00:007h44, journée spéciale narcotrafic. Ici, Héro reçoit ce matin le procureur de la
00:09République de Béziers qui est également vice-président de la conférence des procureurs
00:14de France, Sébastien Garnier.
00:15Raphaël Ballon, bonjour.
00:17Bonjour.
00:18Merci d'être en studio avec nous ce matin. Alors on le répète depuis très tôt ce
00:23matin, la drogue, fléau des villes mais aussi désormais des campagnes. Votre juridiction
00:28de Béziers est un petit peu plus « rurale » que celle de Montpellier. Est-ce que vous
00:32confirmez que les campagnes sont désormais aussi largement touchées ?
00:36Oui, tout à fait. C'est une évolution progressive depuis ces dernières années.
00:42Ce n'est pas nouveau non plus la consommation de stupéfiants. Il y en a toujours eu également
00:46dans les campagnes. Peut-être ce qui est un peu plus marquant ces dernières années,
00:50c'est de constater la mise en place de véritables trafics. Des usagers, des consommateurs de
00:55stupéfiants, il y en avait partout. Mais on voit que les trafics s'implantent aussi
01:01maintenant dans des communes de taille moyenne voire modeste.
01:04Et pour quelles raisons ? Parce qu'on est un peu moins surveillé quand on est en zone
01:09rurale. Pourquoi les trafiquants vont-ils comme ça en périphérie des villes ?
01:13C'est très difficile à dire. Je ne dirais pas qu'ils sont moins surveillés parce que
01:17je pense qu'ils sont plutôt davantage visibles parfois. C'est plus facile d'identifier
01:23un trafic de stupéfiants dans une petite commune lorsqu'il commence à prendre une
01:26certaine ampleur. Il y a des mouvements de personnes dans des lieux inhabituels. Ça attire
01:32l'attention. Les gens se connaissent davantage. Je pense qu'au contraire, on les identifie
01:37sans doute plus facilement que des trafics à l'intérieur de grandes villes avec des
01:41quartiers compliqués parfois. Non, je pense que c'est une évolution aussi d'une forme
01:47de banalisation de l'usage de stupéfiants qui entraîne des trafics. C'est un marché,
01:52le trafic de stupéfiants. C'est un marché et ce marché-là qui attire beaucoup de personnes
01:59parce que ça rapporte beaucoup d'argent, ce marché s'est développé, y compris dans
02:07des tissus inhabituels jusqu'à présent. Lutter contre un marché, c'est lutter contre
02:13aussi les consommateurs, les consommations, parce qu'il n'y a pas d'usagers, pas de trafic.
02:18Justement, les consommateurs, on donnait ce chiffre tout à l'heure, en 2023, plus d'un
02:24million de Français ont pris au moins une fois de la cocaïne et tous les métiers sont
02:29concernés, ça va du chef d'entreprise au marin-pêcheur en passant par l'agriculteur,
02:33le professionnel de santé. Qu'est-ce qu'on doit faire avec les consommateurs ? Est-ce
02:38qu'il faut les sanctionner plus sévèrement, leur dire que s'il n'y avait pas de consommateurs,
02:43qu'il n'y aurait pas de vendeurs ? Selon vous, comment peut-on agir ?
02:48Je pense que c'est très important que tout le monde prenne conscience qu'on n'y arrivera
02:53pas à lutter contre les trafics de stupéfiants avec son cortège de drames, on pourra y revenir
02:58si on a le temps, mais si on lutte contre les trafics de stupéfiants, c'est parce que
03:01derrière, c'est énormément d'infractions très graves qui se produisent avec des drames
03:07quotidiens, que ce soit aussi des choses très spectaculaires, des homicides, mais aussi
03:13des drames quotidiens de la vie des gens qui sont victimes d'extorsions, les cambriolages,
03:19les dégradations, les violences, y compris intrafamiliales, tout cela, c'est le produit
03:22aussi du trafic de stupéfiants et de l'usage de stupéfiants. Et qu'effectivement, ce n'est
03:28pas une histoire de culpabiliser, quoiqu'un usager de stupéfiants est coupable de consommer
03:32des stupéfiants, puisque c'est un délit, consommer des stupéfiants, c'est un an d'emprisonnement
03:36encouru, 3750 euros d'amende, donc c'est un délit, et donc quand on dit « vous culpabilisez
03:42ceux qui consomment des stupéfiants », eh bien bien sûr, je culpabilise, puisque c'est
03:46un délit, et donc on est coupable de commettre ce délit. Donc une fois qu'on a dit qu'il
03:50faut réprimer, lorsqu'on le peut, les usagers de stupéfiants, on n'a pas dit grand-chose,
03:54parce qu'il faut lutter aussi de manière très claire contre les raisons pour lesquelles
03:59on consomme des stupéfiants. La vraie question que tous les Français doivent se poser,
04:03parce que nous sommes tous responsables de cette situation, pour nous ou pour nos proches,
04:06c'est pourquoi on consomme des stupéfiants et comment lutter contre ces causes, parce
04:10que sinon les mêmes causes entraîneront les mêmes conséquences. Donc un procureur
04:14de la République, il a deux missions, il a la mission de rechercher la vérité pour
04:18éventuellement derrière apporter des réponses pénales, de réprimer, ça peut être passer
04:23par des amendes parfois jusqu'à la prison si nécessaire, y compris pour des usagers
04:27de stupéfiants, lorsqu'ils sont multi-récidivistes, ou alors ça peut être aussi des actions
04:33de prévention, la loi prévoit que le procureur de la République a des missions de prévention
04:37de la délinquance, et ça passe par des tas de programmes que j'essaye de mettre
04:40en place, comme beaucoup d'autres procureurs de la République, de lutte contre les addictions.
04:44– Ça c'est pour les consommateurs, pour les trafiquants, frapper au portefeuille,
04:49ça semble être assez efficace, là encore un chiffre, les confiscations, c'est-à-dire
04:55l'argent récupéré après jugement a atteint plus de 79 millions d'euros, ça se fait
05:00aussi à Béziers, vous avez des exemples de saisie, vous saisissez quoi par exemple ?
05:05– C'est un axe majeur de l'action publique, avec les policiers, les gendarmes, mes collègues,
05:11que ce soit magistrats, griffiers, je leur ai tous demandé d'en faire un axe majeur,
05:17de la même manière que c'est aussi un axe majeur qui nous a été demandé par les
05:20gardes des sceaux successifs, le ministre de la Justice actuel en particulier, M. Dermanin,
05:25dit moi j'ai deux priorités, c'est les violences aux personnes et les trafics de
05:28stupéfiants, et c'est là-dessus que vous devez vous battre principalement, ça fait
05:32des années qu'on le fait, mais au moins là cette fois-ci on a deux axes principaux,
05:35ils ont des tas de priorités. – L'objectif est clair.
05:38– L'objectif est clair, et parmi ces priorités il y a la lutte contre ce qu'on appelle
05:42les avoirs criminels, qui en réalité tout simplement c'est les biens des trafiquants
05:47qu'ils ont mal acquis et qu'on essaye de confisquer, la loi nous donne beaucoup d'outils
05:52pour le faire, alors c'est pas que du baratin, je peux vous donner un chiffre très précis
05:57sur l'évolution des avoirs criminels sur mon ressort quand je suis arrivé il y a un
06:03peu plus maintenant de 5 ans, nous étions à moins de 400 000 euros d'avoirs criminels
06:08qui étaient saisis sur le ressort de Béziers, l'année dernière, 2024, c'est presque
06:1410 fois plus, puisqu'on est passé à presque 4 millions d'avoirs criminels saisis, alors
06:19il n'y a pas que les trafics de stupéfiants mais une très grande partie ce sont les trafiquants
06:23de stupéfiants, donc c'est presque x10 et c'est progressif, on voit que chaque année
06:28de plus en plus de dossiers font l'objet de confiscations, alors ça passe par des
06:34véhicules, ça passe par évidemment l'argent qu'on retrouve, ça passe par des biens immobiliers
06:39d'une grande valeur et ça passe aussi par des biens immobiliers, régulièrement on
06:43saisit des immeubles, des appartements, des maisons, des villas à des trafiquants de
06:48stupéfiants et c'est ça qui leur fait aussi très mal, on peut le faire à eux et à leurs
06:52proches.
06:53Merci, on s'arrêtera donc sur ce chiffre, merci beaucoup Raphaël Balland, je rappelle
06:57que vous êtes le procureur de la République de Béziers et donc vice-président de la
07:01conférence des procureurs de France, bonne journée à vous.
07:03Bonne journée à tous.
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