00:00C'est au devant d'une ambiance explicitement crépusculaire que Paul Biya est venu le 31
00:18décembre dernier ressasser au Camerounet le répétitif discours sur la limitation des
00:23dépenses publiques.
00:24Une rengaine mille fois entendue sur des années de suite, preuve manifeste de sa propre incrédulité
00:29à se voir écouté par des fonctionnaires qui pourtant se réclament religieusement
00:34de lui.
00:35L'an dernier, dans des circonstances similaires, je vous avais fait part de mon souci de renforcer
00:43la gouvernance dans la gestion des affaires publiques et de maîtriser les dépenses de
00:49l'État.
00:50Je peux vous assurer que ce souci demeure constant et intangible.
00:56S'agissant de la réduction des dépenses publiques, j'ai fermement réitéré au gouvernement
01:03mes instructions antérieures visant à réduire les dépenses de fonctionnement.
01:09La lutte contre la corruption et le détournement du déni public est très clairement un impératif
01:20pour la préservation des ressources publiques.
01:23Elle va connaître une intensification notable au cours de l'année qui s'annonce.
01:30Pas assez claire aux yeux de certains.
01:33A un point tel que le secrétaire général de la présidence de la République est venu,
01:37quelques semaines plus tard, enfoncer le clou par une lettre circulaire.
01:41M.
01:42Ngongo exégète en chef de la parole présidentielle, dont on se souvient par ailleurs qu'il se
01:47vantait notoirement, il y a encore peu, de faire partie des rares à travailler dans
01:52le plus total désintéressement.
01:53Vous vous êtes acquitté des missions qui vous ont été confiées avec courage, détermination
02:03et abnégation.
02:04Vous avez permis à votre pays de faire de substantielles économies financières.
02:14Vous n'avez reçu ni perdiens, ni primes, ni gratifications d'aucune sorte.
02:24Un secrétaire général tout en sobriété donc, devrait-on dire, au comble de l'humour
02:31lequel prescrit au gouvernement la rationalisation des dépenses publiques de fonctionnement
02:35en limitant substantiellement la création des comités et groupes de travail, les missions
02:40à l'étranger ainsi que les achats des véhicules de fonction et les dépenses de
02:44carburant.
02:45Il faut tout continuer à travailler pour diversifier l'économie, il faut continuer
02:50à travailler pour mobiliser davantage les ressources fiscales, il faut continuer à
02:55travailler pour que les problèmes de gouvernement se baissent, il faut continuer à travailler
03:00pour qu'on puisse rapidement boucler les grands projets d'efforts structurés qui
03:05vont nous amener vers l'émergence, pas simplement parce qu'on va être émergé, mais parce
03:09qu'il y aura un grand retour sur investissement sur le plan financier si ces projets-là
03:13sont achevés.
03:14Un gouvernement de proclamation, loin d'avoir épuisé la grammaire de ses incohérences,
03:22l'on peut en effet se demander de quelle logique tiennent les propos de Paul Biya autant
03:27que ceux de son secrétaire général, lorsqu'il est su de tous que la loi de finances, colonne
03:31vertébrale du fonctionnement et de l'organisation du pays, fait l'objet d'une préparation
03:36minutieuse et cloîtement surveillée par l'ensemble des services du ministère des
03:40finances, du premier ministre aussi bien que de la présidence de la république.
03:44En clair, s'il est un acte politique à prendre en termes de limitation des dépenses
03:49publiques, c'est bien à ce niveau et en particulier à la sanction en amont de Paul
03:54Biya que l'ensemble de cette mécanique doit se situer, que non au concret, une substance
03:59augmentation des dépenses de consommation que le même gouvernement demande aujourd'hui
04:03de rationaliser.
04:05Ainsi, au détail, l'intitulé portant aux dépenses des biens et services indique une
04:10hausse de 14 milliards pour la rubrique frais de transport et d'émissions, située globalement
04:15à 69 milliards en 2024.
04:17Dans le même temps, les dépenses d'acquisition du matériel, de transport, en clair, des véhicules
04:23de fonction progressent en 2024 de l'ordre de 2,7 milliards pour se situer, à tout,
04:29à 14,6 milliards de francs.
04:32Sans compter la gestion des contrats publics, dont le montant est inférieur à 5 millions
04:36de francs CFA, les fameux 4-9 que Paul Biya, par la voix de son secrétaire général, demande
04:41autant de mépriser à tout prix.
04:43Autre source de dépenses, les personnels de l'État, chantier sur lequel est engagé
04:48depuis quelques années le ministère de la fonction publique dans une notoire invisibilité
04:53des résultats.
04:54Nous espérons qu'assez rapidement, bien qu'il y ait eu déjà quelques petits glissements
05:00dans le calendrier, qu'assez rapidement l'État du Cameroun puisse avoir cet important
05:07outil de travail qui va permettre de gérer la solde, de gérer les effectifs, mais aussi
05:14le contrôle des présences avec la biométrie, mais aussi la gestion électronique des documents
05:21et un certain nombre d'autres choses.
05:22Donc, comme vous pouvez le constater, avec ce nouveau projet, nous voulons aller au-delà
05:28de ce qui a été prévu avant ou alors au-delà de ce qui se fait aujourd'hui.
05:32C'est très important pour le Cameroun.
05:35En effet, malgré les proclamations de son ministre en charge du secteur, le gouvernement
05:40projette une masse salariale en hausse sur un total de 1431 milliards de francs CFA,
05:46soit une hausse de 121 milliards de francs CFA par rapport à 2023.
05:50Une seule question donc au bout du compte, à quoi jouent Paul Biya et son gouvernement?
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