00:00L'invité éco, Sophie Auvigne.
00:04Olivier Carier, bonjour.
00:06Vous êtes président de la coopérative Sherpa, c'est-à-dire 120 supérettes de montagne.
00:12Alors, grand merci à vous d'avoir fait le déplacement jusqu'au studio de France Info
00:16parce que vous gérez vous-même un supermarché à Val Thorens.
00:19Il n'y a pas plus haut, je crois.
00:21Et vous attendez demain une grosse livraison.
00:23Et ce n'est pas tous les jours, ce n'est pas comme en ville.
00:26C'est trois fois par semaine en produits frais pour la plupart de nos magasins.
00:30Et puis, entre deux et trois fois en produits secs.
00:34Et la fermeture, par exemple, de l'espace de quelques jours, bien sûr,
00:37de la Nationale 90 vers les stations de Tarentaise,
00:41ça, par exemple, c'est une catastrophe pour les professionnels comme vous ?
00:44C'est une catastrophe, effectivement.
00:46Mais bon, ça a été très bien géré.
00:48Et la route a été réouverte en moins de sept jours, je crois.
00:50Ça a eu lieu le 1er février.
00:52Et pour le premier samedi des vacances scolaires,
00:55donc une semaine après, on a été réouvert.
00:57Oui, qu'est-ce que vous allez recevoir demain, par exemple ?
00:59Des produits les mêmes que dans La Vallée ou pas tout à fait ?
01:03Alors, oui, toute la base est la même,
01:05puisque nous avons un partenaire privilégié,
01:08qui est Casino.
01:10Et qu'on évoquera, bien sûr.
01:12Et on commande donc toute cette marchandise principale.
01:15Environ 60% de nos achats sont commandés chez Casino.
01:19Et pour le reste, c'est beaucoup de produits régionaux,
01:22beaucoup de fournisseurs directs avec lesquels on travaille,
01:25beaucoup de producteurs locaux.
01:27Mais en tout cas, demain, c'est essentiellement
01:29notre livraison principale de notre fournisseur principal.
01:32Vous avez même une marque propre que vous avez créée.
01:35Oui.
01:36Entre Sherpa.
01:37Terre de l'Alpe, créée en 2008.
01:39Qui représente une petite partie de notre chiffre d'affaires,
01:42mais qui est une marque appréciée de nos clients.
01:45Alors, vous évoquez votre chiffre d'affaires.
01:47On ne peut pas, évidemment, ne pas évoquer vos prix,
01:50qui sont fortement majorés.
01:52J'ai comparé les étiquettes de quelques-uns de vos produits alimentaires
01:55avec ceux d'une grande enseigne, de la grande distribution.
01:58On ne va pas la citer.
02:00Exemple, vos biscottes de beurre,
02:02important pour le petit déjeuner avant d'aller skier,
02:04coûtent 60% de plus.
02:06Vos pâtes Barilla, 75%.
02:09126% pour la purée de tomates Tomacooli.
02:12Et ça va même jusqu'à 130% supplémentaire
02:15pour une boîte de maïs géant vert.
02:17Ça n'effraie pas vos clients qui sont captifs ?
02:19Non, parce qu'il y a plusieurs explications à ça.
02:23Je ne vais pas vous justifier nos prix,
02:25mais en tout cas, d'une part,
02:28nos produits nous sont vendus par ce partenaire principal
02:32à un prix plus élevé,
02:34ce qu'on appelle nos prix de cession.
02:36Et d'autre part, il faudrait comparer nos prix
02:38au prix de la proximité,
02:40donc des Super 8, par exemple, dans Paris,
02:42dans certains quartiers.
02:44C'est ce que j'ai fait, moi, à plusieurs reprises.
02:46Et c'est vrai que dans le 16e ou dans le 8e,
02:48il y a des grandes enseignes qui pratiquent des prix
02:51qui sont, en moyenne, les mêmes que les nôtres.
02:55Ce sont des prix qui autorisent votre pérennité,
02:59mais sans plus ?
03:00Oui, si.
03:01Depuis, en tout cas, 2009-2010,
03:03la concurrence s'est fortement accrue en montagne.
03:06Et depuis l'arrivée des grandes enseignes,
03:08des grands autres faiseurs sur le marché, on va dire,
03:11et bien, effectivement, nos prix sont vraiment concurrentiels.
03:14Et les gens, la preuve en est,
03:16c'est que les gens montent avec beaucoup moins de courses
03:18dans leur coffre.
03:19Oui, c'est ça, en fait.
03:20Quand les prix sont trop élevés,
03:22c'est le risque pour vous ?
03:24C'est le risque, mais ça n'arrive plus tellement
03:26depuis 2009-2010.
03:27Alors ensuite, les prix de chaque magasin,
03:29pratiqués par chaque magasin,
03:31préconisés, en tout cas, par notre coopérative Sherpa,
03:34sont pratiqués en fonction de leur zone de chalandise,
03:36de leur concurrence, du pouvoir d'achat de leurs clients.
03:39On n'aura pas les mêmes prix dans une station d'altitude
03:43qu'on appelle grand domaine,
03:45renommée.
03:47Entre Val d'Isère et La Fécla,
03:49on n'a pas les mêmes prix.
03:51Une supérette en altitude, évidemment, c'est petit,
03:54le mètre carré est précieux,
03:56mais ça doit servir à tout,
03:57ça doit rendre toutes sortes de services,
03:59c'est ce que vous faites ?
04:01C'est ce qu'on essaye de faire,
04:02et en tout cas, ça a toujours été
04:04la vocation de Sherpa.
04:06Depuis le début, on s'est appuyés
04:08sur un grand nombre de services rendus à nos clients.
04:10Exemple ?
04:11Voilà, le prêt d'appareil à raclette,
04:13c'est une invention Sherpa,
04:15typiquement Sherpa,
04:17qui date de 88-90,
04:19et même si maintenant,
04:21ce service est assez commun,
04:24à la montagne,
04:26franchement, c'est un des services
04:28que l'on a innové à l'époque.
04:30Oui, j'ai vu que vous avez aussi de temps en temps
04:32quelques pelles à neige de côté.
04:34Pelle à neige, il y en a d'autres.
04:35Reprise des inconsommés, ça s'est pratiqué par là.
04:37Alors ça, c'est intéressant, qu'est-ce que c'est exactement ?
04:39La reprise des inconsommés,
04:41c'est l'activité que nos clients,
04:43on va dire, passent trop de temps
04:45à choisir les produits
04:47dans nos magasins, en tout cas.
04:49On leur dit, achetez,
04:51et puis, si vous ne consommez pas,
04:53ramenez-nous ce que vous n'avez pas consommé,
04:55hors produits frais.
04:57Donc les pâtes, les boîtes de conserve, etc.
04:59Et là, vous les reprenez ?
05:00Et on les reprend.
05:01D'accord. Vous avez aussi de l'anti-gaspi
05:03à proposer ?
05:04On a de l'anti-gaspi,
05:05on pratique ça aussi depuis relativement longtemps.
05:07On a des promotions
05:09de moins 30%, moins 50%.
05:11C'est quelque chose que l'on pratique, oui, quotidiennement
05:13dans tous nos magasins.
05:15Alors, vous l'évoquiez, les Sherpas ont été
05:17approvisionnés à l'origine par Carrefour,
05:19et puis vous êtes passé par Casino,
05:21c'est toujours le cas, et ce partenariat
05:23continue malgré les gros soucis
05:25de cette enseigne. Pourquoi ?
05:27Parce que Casino
05:29a des atouts
05:31que les autres n'ont pas.
05:33C'est vrai qu'on travaille très bien
05:35depuis 2009 avec Casino,
05:37humainement, déjà.
05:39Et puis, ils sont très réactifs,
05:41ils savent
05:43dépanner. Quand on rate
05:45une commande dans un de nos magasins,
05:47il y a possibilité de rattraper cette commande
05:49avec Casino, ce qui n'est pas forcément
05:51possible avec toutes les autres enseignes.
05:53Et ces livraisons spécifiques, ils savent faire ?
05:55Et ces livraisons spécifiques, ils savent très bien
05:57faire maintenant, en tout cas, puisque
05:59le maillage de Casino est très
06:01bon en montagne.
06:03Alors, dans vos magasins,
06:05j'imagine évidemment des saisonniers
06:07en nombre, surtout
06:09en ce moment. Qu'est-ce que
06:11vous en faites ? En règle générale, est-ce qu'ils sont logés ?
06:13Est-ce que c'est un vrai problème
06:15à la montagne ? Effectivement.
06:17C'est un vrai problème.
06:19On les loge en grande partie.
06:21Les logements sont de plus en plus chers
06:23en montagne. C'est quelque
06:25chose, dans nos comptes d'exploitation,
06:27qui pèse.
06:29Et on tient compte
06:31dans la rémunération globale
06:33de nos saisonniers du logement,
06:35du prix du logement aussi. Et les saisonniers
06:37viennent ? Vous trouvez cette
06:39main-d'oeuvre relativement facilement
06:41ou pas ? Oui, on la trouve
06:43beaucoup mieux qu'après le Covid.
06:45Après la période Covid, effectivement, c'était très
06:47difficile. Et là, vraiment, il y a un regain
06:49de saisonniers, de jeunes saisonniers
06:51motivés, dynamiques.
06:53Alors, bien sûr, ils ne viennent que s'ils sont logés
06:55pour la plupart. Et ils font du ski, un petit peu ?
06:57Ils font beaucoup de ski. Ah, beaucoup de ski.
06:59Ils viennent beaucoup pour le ski. D'accord.
07:01Et puis aussi pour travailler.
07:03Alors, l'hiver, évidemment, j'imagine,
07:05pèse lourd dans votre chiffre
07:07d'affaires annuel.
07:09Par rapport à l'été qui se développe,
07:11comment ça s'équilibre ? La proportion,
07:13c'est 85% de notre chiffre d'affaires
07:15est réalisé l'hiver.
07:17Et 15% l'été, donc.
07:19Et nous avons une proportion
07:21de...
07:23L'ensemble de nos magasins ouvrent en moyenne
07:256 mois et demi par an. Qu'est-ce que
07:27ça représente, le chiffre d'affaires
07:29de ces Sherpas ?
07:31C'est 130 millions environ.
07:33Voilà, sur une année.
07:35Et donc, c'est rentable pour
07:37chacun des patrons,
07:39des propriétaires de ces magasins ?
07:41Vraiment, ils en vivent,
07:43y compris quand ils ouvrent
07:456 mois par an ou 8 mois par an ?
07:47Oui, effectivement. Mais moi, je suis
07:49assez admiratif de mes collègues
07:51Sherpas. La plupart qui
07:53se lèvent très tôt, se couchent très tard.
07:55Même si c'est une activité
07:57très intense pendant 4, 5, 6 mois
07:59l'hiver. En tout cas, c'est des horaires
08:01impressionnants
08:03par jour.
08:05Oui, ils se lèvent à 4h du matin,
08:07se couchent à 22h et
08:09ont des amplitudes horaires sur la journée
08:11impressionnantes. Alors si on repart là-haut,
08:13tout en haut de la montagne et qu'on regarde
08:15au loin, la neige est là.
08:17En ce moment, vraiment, vous
08:19le dites. Elle est magnifique.
08:21Elle est tombée cette nuit. Tous les Parisiens qui arrivent
08:23seront ravis.
08:25Elle se fait rare tout de même.
08:27Est-ce que ça compromet votre avenir ?
08:29Est-ce qu'il y a des inquiétudes ?
08:31Est-ce que vous commencez à penser à la suite
08:33éventuelle ? On y pense,
08:35effectivement.
08:37La neige, en fait, on s'aperçoit
08:39que la neige arrive un petit peu plus tard
08:41qu'auparavant. Ça, c'est
08:43un fait. Par contre, elle tombe
08:45toujours en abondance
08:47mais de manière un petit peu plus
08:49exceptionnelle, un petit peu plus ponctuelle.
08:51Sans neige, qu'est-ce que vous pourriez faire ?
08:53Sans neige, en fait, certains magasins
08:55qui sont installés dans les stations de basse
08:57altitude sont en train d'étendre un petit peu les
08:59activités autres que le ski
09:01et elles le peuvent parce que
09:03leur altitude le permet.
09:05Elles proposent du vélo, elles proposent aussi du ski
09:07de fond, bien sûr. D'autres formes
09:09d'activités, d'autres types d'activités.
09:11Et puis, on sait que les stations
09:13de haute altitude seront touchées en
09:15dernier. Par contre, pour elles,
09:17ce sera un problème si, effectivement,
09:19la neige vient à manquer.
09:21En tout cas, pour l'instant aussi, ce qu'on appelle les
09:23enneigeurs artificiels
09:25pallient à ces manques de neige
09:27ponctuelles, quelles que soient les stations.
09:29Parce que, s'il fallait travailler l'été
09:31et inverser
09:33vos proportions de chiffre d'affaires,
09:35il faudrait changer radicalement
09:37de pied ?
09:39Qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
09:41Alors, économiquement, c'est compliqué de trouver
09:43une activité qui remplace le ski.
09:45Même pendant la période Covid où on est
09:47arrivé jusqu'à 30% de notre chiffre globalement
09:49l'été, parce qu'on avait
09:51eu des hivers faibles
09:53et des étés beaucoup plus forts,
09:55on ne pourra pas inverser, en tout cas,
09:57non, les saisons,
09:59économiquement.
10:00Et ça, ça vous inquiète ?
10:01Oui, ça nous inquiète.
10:03Évidemment, pour l'écherpa en général.
10:05Pour l'écherpa en général. On a deux stations
10:07qui se
10:09projettent un petit peu dans l'avenir.
10:11Je crois que c'est Tignes et
10:13Albiémont, il me semble. Enfin, deux stations
10:15vraiment de typologie complètement différentes
10:17qui se projettent dans l'avenir
10:19pour savoir que faire si un jour
10:21il y a moins
10:23ou pas de neige.
10:25Olivier Carrier, à la tête des supermarchés de montagne
10:27Sherpa, invité écho de
10:29France Info, merci encore.
10:31Merci à vous, Sophie Auvigne.
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