00:00J'ai commencé à être dépressif à partir de 15 ans, ça allait pas du tout quoi, mais vraiment dépressif, pas vague à l'âme de l'adolescence, dépression.
00:11Bah t'es là ?
00:12Ouais, bref.
00:14Bien sûr, mais ça arrivait tout le temps. En fait on s'est même rendu compte qu'à un moment donné ça devenait une ritournelle.
00:18Y'a des gens qui nous aborgeaient, qui disaient
00:20« Faites un truc, faites un truc, ce que vous voulez, vous pouvez mettre une voix off, après vous mettez ça.
00:24Les gars c'est du bref, on met bref. »
00:26Bon, on voulait vraiment nous forcer des fois à faire des trucs et en fait nous tant qu'on le sent pas
00:30on le fait pas en fait. On a trop de respect pour le lien qu'on a avec les gens. Nous ce qu'on veut c'est surprendre les gens.
00:36Bref, 1 c'était 10 ans d'idées, donc c'est des carnets de vingtenaire à 30 ans, donc c'est toute cette vingtaine qu'on a vécu et qu'on
00:42a concentré dans, bref, saison 1. Quand on a fini la saison 1, on s'est dit « On va devenir
00:46autoparodique, on va tourner sur nous-mêmes, je crois qu'on a fini le cercle de la trentaine.
00:50Viens, on part, on vit et on voit ce qui se passe. »
00:53Et c'est en se disant ça qu'on s'est enlevé toute pression de quoi que ce soit.
00:56Là où dans une époque où on nous dit « Vite, faut le faire maintenant, on va vous oublier. »
00:59On a décidé de ne pas écouter cette voix. On s'est dit « Bah qui nous oublie ?
01:02C'est pas grave, c'est pas grave d'oublier les gens, ça fait du bien. » On reviendra quand on reviendra et
01:06on a attendu 12 ans là et on a récolté plein d'idées. On a vécu, on a vécu des peines, on a vécu des joies.
01:11Et on en a fait un condensé de tout ça et en fait on se dit « Je crois que là on a une matière. »
01:14Donc on se met autour d'une table et on commence à discuter de la matière. On a ça, ça, ça pourrait être pas...
01:17Et en fait on se rend compte qu'on kiffe. Et en fait on se rend compte qu'on a un chantier gigantesque.
01:21On se dit « Mais là on est dans un format plus long, c'est obligé, il faut qu'on tire le fil de ça.
01:25Si on fait un programme court, on va passer à côté de ça, ça, ça, c'est dommage. »
01:27Et on part dans un scénario plus long et en plus on kiffe les formats comédie de Friends,
01:32les formats comédie de Fleabag. On adore tout ça.
01:3630 minutes, c'est un super format pour la comédie. Donc on se dit « Bien, on se lance. »
01:40En fait, la comédie n'est pas notre unique terrain de jeu depuis le début.
01:43Même dans la saison 1 de Bref, on a parlé de la dépression, il y avait de la nostalgie,
01:46il y avait plein d'épisodes qui étaient plus mélancoliques.
01:49Pour moi, la comédie et la mélancolie, c'est la même chose.
01:51C'est parce qu'on vit un événement dur et qu'on en sort quelque chose de drôle que c'est drôle.
01:56Quand je fais rire des tocs, c'est pas drôle les tocs.
01:58C'est même dramatique de perdre du temps devant une porte ou une gazinière pour voir si c'est bien fermé.
02:05Moi j'ai grandi dans une éducation où il fallait rien dire, il fallait toujours se taire.
02:08L'enfant ne sait pas, tais-toi tu sais pas, tu sais pas faire, tu dois apprendre.
02:12Oui bon, il y a des trucs que je savais et que j'avais pas besoin d'apprendre, j'avais déjà compris.
02:16J'ai grandi dans un culte du silence et je trouve que c'est le meilleur moyen pour aller pas bien.
02:21J'ai commencé à être dépressif à partir de 15 ans, ça allait pas du tout.
02:23Mais vraiment dépressif, pas vague à l'âme de l'adolescence, dépression.
02:27C'est un mec qui dort de 16h30 dès qu'il rentre du lycée jusqu'à 7h du matin.
02:32Il y a un truc qui allait pas, physiologiquement.
02:34J'ai grandi dans le non-dit, j'ai grandi dans le il-ne-faut-pas-dire, j'ai grandi dans le on cache.
02:38Parce que mes parents ont été élevés comme ça, on se cache, on dit rien, on ne célèbre jamais.
02:43Mon père, à un moment donné, il était commerçant.
02:45On a galéré, on a galéré de 93 à 2000, on a galéré.
02:49Il a vendu des tapis, il n'en vendait aucun.
02:51Il en vendait un tous les 8 mois, on gagnait rien.
02:54C'est ma mère qui tenait le foyer.
02:55À un moment donné, on gagne de l'oseille.
02:57J'ai dit cool, on a fait un mois de solde.
02:59Je crois à l'époque, on avait gagné l'équivalent de toute l'année pendant le mois de juillet au solde.
03:04C'est génial, j'ai dit à mon père, j'étais vendeur pour lui quand j'avais 15 ans, 14 ans.
03:08C'est génial, c'est une super bonne nouvelle.
03:10Il me disait non, non, non, on ne gagne pas, on ne gagne pas.
03:13On ne gagne pas, on n'a pas gagné d'argent.
03:14Mais quand est-ce qu'on gagne de l'argent ?
03:16En fait, si on ne célèbre pas quand on perd de l'argent, si on ne célèbre pas quand on gagne de l'argent,
03:20quand est-ce qu'on célèbre ?
03:21Parce qu'on travaille dur pour gagner cet argent, comment on fait en fait ?
03:24Et j'étais là genre, ce n'est pas drôle la vie, on ne peut même pas kiffer quand on doit kiffer.
03:28C'est même pas une question de faire le malin, c'est une question juste de dire, bon, on peut être content au moins.
03:31Et non, il ne fallait jamais être content.
03:33Ça vous façonne une apathie après derrière sur les événements.
03:35Et après, pendant des années, j'étais apathique.
03:37Pendant des années, j'étais en mode, vous donnez-moi une bonne nouvelle, dites-moi, c'est une bonne nouvelle.
03:40C'est une bonne nouvelle.
03:41Non, je... Ah, vous en voulez une que j'ai en cité ?
03:42Non, non, mais juste dites-moi, c'est une bonne nouvelle.
03:44C'est une bonne nouvelle.
03:45Et bien, j'étais comme ça.
03:46Ah super, c'est une bonne nouvelle, super.
03:48Voilà.
03:48En me disant, ouais, mais si c'est une bonne nouvelle, ça veut dire qu'il faut...
03:51Avec des patterns psychologiques terribles.
03:53Et c'est un peu ce qu'on traite dans la série, c'est en mode,
03:55bah, peut-être que ce qu'il en est là, c'est parce qu'il y a des choses qui sont établies dans sa tête
03:58qui ne lui appartiennent peut-être pas.
03:59Il faut peut-être d'abord les constater avant de pouvoir évoluer.
04:03Bah, je faisais... Depuis que j'ai 6 ans, je fais de l'alto, du violon alto.
04:06Donc, je m'exprimais en fait à travers la musique, et je m'exprimais surtout...
04:09Moi, j'écrivais des morceaux déjà.
04:10Des morceaux de concert.
04:12J'organisais des quatuors avec mes amis.
04:13On faisait la musique d'Indiana Jones.
04:15Au lieu de jouer du Bach, on faisait du John Williams.
04:17Donc, c'était kiffant.
04:18J'avais écrit un truc pour 4 altos, parce qu'on était 4 potes qui faisaient de l'alto.
04:21Il y en avait un alto, il tapait sur son...
04:23Il retournait, il tapait dessus.
04:24L'autre, il faisait la basse comme ça, comme une basse.
04:26Et il y avait deux violons comme ça.
04:27En fait, j'ai toujours trouvé l'excitation dans l'écrire de l'histoire.
04:28Et genre, j'ai retrouvé des amis d'école qui m'ont dit...
04:31Je te rappelle, Kian, un jour, il y avait de l'orage.
04:32Et tu nous as tous dit, viens, venez, venez, approchez.
04:34Je vais vous raconter une histoire et tu nous as raconté une histoire.
04:35Il y avait une audace à raconter, à vivre, à m'extérioriser, à trouver un truc.
04:39Et puis, j'étais un peu mythomane aussi, je vous avoue.
04:42Je racontais un peu des conneries, quoi.
04:43Non, mais je racontais.
04:43J'étais chamois d'or au ski.
04:45Et puis après, on est tous partis au ski.
04:46Je me suis pété la gueule devant tout le monde, de foutre la classe.
04:48Je me suis même pété les genoux.
04:49Donc, ça a été mes premiers fruits de mensonges.
04:51Forcément, forcément.
04:53À un moment donné, il faut se rendre compte qu'on est le connard de quelqu'un.
04:56La meilleure façon de ne pas rester le connard de quelqu'un,
04:57c'est de reconnaître d'avoir été le connard de quelqu'un.
04:59C'est un peu le propos de la série, justement.
05:01On ne peut pas grandir dans un schéma masculin toxique
05:05et espérer, du jour au lendemain, ne plus être cette personne.
05:08Je pense que ça demande un travail.
05:09Ça demande de se rendre compte des choses.
05:10Le mouvement féministe, c'est quelque chose auquel on s'y intéresse
05:12depuis déjà plus d'une dizaine d'années avec Bruno.
05:15Je ne serais pas le gars qui dirait, moi, je suis féministe,
05:16parce que sincèrement, je suis totalement pour le féminisme.
05:20Je suis à 8 %, je suis à 12 %, j'essaie d'être à 14 le mois prochain.
05:24C'est déjà bien, j'essaie d'apprendre de tout ça.
05:26Je suis en work in progress.
05:27Je ne suis pas, alors, OK, les gars, je sais tout sur tout.
05:29Je vais tout vous apprendre en tant que gars qui ne sait rien.
05:31Je dois déconstruire pas mal de choses.
05:32Non, il y a un truc très intéressant sur l'évolution.
05:36Surtout, les anti-héros, Ted Mosby dans How I Met Your Mother,
05:41c'est un anti-héros.
05:42J'aime beaucoup Orelsan aussi.
05:43Orelsan, c'est un anti-héros dans ses chansons.
05:45Ce côté Calimero, mais Calimero marrant.
05:48Phoebe Waller-Bridge dans Fleabag, anti-héros de fou.
05:51Walter White, anti-héros,
05:53qui devient le pire diable du monde.
05:55Oui, j'ai toujours été fasciné par ça.
05:57C'est moi qui en ai d'abord dressé les héros avant de dresser l'anti-héros,
05:59alors qu'on est beaucoup plus d'anti-héros dans le monde que de héros.
06:01C'est quand même dingue qu'on ait dressé les gens inatteignables d'abord.
06:04C'est fou de se dire qu'en Antiquité, on a mis en place d'abord les mythes grecs
06:08plutôt que de parler de la vie de tous les jours,
06:10alors que les gens vivaient la vie de tous les jours.
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