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  • il y a 1 an
Amir Reza-Tofighi, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), était l'invité de France Inter, mardi 18 mars.

Retrouvez « L'invité de 7h50 » de Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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Transcription
00:00Sonia Devillers, votre invité, le nouveau président de la CPME, la Confédération des
00:04Petites et Moyennes Entreprises.
00:05Soit près de 250 000 entreprises qui emploient 3,5 millions de salariés en France.
00:10En nombre d'adhérents, c'est la première organisation patronale interprofessionnelle.
00:15Stupeur et tremblement dans le monde patronal, son nouveau patron se dit prêt à revenir
00:21sur l'âge légal du départ à la retraite, les fameux 64 ans.
00:24On va en parler évidemment.
00:25Bonjour Amir Reza Tofighi.
00:28Bonjour Sonia Devillers.
00:29Faisons d'abord connaissance, jamais organisation patronale n'avait eu un dirigeant aussi jeune.
00:34Vous avez 40 ans, première entreprise créée à 16 ans, un site d'actualité sur le foot.
00:38A 21 ans, vous cofondez Vital Alliance, une entreprise d'aide à la personne qui emploie
00:42aujourd'hui 8 500 personnes.
00:44Entre temps, vous participez au lancement de Each, plateforme de chauffeurs VTC.
00:48Quel message vous voulez faire passer en mettant en avant une telle précocité ?
00:53Écoutez, il n'y a pas de message particulier autre qu'aujourd'hui, le travail est un des
01:02vecteurs pour s'élever dans la société.
01:04Et je pense que si j'arrive à travers mon parcours à montrer qu'il n'y a pas d'assignation
01:09à résidence, et c'est le message que j'aimerais passer, que dans la société, on peut s'élever
01:14à travers le travail et que cette promesse républicaine fonctionne toujours aujourd'hui
01:18en France.
01:19Pas d'assignation à résidence, je rappelle aussi autre élément mis en avant dans votre
01:23CV, que vous êtes fils de réfugiés politiques iraniens, que vous avez grandi à Grigny,
01:27en Essonne et de ça aussi.
01:28Donc vous faites un message, c'est que l'entreprenariat est un vecteur d'intégration, un vecteur
01:34d'émancipation ?
01:35Oui, en fait, c'est le travail, l'entreprenariat, l'entreprise.
01:39Aujourd'hui, ce sont des vecteurs d'émancipation et ce sont des vecteurs de cohésion dans
01:43la société.
01:44C'est d'ailleurs un des derniers lieux aujourd'hui où on sent encore de la cohésion et du lien
01:48social dans une société qui, parfois, on a le sentiment qu'elle se délite.
01:51Sauf que vous n'êtes pas seulement un entrepreneur ou un auto-entrepreneur, parce que c'est
01:56quand même peut-être un discours qu'on a beaucoup servi à des jeunes qui n'avaient
01:59pas accès à l'éducation, en leur disant de choisir l'entrepreneuriat individuel.
02:03C'était le discours d'il y a dix ans quand on leur proposait de devenir chauffeur Uber.
02:06Oui, alors moi, je ne parle pas plus de l'entrepreneuriat, je parle du travail d'une façon générale.
02:10L'entreprise, aujourd'hui, permet à tout le monde d'évoluer dans la société.
02:15Et je pense que le message à passer, c'est de dire…
02:17Parce que vous, vous n'êtes pas un self-made man, vous êtes un super diplômé.
02:20Vous avez fait Centrale Supélec, plus HEC.
02:23Oui, mais ce n'est pas un sujet diplôme aujourd'hui.
02:25En fait, il faut sortir de cette image, aujourd'hui, en France, où on dévalorise le travail.
02:31Vous voyez, j'ai le sentiment, à chaque fois qu'on parle de progrès social, c'est toujours travailler moins.
02:34Moi, j'aimerais un peu casser cette image en disant, le travail, c'est bien, en fait.
02:37Arrêtons de toujours dévaloriser et voir le travail comme quelque chose de pénible.
02:41Et voyons-nous comme ce qu'il est vraiment, un vecteur d'émancipation et pour s'élever dans la société.
02:48Et puisque vous parlez d'intégration, je vais poser la question de l'immigration,
02:51puisqu'elle touche à la fois à votre histoire personnelle, mais aussi à votre business.
02:55Elle est une chance ou elle n'est pas une chance pour la France ?
02:58Comme l'a dit le ministre de l'Intérieur.
03:01Le sujet de l'immigration et tout ce débat est un vrai sujet de société.
03:05Je pense que les politiques doivent le traiter avec les citoyens.
03:08Après, quand on parle d'immigration du travail,
03:10moi, je pense que le travail est le meilleur vecteur pour intégrer des personnes immigrées.
03:15Et notamment dans les métiers en tension, on a besoin d'employés.
03:19On a un vrai sujet aujourd'hui dans ces métiers.
03:21La restauration, l'aide à domicile, que je connais bien, le bâtiment.
03:24On a besoin d'une manœuvre étrangère.
03:26Donc vous êtes pour la régularisation des travailleurs étrangers dans les branches en tension, dans les métiers en tension ?
03:33Moi, je pense que dans ces métiers-là, la solution serait que les branches puissent décider du nombre de visas qu'ils ont besoin.
03:39Par exemple, de dire voilà, dans ces métiers-là, on a besoin de 10, 20, 30 000 personnes.
03:44Et qu'on puisse, justement, chaque année, avoir un nombre de visas pour pouvoir répondre aux besoins.
03:50Vos premières prises de parole, Amiréza Tofighi, en tant que patron de la CPME, ne passe pas inaperçue.
03:56Interview accordé ce matin aux Echos.
03:59Vous vous dites prêt à revenir sur l'âge légal du départ à la retraite, 64 ans.
04:04Alors que le patron du Medef, Patrick Martin, s'y est opposé catégoriquement.
04:09Vous allez contre lui ?
04:12Non, je ne vais pas contre lui.
04:14Qu'est-ce que je dis concrètement ?
04:15On a un système de retraite par répartition qui va droit dans le mur aujourd'hui.
04:18Pour une raison très simple, c'est une réalité, c'est la démographie.
04:21L'espérance de vie qui augmente.
04:23On est passé de 4 actifs pour payer une retraite à 1,7 actif pour payer une retraite.
04:27Le taux de natalité qui baisse.
04:28Nous, si c'est juste pour discuter de quelques paramètres de l'âge ou autre, ça ne marchera pas.
04:33Ce qu'on propose, c'est de revenir...
04:34Quelques paramètres ?
04:35Oui, mais nous, ce qu'on propose, c'est de ne pas réfléchir par rapport à des paramètres,
04:40mais de revenir sur le système.
04:42En disant quoi ? En disant, s'il faut toucher à l'âge, il faut aller au bout du travail.
04:46C'est de dire, l'âge doit être indexé sur l'espérance de vie
04:49et donc doit évoluer avec l'augmentation de l'espérance de vie.
04:52Parce que sinon, il faut quand même dire la vérité.
04:54Notre système de retraite va droit dans le mur.
04:57Alors, si je comprends bien, l'espérance de vie, elle s'allonge.
05:00Donc vous, vous n'êtes pas pour abaisser l'âge du départ légal à la retraite.
05:03Vous êtes pour l'augmenter.
05:04C'est-à-dire, vous n'êtes pas pour passer de 64, mais pour passer à 65 ?
05:08Non, ce que je dis, c'est, s'il faut aujourd'hui ne pas aller jusqu'à 64,
05:12mais s'arrêter avant, par exemple...
05:13À 63 ?
05:15Je n'ai pas de chiffre, mais en tout cas, s'il faut s'arrêter avant,
05:17ce qui est sûr, c'est qu'après, il faut qu'il soit indexé.
05:19Et en effet, ça évoluera avec l'espérance de vie.
05:21Donc après, ça s'allongera mécaniquement.
05:23Bien évidemment, mais c'est normal aujourd'hui.
05:25Si on veut pouvoir payer nos retraités, il faut bien qu'on travaille plus en fonction de l'espérance de vie.
05:28Mais là, vous n'êtes pas pour, vous n'êtes pas contre, partons l'abaisser.
05:32Je vous pose la question parce que vous avez dit, en prenant vos fonctions,
05:36que vous étiez pour un front patronal unique.
05:38Il n'y aurait pas pire que des dissensions, des divergences entre la CPME et le MEDEF,
05:44que la situation économique et politique était trop grave.
05:46Or là, vous jetez vraiment un pavé dans la mare.
05:48Non, mais je pense qu'on partage un point avec le MEDEF.
05:52C'est qu'il faut un équilibre financier pour nos retraites,
05:55qu'il faut travailler plus et qu'on ne peut pas taxer plus les entreprises.
05:58Donc, nous, on est complètement alignés sur ce point-là.
06:01Maintenant, ce qu'on dit, c'est qu'il faut sortir le sujet de l'âge du débat politique.
06:04On en fait à chaque fois un débat politique.
06:06Et le problème, c'est qu'à chaque fois...
06:07Parce que c'est une question éminemment politique, non ?
06:10Oui, mais c'est une question aussi d'équilibre économique.
06:12On ne peut pas s'affranchir des réalités économiques.
06:15Et nous, ce qu'on souhaite, c'est que justement,
06:16afin qu'on arrête à chaque fois d'en refaire un sujet qui met la France dans la rue,
06:20qu'on en fasse un sujet qui soit juste technique.
06:23Donc, on gagne un an d'espérance de vie.
06:25Combien il faut travailler plus pour pouvoir financer nos retraites ?
06:28Vous vous voyez aujourd'hui avec Patrick Martin.
06:30Vous avez rendez-vous cet après-midi.
06:31Vous allez en parler avec lui.
06:34Vos idées supprimées pour financer les retraites ?
06:37Trois jours fériés ?
06:38Ou bien travailler une heure de plus par semaine ?
06:41Sept heures de plus par semaine, qu'est-ce qu'elle apporte concrètement ?
06:46Elle permet aux salariés de se constituer son propre capital pour la retraite.
06:50Concrètement, c'est une retraite par capitalisation
06:52qui se rajoute au système de retraite par répartition.
06:55Donc, cette heure de travail n'est pas payée directement aux salariés,
06:58mais elle est mise sur un compte individuel qui lui appartient
07:01et qui lui permettra, lorsqu'elle partira à la retraite,
07:03d'avoir un complément par rapport à la retraite par répartition.
07:06Et donc, ce capital, c'est un capital qui est placé,
07:09qui est soumis aux aléas du marché.
07:11Donc, à l'américaine, c'est-à-dire en cas de crise financière,
07:13on se retrouve à la fin d'une carrière plus ou moins impénible,
07:16mais on a tout perdu ?
07:17Alors, je n'aurais pas dit à l'américaine,
07:19j'aurais dit comme la fonction publique,
07:20puisqu'on a de la capitalisation dans la fonction publique.
07:25Donc, non, bien évidemment qu'il faudra aussi avoir des amortisseurs.
07:27Les personnes qui seraient sorties au moment du Covid,
07:29il aurait fallu amortir par rapport à leur placement.
07:32Mais l'objectif, c'est juste de permettre d'avoir un complément
07:35et de sauver notre système par répartition
07:37en lui ajoutant cette brique de capitalisation.
07:39Alors, puisque vous parlez de fonction publique,
07:41parlons de dépenses publiques.
07:42Là aussi, quand vous avez pris vos fonctions,
07:44vous avez déclaré hélico que la France pourrait s'inspirer d'Elon Musk
07:48pour réduire les dépenses publiques,
07:49en prenant exemple sur son département de l'efficacité gouvernementale.
07:53Ça a créé un tollé général.
07:54Ensuite, vous avez fait machine arrière.
07:56Et vous dites, on s'est mal compris.
07:58Ce que je trouve positif, moi, c'est de choisir un entrepreneur
08:01à la tête d'une commission sur les dépenses publiques.
08:05Ma question est donc la suivante.
08:06Face à la crise qui frappe les politiques,
08:09confier des responsabilités publiques aux entrepreneurs, c'est la solution ?
08:13Alors, vous avez lu l'interview, je ne reviens pas en arrière.
08:15Qu'est-ce que j'ai dit dans l'interview ?
08:17J'ai dit que de mettre un entrepreneur à la tête d'une commission
08:20pour baisser les dépenses publiques, c'est une très bonne idée.
08:24Qu'est-ce qu'on fait dans nos entreprises, concrètement ?
08:26On essaye toujours de faire mieux avec moins de moyens.
08:28Alors que l'État essaie toujours de faire mieux,
08:31mais avec toujours plus de moyens et finalement fait moins bien.
08:34Il y a cette croyance, aujourd'hui,
08:36que la qualité du service public est strictement proportionnelle
08:39aux montants qu'on met.
08:40Alors qu'on voit bien qu'on n'a jamais mis autant d'argent
08:42et que la perception du service public,
08:44elle est moins bonne aujourd'hui que dans le passé.
08:46Mais la France, elle peut se gouverner comme une entreprise ?
08:49C'est ce que vous pensez ?
08:49Non, je ne dis pas que les entrepreneurs devraient gouverner le pays.
08:52Je dis que ce qu'on sait faire, nous,
08:54c'est de faire mieux avec moins de moyens.
08:55Et donc, de dire, voilà, une commission permet de réduire les dépenses publiques
09:00tout en gardant le même niveau de service public.
09:02Voilà, je précise bien.
09:03Oui, je pense que nous, entrepreneurs, on est prêts à le faire.
09:05Merci Ami Reza Tofighi.
09:07Je rappelle que vous êtes donc le nouveau patron de la CPM.
09:10Merci beaucoup.
09:11Et merci Sonia De Villers.
Commentaires
1
Top ces débats sur l’actualité, merci

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