00:00Bonjour Irina Lampéka, vous vous souvenez du 24 février 2022, du début de la guerre ?
00:05Bien sûr, bien sûr j'y repensais aujourd'hui, d'ailleurs je crois qu'il y a trois ans vous étiez la première radio à laquelle je suivais une nuit juste après le début de cette invasion massive.
00:16Et oui, en fait pendant plusieurs mois après cette nuit, je me suis réveillée à même heure parce que j'avais l'impression qu'il y a quelque chose qui commence.
00:27Les bombes sont tombées, on avait tous pressenti quelque chose, personne n'attendait cela vraiment, on espérait que le dénouement sera différent.
00:37Mais malheureusement, trois ans plus tard, on est presque au même endroit et aussi incertain le futur.
00:45Vous vous êtes arrivée en France il y a une vingtaine d'années, dans le Nord en l'occurrence.
00:48Cette guerre elle vous touche parce que vous avez des proches sur place, parce que c'est le pays où vous êtes née, c'est pour ça qu'elle vous touche particulièrement ?
00:54Bien sûr, ma famille, mes amis, mes proches sont toujours en Ukraine.
01:00Mais aussi je connais bien l'histoire, j'étais toujours fière d'être ukrainienne, de connaître l'histoire et la résistance de mon peuple, la culture de mon peuple.
01:10Et malheureusement, cette bataille pour son indépendance, elle dure déjà depuis plusieurs centaines d'années.
01:19Vraiment, ça me touche parce que je sais que les Ukrainiens, on dit chez nous que si les Russes vont arrêter la guerre, c'est juste la guerre qui va s'arrêter.
01:30Si les Ukrainiens vont arrêter la guerre, c'est l'Ukraine qui arrêtera d'exister.
01:34On prend cette date de 2022, début de l'offensive, mais il y a eu auparavant, en 2014 bien évidemment, l'annexion de la Crimée.
01:40Les Ukrainiens avec lesquels vous êtes toujours en contact, vos parents notamment qui sont toujours à Kiev, comment se sentent-ils aujourd'hui ?
01:45Trois ans de guerre, qu'est-ce que cela provoque chez les gens au-delà des morts, au-delà des blessés ?
01:51Bien sûr que tout le monde est fatigué, tout le monde est épuisé.
01:56Il faut savoir que la tactique de Poutine est aussi l'épuisement de la population civile en dehors de l'épuisement de la ligne de front.
02:06Il y a les bombardements où il les attaque au drone comme il casse tous les jours.
02:11Par exemple, hier nuit, c'était l'attaque la plus massive avec plus de 260 drones kamikazes
02:19qui sont des drones de grande taille, presque des bombes qui tombent sur les villes.
02:25Qui font des ravages parmi les populations civiles ?
02:28Bien sûr. L'angoisse est constante et vu la situation internationale aussi, l'incertitude monte de plus en plus.
02:36Il est 7h48, nous sommes en direct avec Irina Lampéka, présidente de l'association Portail de l'Ukraine.
02:42Irina Lampéka, vous faites référence à la situation internationale.
02:45Un sommet se tient aujourd'hui à Kiev avec différents chefs d'État, les alliés de l'Ukraine.
02:49Emmanuel Macron est à Washington pour rencontrer Donald Trump.
02:51Qu'est-ce que vous pensez du président américain qui a décidé de reprendre les discussions avec Vladimir Poutine ?
02:56Discussion qui a été rompue ces dernières années.
02:59Un semblant de négociation, qu'est-ce que vous en pensez ?
03:02Disons qu'on savait que la situation ne va pas être évidente pour l'Ukraine,
03:08parce que Trump c'est un ancien ami de Poutine.
03:14Mais personne ne s'attendait que ça va tourner aussi vite et aussi violemment
03:21au niveau de transmission de la propagande russe par le président américain,
03:26par les fakes qui sont sortis à un guise de l'information officielle via la Maison Blanche.
03:33Donald Trump qui a utilisé notamment le mot dictateur pour qualifier le président Zelensky,
03:36qui était la rhétorique de Vladimir Poutine.
03:38Exactement, on a à nouveau l'impression d'être dans le roman 1984,
03:43parce que les paroles sont, tout ce qui est les mensonges c'est appelé la vérité,
03:48la vérité c'est la mensonge.
03:51On ne peut rien dire contre parce que c'est ridicule à quel point c'est mensongère.
03:59Et en même temps Donald Trump veut arrêter la guerre,
04:02c'est ce qu'il a dit pendant la campagne pour son élection aux Etats-Unis,
04:04il veut un accord rapide pour arrêter la guerre.
04:06Mais quand on écoute les Ukrainiens, j'ai l'impression que ce n'est pas à n'importe quel prix non plus,
04:09parce que là ce qui se joue c'est un accès aux terres rares ukrainiennes,
04:11c'est de savoir que vont devenir les territoires qui sont annexés par les Russes.
04:15Selon vous, les discussions prennent une mauvaise direction actuellement ?
04:18Pour moi, Trump ne veut pas arrêter la guerre, il veut faire son business.
04:22Peu importe le prix que ça va coûter aux Ukrainiens,
04:27on sait très bien ce qui s'est passé sur les territoires libérés qui étaient occupés par les Russes,
04:32il y avait les exécutions des ukrainophones, les exécutions de toute l'opposition sur place,
04:38les vols d'enfants.
04:41C'est pour ça que pour les Ukrainiens c'est aussi très important de reprendre ces terres,
04:45c'est pas tellement pour les terres, même si la législation internationale,
04:49la souveraineté, les accords internationaux c'est très important.
04:52Mais ce qui est important aussi surtout c'est le peuple qui est sur place
04:56et malheureusement il y en a aussi beaucoup qui souffrent de cette occupation.
05:01Comment on fait pour arrêter cette guerre aujourd'hui ?
05:03Parce qu'il va bien falloir qu'elle s'arrête pour le bien de tout le monde a priori.
05:06Les Russes partent sur les frontières internationalement reconnues de l'Ukraine
05:12et la guerre s'arrête.
05:14Qu'est-ce qui doit pousser pour ça ?
05:16Vous pensez que c'est les Etats-Unis aujourd'hui qui doivent le faire
05:18ou est-ce que l'Union Européenne a sa carte à jouer ?
05:21C'est le sujet du sommet aujourd'hui avec la présidente de la Commission Européenne.
05:25On est très reconnaissant à la France et à l'Europe d'être à nos côtés.
05:29Je pense que l'Europe aussi a bien sûr son mot à dire
05:33et il est très important parce que l'Ukraine fait partie de l'Europe géographiquement
05:38en espérant aussi faire un jour partie de l'Union Européenne.
05:41C'est notre allié principal.
05:44Les Etats-Unis, je pense que pour la majorité de nous,
05:49après la Deuxième Guerre mondiale, les Etats-Unis étaient un peu le symbole
05:53et le garant de ce monde international qui est stable.
06:00Mais aujourd'hui ce n'est pas le cas.
06:02Il a changé aujourd'hui avec l'élection de Donald Trump.
06:05Selon vous, on vient de parler de la situation internationale.
06:09Votre association Portail de l'Ukraine a été créée il y a dix ans.
06:12Vous continuez aujourd'hui vos activités humanitaires ?
06:14Vous envoyez encore des dons sur place ?
06:16C'est toujours indispensable ?
06:18Oui, on continue.
06:20On est très fiers d'avoir plusieurs donateurs français
06:24et les bénévoles qui nous aident.
06:27On collecte toujours de l'aide médicale,
06:30tout ce qui concerne le traitement des blessures,
06:33l'hygiène pour les blessés ou pour les personnes âgées.
06:37On a les partenaires en Ukraine qui assurent la logistique du côté ukrainien
06:43et nous de notre côté ici en France.
06:46Si vous voulez nous aider, n'hésitez pas.
06:50Je suis actuellement sur le site internet.
06:52La première page qui s'affiche c'est
06:54« Pour faire un don, rejoignez nos projets pour aider l'Ukraine. »
06:57site internet UAportail.fr
07:01C'est le site internet de votre association Portail de l'Ukraine.
07:04Merci beaucoup Irina Lempéka d'avoir accepté notre invitation.
07:07Bonne journée.
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