais du cinéma qu'à cette condition-là, que ça serve à ça.
00:33Mais franchement, je n'en suis pas sûr tout le temps.
00:35Augustin, vous êtes prêt ?
00:36Oui, je suis prêt.
00:37Pourquoi encore toujours faire le pari du cinéma ?
00:40C'est une bonne question.
00:42C'est une bonne question, je me la pose tous les matins.
00:45Non, c'est vrai que c'est singulier.
00:47Et c'est singulier et que parfois ça m'échappe.
00:52Le passage au numérique me pose énormément de questions,
00:55mais je ne trouve pas les réponses.
00:58Donc, je fais comme si je ne me posais pas ces questions.
01:00Ça m'oblige.
01:01En plus, je vais faire des films d'époque.
01:03En plus, je ne me poserai pas la question du numérique.
01:05Vous êtes dans le déni, quoi.
01:06Oui, absolument.
01:07J'ai l'impression qu'on est dans le déni.
01:08J'ai adoré faire le bureau des légendes, par exemple, mais je ne sais pas si je suis fait pour ça.
01:14C'est bizarre, j'ai une telle foi dans le cinéma.
01:16Mais est-ce que ce qu'on appelle cinéma, c'est encore le cinéma ?
01:20Mais c'est-à-dire qu'elle tient à quoi, cette foi dans le cinéma ?
01:22Je ne sais pas.
01:24Est-ce que c'est une habitude qu'on a prise ?
01:26Est-ce que c'est une habitude ?
01:27Et quand on fait du cinéma, vous allez faire des images et puis vous allez voir les choses après sur vos téléphones portables.
01:33C'est quand même très, très singulier pour moi.
01:35Vous dites que vous avez un projet de cinéma, vous dites que vous allez le faire en noir et blanc.
01:39Il y a quand même un petit arrêt dans la conversation.
01:41Non, vous ne vous sentez qu'un petit peu.
01:44Et puis, si vous dites après, il y aura des passages en chinois, en mandarin.
01:48Un autre petit arrêt dans la conversation.
01:50Alors que le film est fait justement pour que la conversation se poursuive.
01:52Voilà, et en quelques langues que ce soit.
01:54Comment vous faites un film de jeunesse ?
01:56C'est-à-dire un film qui a l'élan, le sel, la magie d'un premier film ?
01:59Ah bah oui, ça, c'est peut-être un truc.
02:00C'est peut-être que dans ces cas-là, oui, je comprends ce que vous voulez dire.
02:03Peut-être que le premier film est un genre.
02:06Et ça, ça serait un film du genre premier film.
02:08Passionnant.
02:09Oui, c'est bien sûr que c'est passionnant.
02:10Le 9e film.
02:12Bah oui.
02:12Alors, on peut dire ça, le genre premier film, mais on ne peut pas dire, par exemple, genre deuxième film.
02:18Vous voyez ce que je veux dire ?
02:18C'est peut-être qu'effectivement, le premier film, c'est un genre.
02:21Parce que peut-être que vous construiriez votre carrière à l'envers, j'inquiète.
02:24Bah peut-être, ça serait drôle.
02:26Je vais peut-être faire un truc, Augustin.
02:28Je vais faire un dernier film.
02:29Le genre dernier film.
02:31De même, voilà.
02:32Je vais faire le commentaire.
02:33C'est ça, un film testamentaire.
02:34Oui, c'est ça, je vais faire un film testamentaire.
02:36Alors, ce serait quoi ?
02:38Écoutez, laissez-moi la nuit.
02:40Je vais réfléchir à ça.
02:41Écrire d'autres histoires, c'est, je suppose, faire émerger quand même d'autres personnages
02:45que ceux qu'on a filmés auparavant,
02:47que ceux qu'on a vus au cinéma auparavant.
02:49Quel enjeu est-ce que c'est pour vous aujourd'hui ?
02:51Oui, c'est ça.
02:52C'est de créer des véhicules différents.
02:56Ça veut dire quoi, créer des véhicules ?
02:57Des véhicules qui ne sont pas moi.
02:59Vous voyez, c'est des personnalités.
03:00Moi, je n'ai strictement rien à voir avec une jeune franco-chinoise de 22 ans.
03:04Mais rien du tout, rien du tout, du tout.
03:06Avec un Makita, je n'ai pas grand-chose à voir non plus.
03:08Et c'est ça qui est intéressant.
03:10Ce sont des acteurs qui avaient des expériences professionnelles très, très différentes.
03:14Disons que Noémie est en voilà,
03:16et puis j'arrive à Lucisan,
03:18qui n'a pas d'expérience.
03:20Alors, quand vous prenez, quand vous choisissez un acteur, une actrice
03:24qui n'a pas d'expérience,
03:27il aura toujours tendance à penser que vous l'apprenez pour elle-même.
03:32Non, on ne l'apprend pas pour...
03:34Moi, je n'apprends pas pour elle-même.
03:35J'apprends parce que je suppose qu'elle est capable de faire le chemin jusqu'au personnage.
03:39Ça passe par le casting, ça passe par la possibilité d'autres langues aussi au cinéma ?
03:42Oui, oui, bien sûr.
03:43Elle prend le risque de ne pas du tout, du tout, du tout
03:45comprendre ce qui se joue dans la scène,
03:47de réduire à l'étape quasiment de musique ce que vous allez...
03:51Ça veut dire que ce sont des nouvelles façons de jouer aussi ?
03:53Bien sûr, il y a des choses...
03:55Avec Lucie, il y avait des choses étonnantes.
03:57Par exemple, elle avait un rapport difficile avec l'ironie,
03:59avec notre ironie quand nous parlons comme ça.
04:01Il y a une espèce de petit degré...
04:04Elle avait du mal.
04:05Alors, ce que je lui demandais, c'était de jouer en chinois
04:07et tout de suite après, de le faire en français.
04:09Et voilà, elle y est arrivée.
04:11Comment on filme l'amour aujourd'hui, Jacques ?
04:14Ça, c'est une très bonne question
04:16parce que c'est une question qui est un petit peu à l'origine du projet.
04:19Et pour moi, ça ne vous a pas échappé qu'il y a un film,
04:22il y a un film de référence, Emmanuel Chémeau, de Romère,
04:25que j'ai vu beaucoup, beaucoup, beaucoup de fois,
04:27où ce cas de magnifique, c'est un moment du discours amoureux
04:30où il y a une érotisation si forte de la parole
04:35qu'il n'y aura plus vraiment nécessité de passer à l'acte.
04:40Et aujourd'hui, il y a une chose très intéressante qui nous est proposée,
04:43c'est de...
04:44Contrairement à ce que nous demandait nos mères,
04:46ne couche pas le premier soir,
04:47on va coucher peut-être le premier soir,
04:48mais après, est-ce qu'il va y avoir...
04:50Quel va être le discours ?
04:51Y a-t-il une possibilité de discours amoureux ?
04:53Il y en a une, bien sûr qu'il y en a une.
04:54Alors, ça sera probablement quelque chose
04:57qui aura à voir beaucoup, beaucoup avec l'amitié.
04:59C'est très intéressant, c'est que quand on s'est mis nu devant quelqu'un,
05:02et que...
05:04Quelle va être...
05:04Comment on en parle après, vous voyez ?
05:07Quand on s'est dénudé,
05:08quand on s'est abandonné dans les bras de quelqu'un.
05:11Parce que c'est un film là-dessus aussi, effectivement, sur le lien humain.
05:14Les manières de se croiser,
05:15les manières de communiquer,
05:17les manières de se rencontrer aujourd'hui,
05:18les nouvelles manières de se rencontrer.
05:21Oui, oui, bien sûr, avec toute cette espèce de grosse simplification
05:24aujourd'hui qui est possible,
05:25qui était, en tout cas pour les gens de ma génération,
05:27qui était d'une complexité inouïe.
05:29Le rendez-vous, le premier baiser...
05:31Ouais, et l'enjeu, c'est de le raconter.
05:33C'est-à-dire que vous avez commencé le cinéma par le montage.
05:35En quoi ça sert pour construire une histoire ?
05:37On apprend beaucoup sur la dramaturgie en montant.
05:39En quoi, par exemple ?
05:40En assemblant les scènes, qu'est-ce que c'est que le rythme ?
05:42En voyant qu'on peut...
05:43Tiens, vous avez un segment A, comme ça, le B.
05:46Vous allez mettre le B avant le A.
05:47Et là, vous voyez que ça marche.
05:49Mais physiquement, ça marche.
05:51C'est pas un hasard si je vous parle de construction, évidemment.
05:53C'est aussi une architecture que vous filmez.
05:55Comment filmez Paris autrement ?
05:56Je dois admettre que j'ai beaucoup tourné dans Paris.
06:00Et c'est un peu difficile à dire,
06:03mais c'est pas une ville qui a une photogénie cinématographique
06:07terrible. C'est soit Haussmann, soit le musée.
06:08C'est un petit peu difficile.
06:09Alors vous, vous allez la chercher ailleurs.
06:10Alors oui, c'est ça.
06:11C'est que comme je connaissais bien le 13e et que c'est un des lieux
06:14où il y a quand même un geste d'urbanisme assez fort.
06:17Je sais pas si l'avenue de France, Tolbiac, tous ces trucs-là,
06:20c'est quand même quelque chose.
06:21Et c'est vrai que dès qu'on prend un peu de hauteur,
06:23ça devient, ça peut être une métropole étrangère, exotique.
06:27Donc de la même façon, vous réinventez la question du lien amoureux.
06:31Vous essayez de réinventer la façon de filmer Paris.
06:33Il faut que ça se passe dans une architecture un peu différente, c'est sûr.
06:35Alors quelle architecture ?
06:36Le Paris, j'ai pensé rectiligne, aux fenêtres qui s'allument comme des cases.
06:40Oui, mais comme des écrans de cinéma.
06:42Comme des écrans de cinéma ?
06:43Oui, monsieur, oui.
06:44Donc il y aurait plusieurs films à l'intérieur de celui-là ?
06:46Exactement.
06:47Qu'est-ce que vous trouvez beau, Jacques, dans ce Paris qu'on ne filme pas si souvent ?
06:50C'est une grosse surprise.
06:51On prend la ligne sur la 6 comme ça et on quitte quelque chose.
06:54On arrive vraiment dans autre chose qui est multiculturelle,
06:58où il y a un très grand brassage.
07:00Et puis avec une architecture qui a pour moi vraiment un sens contemporain.
07:05Il y a des choses qu'on n'a pas souffert sur le tournage de la pandémie,
07:11des trucs comme ça, c'était lourd.
07:13La seule chose qui m'a manqué,
07:15c'était que j'avais beaucoup de balades nocturnes des amants,
07:19dans l'avenue de Choisy, dans tous ces coins-là.
07:22Et ça, je n'ai pas pu le faire parce que c'était un désert.
07:24Ça, c'est dommage.
07:25Une chose m'est apparue, c'est qu'à partir du moment où...
07:30Moi, quand j'ai tourné, vous vouliez filmer une rue,
07:32vous avez vos personnages en premier plan et puis le fond.
07:35Le fond, vous ne voulez pas qu'il y ait de masques.
07:38Donc, il fallait que vous amiez.
07:39J'avais toujours ma petite voiture de figurant testée.
07:44Et donc, j'ai pris conscience qu'on faisait des films d'époque.
07:46Aujourd'hui, vous filmez sans masque une rue, c'est un film d'époque.
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