00:00Il est 6h15 et c'est l'un des principaux titres à la une encore ce matin, la justice
00:08a donc tranché hier, il n'y aura pas d'enquête pénale dans l'affaire Abbé Pierre, pas
00:13d'enquête en tout cas ouverte par le parquet de Paris qui juge l'effet trop ancien et
00:17prescrit, le prêtre est mort il y a 18 ans, il est visé à ce jour par 33 accusations
00:21de violences sexuelles.
00:22Bonjour Véronique Margon !
00:23Bonjour à vous !
00:25Merci d'être avec nous ce matin, vous êtes la présidente de la conférence des religieux
00:29et religieuses de France, c'est vous qui avez reçu le premier témoignage d'une victime
00:34du prêtre, comment vous accueillez cette décision du parquet de Paris qui ferme la
00:40porte à une enquête ?
00:41Malheureusement je ne suis pas étonnée, je voyais mal comment le parquet allait pouvoir
00:50mener une enquête avec en effet l'abbé Pierre mort depuis si longtemps et donc aussi une
00:56prescription pour non-dénonciation, elle aussi déjà en cours cette prescription,
01:02forcément c'est profondément triste, je pense que c'est une blessure supplémentaire
01:08pour les victimes, mais à vrai dire je pense que la responsabilité n'incombe pas au
01:13parquet, la responsabilité incombe à ceux qui n'ont pas signalé et dénoncé l'abbé
01:18Pierre tant qu'il était en vie.
01:20Donc c'est-à-dire que vous actez le fait ce matin que finalement ce n'est pas la
01:24peine d'avoir une enquête, vous n'allez pas saisir un autre parquet ?
01:28Non, c'était la présidence des évêques qui a saisi le parquet avec raison, car je
01:37pense qu'il fallait essayer, mais je pense que nous savions tous qu'il y avait malheureusement
01:41très très peu de chances que le droit rende cela possible et encore une fois je pense
01:47qu'on ne peut pas ici s'attaquer au droit mais plutôt au fait que c'est de son vivant
01:51qu'il aurait dû être signalé et dénoncé et arrêté afin qu'il y ait moins de victimes.
01:58Donc aujourd'hui la question est sur la responsabilité morale de ceux qui ont tenté
02:05de parler et n'ont pas été entendus dans les responsables et peut-être qu'il y en
02:09a-t-il et de ceux qui n'ont pas parlé et ne l'auraient dit.
02:13Qui doit rendre des comptes aujourd'hui ?
02:15Je pense que doivent rendre des comptes les responsables et donc en l'occurrence les
02:21responsables ecclésiastiques déjà, on a commencé à le voir avec l'ouverture des
02:25archives de l'église de France pour les années 50-60 et je pense le mouvement Emmaüs
02:32dans ses responsables durant toutes les années 70-80-90-2000.
02:38Vous l'avez dit plusieurs fois Véronique Margon, il ne pouvait pas se cacher l'abbé
02:42il y a forcément des dizaines de personnes qui ont vu et n'ont rien dit.
02:45C'est ce que vous avez dit.
02:46Aujourd'hui vous dites qu'il y a des gens qui devraient assumer leur responsabilité.
02:51En tout cas qui devraient assumer une responsabilité morale, il n'est pas question, on le voit
02:57bien, le parquet ne peut pas diligenter l'enquête, mais une responsabilité morale oui bien sûr.
03:04Je ne vois pas comment ça peut être autrement et encore une fois j'espère que c'est
03:09aussi ce que va pouvoir montrer l'étude commandée par Emmaüs à la sociologue Céline
03:17Béraud, l'étude historique et sociologique, de comprendre ce qui s'est passé et donc
03:22de comprendre où ont été les défaillances et peut-être les fautes, en tout cas les
03:28défaillances forcément sur autant de décennies.
03:31Est-ce qu'il faut indemniser les victimes d'une façon ou d'une autre ? Est-ce que
03:35vous demandez réparation ?
03:36En tout cas il faut que les victimes qui le souhaitent puissent entreprendre un chemin
03:42de reconnaissance et de réparation, cela c'est indispensable.
03:46Le problème encore une fois c'est que toutes ces plaintes, tous ces témoignages sont arrivés
03:51extrêmement tard, donc on se retrouve une nouvelle fois dans une situation où on ne
03:55peut rien faire.
03:56Si on peut faire des choses, encore une fois la responsabilité morale n'est pas liée
04:02à la prescription, le fait d'accompagner les victimes de façon juste pour qu'il
04:08y ait une vraie reconnaissance par les institutions, par le mouvement Emmaüs, de ce qu'elles
04:13ont subi, des traumatismes qui se sont suivis, tout cela est toujours possible.
04:17Donc on ne peut pas se dire simplement « parce que la justice pénale de notre pays ne peut
04:23plus agir, rien ne peut être fait ». Ceci serait pour moi une faute supplémentaire
04:29envers les victimes que de dire cela et d'une autre façon d'ailleurs envers la société
04:35française.
04:36Mais la fondation Emmaüs a déjà changé de nom, déjà c'est une forme de reconnaissance
04:42?
04:43Bien sûr que c'est une forme de reconnaissance, il faut aller plus loin au sens 1 du travail
04:52de clarté qui va être fait par cette commission de la sociologue Céline Béraud que je salue
05:00chaleureusement car elle est à la tête d'un travail colossal et fondamental, mais aussi
05:06aller plus loin, c'est cette question de la reconnaissance et des réparations, qu'elles
05:12soient financières, qu'elles soient non financières, souhaitées par les personnes
05:16victimes qui le désireront, et cela, ça n'appartient pas à la justice pénale de
05:22notre pays.
05:23C'est à l'Eglise de régler le problème, on le comprend bien, merci beaucoup.
05:25A l'Eglise, au mouvement Emmaüs, oui.
05:27Merci beaucoup Véronique Margon, présidente de la Conférence des Religions.
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