00:00RTL Matin
00:03Avec Amandine Bégaud et Thomas Soto.
00:05Il est 8h17, l'interview d'Amandine Bégaud au coeur de l'actualité ce matin encore, à la veille de l'ouverture du Salon de l'Agriculture.
00:10On se demande si l'édition de cette année sera une fête ou un lieu de tension comme l'an dernier.
00:15Ce qui est sûr, c'est que le monde paysan est vigilant, comme le titre ce matin le Télégramme.
00:19Amandine nous avait choisi de recevoir Pierrick Aurel, c'est le Président des Jeunes Agriculteurs.
00:23Bonjour et bienvenue à vous.
00:24Bonjour et merci d'être avec nous en studio Pierrick Aurel.
00:27Vigilant, dit le journal Le Télégramme, comment vous décririez l'état d'esprit, comment va être accueilli demain le Président ?
00:35Écoutez, les agriculteurs français sont toujours en crise.
00:38Alors on n'est certes plus en position de blocage ou de manifestation physique,
00:42mais on est toujours en crise parce qu'on a eu un certain nombre de difficultés à concrétiser ce qui nous avait été promis.
00:48Je pense à la dissolution, je pense à la motion de censure.
00:51Et donc tout ça a pris beaucoup de retard pour arriver dans les cours de fer,
00:54mais donc il y a encore beaucoup de tensions chez les agriculteurs.
00:56Il y a la loi d'orientation agricole qui a été, ça y est, validée par le Sénat cette semaine.
01:01Vous l'attendiez depuis des mois.
01:03Ça ne règle pas tout ?
01:05Alors, la loi d'orientation agricole est une bonne chose.
01:08Elle avait été annoncée par le Président de la République à Terre de Jim chez les jeunes agriculteurs.
01:12C'est bien. Dans la loi d'orientation agricole, il n'y a pas tout.
01:16On le savait, ce n'était pas la loi qui devait répondre à toutes les problématiques agricoles.
01:20Je pense à la question du revenu, à la question foncière.
01:23C'est un premier pas, c'est une première pierre dans l'édifice pour régler tous les problèmes des agriculteurs.
01:29C'est un combat qui a été mené par Jeunes agriculteurs et la FNSEA, cette ELOA.
01:33Donc on s'en satisfait, c'est un bon signal avant le salon, mais il ne faut pas se reposer sur nos lauriers.
01:37Et les aides promises, les aides financières ?
01:40Il y a quelques mois, vous étiez venu ici même et vous me disiez
01:43le compte n'y est toujours pas, elles ne sont pas arrivées dans les fermes.
01:46Est-ce que ça y est, toutes les aides sont arrivées ?
01:48Non, toutes les aides ne sont pas arrivées, on en a une partie, ça arrive au compte-gouttes
01:52et c'est encore cette lenteur qui pénalise les agriculteurs
01:55parce qu'ils sont confrontés au quotidien à ces difficultés de trésorerie,
01:58à ces difficultés climatiques et on a besoin de plus d'agilité des pouvoirs publics pour répondre à cette crise.
02:04Donc quand le gouvernement dit cette semaine avoir honoré l'ensemble des engagements, ce n'est pas tout à fait vrai ?
02:08Ce n'est pas tout à fait vrai, non. Il se rassure avant le salon de l'agriculture.
02:11Je pense que c'est nécessaire, mais il ne faut pas se détourner de l'objectif.
02:17On a encore beaucoup de choses qui ne sont pas réglées et nous, nous restons vigilants et mobilisés sur cette question.
02:22Qu'est-ce que vous allez dire demain concrètement à Emmanuel Macron ?
02:25Alors pour le Président de la République, là c'est un petit peu différent
02:28parce qu'on voit que sur la scène politique française, il est pris un petit peu,
02:32enfin il est un peu mis de côté ou en tout cas c'est plus son axe de travail principal.
02:36Nous ce qu'on a besoin, c'est que le Président de la République annonce un plan de défense de l'agriculture
02:42face à la montée de l'alliance Russe-Etats-Unis qu'on commence à voir naître,
02:47avec le sujet évidemment de l'Ukraine, on a besoin nous d'être rassurés agriculteurs français.
02:51Ça veut dire quoi un plan de défense ?
02:53Ça veut dire très simplement donner la capacité à produire en France de façon durable
02:58avec une visibilité pour les jeunes agriculteurs et pour l'avenir,
03:01parce que sans cette visibilité on n'y arrivera pas, donc il faut aller beaucoup plus loin que ce qu'on a vu là dans la LOA,
03:06que ce soit porté par le Président de la République,
03:09qu'on s'inscrive dans le développement de l'intelligence artificielle,
03:13des nouvelles technologies qui vont s'offrir à nous,
03:15on en a besoin pour relever les défis en agriculture qui sont devant nous,
03:19et enfin on sait qu'on va avoir des attaques douanières notamment par les Etats-Unis,
03:23et là de manière très concrète, une stratégie pour répondre à ça.
03:26Vous souhaitez qu'il en parle à Donald Trump lundi quand il sera à la Maison Blanche ?
03:29Je souhaite évidemment qu'il en parle à Donald Trump quand il le verra,
03:33je souhaite qu'il en fasse un fil rouge pour le salon de l'agriculture,
03:36parce que sa vision de l'agriculture en Europe et dans le monde
03:39est prépondérante pour redonner un cap à nos agriculteurs français.
03:41Défendre l'agriculture française, ça veut dire quoi ?
03:45Protéger notamment sur les prix l'agriculture française par exemple ?
03:48Ça veut dire arrêter les importations massives de produits qui ne respectent pas nos normes,
03:52je pense évidemment au Mercosur même s'il est aligné,
03:54on sait qu'on a d'autres traités internationaux qui vont dans ce sens et c'est pas un bon signal,
03:59je pense aussi à lever toutes les contraintes qui nous empêchent de pouvoir être compétitifs,
04:04je pense à des sujets de main d'oeuvre et je pense aussi à cette question démographique,
04:08parce qu'on aura beau lever toutes les contraintes,
04:10quand il n'y aura plus personne pour faire le métier, on n'aura rien résolu,
04:12et donc là on doit aller plus fort sur l'accompagnement des jeunes qui sont aidés,
04:16notamment par le biais de la PAC, où on peut avoir une PAC plus incitative,
04:19à hauteur de 10% c'est ce qu'on porte chez les jeunes agriculteurs pour aider cette transition.
04:22Mais Pierrick Aurel, quand vous voyez que le Maroc est invité d'honneur de ce salon de l'agriculture,
04:27on se souvient de toute cette polémique autour des tomates cerises,
04:31ces barquettes vendues 99 centimes d'euros,
04:34qui font une concurrence énorme aux producteurs français,
04:37le salaire horaire au Maroc pour ramasser ces tomates cerises, 74 centimes d'euros,
04:42on est à 13,64 euros en France.
04:45Ils n'ont rien compris en invitant le Maroc ?
04:48Je ne sais pas s'ils n'ont rien compris,
04:50je pense qu'on cherche aujourd'hui des alliés aussi autour de nous,
04:54pour commercer, parce qu'on a toujours commercé,
04:57le signal qui est envoyé là, c'est vrai qu'il est mal perçu pour une partie de la profession,
05:02que sont les maraîchers qui produisent notamment des produits qui sont en concurrence avec le Maroc.
05:07Je pense que c'est bien d'avoir des invités,
05:10mais on est dans un moment de tension qui est compliqué pour les agriculteurs,
05:13et il faut faire attention.
05:15On se souvient l'année dernière de ce qui avait mis le feu aux poudres,
05:18c'était d'inviter les soulèvements de la terre à discuter avec les agriculteurs
05:22quand on disait qu'on n'en pouvait plus d'être stigmatisés.
05:24Je ne pense pas qu'on reproduira ça avec le Maroc,
05:27mais attention quand même sur ce qu'on fait.
05:30Il aurait peut-être fallu choisir un autre pays ?
05:33Certainement, mais bon, moi je les laisse décider,
05:37mais c'est vrai que ça peut parfois être perçu comme un mauvais signal pour certains des agriculteurs.
05:42Bon du coup l'accueil demain pour Emmanuel Macron, ce sera quoi ?
05:45Ce ne sera pas comme l'année dernière, parce que je pense que c'est un très mauvais signal,
05:49en tout cas c'était une mauvaise expérience pour tout le monde,
05:52on a envoyé une mauvaise image du Salon de l'Agriculture,
05:54ça reste un endroit où on accueille les familles,
05:56nous on est fiers de présenter notre travail de l'année, ce qu'on représente,
06:00et ça ne doit pas se passer comme ça s'est passé l'année dernière.
06:03Ceux qui appellent à faire du spectacle devant le Salon de l'Agriculture,
06:06moi je trouve que c'est déplorable.
06:09Vous appelez vos troupes, si j'ose dire, à se tenir ?
06:13Tout à fait, et on a besoin de calme et de tourner la page de l'année dernière avec le Président de la République.
06:17Ce Salon de l'Agriculture, Pierre Ricorel,
06:19il s'ouvre alors que les négociations commerciales entre la grande distribution
06:22et les industriels sont toujours en cours, je le rappelle c'est jusqu'au 1er mars,
06:25il s'agit de fixer les prix en rayon pour l'année qui vient.
06:28Négociations particulièrement tendues, nous dit-on.
06:31La ministre de l'Agriculture a même tapé du poing sur la table cette semaine,
06:34dénonçant la pression intenable exercée par la grande distribution.
06:37C'est quoi le problème ?
06:39Le problème c'est qu'on est toujours dans le même état d'esprit
06:41avec les distributeurs et ces négociations commerciales.
06:44C'est la guerre des prix, la guerre des prix.
06:46C'est eux les gros méchants, la grande distribution ?
06:48C'est pas eux les gros méchants, mais ils ne s'inscrivent pas dans la philosophie des galimes,
06:52c'est-à-dire qu'on construit le prix en marche avant pour sécuriser nos agriculteurs.
06:56Parce qu'eux-mêmes sont dans une situation où il y a beaucoup de concurrence,
06:59où il y a une réorganisation des distributeurs.
07:02Enfin, c'est pas à nous agriculteurs qui produisons la matière première
07:04de subir ces contraintes-là.
07:06Et donc on les enjoint de respecter les galimes,
07:09notamment via l'arrêt de ces centrales d'achat européennes,
07:12qui est ni plus ni moins qu'un contournement du système
07:14pour ne pas répondre à la loi.
07:17Et donc voilà, plus de transparence aussi
07:20entre les producteurs et les distributeurs.
07:23Je pense à tous les maillons de la transformation et de l'industrie aussi.
07:26C'est-à-dire qu'il faudrait un étiquetage, comme c'est fait par certains,
07:30où on sache combien touche le producteur, combien touche le distributeur.
07:33Il faudrait aller jusque-là, généraliser ça ?
07:35Peut-être, oui. Après, un étiquetage, le consommateur s'hyper,
07:37ça fait des packaging hyper chargés,
07:39mais on a besoin en tout cas d'avoir quelque chose de très clair,
07:41de très visible pour tout le monde,
07:43pour que ce soit mieux compris, mieux perçu et qu'on atteigne l'objectif
07:45de redonner de la valeur aux agriculteurs.
07:47Merci beaucoup Pierre-Yves Correl.
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