00:00Christophe, on en vient à votre choix, faut-il durcir le ton face à Alger ?
00:05C'est le drame de Trou, le drame de Toulouse, de Mulhouse, avec un agresseur qui était frappé d'OQTF,
00:11obligation de quitter le territoire français,
00:1310 demandes de laisser passer consulaire avaient été formulées par le ministère de l'Intérieur auprès de l'Algérie,
00:1810 refus, et voilà le drame qui est arrivé.
00:21Évidemment, on hausse le ton, demain il y a un SISI,
00:24un SISI c'est un comité interministériel de contrôle de l'immigration à Matignon,
00:29il était prévu déjà de longue date, et évidemment l'Algérie va être au cœur de ce comité, de ce conseil.
00:35Bruno Retailleau passe à l'offensive, le ministre de l'Intérieur, pour plusieurs raisons,
00:38d'abord parce que c'est sa marque politique, il veut montrer qu'être au gouvernement c'est utile,
00:42mais aussi parce qu'il a pris à bras-le-corps le dossier Alger depuis plusieurs semaines, plusieurs mois,
00:46avec le problème des OQTF, avec aussi l'affaire de Boalem Sansal, l'écrivain retenu arbitrairement en Algérie,
00:53et puis avec l'influenceur Doualem qu'il n'a pas pu, Bruno Retailleau, expulser.
00:58Samedi soir il a donc haussé le ton Bruno Retailleau en disant qu'il fallait changer de braquette,
01:02il veut désormais un rapport de force, et il ajoute cette phrase sibylline,
01:07on a été gentils, on a tendu la main à l'Algérie, qu'avons-nous eu en retour ?
01:12C'est qui ce « on » ? C'est pas la France, ce « on » rime avec Macron.
01:17Bruno Retailleau accuse Macron d'avoir choisi une voie stratégique qui s'est révélée stérile.
01:22Emmanuel Macron qui par exemple en 2022 avait, avec son homologue algérien,
01:26installé une commission mixte franco-algérienne d'historiens pour réfléchir sur la décolonisation
01:33et sur les 130 ans de colonisation pour purger le passé.
01:36Ce que la droite Retailleau ne pardonne pas à Emmanuel Macron, cette droite d'origine fillonniste,
01:42c'est en fait ce qu'il avait dit lors de la campagne présidentielle 2017,
01:46on s'en souvient, à la mi-février, il était allé en Algérie, Emmanuel Macron,
01:49dire ceci, la colonisation oui, c'est un crime contre l'humanité, c'est une vraie barbarie,
01:56et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant nos excuses.
02:01Et le hiatus idéologique, il est né là, entre la droite et Emmanuel Macron.
02:05Comme la politique en effet de la main tendue à l'Algérie n'a pas fonctionné,
02:09la droite a beau jeu aujourd'hui de dire qu'il faut changer.
02:12Alors est-ce qu'on change ? Oui, on change.
02:14Emmanuel Macron lui-même a dit que l'Algérie se déshonorait en ne libérant pas Boilem Sansal.
02:19François Bayrou pourtant modéré a haussé le ton ce week-end.
02:22Jean-Noël Barrault est venu tout à l'heure sur le plateau de BFM expliquer
02:26que déjà des mesures avaient été prises, peut-être faisaient-ils allusion à des refoulements de dignitaires algériens
02:32qui eux profitent d'un passeport où il n'y a pas besoin de visa, et c'est cela qui est contesté.
02:38On sait que Gérald Darmanin avait déjà proposé de durcir cette faveur faite à la nomenclatura,
02:44comme il dit, algérienne. Donc on voit que ça durcit.
02:47D'autres proposent d'aller plus loin sur l'aide au développement limitée ou supprimée,
02:52sur les droits de douane dans les exportations-importations, là aussi tenir un bras de fer.
02:57Et puis bien sûr le fameux accord du 27 décembre 68 du RN jusqu'à Édouard Philippe,
03:02en passant par les Républicains et par Gabriel Attal, tous réclament l'abrogation de cet accord
03:08qui a déjà été révisé trois fois depuis 68 et qui propose quoi ?
03:12Eh bien, en supprimant cet accord de 68, on arrêterait de donner aux Algériens
03:16des facilités de circulation, moins de formalité, moins d'obligation de visa,
03:21et puis des facilités aussi pour faire du regroupement familial.
03:24Attention, il y a quand même quelques difficultés qui se posent.
03:27D'abord, si on abroge l'accord de 68, on revient à ce qu'il y avait avant juridiquement.
03:32Et avant c'était 62, c'était le même pays, la circulation était libre.
03:36Donc vous voyez, ça serait une mauvaise solution.
03:37Mais on peut aussi abroger l'accord pour en négocier un autre.
03:41Sauf que négocier un accord de ce type, ça regarde le quai d'Orsay et ça regarde l'Elysée.
03:45Or, on n'a pas le même son de cloche.
03:47Même si Jean-Noël Barrault participe de la montée en puissance dans le ton vis-à-vis de l'Algérie,
03:52il rappelle, Jean-Noël Barrault, le ministre des Affaires étrangères,
03:55que ce qui l'intéresse lui, c'est la sécurité des Français,
03:57pas le rapport de force pour le rapport de force.
04:00À bon entendeur, salut, s'avise Bruno Retailleau.
04:03Et il ajoute que quand on agit de manière unilatérale, ça ne fonctionne pas.
04:08Notamment si on arrête brutalement les visas.
04:10Il veut une négociation avec l'Algérie.
04:13Et il explique que quand on a négocié, quand on a discuté,
04:16on a eu en 2022 des facilités à renvoyer plus d'irréguliers, de clandestins en Algérie.
04:21Alors regardons les chiffres.
04:22Est-ce qu'il a raison ?
04:24Oui, en 2024, les expulsions vers l'Algérie ont augmenté de 17%.
04:29Mais elles ont augmenté de 50% vers le Maroc.
04:32Le Maroc avec lequel on a entamé une politique de rapprochement.
04:35Et puis ce plus 17% vers l'Algérie, ça ne nous mène même pas à 3 000 expulsions.
04:40Ça veut dire que chaque fois qu'il y a un laissé-passer consulaire accordé par l'Algérie,
04:44la France, elle, a accordé 85 visas à des Algériens qui veulent rentrer.
04:48Visiblement, c'est déséquilibré.
04:50Alors on va voir si on arrive à continuer dans cette voie
04:53ou si le bras de fer se continue.
04:56Les OQTF n'ont exécuté, surtout quand il y a des tragédies à la clé.
04:59L'opinion ne le supporte plus.
05:01Pour finir, en filigrane historique,
05:03je voudrais vous faire entendre quelques secondes du général de Gaulle,
05:06en septembre 59, où il parle du drame algérien.
05:10Et il esquisse une méthode qu'on devrait écouter aujourd'hui.
05:14Pourtant, devant la France,
05:19un problème difficile et sanglant reste posé.
05:25Celui de l'Algérie.
05:27Il faut le résoudre.
05:31Nous ne le ferons certainement pas
05:34en nous lançant les uns les autres à la face.
05:38Les stériles et simplistes slogans
05:43de ceux-ci ou de ceux-là comme nubiles en sens opposé.
05:48Leurs intérêts, leurs passions, leurs chimères,
05:51nous le ferons comme une grande nation.
05:55Un problème difficile et sanglant.
05:57Certains veulent le résoudre par des slogans.
05:59Tout a changé dans la relation entre la France et l'Algérie.
06:01Sauf ça.
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