Le ministre de l’Industrie et de l'Énergie, Marc Ferracci, était l’invité de News Box sur BFMTV ce vendredi 7 mars. Il a notamment été interrogé sur la situation en Ukraine, sur la capacité de l'industrie française à produire et sur comment financer l'effort de guerre.
00:00Bonsoir Marc Ferracci, merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes le ministre de l'Industrie et de l'Énergie. D'abord votre réaction à ce que ce soir dit Donald Trump
00:09redit l'Union Européenne qui a été créée selon lui pour profiter des États-Unis.
00:16C'est parfaitement excessif, c'est même faux d'un point de vue factuel, d'un point de vue historique, d'un point de vue politique.
00:22Donc on a besoin face à ce genre de déclaration d'abord de garder son sang froid, de ne pas surréagir.
00:27On a besoin d'être unis en européen à la fois d'ailleurs sur les enjeux de défense mais aussi, on va sans doute s'en parler, sur les enjeux commerciaux
00:35puisqu'il y a un certain nombre de menaces qui risquent de se concrétiser dans les prochains jours et les prochaines semaines
00:40sur les tarifs douaniers que pourrait imposer l'administration américaine. Donc voilà, il ne faut pas surréagir, il faut garder son sang froid
00:46et il faut surtout agir de manière concertée, unie, en européen.
00:51L'Union européenne qui ne donne pas autant que les États-Unis à l'Ukraine, 350 milliards de la part des États-Unis, affirme Donald Trump,
01:00sans sourcer ce chiffre ce soir, 100 milliards seulement, dit-il de la part de l'Union européenne.
01:05Quelle stratégie poursuit-il d'après vous ? Vous dites qu'il faut garder son sang froid, ne pas surréagir.
01:10En attendant, il faut en avoir la main, le président américain.
01:13Donald Trump a une approche des relations internationales, de la diplomatie, qui est une approche très transactionnelle
01:18et qui est mue par un certain nombre de principes, notamment le fait de donner un bénéfice économique, financier, budgétaire aux États-Unis.
01:27Ça, on le sait. Donc il est dans une logique qui consiste à pousser son avantage.
01:33Les chiffres que vous évoquez ne sont pas du tout documentés. J'insiste, l'Union européenne a plus aidé l'Ukraine que les États-Unis.
01:43Tout à fait, bien sûr. Mais encore une fois, je pense qu'il ne faut pas rentrer dans ce genre de polémique.
01:48Il faut être extrêmement précautionneux sur la manière dont on aborde les choses et on doit se donner des objectifs clairs.
01:56Le premier des objectifs, c'est la paix, et c'est la paix pas aux conditions des Russes.
02:01C'est ça qui est très important. Parce que ce que nous proposent au fond, aujourd'hui, les États-Unis,
02:06et ce que, évidemment, souhaiterait Vladimir Poutine, c'est une paix qui ne fournisse pas à l'Ukraine des garanties de sécurité.
02:13Or, j'insiste quand même sur ce point, les garanties de sécurité sont absolument essentielles.
02:17Il faut quand même se souvenir qu'au début de cette guerre, la Russie de Vladimir Poutine a souhaité envahir Kiev, envahir la capitale ukrainienne.
02:25Il faut se souvenir qu'au moment où elle a envahi l'Ukraine, la Russie passait pour un pays parfaitement pacifique.
02:35Et absolument pas hostile. Donc, il faut se projeter dans des scénarios dans lesquels la Russie pousse son avantage.
02:42Et j'entends d'ailleurs vos intervenants le dire de manière assez claire.
02:45Il se peut que la Russie soit dans une logique consistant à faire une pause, à se réarmer, à retrouver une force et un allant sur le terrain, pour ensuite repartir.
02:56La Russie dépense aujourd'hui 10% de son PIB, 10% de son PIB pour sa défense, pour son armée.
03:02Je pense que lorsqu'on dépense 10% de son PIB, la France c'est 2%, ça signifie qu'on a des plans.
03:08Oui, tout à fait. Ça signifie qu'on voit plus loin que le simple conflit actuel en Ukraine.
03:13Est-ce qu'on prépare la guerre, monsieur le ministre ?
03:15En tout cas, on se prépare à être en capacité d'avoir un effort de guerre soutenu sur la durée.
03:22Pourquoi ? Pour les raisons que je viens d'indiquer, parce qu'aujourd'hui la Russie est une menace.
03:26Elle est évidemment l'agresseur de l'Ukraine, mais elle est aussi une menace pour nous.
03:30Elle est une menace qui prend des formes très diverses.
03:32C'est des attaques de type cyber, c'est de la désinformation,
03:36c'est des tentatives extrêmement évidentes d'influencer et d'influer sur les élections européennes.
03:43C'est également d'ailleurs maintenant des menaces qui se traduisent au plan militaire,
03:48puisqu'on a eu une situation de très vive tension qui a été décrite par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu,
03:53avec un chasseur russe qui a essayé visiblement de déstabiliser un drone français.
03:59Et donc là, on est vraiment face à des choses extrêmement concrètes, extrêmement tensibles.
04:03Donc vous répondez d'une autre manière, mais par l'affirmative à ma question.
04:06Oui, d'une certaine manière, on prépare la guerre.
04:09On a d'autres choix que d'anticiper une éventuelle guerre.
04:12De toute façon, on doit toujours anticiper les menaces et anticiper l'évolution des menaces.
04:17Mais il est évident que nous ne souhaitons pas la guerre, nous ne souhaitons pas une quelconque escalade.
04:21Ce que nous souhaitons, c'est d'abord que Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky se mettent autour de la table
04:27pour négocier un plan de paix. Un plan de paix qui respecte...
04:31On en est loin, mais vous savez, les choses vont très vite.
04:33On a pu quand même constater ces derniers jours, ces dernières semaines, que l'histoire s'accélérait grandement.
04:38Donc moi, je ne fais pas de pari sur ce qui se passera dans les prochains jours.
04:41Mais ce qui est certain, c'est qu'on doit désormais considérer la Russie pour ce qu'elle est,
04:46c'est-à-dire une menace qui va s'inscrire dans la durée.
04:48J'insiste vraiment sur cet aspect-là.
04:50Et c'est la raison pour laquelle, en européen, nous devons nous armer, nous réarmer,
04:54faire un effort à la fois budgétaire sur nos capacités de défense.
04:58Et c'est ce qui a été annoncé cette semaine à Bruxelles, vous le savez.
05:00Comment l'industrie française va-t-elle contribuer à l'effort de guerre ?
05:04Demandé avant-hier par Emmanuel Macron.
05:07D'abord, l'industrie française, c'est une base industrielle de défense,
05:11c'est-à-dire 4 000 entreprises qui participent à la capacité à produire des obus,
05:18à produire des missiles, à produire des chars, à produire des canons.
05:21Qui n'est pas de zoo-niveau aujourd'hui, si je puis dire.
05:23Elle est au niveau du point de vue qualitatif.
05:26Nous sommes le seul pays à être capable de produire sur notre sol à peu près tous les armements.
05:32Donc ça, c'est un aspect extrêmement important.
05:34Nous avons une base industrielle et technologique de défense qui est très forte.
05:38Ensuite, ce dont nous avons besoin, c'est de monter en capacité, c'est-à-dire de produire plus.
05:43Qualitativement, nous savons produire à peu près tout ce dont on a besoin sur le champ de bataille.
05:47En revanche, nous avons besoin de produire plus.
05:50En 2022, quand le président de la République a pris acte de l'agression de l'Ukraine par la Russie,
05:55il a mis en place un plan de montée en capacité de nos industries d'armement.
05:59Aujourd'hui, on a multiplié par 4 la production de missiles,
06:02on a multiplié par 3 la production de canons César, par exemple.
06:05Ça prouve que nos industriels sont en capacité de répondre.
06:08Et ça, c'est un élément très important.
06:09De quoi ils ont besoin ?
06:10Pour pouvoir répondre, pour pouvoir monter en capacité,
06:13ils ont besoin de financement, ils ont besoin de perspectives et de visibilité,
06:16c'est-à-dire de commandes.
06:17Et c'est ça qui se joue aujourd'hui au niveau européen.
06:19Réarmer l'Europe, ça prendrait 10 ans.
06:21C'est ce que dit Marine Le Pen dans une interview au Figaro.
06:24Vous savez, ce que l'on n'a pas fait dans les dernières années ou les dernières décennies,
06:29aujourd'hui, il faut le faire.
06:31C'est ça qu'on doit se dire.
06:32Réarmer l'Europe, c'est d'abord se donner des perspectives
06:36et faire monter en capacité notre base industrielle de défense,
06:39ces fameuses 4 000 entreprises qui aujourd'hui participent à la production d'armes.
06:43À quel horizon ?
06:44C'est aussi, tout dépend des objectifs que l'on se donne,
06:47c'est-à-dire des besoins que l'on exprime.
06:48Aujourd'hui, nous sommes en train de discuter, c'est-à-dire nos armées.
06:53La semaine prochaine, les chefs d'état-major d'armée se réuniront
06:58pour discuter de tous ces sujets à Paris.
07:01La première des étapes, c'est d'établir les besoins.
07:03Ensuite, je saurais répondre à votre question
07:05et je saurais répondre en tenant compte des capacités de financement.
07:08On va avoir besoin de capacités de financement à la fois avec de l'argent public
07:11et vous le savez, Ursula von der Leyen, la présidente de l'Union européenne,
07:15a annoncé que 150 milliards d'euros seraient débloqués
07:19pour prêter aux États européens en faveur de leur défense.
07:22On a déverrouillé les possibilités d'endettement
07:25en assouplissant les règles de déficit européens,
07:27ce qui pourra permettre de rajouter 650 milliards d'euros à ces 150.
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