00:00En fait, moi, pendant cette année, je ne comprenais pas.
00:03J'avais beaucoup de moments de détresse et d'envie de mourir et d'envie d'en finir,
00:11mais je ne sentais pas qu'il y avait des solutions.
00:14Bonjour 20 minutes, je m'appelle Léa Vigier et je viens de sortir un documentaire
00:19sur l'ascension d'un sommet à 7000 mètres malgré ma maladie mentale, la bipolarité.
00:25Il y a 7 ans, alors qu'elle travaille au lancement d'un business en Afrique,
00:29Léa tombe en dépression.
00:31Logiquement, elle pense tout de suite à un burn-out.
00:34Elle consulte alors un psychiatre qui lui confirme le diagnostic dépressif
00:38et repart avec un traitement médicamenteux.
00:40Sauf que, loin de régler le problème, chaque année,
00:43les symptômes dépressifs refont surface avec des down très prononcés.
00:47Je ne me rendais pas compte en fait de mes hauts et mes bas.
00:49En fait, mes hauts, je pensais que c'était la moi normale,
00:52c'était la super Léa et je m'aimais comme ça et j'avais envie d'être comme ça tout le temps.
00:58Et mes bas, c'était ce que je ne voulais pas être.
01:01Donc, pour moi, il y avait soit la Léa normale, soit la Léa en dépression.
01:05Au bout de 4 ans, j'ai deux de mes meilleures amies qui m'ont dit
01:10« Mais Léa, en fait, toi, t'adores la Léa qui est en forme,
01:15qui a énormément d'énergie, qui a plein de projets.
01:17Mais nous, on ne l'aime pas spécialement parce qu'on ne peut pas parler avec toi. »
01:22Et là, ça a commencé à être un petit déclic.
01:25Et donc, à ce moment-là, j'ai une de mes amies qui est médecin,
01:28qui m'a dit « Mais attends, mais essaye de comprendre
01:30qu'est-ce qui se passait avant que tu tombes en dépression. »
01:33Et c'est vrai qu'à chaque fois, j'étais dans un haut avec « je ne dormais pas »,
01:38« je travaillais énormément », « je me lançais toujours dans des nouveaux projets ».
01:43J'avais le sentiment d'être Jésus ou alors d'être quelqu'un qui a des super pouvoirs.
01:50Et mon cerveau qui marchait vraiment très vite.
01:52À ce moment-là, Léa commence à comprendre que quelque chose ne va pas,
01:56que ce qu'elle pensait être une dépression chronique n'en est pas une.
01:59Son médecin avance alors la possibilité d'une bipolarité,
02:02mais sans pour autant poser de diagnostic.
02:05Pour moi, ça a été un gros choc.
02:07Parce que moi, je voyais la bipolarité comme une maladie mentale grave.
02:14Mais surtout, je voyais, si je suis bipolaire, c'est que je suis folle.
02:18Donc, je vais finir en hôpital psychiatrique.
02:20Je n'aurai pas d'amoureux, je n'aurai pas d'enfant.
02:23Et j'aurai une vie super triste et sans personne autour de moi qui m'aime.
02:28L'année dernière, j'ai changé de psychiatre.
02:30Et là, cette psychiatre m'a posé un diagnostic.
02:33Et à partir de ce moment-là, c'était le soulagement, la révélation.
02:38Pour éviter au maximum les variations entre phase descendante et phase ascendante,
02:43les médecins conseillent à Léa une vie stable, calme et routinière.
02:47À l'opposé des grandes expéditions qu'elle aime mener à l'assaut de sommets montagneux.
02:52Léa tente donc, dans un premier temps, d'appliquer les recommandations du corps médical.
02:57Mais s'aperçoit très vite que cette vie qu'elle n'a pas choisie la précipite dans les abîmes.
03:01Ça a été la désillusion d'abord.
03:03Je me suis dit, bon ben voilà, je vais en finir.
03:06Je regardais différentes manières de me suicider.
03:09Ou alors de trouver une manière en Suisse de faire des fins de vie,
03:14d'assister dans le cas de maladies mentales graves.
03:17Je l'ai vraiment gardé pour moi, je n'en ai pas parlé,
03:20parce que je ne voulais pas qu'on m'en empêche.
03:22Vraiment, je me sentais limite soulagée.
03:24Parce que je me disais, bon ben je vais arrêter de souffrir.
03:28Heureusement, Léa est toujours suivie par sa psychiatre,
03:31à qui elle décide de confier ses projets mortifères.
03:33En fait, je lui ai dit, bon ben voilà, vous m'avez confirmé le diagnostic.
03:38Je sais quel type de vie il faut que normalement j'aie.
03:41Sauf que ce n'est pas le type de vie dont j'ai besoin.
03:44Moi, j'ai besoin de vivre des aventures.
03:47J'ai besoin d'une vie nomade.
03:49J'ai besoin de mouvement, elle m'a dit.
03:51C'est comme ça que je me sens bien.
03:54Comment on fait ?
03:55Moi, je pense que je vais laisser tomber et puis ce n'est pas grave.
03:58Et elle, elle m'a dit, ben non, on va y arriver.
04:01On va réussir à trouver une solution.
04:03Et là, elle m'a donné cette petite lueur d'espoir.
04:06Après, j'étais à fond et j'étais prête à me battre
04:09et à trouver le bon chemin pour réussir à aller les deux.
04:14Je dois porter 10 kilos, je pense, et j'ai à peine dormi.
04:21Du coup, j'ai l'impression que je vais m'évanouir à chaque pas.
04:24C'est dur.
04:27Grâce à un traitement moins contraignant et au respect de certaines règles,
04:30comme éviter les situations de stress, dormir suffisamment,
04:33faire de la méditation régulièrement et tenir un journal
04:36dans lequel elle inscrit son humeur du moment,
04:38elle réussit l'ascension du Pic Lénine après un premier essai plus compliqué,
04:42un an avant, alors qu'elle n'était pas encore diagnostiquée.
04:46Quand je n'étais pas bien traitée et accompagnée,
04:49j'ai fait une ascension et quand je suis redescendue,
04:51j'ai vécu ma pire dépression.
04:53Une dépression que j'ai vécue seule, ça a été un enfer.
04:57Et en fait, quand j'ai décidé de faire l'ascension du Pic Lénine,
05:01donc au Kyrgyzstan, qui est une ascension à 7134 mètres d'altitude,
05:06mon challenge, c'était d'arriver au sommet et surtout de redescendre et d'être stable.
05:11Pour pouvoir être très flexible, j'avais décidé de prendre un guide
05:16et d'être seule avec le guide parce que je sais que si je suis en groupe,
05:20je vais devoir m'adapter au groupe
05:22et donc je ne vais pas pouvoir m'adapter à mes grosses contraintes
05:25qui sont liées à ma maladie.
05:26J'aime être toujours en dehors de ma zone de confort,
05:30mais toujours dans ma zone de kiff.
05:32La plus grosse victoire, c'est d'avoir atteint le sommet
05:35et puis d'arriver et de me sentir bien, en pleine forme, stable.
05:41J'ai validé le fait que, oui, j'ai une maladie mentale,
05:47mais elle ne me définit pas et je peux vivre la vie que je veux.
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