00:00Les enfants en situation de handicap sont 5 fois plus vulnérables aux violences sexuelles.
00:04En tant que personne en situation de handicap et survivante de viol,
00:08c'est mon devoir d'alerter la société.
00:11Quand on sait qu'un enfant sans handicap dans une classe,
00:15il y a à peu près 2 à 3 enfants qui sont victimes de violences sexuelles,
00:18je vous laisse imaginer quand vous êtes dans un IME
00:21qui regroupe que des enfants en situation de handicap dans la société.
00:24Personne ne peut imaginer qu'un enfant en situation de handicap
00:27puisse être victime de viol par son éducateur, par le veilleur de nuit, par ses parents.
00:32Plus on cumule de vulnérabilité, plus on a de risques de subir des violences.
00:36Quand vous êtes née fille autiste,
00:39vous avez 9 risques sur 10 d'être victime d'agressions sexuelles, voire de viol.
00:45Quand on est autiste, on a cette difficulté de comprendre l'implicite.
00:50Et c'est vrai que dans les relations humaines,
00:52on se rend compte que beaucoup de choses se passent dans les sous-entendus et l'implicite,
00:58ce qui amène très souvent à des problèmes de compréhension d'une situation.
01:03Quand vous êtes un enfant en situation de handicap,
01:05on vous apprend quand même pas mal la soumission.
01:07Parce que quand vous êtes un enfant handicapé,
01:11que vous avez des difficultés à faire les gestes du quotidien,
01:14malheureusement, aussi bien les parents que les éducateurs vont faire à votre place.
01:21Et du coup, on vous apprend à être ce petit objet de soumission de l'autre,
01:25qui est à la disposition de l'autre.
01:26Votre corps ne vous appartient pas, puisqu'il est toujours un objet de soin.
01:31Par exemple, si je vais à un rendez-vous médical avec un accompagnant,
01:39le professionnel va parler à mon accompagnant comme si j'étais dans l'incapacité de comprendre.
01:44Les parents mettent leurs enfants dans un établissement médico-social
01:48en pensant qu'ils se trouvent en sécurité.
01:50Eh bien, en fait, c'est un lieu qui n'est pas si sécure que ça.
01:54C'est des enfants qui se retrouvent dans un fonctionnement institutionnel
01:57qui fait que leur parole est toujours mise en doute ou n'a pas spécialement de valeur.
02:02Et puis aussi, on se retrouve avec des professionnels
02:06qui sont là à veiller la nuit sur eux.
02:09Bien souvent, ils sont tout seuls.
02:10On entend très souvent des directeurs d'établissements qui nous disent
02:13« Ah mais non, chez nous, il ne se passe rien, tout va bien, on fait ce qu'il faut. »
02:16Toutes les institutions, quelle que soit l'institution,
02:19est un lieu propice aux agressions sexuelles, aux violences sexuelles,
02:23que ce soit entre résidents, entre personnes en situation de handicap
02:28ou des professionnels sur les personnes en situation de handicap,
02:32et notamment les enfants dans les établissements médico-socials.
02:35On parle beaucoup de contrôle d'honorabilité, contrôle du FIJAS.
02:40Eh bien, il se trouve que dans les établissements médico-socials,
02:43à l'ordre du jour, le contrôle n'est pas obligatoire,
02:46malgré le fait que ce soit des enfants.
02:49Pourquoi ? Puisque, à l'ordre d'aujourd'hui,
02:52le médico-social ne fait pas partie de l'éducation nationale.
02:57Et du coup, il y a un gros trou dans la raquette.
02:59Et puis surtout, dans le monde du médico-social,
03:03il y a une pénurie de professionnels,
03:04qui fait que le directeur va embaucher le premier arrivé, en fait.
03:10On rencontre beaucoup de difficultés,
03:12notamment quand les enfants révèlent.
03:15Alors déjà, pour pouvoir révéler, il faut déjà avoir conscience
03:18qu'on a été victime d'agressions sexuelles ou de viols.
03:21Il faut savoir que tous les enfants n'ont pas accès à l'oralité,
03:24c'est-à-dire qu'ils communiquent d'une manière autrement que par la voix.
03:28Le problème, c'est que tous ces enfants n'ont pas accès à des outils de communication
03:32qui fait que leur parole est baïonnée.
03:34Quand moi, j'ai exprimé ce que j'ai subi,
03:39j'avais dessiné, sûrement d'une manière très maladroite,
03:45j'avais dessiné plein de petites scènes en bâton de ce que j'avais subi.
03:52Et la personne qui a vu ces dessins,
03:58je pense que ça devait peut-être être insupportable de voir des images pareilles.
04:04Et donc, m'a pris mon dessin, me l'a froissé, me l'a déchiré.
04:09Et en fait, depuis ce jour-là, j'ai enfermé, on va dire, dans ma tête
04:17jusqu'à oublier finalement ce que j'avais subi
04:21pour me permettre d'avancer dans la vie et de ne pas mourir sur place.
04:28Les interventions qu'on peut faire auprès des jeunes ou des adultes
04:35en situation de handicap, ce qu'on essaye de leur apprendre,
04:41de leur faire prendre conscience, c'est qu'ils ont des droits,
04:44qu'il y a des choses que les éducateurs ou les professionnels de santé
04:50ont le droit de leur faire, mais aussi n'ont pas le droit de leur faire,
04:54qu'eux-mêmes, ils ont le droit de faire des choses,
04:58mais ils ont aussi l'interdiction de faire des choses.
05:00Ils ont le droit de dire non, puisque quand on est une personne handicapée,
05:04on nous apprend malheureusement depuis notre enfance
05:08que c'est toujours l'éducateur qui a raison,
05:11c'est toujours l'éducateur qui sait.
05:14Nous, on ne sait pas.
05:16On parle beaucoup de choix, de son corps, de l'IVG,
05:21l'interruption volontaire de grossesse.
05:22On se rend compte que sur les femmes handicapées,
05:25le mot volontaire n'est pas toujours de fait,
05:31puisqu'il y a souvent, malheureusement trop souvent,
05:36des femmes qui se retrouvent avec la ligature des trompes
05:40sans avoir fait le choix de leur demande.
05:43Ce n'est pas elles qui auront demandé, c'est le tuteur ou le curateur.
05:45Mais ce n'est pas parce qu'on dit oui qu'on a envie de dire oui.
05:48C'est juste parce qu'on a appris que quand l'éducateur a dit,
05:50il faut dire oui.
05:51Alors maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?
05:53On reste dans notre déni et dans notre merta
05:57et on continue à se cacher les yeux et à se boucher les oreilles.
06:02Ou alors, on écoute ces enfants,
06:04on prend en compte la parole de ces enfants,
06:06qu'ils soient en situation de handicap ou non,
06:08pour éradiquer au maximum la pédocriminalité dans notre société.
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