00:00Je me tourne vers vous, Mathieu Croissanteau, pour évoquer ce matin le cas, le sort de l'écrivain franco-algérien Boalem Sansal,
00:07qui est toujours détenu en Algérie depuis le 16 novembre.
00:11Oui, alors je vous en parle parce qu'hier, le Parlement européen a voté une résolution pour condamner l'arrestation,
00:16la détention de l'écrivain et pour réclamer sa libération immédiate et conditionnelle.
00:21On rappelle que Boalem Sansal, il est connu pour ses prises de position très critiques à l'égard du pouvoir algérien,
00:26sur les islamistes aussi notamment, et il est accusé, au titre de l'article 87 bis du Code pénal algérien,
00:32d'un acte terroriste parce qu'il aurait visé l'intégrité du territoire.
00:38Qu'est-ce qui s'est passé ?
00:40Boalem Sansal, dans un entretien en médias d'extrême droite frontière, avait expliqué que toute la partie ouest de l'Algérie au XIXe siècle
00:46faisait partie du royaume du Maroc à l'époque et donc, en gros, ça mettait les pieds dans le plat du Sahara occidental.
00:53Alors, tous les groupes politiques du Parlement européen ont voté pour exiger la libération immédiate de l'écrivain,
00:59mais 24 eurodéputés ont voté contre, 48 se sont abstenus, parmi lesquels des eurodéputés insoumis,
01:05comme Rima Hassan, qui a voté non, ou Manon Ombry, qui s'est abstenue.
01:09Mais pourquoi ?
01:10Alors là, il n'y a pas grand monde pour parler. Manon Ombry, par exemple, qu'on connaît très bavarde sur d'autres sujets,
01:14n'a pas expliqué grand-chose. C'est Rima Hassan qui s'y est collée en essayant de se fendre d'une longue explication
01:20très laborieuse pour tenter de défendre l'indéfendable.
01:23Sansal n'a pas été arrêté pour ses œuvres d'écrivain, il a été arrêté sur le fondement de l'article 87 bis du code pénal
01:29pour atteinte à l'intégrité territoriale du pays, ce que je vous ai expliqué tout à l'heure.
01:33On va essayer de traduire, l'Algérie n'a pas arrêté un écrivain, mais un homme qui parle, c'est ce que dit en substance Rima Hassan,
01:39c'est un argument fallacieux qui ne change rien sur le fond, parce qu'un prisonnier d'opinion est un prisonnier d'opinion,
01:43mais on voit bien l'idée, c'est de dire, on veut leur tirer son oral intellectuel, c'est pas un écrivain qui a été arrêté.
01:49Pour enfoncer le clou, que nous dit Rima Hassan, M. Sansal est présenté comme un homme des lumières,
01:53dans les faits, il défend dangereusement des thèses identitaires d'extrême droite.
01:57Tout s'explique, il y a donc les bons et les mauvais prisonniers politiques, les bons peuvent sortir et être libérés,
02:02les mauvais peuvent rester dormis en prison, ça s'appelle la liberté d'expression à géométrie variable.
02:07Je vous résume rapidement le reste de l'argumentation qui ressemble à une compilation de sophismes et d'hypocrisie.
02:13Ne pas voter ce texte, ce n'est pas s'opposer à la libération de M. Sansal, dit Rima Hassan.
02:17Ouf, nous voilà rassurés, mais c'est s'opposer à l'instrumentalisation de son cas.
02:21Et Rima Hassan nous dit qu'elle reste attentive au sujet des droits humains en Algérie comme dans le reste du monde.
02:26Ouf, nous voilà rassurés, bis.
02:28Mais elle invite les défenseurs de Sansal à déployer autant d'énergie pour défendre les droits humains des Palestiniens.
02:33Le voilà, un procédé rhétorique bien connu qui s'appelle le whataboutisme,
02:37et qui consiste en gros à détourner la discussion sur un autre sujet quand on n'a plus d'arguments.
02:43Rima Hassan a bien du mal à appeler un chat un chat et à qualifier la situation des droits de l'homme en Algérie.
02:50Alors on ne saurait trop conseiller à l'eurodéputé qui cite abondamment les rapports de l'ONG Human Rights Watch sur la Palestine notamment,
02:56de lire ce que l'ONG dit de l'Algérie dans son rapport mondial 2025.
03:00Les autorités algériennes ont continué d'écraser la dissidence et de verrouiller l'espace civique en réprimant les voix critiques
03:06et en restreignant les libertés d'expression de la presse, d'associations, de réunions et de mouvements.
03:11Mais je peux vous dire qu'avec des amis comme Rima Hassan, le pouvoir algérien va pouvoir dormir sur ses deux oreilles encore longtemps.
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