00:00De toute façon, le cinéma, c'est faire les poches, de toute façon.
00:02Que ce soit pour un acteur ou un metteur en scène,
00:03on sait très bien qu'il y a un vol caractérisé à chaque film.
00:05Pour OSS, par exemple, le rire de Paul Newman.
00:09C'est ça ?
00:12Ça, c'est la scène dans l'arnaque en VF.
00:17Bien sûr, parce que j'avais vu la première fois que j'avais vu l'arnaque, c'était en VF.
00:20Et je me souviens de ce rire moqueur de Paul Newman,
00:23qui est en train de plumer les mecs au poker.
00:25Il a un rire comme ça.
00:28C'est dommage pour vous, le Negan.
00:29La voix française de Sean Connery dans Docteur Non.
00:32À l'époque, il n'y avait pas de bandes rythmo, on doublait au texte.
00:35Donc, en fait, on regardait l'image et on doublait, on faisait du labial.
00:37Et on regardait, on faisait...
00:39C'est pour ça qu'ils ont toujours des espèces de petits chapeaux de phrase
00:41avant de commencer à faire des petits...
00:44Ma foi, dame de la pression.
00:46La gestuelle de Belmondo dans Le Magnifique.
00:48Oui, Peter Sellers, Belmondo, Pierre Richard,
00:50tous ces mecs qui ont joué en plan large,
00:53qui se servent beaucoup de leur corps.
00:55OSS, il y a un peu les figures imposées, c'est-à-dire le je dégaine,
01:00je me retourne par derrière.
01:01Je ne me retourne pas comme ça.
01:02Ah, c'est retourner par derrière.
01:03C'est un retour, ça, tu vois, je vais me retourner par là.
01:05C'est un retour à l'indolent.
01:07D'accord.
01:07Ça, tu vois, ça, c'est pas pareil que ça.
01:11En fait, l'acteur, c'est un voleur.
01:13Mais complètement.
01:13Mais je ne vole pas que dans les films.
01:15Peut-être que là, je te vole des choses.
01:16Attends, moi, j'ai peut-être enlevé mes lunettes.
01:18Moi, ça va.
01:19Ah ben, moi aussi, alors.
01:20Comment est-ce qu'on retrouve un personnage ?
01:22Pardon ?
01:24Pardon ?
01:25Non, on ne commence pas comme ça.
01:27Comment est-ce qu'on retrouve un personnage ?
01:28Ce que vous avez fait pour OSS,
01:30ce que vous avez fait pour Brise de Nice aussi.
01:31Comment ça se passe ?
01:33J'ai l'impression que c'est très chimique.
01:37On s'en est parlé, d'ailleurs.
01:38Le jour où j'ai fait ça, j'ai mis un impair,
01:40des petites bottines, une cravate club.
01:43J'ai retrouvé cette démarche.
01:45La voix est revenue aussi assez rapidement.
01:46Pour autant, je suppose qu'il faut le recomposer aussi en tant qu'acteur.
01:49Oui.
01:49Pour OSS, par exemple, là, qui a quand même pris un sacré coup.
01:52Comment on écrit sa débandade ?
01:53Comment on réécrit sa débandade ?
01:55C'est en s'arrêtant peut-être dans des séquences.
01:58Il y a sûrement des interstices dans les séquences.
01:59On se dit, là, on peut développer un petit peu plus.
02:02C'est-à-dire qu'en fait,
02:03Jean-François Allain nous offre le film, les séquences.
02:08Et à nous, ensuite, de tirer le petit bout de laine
02:10et d'aller chercher les tourments, les conflits intérieurs,
02:15mettre à mal son alpha-malité,
02:17s'amuser avec le personnage, l'abîmer, casser le jouet.
02:20En fait, c'est ce qu'on a fait très rapidement avec Nicolas.
02:22Ces personnages, c'est quand même vous qui les avez composés.
02:25Et c'est quelque chose qui reste souvent secret.
02:26Comment ça se passe pour des artistes, par exemple ?
02:28Si on prend cet exemple qui vous avait mis un Oscar,
02:30vous vous souvenez de comment vous l'avez composé ?
02:32Comment vous l'avez trouvé ?
02:34Je l'ai trouvé en allant à la cinémathèque
02:38et en regardant beaucoup de films de Murnau,
02:40en me rassurant déjà beaucoup.
02:41Parce que ce n'est pas simple d'attaquer un truc comme The Artist.
02:44Il y a évidemment Chaplin, qui est un génie.
02:46On ne peut pas se frotter à un génie.
02:47Donc, on va voir d'autres films.
02:49Et puis, il y a des films des années 20,
02:50comme effectivement La Foule, City Girl.
02:52Et on voit finalement, ce n'est pas de la pantomime.
02:54On voit que sans le son, ça fonctionne.
02:56Il y a juste à jouer l'émotion.
02:57Donc, ça m'a rassuré.
02:58Vous parliez de Belmondo dans Le Magnifique.
02:59Alors, c'est intéressant parce que c'est un film archétypal pour vous.
03:02C'est l'origine de votre désir pour le cinéma, en fait.
03:04J'ai l'impression, quand on me demande,
03:06j'ai l'impression que c'est celui-ci.
03:07Vous vous souvenez ?
03:08Oui, je me souviens.
03:09Je me souviens, gosse, je me souviens.
03:11Oui, je me souviens de vouloir être un homme comme ça.
03:15Quand je serais grand, je ressemblais à un enfant,
03:17comme ce personnage-là.
03:19C'est-à-dire que vous le voyez enfant
03:20et vous vous dites que déjà, vous savez que jouer,
03:22c'est déjà revenir à un état d'enfance.
03:23Exactement.
03:24C'est-à-dire que quand je suis petit, je veux être grand.
03:27Et maintenant, je fais un métier de petit.
03:29Je fais un métier d'enfant.
03:30Un métier d'enfant.
03:31C'est-à-dire celui qui imite,
03:33celui qui raconte des histoires,
03:34celui qui imagine.
03:35Celui qui est dans son jardin et qui se raconte plein de trucs.
03:37Celui qui se déguise.
03:39Qui se déguise énormément, qui a des amis imaginaires,
03:42qui adore les cabanes, qui aime être en extérieur.
03:45Je suis un acteur d'extérieur.
03:46J'adore être en extérieur.
03:47J'y crois toujours plus que lorsque je suis en studio
03:49avec une cloison qui bouge.
03:52C'est intéressant parce que vous avez aussi,
03:53dans votre filmographie, incarné un grand nombre d'enfants.
03:56Est-ce que ça veut dire qu'on ne le perd jamais, cet enfant ?
03:58Ou même que le plateau, pour vous,
04:00c'est le lieu où vous allez le rechercher ?
04:02Ce n'est quand même pas très sérieux.
04:04Je veux dire, c'est peut-être aussi une façon...
04:06C'est une pudeur qui est encore en moi.
04:07C'est une façon de me planquer aussi, sûrement.
04:10D'avoir encore un lien avec cette enfance-là.
04:12Peut-être de la réparer.
04:14Peut-être de m'apprécier,
04:17alors que ce n'était pas vraiment le cas quand j'étais enfant.
04:19Je dois sûrement faire un chemin vers lui en me disant
04:22« Voilà, maintenant, regarde.
04:24Finalement, il n'était pas si débile que ça, ce petit.
04:27T'en fais quelque chose. »
04:27Qu'est-ce qui vous fait rire, vous, Jean Dujardin ?
04:29Un peu comme tout le monde, des choses très méchantes.
04:33Mais on ne peut pas le dire.
04:35Ça va de la chose très méchante, très cynique,
04:37très fine, très...
04:40La petite saloperie glissée dans l'oreille
04:42à la grosse peau de banane, en fait.
04:43Je pense que la vraie question, c'est comment on fait rire,
04:45surtout quand on est acteur.
04:46C'est une question que vous devez vous poser tout le temps.
04:47Ce n'est pas tellement la vanne,
04:49c'est le temps qui suit, qui précède.
04:51Ça veut dire une rupture ?
04:52Oui, et puis une inconduité, en fait.
04:54Un moment un peu absurde, c'est ça, en fait.
04:56L'absurdité me fait beaucoup rire.
04:57C'est-à-dire qu'à une seconde près, ça ne marche pas ?
04:59Pas loin.
05:00Oui, je crois.
05:01Enfin, ça se voit.
05:02C'est pour ça qu'il y a quand même des monteurs géniaux
05:04qui font du bien à des projets, à des tournages.
05:06Une gestuelle aussi, une grimace.
05:08Je pense, par exemple, au lever de sourcils de SS.
05:12Oui, ça...
05:14Oui, ça, effectivement, le lever de sourcils...
05:17Et puis les mots, vous êtes modeste,
05:18vous revenez toujours à votre scénariste, à votre réalisateur.
05:20Mais dans quelle mesure est-ce que vous l'écrivez aussi, ce rôle ?
05:22Dans quelle mesure est-ce que vous rajoutez quelque chose dans la réplique ?
05:26Je crois que je le chante plus que je me le dis.
05:29Je me trouve une musique qui me convient,
05:31surtout sur les OSS.
05:32Vraiment, c'est très particulier.
05:34Par exemple, c'est l'inexpugnable arrogance de votre beauté qui m'asperge.
05:37C'est compliqué comme phrase.
05:38Si je ne la chante pas et si je ne m'amuse pas avec,
05:40c'est un saut de haie très compliqué, quoi.
05:44Je vais perdre beaucoup de temps à l'équipe.
05:46Je suis forcément obligé de la malaxer et de m'amuser avec
05:50et de lui trouver un air.
05:52Je vous dirais oui, ça serait de la prétention.
05:54Je vous dirais non, ça serait de la bêtise.
05:55Ou pa-pa-pa-ti, pa-pa-pa-ta, pa-ta-pa-ti, pa-ta-pa-ta...
05:58Et peut-être recréer la possibilité du culte.
06:01Qu'est-ce qui fait qu'une réplique va devenir culte ?
06:03Je pense à certaines, mais il y en a qui sont totalement...
06:06Je pense à certaines.
06:07Non, je pense à certaines, effectivement.
06:09On en reparlera quand on aura Tababas qui jette le freeze,
06:11quand il est à l'informatique.
06:13Ça, ça m'amuse, des vannes internes informatiques,
06:15c'est vraiment pas drôle.
06:16Oui, parce qu'il a une expérience de geek, sans rien révéler.
06:19Il a un moment geek.
06:20Oui, il a un moment geek, il est un peu au placard.
06:22Et c'est assez marrant, on en reparlera quand on aura Tababas qui jette le freeze.
06:24Tababas qui jette le freeze, ça peut peut-être faire un bout de chemin.
06:27Vous avez confiance dans le temps, vous ?
06:28Oui, bien sûr, bien sûr.
06:29Et surtout avec les OSS.
06:31Ça mûrit bien parce qu'en fait, c'est tellement vieux,
06:35tellement ringard.
06:36Ce sont des films du passé.
06:37Oui, ce sont des films du passé, oui, oui, bien sûr.
06:38C'est intéressant, est-ce que nombre de vos personnages
06:40sont des personnages du passé, Jean ?
06:42Parce que j'aime bien rentrer dans la photo.
06:44Parce que je trouve ça pas mal de rentrer dans la mythologie,
06:49dans ce que j'ai vu, dans ce que j'ai aimé.
06:51C'est sûrement mon...
06:53Oui, c'est mon petit terrain de jeu.
06:56Il doit être un peu plus grand et un peu mieux que la vie.
06:59Parce que OSS, il nous raconte un temps disparu,
07:02qui a du bon, je suppose, mais aussi du moins bon.
07:05Oui, bien sûr, bien sûr, il a du moins bon.
07:07Non, non, mais une fois de plus, on passe par cette époque
07:08pour dire que c'était quand même moins bon.
07:10Mais c'est ça.
07:10Regardez un peu ce qui a évolué, ce qui a bougé, bien sûr.
07:12Ah non, je suis pas du tout dans le c'était mieux avant.
07:15C'était différent.
07:16C'était autre chose.
07:18Mais c'était la France.
07:19Et le problème avec OSS, c'est qu'il est très français.
07:22Et qu'il ait cette mauvaise conscience des Français.
07:25Oui, mais c'est pas grave.
07:26On peut se soigner.
07:28On peut en rire.
07:28On peut en rire.
07:29Vaut mieux en rire.
07:29Je trouve que c'est un peu ce qu'on a un peu perdu.
07:31Par exemple, j'enfonce des portes ouvertes,
07:32mais on a un peu perdu, oui, ça fait du bien quand même
07:36de tirer la chasse, de se dire que oui,
07:37on a une espèce de xénophobie culturelle très forte
07:40qui fait qu'on ne supporte pas vraiment ce qui n'est pas français.
07:44On a un peu de mal à le dire.
07:45On a un gendre noir dans une famille.
07:47On ne sait pas trop comment le dire.
07:48On ne sait même pas dire noir.
07:49On ne sait même pas dire arabe.
07:51Alors on dit black ou beurre ou on a des petits soucis avec ces trucs.
07:55Mais ça veut dire que c'est un rire coupable.
07:58Mais bien sûr, c'est un rire coupable.
07:59C'est évidemment, évidemment.
08:00C'est pour ça qu'il plaît, d'ailleurs.
08:01Et d'ailleurs, dans les premiers OSS, c'était très drôle.
08:04C'est que les mecs se regardent entre eux dans le public.
08:06Ils se regardent en se disant
08:07est-ce que tu m'autorises à rire à cette saloperie là ?
08:09Bon, je vais le prendre parce que ça me fait du bien.
08:12J'ai un peu honte, mais ça me fait du bien.
08:13Mais c'est la question qui me vient.
08:15Dans quelle mesure ce rire là, il se réalise d'abord et surtout au cinéma ?
08:19Parce que parfois, c'est effectivement beaucoup plus confortable
08:21de rire à plusieurs, de rire ensemble
08:23que de rire seul à ce type de blague devant son petit écran.
08:25Oui, c'est compliqué.
08:26C'est compliqué d'être seul dans une salle devant OSS.
08:29Quel avenir vous lui voyez à la salle de cinéma, vous ?
08:32Je pense qu'il y aura toujours du cinéma.
08:35Il y aura un variant cinéma.
08:37C'est à dire que forcément, il va muter.
08:39Il va devenir autre chose.
08:40Qu'est-ce qui va rester comme film ?
08:42Il y a des films qu'on ne fera plus, peut-être.
08:44Il faudra créer des événements.
08:45J'ai le sentiment que ça va être un peu un peu marginal, en fait.
08:48Et effectivement, on ira comme à l'opéra.
08:51Merci Jean-Luc.
08:52Merci Augustin, c'était très agréable.
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