00:00RTL Matin
00:03Avec Amandine Bégaud et Thomas Soto
00:05Il est 8h16, l'interview d'Amandine Bégaud.
00:07Alors que les accusations se succèdent et sont de plus en plus accablantes contre l'abbé Pierre,
00:11Emmaüs France a décidé de sortir de son silence ce matin.
00:14Et c'est à votre micro, Amandine, puisque vous recevez tout de suite le délégué général de l'organisation.
00:19Il s'appelle Tarek Daher. Bonjour et bienvenue à vous.
00:22Bonjour et merci d'être là ce matin.
00:23Le mouvement Emmaüs réuni hier en Assemblée Générale Extraordinaire
00:27a donc décidé de retirer la mention abbé Pierre de son logo.
00:31Décision qui a été approuvée par une très large majorité.
00:34C'était inconcevable pour vous de garder le nom de l'abbé Pierre ?
00:38Depuis le début des révélations en juillet dernier,
00:42ce sont 33 témoignages de victimes que nous avons recueillis.
00:47Et ce sont des rapports dont je pense que tout le pays a pris connaissance
00:52qui montrent des faits d'une gravité innommable, d'une sérialité évidente.
00:58Et donc c'est vrai que par rapport à la figure tutélaire qu'était l'abbé Pierre,
01:03par rapport à l'image que nous faisions de cet homme,
01:06et même par rapport à la place qu'il occupait dans notre organisation,
01:09celui d'un guide, celui d'un phare, celui d'un repère, en fait, pour nos militants, nos bénévoles.
01:15Oui, c'était absolument inenvisageable.
01:17Et même cette décision, elle a été prise assez rapidement.
01:20Notre premier rapport, il est sorti en juillet dernier.
01:22Le second est sorti en septembre.
01:24Et dès septembre, le conseil d'administration d'Emmaüs France
01:27a proposé de soumettre à l'Assemblée Générale de ses adhérents,
01:30c'est-à-dire à l'ensemble des structures qui composent notre mouvement,
01:32le fait de retirer cette mention-là.
01:34Est venu ensuite le temps, évidemment, de la discussion, du débat,
01:37et le temps de la démocratie associative.
01:39Vous évoquiez ces 33 accusations de violences sexuelles.
01:42A chaque révélation, on a l'impression qu'on franchit un pas de plus dans l'horreur,
01:47puisque je le rappelle, désormais on parle d'inceste, de viols sur mineurs.
01:51Vous disiez, pendant des années, l'abbé Pierre a été un guide, un repère.
01:55Aujourd'hui, que diriez-vous ? C'était un monstre ?
01:58Aujourd'hui, c'est une personne que nous essayons de remettre à sa juste place, en tout cas.
02:04Qu'est-ce que ça veut dire quand on dit ça ?
02:06Ça veut dire que c'est une personne qui reste très importante dans l'histoire de notre mouvement.
02:10Nous avons été parfois un peu accusés de vouloir réécrire l'histoire, effacer le fondateur.
02:16Ce n'est pas du tout l'objet ici.
02:18Si vous regardez, nous continuons dans nos textes à expliquer ce que nous lui devons.
02:22Personne ne nie l'impact qu'il a eu sur l'appel d'Olivier R.54,
02:26sur cet élan de générosité, sur l'initiative, bien entendu.
02:30Mais l'homme était un monstre, vous le diriez comme ça ou pas ?
02:32L'homme était un prédateur sexuel.
02:34L'homme a commis des crimes, en tout cas, qui sont aujourd'hui absolument incontestables.
02:39Et donc oui, cette part de mal, elle nous a sauté à la figure.
02:42Et c'est bien toute la difficulté de cet exercice-là.
02:45C'est comment est-ce que vous essayez de reconnaître une personne dans toute sa complexité,
02:50dans ce qu'elle a d'absolument odieux et ignoble,
02:52et en même temps, vous ne voulez pas non plus complètement trahir ce qu'a été votre histoire.
02:56Et donc c'est dans cet équilibre-là que nous essayons d'avancer aujourd'hui.
02:59Vous évoquiez ce travail, confié à un audit, avec ces trois premiers rapports.
03:05Est-ce qu'il faut s'attendre à découvrir d'autres victimes d'un règle d'air ?
03:09Alors, nous l'avons dit, le mouvement Emmaüs, nous nous étions engagés à faire notre part sur ces révélations-là,
03:17c'est-à-dire à ouvrir un dispositif de recueil de témoignages jusqu'au 31 décembre.
03:21A cause du dernier rapport, nous l'avons prolongé pour quelques semaines,
03:24mais ce travail de notre côté, il se terminera.
03:27Quand, vous le savez ? Dans les prochaines semaines ?
03:30Dans les prochaines semaines, à la fin du mois de janvier,
03:32nous aurons toujours un espace sur nos sites internet pour que les victimes puissent témoigner,
03:36mais ce ne sera plus le même dispositif.
03:38Et sans doute que nous ne prendrons plus la parole pour communiquer autour de ce recueil de témoignages,
03:44ce sera un autre temps qui s'ouvrira demain.
03:46Après, ce que nous avons dit assez rapidement, et nous en sommes intimement convaincus,
03:50c'est que rien n'est exhaustif dans ce que nous avons montré.
03:53Nous avons travaillé à base de coups de téléphone, d'abord dans un premier temps, puis à base d'un appel public,
03:58et on sait que jusqu'au 31 décembre, nous avons reçu des témoignages.
04:01Et on sait que là, depuis...
04:02Donc en plus des 33 ?
04:04La 31 décembre, ça inclut ces 33 là, mais que depuis que nous avons publié ce dernier recueil,
04:08nous continuons d'en recevoir.
04:10Alors je ne peux pas vous doubler de chiffres, ce n'est pas moi qui gère ce dispositif là,
04:12mais ça continue à arriver.
04:14Et ce cheminement, parfois long, pour certaines victimes,
04:17il est indispensable, donc oui, il y a d'autres victimes.
04:20Oui, il faut s'attendre...
04:21Quand vous dites des appels, c'est 5, 10, 20 ?
04:23Je ne peux pas vous donner aujourd'hui, ce n'est pas nous qui gérons ce dispositif.
04:26Nous avons eu l'information que oui, la ligne a recommencé à sonner.
04:29Et Tarek, vous disiez, un autre temps s'ouvrira.
04:32Le président de la conférence des évêques de France, qui représente l'église catholique,
04:35a demandé la semaine dernière à la justice d'ouvrir une enquête.
04:38Y êtes-vous favorable ?
04:39Alors nous avons appris cette demande de la conférence des évêques de France.
04:44Peut-être ce qui est important de rappeler, c'est que l'abbé Pierre, tout au long de sa vie,
04:47était un homme d'église.
04:49Et donc l'église, aujourd'hui, fait ce choix là, que nous comprenons,
04:52et que nous soutenons totalement.
04:54Un peu tardivement ?
04:55C'est l'église à son cheminement propre.
05:00Et étant donné la figure, je pense que tous les processus de décision sont un petit peu longs.
05:05Ne serait-ce que parce qu'il faut gérer cette sidération,
05:08et que ce sont des décisions compliquées dans des organisations comme les nôtres,
05:11et il faut aussi derrière, après, avoir le temps du débat interne.
05:14Donc nous comprenons cette décision, nous la soutenons,
05:17et nous espérons qu'elle va aider à éclairer des mécanismes
05:21qui sont d'une complexité et d'une longévité,
05:25qui nécessitent qu'en fait tous les moyens soient mis sur la table.
05:28Et vous souhaitez donc que la justice ouvre une enquête ?
05:30Est-ce que vous savez si la justice va ouvrir une enquête ?
05:32Nous n'avons aucune information à ce titre-là.
05:34Nous-mêmes, depuis le début, parce que nous avons fait oeuvre de transparence,
05:38tous nos rapports sont publics depuis le premier jour,
05:40et le cabinet est à disposition si jamais la justice souhaite s'en saisir.
05:43Le cabinet est gaé.
05:44Nous, nous sommes à la disposition de la justice si elle décidait d'ouvrir une enquête.
05:48Ouvrir une enquête, ça permettrait aussi sans doute peut-être d'y voir plus clair sur ceux qui savaient.
05:54On est d'accord ? Il y a forcément des gens qui savaient et qui n'ont pas parlé.
05:57De la même manière, nous l'avons dit dès juillet,
05:59c'est évident que des personnes, à titre individuel, savaient.
06:03Chez Emmaüs ?
06:04Partout.
06:05Chez Emmaüs ?
06:06Chez Emmaüs, dans la société, au sein de l'église,
06:08des proches de l'abbé Pierre, c'est évident qu'ils savaient de tels faits.
06:13Autant de faits et aussi graves n'auraient pas pu être commis sans que personne n'en ait connaissance.
06:17Il faut que ces gens-là soient poursuivis ou pas ?
06:19Alors ça, c'est à la justice de le dire.
06:21L'ancienneté des faits montre que ce sera quelque chose sans doute judiciairement compliqué.
06:27Nous, il nous semble que le travail que nous essayons de faire, c'est aussi d'éclairer ça au niveau de notre organisation.
06:32C'est pour ça que nous avons installé une commission d'historiennes et d'historiens,
06:36qui est présidée par une chercheuse de l'école des hautes études en sciences sociales, Céline Béraud,
06:40qui commence ses travaux en février prochain,
06:42et qui doit justement nous aider à comprendre qui savait,
06:45et quels mécanismes ont fait que pendant 50 ans,
06:47soit cette personne a pu agir, des personnes ont pu le savoir,
06:50sans que rien ne se déclenche,
06:52sans qu'aucun bouclier ne soit mis en place pour que ces faits s'arrêtent.
06:56Les victimes identifiées n'auront jamais le droit à un procès,
06:59et pour cause, l'abbé Pierre est mort, il ne pourra donc pas être jugé ni condamné.
07:03Faut-il malgré tout qu'elles obtiennent réparation ?
07:08Dans le processus d'accompagnement et de reconstruction des victimes,
07:12il y a souvent un élément qui permet d'avancer pour les personnes qui ont subi des violences sexuelles.
07:19Cette question, nous la sommes posée assez rapidement,
07:22elle est aujourd'hui sur la table, au sein du mouvement Emmaüs,
07:25c'est-à-dire qu'elle sera discutée et nous trancherons définitivement sur ce sujet-là en juin prochain.
07:30Mais vous souhaitez qu'elle soit indemnisée, par exemple, ces victimes,
07:33comme l'ont été les victimes de violences sexuelles commises par des membres de l'institution religieuse,
07:38il y a d'ailleurs une commission qui a été mise en place,
07:40est-ce que cette commission, par exemple, pourrait indemniser ces victimes-là ?
07:44À notre avis, il n'y a pas de raison qu'elle ne le soit pas.
07:47Vous le souhaitez ?
07:48Nous, nous sommes plutôt favorables à cette décision,
07:50moi je ne peux pas m'engager au nom du mouvement Emmaüs qui n'a pas pris cette position officiellement encore,
07:54mais nous sommes plutôt favorables en tant qu'héritiers et en tant que porteurs d'une certaine responsabilité morale,
07:59par rapport à tout ça, mais il nous semble aussi que l'abbé Pierre n'était pas qu'un homme Emmausien,
08:04c'était un homme d'église, l'église a aussi, sans doute, sa part de responsabilité,
08:08mais aussi a une vraie expertise dans cette question-là,
08:11a des moyens aussi à mettre sur la table potentiellement,
08:13et c'est un dialogue conjoint qu'il faut qu'on ait,
08:16parce que oui, sans doute que la réparation financière est un élément important
08:19pour permettre aux victimes de tourner la page.
08:21L'église a un rôle à jouer, c'est ce que vous nous dites ce matin.
08:23Il nous semble que l'église a un rôle à jouer là-dedans.
08:25Merci beaucoup Tarek Daher d'être venu sur RTL, donc prendre la parole après.
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