00:00RTL Matin
00:04Et tout de suite, l'invité de RTL Matin, Thomas, vous recevez aujourd'hui Laurent Nunes, le préfet de police de Paris.
00:08Bonjour et bienvenue sur RTL, Laurent Nunes.
00:11Votre journée a commencé très tôt avec l'incendie qu'on évoquait du Campanile de la mairie du 12e arrondissement de Paris.
00:17Ce matin, la situation est-elle sous contrôle ?
00:20Alors le feu était au moment où j'ai quitté les lieux puisque je m'y suis rendu ce matin très tôt.
00:26Donc le feu, on a été requis à 3h20 du matin pour un feu de la mairie du 12e, un feu de toiture.
00:34Donc le feu n'était pas complètement maîtrisé mais c'est en bonne voie.
00:38En revanche, il y a une incertitude qui demeure sur la stabilité de la flèche de cette mairie qui menaçait toujours de s'effondrer.
00:44Il y a un risque d'effondrement de la flèche ?
00:45Oui, il y a un risque d'effondrement et puis il faudra sans doute plusieurs jours,
00:49notamment nos architectes de sécurité de la préfecture de police, pour expertiser tout ça avec la brigade des sapeurs-pompiers de Paris.
00:56Je veux évidemment remercier et saluer le travail de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris
01:00qui a mobilisé une soixantaine de véhicules, 150 sapeurs-pompiers qui ont été mobilisés pour venir à bout de ce sinistre.
01:08On a eu une idée, c'est évidemment très tôt, mais de l'origine. Est-ce que c'est un acte de malveillance ?
01:12Est-ce que c'est accidentel ? On sait d'où le feu est parti ?
01:15L'enquête le dira. Il y a forcément une enquête judiciaire qui va s'ouvrir.
01:19On a quelques idées de l'endroit où le feu est parti, mais je reste très prudent.
01:23À ce stade, je n'ai pas de raison de penser que ce soit criminel.
01:26Mais ça peut être parti de l'armoire électrique comme à Notre-Dame par exemple ? C'est une hypothèse ?
01:30On ne sait pas encore. C'est effectivement une hypothèse. Il faut rester extrêmement prudent.
01:34Il n'y a pas de raison de penser que ce soit criminel, mais c'est l'enquête qui le confirmera ou pas.
01:38Il n'y a pas de risque d'effondrement total de la mairie ? Il n'y a pas besoin d'évacuer le quartier ?
01:42Non, mais l'effondrement de la Flèche provoquerait des dégâts plus importants que ce qu'on constate actuellement.
01:47La mairie du XIIe est une mairie importante qui accueille beaucoup d'états civils.
01:51Il y a aussi quelques oeuvres d'art importantes, notamment des oeuvres qui sont situées dans le salon des Outre-mer de la mairie.
01:57Il y a quand même une inquiétude qui subsiste et qui est forte au moment où je vous parle.
02:02Et la mairie qui, on imagine, va rester fermée aujourd'hui pour plusieurs jours ?
02:05Madame Hidalgo a annoncé ce matin que les services de la mairie du XIIe seront déportés sur le XIe arrondissement.
02:11Merci beaucoup sur ce point-là. On va parler d'Elias à présent.
02:15Elias allait avoir 15 ans dans quelques jours. Il menait une vie tranquille à Paris, élève de 3e et il aimait le foot, Elias.
02:21Il aurait pu être le fils de beaucoup de ceux qui nous écoutent ce matin, Laurent Nouniès.
02:25Vendredi soir, vers 20h, en rentrant de son entraînement dans le XIVe arrondissement de Paris,
02:29il a croisé deux autres jeunes, à peine plus âgés, 16 et 17 ans, qui ont voulu lui voler son portable.
02:34Ils lui ont mis un coup de couteau qui s'est avéré mortel pour Elias.
02:37Ces deux jeunes étaient encore en garde à vue il y a quelques heures. Est-ce qu'ils ont reconnu le meurtre ?
02:42Écoutez, il y a une enquête judiciaire en cours, donc moi je reste évidemment très prudent là-dessus.
02:47Mais les médias ont relaté la réalité de ce qui s'est passé.
02:51Effectivement, l'un d'entre eux a reconnu, évidemment, la tentative d'extorsion et le coup de couteau mortel, oui.
02:58C'est le plus âgé qui a reconnu le coup de couteau mortel ?
03:00Je ne peux pas vous en dire plus là-dessus. Ce que je peux vous dire, en revanche, c'est que,
03:03évidemment, partager l'émotion, qui est celle de toutes et tous,
03:08d'avoir une pensée, évidemment, pour sa famille, c'est un drame terrible.
03:13Un jeune de 14 ans qui sort d'un entraînement de foot et qui perd la vie pour un coup de couteau donné,
03:18pour se faire voler son portable, ça devient insupportable, c'est inacceptable.
03:21C'était le seul mobile, pour ce qu'on en sait, le vol de portable ?
03:23Pour ce qu'on en sait, c'était le seul mobile. Et pour ce qu'on connaît du profil des auteurs,
03:26ils étaient déjà connus pour des faits identiques à seulement 16 et 17 ans.
03:31Les deux agresseurs ne connaissaient pas leur victime auparavant ?
03:34Probablement pas, on ne sait pas. Il y a une enquête judiciaire qui le dira.
03:40Ce que je peux vous dire, c'est que, évidemment, c'est dramatique.
03:45Les effectifs, qui sont les miens, à la préfecture de police, évidemment,
03:49luttent pour faire baisser la délinquance, que les vols de violence baissent significativement à Paris,
03:53on est à moins 20%, y compris dans le 14ème, mais les chiffres ne pèsent rien
03:58face au drame qu'on a connu et face au décès du petit Elias.
04:03Ce qu'on constate, c'est une montée en gamme, une montée en puissance de la violence chez les mineurs.
04:09Vous avez dit sur les deux auteurs présumés, ils étaient connus pour des faits identiques ?
04:14Oui, pour des faits identiques.
04:15La même chose ?
04:16Oui, d'ailleurs...
04:17Et ils ne devaient pas se rencontrer normalement ? La justice l'avait interdit ?
04:19Oui, je m'en réfère à ce qui figure dans les médias.
04:23Effectivement, ils étaient sous contrôle judiciaire, ils ne devaient pas se rencontrer.
04:26Ils étaient connus, tellement connus, que quand mes effectifs ont reçu les premiers témoignages,
04:32suite à cette agression horrible, ils ont tout de suite fait un rapprochement avec les auteurs.
04:36Ils ont été interpellés très rapidement.
04:38Évidemment, je veux saluer les effectifs de la PAC du 14ème qui ont été extrêmement réactifs
04:43et qui ont retrouvé les auteurs immédiatement.
04:45C'est la police judiciaire qui enquête.
04:47On sait qu'ils sont... On les identifie très facilement parce qu'on a, entre guillemets,
04:50l'habitude et ils ont tué un autre jeune homme.
04:54Il y a quand même un dysfonctionnement quelque part, M. Poirier, non ?
04:56Oui, attendez, non, il n'y a pas de dysfonctionnement à ce niveau-là.
04:59Je veux dire que des effectifs de police puissent faire un rapprochement avec des auteurs, c'est possible.
05:02Et aller les interpeller, c'est plutôt une bonne chose.
05:04Ce n'est pas un dysfonctionnement.
05:06Après, que ces individus aient pu se retrouver et commettre cet homicide,
05:13oui, effectivement, ça c'est un problème.
05:16Il y a une montée en puissance qui devient insupportable, encore une fois,
05:19la violence des mineurs, on le constate.
05:22Vous savez, les mineurs mis en cause dans la délinquance,
05:25le chiffre baisse, on est à peu près à 10% sur l'ensemble de l'agglomération parisienne.
05:30Mais quand on prend certaines catégories de faits,
05:33je pense notamment aux vols violences,
05:35il faut savoir que les vols violences dans l'agglomération parisienne,
05:37un tiers des mis en cause sont des mineurs.
05:40Les cambriolages, c'est 40%.
05:42On voit de plus en plus de mineurs également dans les home-jacking.
05:45Vous savez, ces agressions violentes à domicile,
05:48c'est quelques centaines de faits par an,
05:51mais néanmoins, on voit que les mineurs s'engagent de plus en plus dans des processus violents.
05:56Ils sont de plus en plus violents aujourd'hui quand ils passent à l'acte, c'est ça ?
05:59Ils sont de plus en plus violents, on le voit dans les riques-entrebandes aussi.
06:02Les riques-entrebandes, qui est un phénomène qui nous inquiète beaucoup,
06:05où 77% des personnes mises en cause sont des mineurs dans les riques-entrebandes.
06:10Et dans un cas sur deux, quand il y a des affrontements de bandes,
06:15dans un cas sur deux, il y a l'utilisation d'armes, et notamment d'armes blanches.
06:18Un cas sur deux. Alors évidemment, il y a eu beaucoup de réactions de la classe politique à ce drame.
06:23Le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a déploré un effondrement de l'autorité.
06:26Et je cite le ministre de l'Intérieur,
06:28« Refaire de la France un pays où les parents n'ont plus à craindre de voir leur enfant assassiné pour rien
06:33sera un chemin long et difficile. »
06:35François Bayrou, le Premier ministre, lui parle de sentiments d'impunité.
06:39Et là, on se demande de quoi vous avez besoin pour restaurer cette autorité.
06:42Comment vous aider ? Il faut changer la loi ? Il faut durcir la loi ? Qu'est-ce qu'il faut faire ?
06:46D'abord, sur le constat, évidemment, je partage totalement le constat du ministre d'Etat,
06:50ministre de l'Intérieur, du Premier ministre,
06:52le chemin sera long et difficile.
06:54Je redis que la délinquance baisse, mais face à ce type de drame,
06:57et la délinquance baisse notamment les vols violents, c'est important,
07:00on est à moins 20%, mais face à ce type de drame, les chiffres parlent peu,
07:04on va continuer notre travail.
07:06Le ministre d'Etat, le ministre de l'Intérieur a demandé à tous les préfets
07:09de produire un plan de restauration de la sécurité du quotidien.
07:11Moi, j'ai produit ma copie ces jours derniers.
07:13Vous avez besoin que la justice vous aide davantage ?
07:15D'abord, on a besoin d'être encore plus présents sur la voie publique,
07:18on a besoin de continuer à lutter contre la délinquance,
07:22continuer à faire baisser cette délinquance et restaurer cette sécurité du quotidien.
07:26Mais, et là je vous rejoins, Thomas Soto, on ne peut pas faire tout tout seul.
07:29Il ne faut pas tout attendre non plus des policiers qui sont placés sous mon autorité
07:33pour l'agglomération parisienne.
07:35On voit bien qu'il y a un problème d'autorité, de responsabilité parentale,
07:39d'affirmation de cette autorité qui ne relève pas que de la police nationale.
07:43Il faut une justice plus ferme, c'est ça que vous dites ?
07:45Évidemment, il faut une justice plus ferme, mais ça je crois qu'il y a des réflexions
07:48qui sont en cours et que du côté du préfet de police que je suis,
07:52les policiers ont regardé avec beaucoup d'attention.
07:54La possibilité d'inverser le principe sur l'excuse de minorité,
07:57la possibilité d'avoir des comparutions immédiates pour les mineurs à partir de 16 ans
08:02sont des choses qu'on regarde évidemment avec beaucoup d'attention et qu'on attend.
08:05Laurent Dunias, vendredi soir, Elias a voulu se défendre.
08:08Il n'a pas voulu donner son portable et il l'a donc payé de sa vie.
08:11Ça veut dire qu'aujourd'hui, on en est là, monsieur le préfet,
08:13qu'on doit dire à nos enfants, si on veut te voler ton portable, tes affaires,
08:17si on te raquette, donne tout, c'est toujours mieux qu'un coup de couteau ?
08:20Écoutez, très honnêtement, c'est un vol violence
08:26qui malheureusement se termine par ce qui est un homicide.
08:31Ce jeune est mort suite à un coup de couteau qui a été porté.
08:35Je n'ai pas de conseils à donner.
08:36Moi, ce que je veux, c'est qu'on continue à faire baisser les violences comme on le fait.
08:41C'est ce que je dis à mes enfants, parce que je n'ai pas envie que mon fils ait le même sort que Elias.
08:46Et j'imagine que beaucoup de gens qui nous écoutent se disent la même chose.
08:49Mais il y a aussi une voix dans ma tête qui me dit
08:51mais c'est la victoire de la loin de la jungle.
08:53Il faut s'y résigner pour ne pas avoir à enterrer nos enfants aujourd'hui.
08:57Thomas Soto, moi, je ne me résous pas.
08:59Moi, je suis aussi père de famille, comme beaucoup d'entre nous.
09:02On fait tous un rapprochement avec ce qui aurait pu arriver à nos propres enfants.
09:05Et moi, je ne me résous pas à dire, il faut tout donner.
09:08Moi, mon but, c'est de faire en sorte qu'il y ait moins de vols violences,
09:11qu'il n'y en ait plus et qu'on trouve les auteurs et qu'on puisse les interpeller.
09:14Et on a besoin, évidemment, on a besoin d'affirmer beaucoup plus fort l'autorité
09:20et restaurer cette autorité.
09:21Et ça passe aussi par la responsabilité parentale.
09:23On n'en a pas parlé.
09:24Il n'y a pas que le renforcement des mesures de justice vis-à-vis des mineurs.
09:27Il y a plein d'autres actions qui doivent être menées.
09:29Et c'est le combat que nous menons.
09:31Il n'est pas que policier.
09:32Il mérite de fédérer et d'entraîner avec nous l'ensemble des acteurs.
09:36– Merci Laurent Douniaz d'être venu ce matin sur RTL.
09:38Je voudrais vous lire quelques mots extraits du mail
09:40que le proviseur du collège Montaigne, où Elias étudie, a envoyé aux parents d'élèves.
09:43« Il y a des moments particulièrement difficiles dans la vie d'un établissement
09:47et qui affligent l'ensemble de la communauté éducative.
09:50Le pire de ceux-ci, la perte d'un de nos enfants, je ne trouve pas les mots. »
09:53On pense ce matin aux proches d'Elias, à ceux d'Inès, 15 ans, tuée en Haute-Vienne en décembre,
09:57comme aux proches de toutes les victimes de violences gratuites dans ce pays.
10:00Merci d'être venu sur RTL ce matin.
10:01– Merci.
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