00:00L'invité du 9-10, c'est Pierre Arditi, s'il vous plaît, invité d'RTL Matin, bonjour et bienvenue sur RTL, Pierre Arditi.
00:07Bonjour, mesdames, messieurs.
00:08De retour sur les planches d'une pièce qui s'appelle Le Prix, à partir du 22 janvier au Théâtre Héberteau, à Paris, avec Ludmilla Mikhaël.
00:15Pierre Arditi, je sais que vous en avez marre qu'on vous demande comment vous allez.
00:19Comment je vais ? Voilà.
00:21Ne me demandez pas, ne me demandez pas.
00:23Hier, j'ai été un peu méchant parce que les gens sont très gentils et j'ai d'ailleurs découvert à quel point ils m'aimaient bien.
00:30Je me serais volontiers passé de le découvrir comme ça.
00:32Mais non, ils sont charmants.
00:34Alors après, ils me disent, on est content de vous voir.
00:36Comment ça va ? Oui, alors ça va.
00:38Je ne suis pas mort, je suis vivant, je vais tenir encore un moment.
00:41Mais ça va très bien.
00:43J'ai l'air d'aller mal ?
00:44Non, vous avez l'air en pleine forme.
00:46On parle de cette pièce, Le Prix.
00:48Si vous voulez bien, sinon moi je veux bien parler de poulet ou d'autres choses.
00:52Le poulet avec Cyril Nec.
00:55Vous vous connaissez d'ailleurs bien, vous les deux.
00:57On se connaît, oui.
00:59Cette pièce, ce prix ?
01:01Oui, le prix, c'est le prix Nobel.
01:03Le prix Nobel. Vous apprêtez à recevoir le prix Nobel de chimie.
01:06Prix Nobel de chimie, oui.
01:08C'est une histoire réelle.
01:10C'est tiré d'une histoire réelle.
01:12D'un chimiste qui a eu le prix Nobel, d'ailleurs, en 1946, je crois.
01:15Et qui s'appelle Otto Hahn.
01:17Et qui a travaillé pendant de nombreuses années
01:20avec une femme qui s'appelle, qui s'appelle, qui s'appelait, qui s'appelle
01:24Lise Meitner.
01:26Et qui avait l'inconvénient d'être juive.
01:28Ce qui était un peu ennuyeux à l'époque en Allemagne.
01:30Et donc ils ont travaillé sur la fission nucléaire.
01:33Et l'un et l'autre.
01:35Donc tu es arrivé à s'approcher d'un résultat très très probant.
01:40Et elle lui a fait toucher du doigt, au dernier moment,
01:44une pièce du puzzle qui lui manquait.
01:48Alors l'originalité, si on peut appeler ça comme ça, de cette histoire,
01:53c'est que donc ils ont travaillé ensemble.
01:55Et puis à un moment donné, la situation,
01:57étant ce qu'elle est devenue en Allemagne, sous huit airs,
01:59il l'a fait partir et il l'a mise à l'abri.
02:03Parce que ça commençait à devenir chaud pour elle.
02:06Malheureusement, le problème c'est qu'au bout d'un moment,
02:10il l'a protégée d'un côté, mais il l'a mise de côté par la même occasion.
02:13Donc il va recevoir le prix Nobel, mais il la passe totalement sous silence.
02:17Et de ça, elle veut se venger en fait.
02:20Elle veut régler ses comptes.
02:22Comme on dit dans la pièce, elle veut solder les comptes.
02:25Et une heure avant la remise de ce prix Nobel,
02:27alors qu'il ne s'y attend pas,
02:29elle entre dans la pièce et ils soldent leurs comptes.
02:33Elle solde son compte.
02:35Alors, vous savez comment c'est la promo, il faut dire
02:39mais c'est amusant, c'est machin comme ça.
02:41Ça n'est pas amusant.
02:45Moi, je suis comme un arénais, je ne trompe pas les gens sur la marchandise.
02:48Ça n'est pas amusant, mais c'est passionnant.
02:50Vous la connaissiez cette histoire, vous ou pas ?
02:52Pas du tout. Non, je ne la connaissais pas du tout.
02:54Et d'ailleurs, je suis à peine documenté là-dessus,
02:58parce que moi, ma vie, mon rôle au théâtre,
03:01c'est finalement d'imaginer plutôt que de...
03:04Dans ces cas-là, comme disait Frank Capra,
03:06si vous avez un message à faire se passer,
03:08adressez-vous à la Poste.
03:12On fait tout ce qu'on veut.
03:13Donc, l'histoire est passionnante.
03:15Elle vous fait réfléchir aussi, beaucoup.
03:17Ça fait beaucoup réfléchir.
03:18Ça fait en particulier beaucoup réfléchir sur cette société
03:21qui alors était encore une société d'hommes,
03:24faite par des hommes pour des hommes.
03:26Et cette femme qui était juive, elle a été mise de côté,
03:28entre autres, parce qu'elle était juive
03:30et surtout parce qu'elle était une femme.
03:32À cette époque-là, je regarde Ségolène Royal dans les yeux,
03:36que je trouve magnifique d'ailleurs.
03:38Non, mais c'est vrai, elle est magnifique.
03:40Il y a des gens qui ont du bol.
03:41Ils vieillissent pas, c'est formidable.
03:43Après, il y a des gens à côté qui ont l'air d'avoir 92 ans.
03:45Moi, par exemple.
03:46Oui, mais vous allez bien.
03:47Mais je vais très bien pour toi.
03:48Non, mais c'est horrible.
03:49C'est extrêmement pétillant.
03:51En plus, vous donnez envie d'aller voir la con.
03:53Non, mais honnêtement, la confrontation,
03:55elle est passionnante.
03:57Ce n'est pas du tout...
03:58Ce n'est pas pesant.
04:00Ça navigue dans des zones très différentes,
04:02parfois très aiguës, parfois très bouleversantes d'ailleurs.
04:05Et c'est absolument passionnant.
04:07Absolument passionnant.
04:08On ne se tape pas sur le bide toutes les dix minutes.
04:10Quand on se tape sur le bide, je viens chez vous
04:12et je vous dis qu'on va se taper sur le bide.
04:14Là, on va avoir autre chose.
04:16On va être passionnés par ce rap.
04:18C'est une pièce de couple.
04:20Avec Ludmilla Miquel.
04:22Avec Ludmilla Miquel, avec laquelle je rêvais de jouer.
04:25Nous rêvions de jouer mutuellement ensemble.
04:27Voilà, c'est en train de se faire.
04:29C'est passionnant.
04:31Et puis, c'est effectivement tiré d'une histoire vraie.
04:33Après, il y a là-dedans,
04:34le boulot de l'auteur,
04:36Cyril Jelly, qui est un très bel auteur.
04:38Et de la mise en scène de mon petit copain,
04:40Tristan Petit-Gérard.
04:42Encore une fois, je ne peux pas dire autre chose.
04:44On a commencé à parler dessus.
04:46Il faut aller la voir maintenant.
04:48Il faut aller la voir parce que, franchement,
04:50le peu de monde qui est venu comme ça,
04:52très peu s'il fait partie des comme ça,
04:54ils sont restés comme ça.
04:55Ils ont regardé ça, ça les a.
04:56Ils ont dit, mais c'est extraordinaire.
04:58Comment c'est possible ?
04:59Voilà, c'est comme ça.
05:00Dans la pièce, vous êtes Otto Hahn.
05:02Vous avez donc reçu le prix Nobel.
05:04Dans la vie aussi, vous avez reçu des prix.
05:05César, Molière.
05:06Ça représente quoi pour vous, les prix ?
05:08C'est important en tant qu'homme, en tant qu'acteur ?
05:11Écoutez, il y a deux catégories de gens.
05:13Il y a des gens qui
05:15balaient d'un revers de la main
05:17les médailles ou les récompenses.
05:19Et moi, je ne les balais pas d'un revers de main.
05:21Je suis absolument ravi de les recevoir,
05:23a fortiori dans la mesure où ces récompenses
05:25sont des récompenses qui sont remises par
05:27la famille de travail.
05:29Donc ça veut dire
05:31bienvenue à la maison.
05:33Donc ça me fait plaisir.
05:35Et puis ce sera une pierre pour la soif
05:37quand tout cela sera un peu parti.
05:39Si tant est que ça parte, d'ailleurs,
05:41on va voir, j'en sais rien.
05:43Vous avez besoin d'être rassuré ?
05:45Plus besoin, Pierre Arditi ?
05:47Bien sûr que si.
05:48Les gens qui n'ont plus besoin d'être rassurés
05:50sont des gens qui ne...
05:51Ça ne sert à rien de vivre.
05:53Si on ne se pose plus de questions sur soi-même,
05:55si on ne sait plus d'où on vient,
05:57où on va, est-ce qu'on peut encore faire
05:59sur cette Terre ?
06:01Je ne vois pas très bien l'intérêt.
06:03S'il faut s'asseoir dans un transat et attendre la mort,
06:05franchement, je ne vois pas l'intérêt de l'histoire.
06:07Non, au contraire.
06:09Et d'ailleurs, plus on avance dans le temps,
06:11c'est-à-dire plus on vieillit,
06:13plus, au fond, les choses semblent passionnantes
06:15parce qu'elles s'éloignent.
06:17Et donc forcément, si vous me lancez sur ce sujet,
06:19on est foutu, parce que ça ne va pas être gai.
06:21Moi, maintenant, je commence à avoir
06:23un âge respectable.
06:25Je suis beaucoup plus curieux
06:27et je me remets beaucoup plus en question
06:29que je le faisais quand j'avais 30 ou 40 ans de moins.
06:31C'est plus...
06:33Oui, c'est plus passionnant.
06:35Ça m'intéresse plus.
06:37La politique continue de m'intéresser.
06:39Ah oui, la politique, toujours.
06:41Je préférerais être un homme
06:43qui n'est pas irresponsable du temps
06:45dans lequel il vit.
06:47Et alors, qu'est-ce que vous dites de ce qui se passe, là ?
06:49C'est une belle formule, ça.
06:51Vous dites du mal.
06:53Vous censurez Bayrou, vous, la semaine prochaine ?
06:55Sûrement pas. Non, non, je dis du mal.
06:57On est en train de dire, à propos de Macron,
06:59non, il ne doit pas démissionner,
07:01il doit changer de politique. On peut être d'accord, là-dessus.
07:03Parce qu'on préférerait que cette politique...
07:05Moi, j'ai toujours pensé que cette politique-là,
07:07elle devait bifurquer vers la gauche.
07:09Le monde connaît ma sensibilité politique.
07:11Vous êtes toujours de gauche, vous ?
07:13Écoutez, jusqu'à preuve du contraire,
07:15oui, mais pas n'importe laquelle.
07:17Et alors, quelle gauche ?
07:19Une gauche que j'ai connue, à laquelle...
07:21Une gauche humaniste, oui, qui veut faire du bien aux gens.
07:23C'est-à-dire qu'une gauche social-démocrate.
07:25On a l'impression que c'est une insulte, maintenant,
07:27d'être social-démocrate, mais ce n'est pas une insulte.
07:29Ce n'est pas une insulte d'être social
07:31et ce n'est pas une insulte d'être démocrate.
07:33Après, je ne citerai personne,
07:35il y a une série de...
07:39Il y a une tendance qui ne me convient pas.
07:41Non, pas la France insoumise, par exemple.
07:43Je ne suis pas emballé.
07:45Je suis emballé à l'intérieur, d'ailleurs.
07:47Là, il y a des gens
07:49qui sont estimables aussi.
07:53Mais la tournure que ça prend, là, maintenant,
07:55à un moment donné, c'est toujours pareil.
07:57Qu'est-ce qu'on fait avec la politique ?
07:59C'est une chose grave.
08:01Ça décide de la vie et de la mort des gens.
08:03On ne peut pas regarder ça comme ça.
08:05C'est pas n'importe quoi.
08:07C'est plus compliqué que le théâtre.
08:09Vous savez, Pierre Arditi, je vous regarde, je vous écoute,
08:11je vous aime, il faut quand même le dire.
08:13Ce serait très angoissant, cette histoire.
08:15Et je me dis que,
08:17vraiment, vous imitez très bien Laurent Gérard.
08:19Oh !
08:21C'est lui qui m'imite très bien.
08:23Écoutez ça.
08:25Tous les matins, à 9h moins 5, votre journaliste Thomas Soto
08:27parle de moi. Il m'attend.
08:29Cet homme m'attend. Il me cherche.
08:31Cet homme me guette. Cet homme souffre.
08:33Cet homme a mal.
08:35Vous savez, Pierre Arditi,
08:37que quasiment tous les matins, effectivement,
08:39Thomas dit à Laurent,
08:41mais alors, et Pierre Arditi, il est où ?
08:43Je vais lui demander du fric, maintenant.
08:45Je vais partir.
08:47On va tourner ensemble.
08:49C'est gai, c'est gai.
08:53Encore une fois,
08:55je vais venir aussi pour ça,
08:57franchement, je serais heureux que les gens viennent,
08:59ce qui apparemment va être le cas, visiblement,
09:01en tout cas pour le moment,
09:03parce que l'histoire vaut vraiment la peine.
09:05Tout ce studio va venir ensemble.
09:07Outre le fait qu'il y ait en plus
09:09des choses comme ça,
09:11qui est quand même que
09:13cette femme
09:15passe dans l'anonymat
09:17parce qu'elle est une femme.
09:19Elle est une femme, donc.
09:21Elle a d'ailleurs été de côté
09:23parce qu'elle a été nommée plusieurs fois.
09:25Elle n'a jamais rien eu.
09:27Il y a eu beaucoup de femmes qui ont été volées,
09:29au niveau du Nobel ?
09:31Les hommes mettaient leur nom.
09:33La Tour Eiffel n'aurait jamais existé sans une femme.
09:35C'est une femme mathématicienne
09:37qui a fait tous les calculs de la Tour Eiffel.
09:39Donc la Tour Eiffel devrait porter son nom aussi ?
09:41Oui.
09:43D'ailleurs, on ne sait même pas
09:45s'il n'y a pas de son nom.
09:47C'est la preuve.
09:49Et même en littérature.
09:51Il y a aussi de la jalousie dans cette pièce.
09:53Il y a de la jalousie dans cette pièce aussi
09:55entre les deux personnages.
09:57La jalousie et l'envie.
09:59La jalousie, c'est éviter que l'autre
10:01ne vous ravisse ce que vous avez,
10:03ou ce que vous aimez.
10:05Par exemple, ma compagne,
10:07je pourrais être jaloux si elle avait un amant.
10:09Tandis que l'envie,
10:11c'est désirer ce qu'a l'autre.
10:13Ce n'est pas la même chose.
10:15Une femme de l'argent du génie...
10:17Un prix !
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