00:00RTL Matin, avec Amandine Bégaud et Thomas Otto.
00:05Il est 8h15, l'interview d'Amandine Bégaud, on l'a découvert en robe, on l'a vu en costume cravate de ministre,
00:11ce matin il est en jean et en pull bien chaud, désormais on va le voir sur les planches et sur scène.
00:15Amandine, vous recevez ce matin l'ancien garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, bonjour et bienvenue à vous.
00:19Bonjour Eric Dupond-Moretti.
00:21Bonjour.
00:21Et merci d'être en studio ce matin avec nous, vous serez donc sur la scène du Théâtre Marigny à Paris
00:27à partir du 1er février prochain pour un spectacle intitulé « J'ai dit oui ».
00:32Pourquoi ce spectacle ? Vous aviez besoin de dire des choses que vous ne pouviez pas dire en tant que garde des Sceaux ?
00:39J'avais expliqué au théâtre dans un seul en scène ce qu'est le métier d'avocat et ses coulisses.
00:47J'ai été ministre pendant plus de 4 ans et je souhaite expliquer maintenant ce qu'est le métier de ministre
00:55et ce que sont les coulisses de ce métier parce que je pense que nos compatriotes ne savent pas trop ce que c'est que d'être ministre.
01:04Mais les coulisses, ça veut dire que vous allez nous révéler des choses, régler des comptes ?
01:08Un peu.
01:09Oui ? Avec qui ?
01:10Un peu. Vous le verrez, venez.
01:14Avec dérision évidemment. Autodérision et humour, mais je veux aborder des sujets qui ne sont pas traités,
01:23dont on n'a pas conscience. Comment ça travaille un ministre ? Quels sont les rapports d'un ministre avec la presse ?
01:31Voilà des choses qui peuvent intéresser nos compatriotes.
01:36« J'ai dit oui », c'est une allusion au « oui » que vous avez dit à Emmanuel Macron.
01:40C'est d'ailleurs ce que vous lui avez répondu quand le Président vous a appelé pour vous proposer d'être garde des Sceaux.
01:45Vous lui avez dit oui tout de suite ?
01:47D'abord on a un peu discuté quand même. On s'est vu à plusieurs reprises, des rencontres informelles,
01:53on a évoqué bien sûr l'institution judiciaire, ses qualités, ses défauts, ses besoins.
02:00Et puis le Président de la République m'a demandé si j'accepterais d'être garde des Sceaux. Et j'ai dit oui.
02:07Et vous n'avez jamais regretté de lui avoir dit oui ?
02:10Non, jamais. Même dans les moments difficiles, il y en a, parce que vous avez quand même des moments de désespoir.
02:20Quand par exemple vous entendez un commentateur blablateur professionnel qui vous explique comment on pourrait améliorer la justice,
02:27alors que d'une part il n'y connaît strictement rien, vous avez envie dans ces moments-là de lui dire « mais prends les clés mon gars,
02:35quitte le blabla pour l'action, viens à ma place ».
02:39Ça ce sont des moments qui ne sont pas des moments formidablement agréables, et puis il y a des moments d'enthousiasme aussi.
02:45Quand on est Place Vendôme et qu'on modifie la Constitution et qu'on permet aux femmes d'accéder enfin à une liberté qui sera consacrée,
02:54qui est celle de disposer de son corps et d'avorter, on n'est pas peu fier.
02:58Ça c'est le plus beau souvenir que vous gardez ces un peu plus de 4 ans passés Place Vendôme ?
03:03C'est un des grands souvenirs, oui bien sûr.
03:05Et le pire souvenir ?
03:08Oh le pire souvenir, il y en a quelques-uns, je les évoque d'ailleurs dans le spectacle à venir.
03:14On choisira, c'est difficile.
03:16Le pire souvenir c'est peut-être de faire des choses et d'avoir une très grande difficulté pour expliquer ce que l'on a fait.
03:23Parce que l'époque préfère la polémique au consensus.
03:27Il n'y a plus de nuance, on est dans le manichéisme absolu, tout est blanc ou tout est noir, entre les deux il n'y a rien.
03:34Et parfois vous travaillez beaucoup, vous préparez des textes qui sont importants.
03:38Je pense en particulier au code de justice pénal des mineurs, c'est la plus grande réforme depuis 60 ans.
03:44C'est passé sous les radars.
03:46Et ça parfois c'est un peu désespérant.
03:48Et vous avez le sentiment que votre travail n'a pas été reconnu à sa juste valeur, c'est ce que vous diriez ?
03:51Je pense que tout le travail des politiques n'est pas reconnu à sa juste valeur.
03:54On est trop dur avec nos politiques, injustes.
03:56Vous savez je m'y arrête un petit moment avec, je dis encore beaucoup d'autodérision,
04:02mais par exemple, le temps politique n'est pas le temps médiatique.
04:06C'est-à-dire qu'un ministre vient chez vous, il dit voilà, je voudrais faire ça.
04:10L'auditeur il se dit c'est une bonne idée, ça c'est bien, ça va dans le bon sens.
04:14Seulement entre le moment où le politique en parle et le moment où ça deviendra une réalité, il va s'écouler beaucoup de temps.
04:20C'est le temps qu'il faut dans une démocratie pour élaborer la loi.
04:24Et alors les gens ils disent mais il nous avait parlé de ça, il ne l'a jamais mis en place, quand est-ce que ça vient, etc.
04:30Ça, ça fait partie des frustrations que ressentent effectivement nos compatriotes et qui pèsent ensuite sur le travail ministériel.
04:38C'est Gérald Darmanin qui est aujourd'hui ministre de la Justice.
04:41Vous vous connaissez bien, vous vous appréciez je crois.
04:44Il était ici même sur RTL la semaine dernière et écoutez ce qu'il disait de son nouveau ministère.
04:50Rien ne va dans le ministère qui m'appartient sur cette question de la drogue.
04:54Quand vous mettez quasiment plus d'une dizaine d'années pour juger quelques affaires.
04:58Quand vous avez dans les bouges du Rhône plus de 200 procès d'assises en attente.
05:01Quand vous avez des milliers de personnes qui attendent leur bracelet électronique.
05:05Et quand le travail de certains avocats, pas tous évidemment, au lieu d'une minorité, c'est de travailler non pas à l'innocence de leurs clients,
05:11mais d'emboliser la chambre de l'instruction, d'emboliser le processus judiciaire pour libérer des tensions provisoires des personnes
05:17parce qu'on sait qu'elles ne seront plus ou pas jugées.
05:19Rien ne fonctionne correctement.
05:21Rien ne fonctionne correctement, il a raison.
05:24Un peu excessif peut-être.
05:27Vous l'avez pris un peu comme une attaque personnelle ou pas ?
05:29Non, pas du tout. On s'entend bien, on a beaucoup discuté.
05:32Nous avons tenté de nous équilibrer l'un l'autre.
05:36C'est quand même votre bilan qui pointe non ?
05:40Laissez-moi répondre.
05:42La lenteur de la justice, il a raison Gérald Darmanin, la justice est trop lente.
05:47Je l'ai dit le premier jour de mon arrivée.
05:50En matière civile, j'ai mis en place l'amiable.
05:53Un procès jugé grâce à l'amiable, c'est 4 mois au lieu de 4 ans.
05:58C'est un vrai progrès.
06:00On a embauché comme jamais quand j'étais garde des Sceaux.
06:04On a envoyé des personnels partout dans toutes les juridictions du pays.
06:09Et les stocks, les dossiers en attente ont diminué.
06:14C'est d'abord une question de moyens.
06:16Ça c'est une réalité et le budget il a augmenté pendant que j'étais là de 40%.
06:21Et depuis qu'Emmanuel Macron a été élu Président de la République, de près de 60%.
06:27Donc il est un peu dur quand même dans son analyse.
06:30Il voit vers à moitié vide en tout cas.
06:32Si le garde des Sceaux arrivait et disait tout va bien, on n'aurait pas besoin d'un garde des Sceaux.
06:38Sur l'embolisation par les avocats, je vais vous dire.
06:42Les avocats, ils se servent de la loi.
06:44C'est la loi qui doit être leur guide.
06:46Et quand certains détournent la loi pour emboliser par exemple,
06:51eh bien ils doivent être poursuivis et sanctionnés.
06:54Voilà ce que je peux dire à la suite des propos que vous me rappelez,
07:00que j'ai évidemment entendu et j'ai eu une petite conversation avec Gérald Darmanin.
07:05Ah vous avez une petite explication quand même ?
07:07Petite conversation amicale.
07:09Mais ça reste votre ami vous diriez ? On peut avoir des amis en politique ?
07:12Oui on peut en avoir bien sûr.
07:14Bien sûr, le tout c'est de se dire les choses.
07:16Vous savez, quand vous faites...
07:18Et vous lui avez dit quoi ? T'es un peu gonflé ?
07:20Vous croyez que je vais vous raconter ça ?
07:23Écoutez-moi, quand vous êtes en conférence de rédaction,
07:25je pense que vous discutez sur les sujets, sur la façon de les traiter,
07:28la hiérarchie, on va parler de ça, pas de ça, etc.
07:31Vous n'êtes pas toujours d'accord.
07:33Dans un conseil des ministres, c'est la même chose.
07:36Mais il faut qu'il y ait une seule voix.
07:38Gérald Darmanin et moi, on a eu des désaccords,
07:41mais nous avons toujours fait en sorte de ne pas les rendre publics.
07:44Voyez-vous ? Au nom de la solidarité gouvernementale,
07:47et puis parce qu'on s'apprécie et qu'on se respecte.
07:49Je sais qu'il sera un bon garde des Sceaux.
07:52Éric Dupond-Moretti, général de Darmanin,
07:55dit vouloir regrouper les 100 plus gros narcotrafiquants
07:57dans une seule et même prison.
07:59Ça fait partie des sujets sur lesquels vous avez travaillé.
08:02Une seule prison existante qu'il dit vouloir vider d'ici l'été.
08:05C'est une bonne idée d'après vous ?
08:07Et surtout, est-ce que c'est réalisable ?
08:09C'est une très bonne idée.
08:11Parce qu'après l'affaire AMRA,
08:15qui est une affaire dramatique,
08:17où les personnels pénitentiaires ont trouvé la mort,
08:20d'autres ont été gravement blessés.
08:22Lors de cette tentative d'évasion ?
08:23Oui, bien sûr. On a découvert un certain nombre de choses.
08:25Notamment les téléphones portables dans les maisons d'arrêt,
08:28avec des difficultés, notamment techniques, je le rappelle.
08:31Il y a aujourd'hui des téléphones qu'on ne peut pas trouver.
08:34Les assaillants, pardon, je ne sais pas comment on peut les appeler,
08:36courent toujours. Il faut juste le rappeler.
08:38Madame, laissez-moi développer un peu mon idée,
08:41parce que sinon vous allez me perdre, vous savez.
08:43Moi, je suis un besogneux.
08:45Il y a des téléphones portables, on ne peut pas les trouver,
08:47parce qu'ils sont en matière plastique, par exemple.
08:49Les difficultés techniques.
08:51Il est impérieux que les détenus,
08:55en particulier les gros trafiquants de stups,
08:57ne puissent plus disposer de téléphone.
09:00L'idée de Gérald Darmanin est excellente.
09:03Ensuite, il faut réaliser ça.
09:05Ça implique par exemple, à mon sens,
09:07que des juges d'instruction acceptent de se déplacer
09:10dans l'établissement pénitentiaire en question
09:12pour procéder aux interrogatoires.
09:14Donc, il y a des choses à mettre en place,
09:17et moi je suis absolument convaincu que Gérald Darmanin
09:20veut avancer sur cette question.
09:22Le narcotrafic, d'ailleurs, on avait commencé à y travailler.
09:26Moi, j'avais un texte qui était prêt.
09:28Je l'ai dit à Didier Migaud au moment de la passation de pouvoir.
09:31Ce texte, il est toujours sur la table,
09:33et moi je suis absolument convaincu que Gérald Darmanin
09:37mettra en oeuvre ce texte.
09:39Vous savez, je tricote ma posture de ministre
09:44en détricotant ce que l'autre a fait.
09:46Je pense que c'est une continuité.
09:48Et nous avons été, et lui il est toujours,
09:50au service du même président de la République,
09:53et de la même politique en la matière.
09:55Que dites-vous aujourd'hui, Eric Dupond-Moiretti ?
09:57La politique, plus jamais ?
09:59Ah non, non, non, je ne dis pas ça.
10:01Ministre, moi, jamais, vous m'entendez, etc.
10:04À une époque où je n'imaginais pas une seule seconde
10:07qu'on me ferait cette proposition.
10:08Alors aujourd'hui, même si vous me dites
10:10« Funambule au Cirque Brundère »,
10:12je dis, écoutez, pourquoi pas, je ne m'interdis rien.
10:16Je vais évidemment d'abord travailler encore ce spectacle,
10:21parce que ça demande beaucoup de boulot.
10:23Un livre aussi ?
10:24Alors, un livre, oui.
10:27Et puis, ensuite, le métier d'avocat, pas le métier d'avocat,
10:30tout ça, rien, je ne m'interdis rien dans cette vie nouvelle.
10:35Et pourquoi pas, un jour, un retour en politique.
10:38Comme ça, vous voyez, j'ai tout envisagé,
10:41et plus personne ne me fera de reproches,
10:43quel que soit mon choix à venir.
10:45Bon, en attendant, c'est sur la scène du théâtre Marigny à Paris
10:47qu'on va venir vous voir.
10:48J'ai dit oui, à partir du 1er février,
10:50mise en scène signée Philippe Lelouch,
10:52et puis ensuite, vous partirez en tournée.
10:54Lausanne, Angers, Biarritz, Metz, Strasbourg,
10:56enfin, un peu partout, à partir du 22 mars.
10:5922 mars, New York !
Commentaires