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  • il y a 11 mois
Trente ans après la découverte des horreurs de la dictature Ceaușescu, en Roumanie, nos reporters ont enquêté sur l'un des épisodes les plus sombres de l’histoire du pays, celle des "foyers-hôpitaux", où des milliers d'enfants ont été placés et maltraités. Alors qu’une partie de la société est nostalgique de l'époque communiste, le travail de mémoire et de justice est loin d’être abouti en Roumanie.
Au lendemain de l’exécution du dictateur roumain Nicolae Ceaușescu, le 25 décembre 1989, le monde a découvert avec effroi les images d’enfants amaigris, entassés dans des lits d’hôpitaux insalubres. Pendant des décennies, des centaines de milliers de mineurs handicapés ont été placés dans des institutions communistes, dont les "foyers-hôpitaux" pour enfants jugés "irrécupérables".Considérés comme inutiles à la société, environ 15 000 d’entre eux, selon l’Institut d'investigation sur les crimes du communisme (IICCMER), y auraient trouvé la mort, victimes de négligences et de maltraitances systémiques. Une conséquence aussi de la politique nataliste et anti-avortement du gouvernement, couplée à une pauvreté généralisée.FocusRoumanie : 30 ans après Ceausescu, les blessures des orphelins restent ouvertesDans l'orphelinat de Cighid, l’un des établissements les plus tristement célèbres, plus de 80% des enfants internés ont péri. De nombreuses victimes ont succombé à des pneumonies en raison de l’absence de chauffage. Nous avons rencontré deux survivants de ce "foyer-hôpital&q... Lire la suite sur notre site web.
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Transcription
00:00Générique
00:13Il y a 35 ans, ces images ont choqué le monde entier.
00:17Des enfants squelettiques parqués derrière les grilles de ces lits en métal.
00:21On découvrait alors le sort de ces milliers de petits roumains
00:25enfermés dans des établissements à travers le pays.
00:28Des images qui suivaient celles de la chute du président Nicolae Ceausescu,
00:32renversée et exécutée en décembre 1989,
00:36alors que le rideau de fer s'effondrait.
00:39D'après l'Institut Roumain pour l'investigation des crimes du communisme,
00:4315 000 mineurs sont morts dans ces prétendus hôpitaux pour enfants.
00:48Souvent diagnostiqués à tort comme gravement handicapés,
00:51considérés comme inutiles pour la société, c'est une génération perdue.
00:56Pendant des décennies, le régime Ceausescu avait mené une politique de croissance économique
01:00basée sur l'augmentation de la population.
01:03La contraception, l'avortement étaient sévèrement restreints.
01:06De nombreux foyers roumains se sont retrouvés avec plus d'enfants qu'ils ne pouvaient élever
01:11et les ont abandonnés ou confiés aux soins de l'État.
01:14Mais le calvaire de ces mineurs ne s'arrêtait pas là.
01:16A l'âge de 18 ans, la plupart d'entre eux se sont retrouvés livrés à eux-mêmes sans aucun soutien.
01:22Aujourd'hui, ces enfants sont devenus des adultes, encore hantés par ce qu'ils ont vécu.
01:27Toutes leurs tentatives pour faire reconnaître les abus qu'ils ont subis ont échoué,
01:31faute de preuves suffisantes.
01:33Et ce, alors que la Roumanie connaît aujourd'hui un regain de nostalgie pour le communisme.
01:38Billet retour sur les enfants perdus de Roumanie,
01:41c'est un reportage de Maria Goertz, Nico Lescou et Bastien Renouil.
01:52Ici, c'est le château et l'ancien foyer-hôpital de Tchigide, où j'ai grandi,
02:06où nous avons été envoyés pour mourir, où nous avons été condamnés à mort.
02:13Cette porte marque l'entrée en enfer.
02:16Sirmanka a 3 ans lorsque ses parents l'abandonnent dans un hôpital.
02:21Elle est ensuite transférée dans ce centre pour mineurs handicapés,
02:25jugés irrécupérables par le régime de Nicolas et Ceausescu.
02:30Ici, à Tchigide, on a vécu des moments atroces.
02:38Pendant l'époque communiste, des milliers d'enfants ont été placés dans un des 27 établissements spécialisés.
02:44Après le diagnostic d'une maladie cérébrale, souvent erronée, leurs parents les abandonnaient.
02:50Une conséquence de la politique nataliste du régime communiste interdisant l'avortement.
02:57Là, c'était mon lit.
03:00Ici.
03:03Et regardez ce qui me hante encore aujourd'hui.
03:07Regardez.
03:10C'est mon lit.
03:13C'est mon lit.
03:16C'est mon lit.
03:19C'est mon lit.
03:23Regardez.
03:42Ce sont des souvenirs horribles.
03:46Nous ne savions pas s'il faisait jour ou nuit.
03:50Ils faisaient froid, nous étions nus, couverts d'excréments.
03:54Ils ne changeaient pas nos draps
03:56et nous n'étions pas changés non plus.
04:03138 enfants ont péri à Tchiguid.
04:07Soit plus de 80 % des mineurs internés.
04:13Selon leurs actes de décès,
04:14la plupart ont succombé à des pneumonies,
04:17en secret, à l'abri des regards.
04:24Le seul lieu de mémoire dédié à ces sacrifiés
04:27se trouve à quelques kilomètres, face au cimetière du village voisin.
04:32Ces croix ont été érigées après la chute du communisme.
04:42Sur ce monument,
04:43on retrouve le nom des enfants morts à Tchiguid.
04:47La plupart d'entre eux
04:51sont morts avant 1989.
04:54Et comme on peut le voir,
04:57ils ont perdu la vie extrêmement jeune.
05:01Depuis 7 ans, Florine Soiré enquête sur les enfants irrécupérables.
05:06Il estime que 15 000 sont décédés dans les institutions d'Etat,
05:10souvent dans des circonstances indignes.
05:14Pour l'Etat communiste,
05:16ces enfants représentaient une dépense improductive
05:19qui devait être éliminée.
05:21Comment supprimer cette dépense ?
05:23Par leur élimination physique.
05:26Dans ces conditions,
05:28ils ont été isolés de la communauté
05:31et amenés dans ces centres simplement pour mourir.
05:34Les corps des victimes n'ont jamais été exhumés.
05:38Plusieurs témoignages d'habitants indiquent qu'ils ont été enterrés ici,
05:43sans sépulture ni cérémonie religieuse.
05:46-"Selon les informations
05:48que nous détenons,
05:51les enfants mouraient les uns après les autres.
05:54On les laissait s'accumuler,
05:57puis ils étaient amenés ici
06:00dans des charrettes ou des tracteurs."
06:05Dans le village,
06:07tous ont entendu parler de l'horreur de Tchiguid.
06:10Mais la plupart des anciens employés ne sont plus en vie
06:14ou refusent de témoigner,
06:15ce qui complique le travail de recherche.
06:19Cette femme est une des rares exceptions.
06:22Durant 35 ans, elle a cuisiné pour les enfants du centre.
06:25Aujourd'hui, elle affirme que les employés manquaient de moyens
06:29pour s'occuper des enfants et minimisent son rôle.
06:31-"Vous saviez qu'ils mouraient, ça se savait ?"
06:34-"Je sais qu'ils sont morts.
06:37Ce que je dis, c'est qu'ils ne sont pas morts de faim.
06:40Et l'été, ils ne mouraient pas de froid non plus."
06:44-"Sur les certificats d'essai,
06:47il est écrit qu'ils mouraient principalement de pneumonie."
06:50-"Oui.
06:52Des rhumes, oui.
06:53Il faisait froid
06:56et il n'y avait pas moyen de sécher correctement les draps.
07:03Si quelqu'un qui est en bonne santé dort avec un drap humide,
07:07alors comment il va se sentir ?
07:09Comme s'il avait eu un drap sec ?
07:17Il n'y avait pas de sèche-linge."
07:21Les personnes qui acceptent de témoigner
07:24tiennent souvent des discours similaires.
07:26Malgré les difficultés de ces enquêtes,
07:29Florine poursuit ses recherches aux quatre coins de la Roumanie.
07:33-"C'est important pour nous
07:37et pour les générations futures
07:39que la vérité soit mise en lumière.
07:46Je considère que c'est important
07:48que les personnes responsables de ces abus paient.
07:56Et je considère essentiel que l'Etat roumain reconnaisse ces abus
08:00et que ceux qui ont survécu à ces abus
08:03puissent bénéficier de mesures réparatrices.
08:08-"L'Institut de recherche sur les crimes du communisme
08:11a déposé trois plaintes pour faire la lumière
08:14sur les mauvais traitements systématiques
08:16et solliciter des compensations pour les victimes."
08:26-"Voici les actes de décès.
08:31Ici, nous avons des documents
08:34pour seulement trois centres.
08:37Cela représente près de 2 500 actes de décès.
08:41Chaque acte de décès
08:44représente un enfant qui a perdu la vie dans un foyer.
08:48Vous voyez à quel point on mourrait dans ces centres."
08:55-"Deux plaintes ont d'ores et déjà été classées sans suite
08:58par les procureurs.
09:00Interrogés, le parquet évoque l'impossibilité
09:03d'établir un lien entre les causes des décès
09:06et les conditions de vie dans les centres d'internement,
09:09notamment en raison de l'absence d'autopsie médico-légale.
09:13Mais Florine dénonce des enquêtes bâclées."
09:21-"Beaucoup des victimes entendues n'étaient pas pertinentes
09:25puisqu'internées après 1990,
09:28ils ont aussi entendu des parents
09:33qui ont dit que les conditions étaient bonnes dans ces centres
09:36alors qu'ils ne les ont jamais visitées.
09:43Pour notre équipe, cela a été extrêmement choquant
09:46de voir que les milliers de documents
09:49et preuves que nous avons déposées dans ces dossiers
09:53n'ont pas été prises en compte par les procureurs."
09:59-"Non loin de Tchiguide, dans la ville d'Oradea,
10:02certains survivants ont refait leur vie.
10:04Sermanka a peu d'espoir d'être un jour entendue par la justice.
10:08Jugée irrécupérable, elle fait partie des enfants mal diagnostiqués."
10:12-"J'ai mis trop de rouge.
10:15Je vais rajouter du blanc."
10:17-"C'est pas grave. C'est parfait comme ça."
10:21-"Aujourd'hui, elle élève seule ses enfants, Maria et Pavel,
10:24dans un petit appartement en location."
10:26-"Je veux qu'ils aient ce que je n'ai pas eu."
10:30L'amour d'une mère, l'affection,
10:35tout ce que je n'ai pas eu pendant mon enfance.
10:39Qu'ils aient des habits, qu'ils soient propres, éduqués.
10:45Qu'ils aient tout ce que je n'ai pas eu.
10:49Une enfance aussi belle que possible."
10:52-"La santé de Sermanka est fragile.
10:56Elle rêve de posséder un logement
10:58pour que Maria et Pavel aient un toit en cas de coup dur.
11:01Une inquiétude qui la tourmente."
11:04-"Je lui demande comment je peux l'aider.
11:08Qu'est-ce que je peux faire pour qu'elle se sente mieux ?
11:14Ces derniers temps, je lui ai vraiment fait beaucoup de cadeaux."
11:20-"Afin que sa fille soit indépendante en cas de besoin,
11:24Sermanka lui apprend à cuisiner."
11:28Mais ce matin, un appel perturbe la préparation du déjeuner.
11:32Ce sont les parents de la jeune femme.
11:36-"Qu'est-ce que tu fais à manger ?"
11:39-"Des pâtes aux champignons."
11:42Ils ont renoué des liens,
11:44mais les discussions restent superficielles.
11:47Peu de parents savaient dans quel centre se trouvaient leurs enfants.
11:51Sermanka avait 11 ans lorsque les siens ont fait l'effort
11:54de la chercher à Tchigid.
11:56-"Je leur ai dit, c'est maintenant que vous venez me voir ?
12:00Maintenant que je suis grande, vous avez besoin de moi ?
12:03Mais où étiez-vous quand j'avais besoin de vous ?
12:07Personne ne m'a pris dans ses bras.
12:10Je n'ai pas eu d'affection, je n'ai pas reçu d'amour maternel.
12:13Je ne sais pas ce que c'est."
12:15Avec le temps, Sermanka a appris à surmonter la rancœur.
12:20-"On se parle, mais on n'est pas très proches.
12:25J'ai pardonné, ce sont mes parents, je leur pardonne.
12:30Dieu pardonne à tous."
12:34Rares sont les survivants des foyers-hôpitaux
12:37qui ont un jour connu l'appartenance à une famille.
12:41Beaucoup n'ont jamais revu leurs parents
12:44et sont restés dans les centres jusqu'à leur majorité,
12:47même après la chute du communisme.
12:50-"On se battait entre nous, on se volait les uns les autres."
12:54-"Oui, on a vécu la même chose."
12:58-"C'était la lutte pour la survie, la loi du plus fort."
13:03Sans cette association, ils auraient peut-être été livrés à eux-mêmes,
13:07malgré leur handicap.
13:09-"Le personnel nous conseille, nous guide
13:13et nous montre beaucoup d'empathie.
13:17Et nous les écoutons,
13:18car sinon, nous ne pourrions pas nous en sortir."
13:21-"Nous communiquons aussi entre nous,
13:25par exemple, avec Djonji et les autres.
13:27On s'entend bien, on a vécu les mêmes souffrances,
13:31on se comprend."
13:32Ces survivants sont suivis par des spécialistes
13:35et peuvent vivre de manière plus ou moins indépendante.
13:39-"Ils se débrouillent bien,
13:41surtout si l'on prend en compte le diagnostic
13:44et le fait qu'ils ont des parents
13:47qui ont été établis à l'époque
13:49par ces soi-disant médecins."
13:56-"Oui, des docteurs spécialistes."
14:00-"Oui, ils sont la preuve vivante
14:04qu'ils n'ont pas eu raison."
14:06Musique sombre
14:09...
14:13Yossif est sorti de Tchigui en 2002.
14:16Depuis, il a trouvé un emploi
14:19et tente de mener une vie normale.
14:21Il habite avec son colocataire,
14:24Kelin, également rescapé du foyer hôpital.
14:28Cet après-midi, ils reçoivent des amis.
14:34...
14:37-"Et le travail, comment ça se passe ?"
14:41-"Très bien, Dieu merci."
14:43Il n'y a pas moyen d'oublier les plaies,
14:47les souffrances, les traumatismes de l'enfance.
14:51Les conditions de vie étaient mauvaises,
14:54mais il n'y a pas de plus grande revanche
14:57que de savoir que nous sommes en vie.
14:59Pas besoin de vengeance.
15:01Ils ont voulu nous exterminer,
15:04mais nous leur avons donné une leçon.
15:06Nous sommes restés debout.
15:09En 2019, les procureurs l'ont interrogé pour leur enquête.
15:13Il peut encore faire appel de la décision du classement sans suite,
15:17mais c'est un choix difficile.
15:19...
15:22-"En faisant ça, tu te lances dans une lutte pour la justice,
15:25mais tu risques de te détruire psychologiquement."
15:28...
15:31-"C'est ce qui se produirait.
15:33Je dois aussi penser à mon bien-être,
15:35à ma conscience, mon âme.
15:37Je les détruirais complètement."
15:39...
15:40Pour le moment, Yossif et Kéline
15:43essayent ensemble de surmonter leurs traumatismes.
15:46S'ils décident de faire appel, le chemin risque d'être long.
15:50...
15:53Depuis la chute de Nicolas Echaouchescu en 1989,
15:57peu d'anciens dirigeants communistes ont été traduits en justice,
16:00malgré une longue liste de crimes
16:03commis au cours des quatre décennies de dictature.
16:06...
16:10Voilà pour ce reportage en Roumanie,
16:13un reportage que vous pourrez retrouver sur france24.com.
16:17A très vite pour un nouveau numéro de Billet Retour.
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