00:00Le 3 décembre dernier, Le Soir révélait que Didier Renders et sa femme, Bernadette Prignon,
00:06sont soupçonnés de blanchir de l'argent via l'achat de tickets de jeux de hasard.
00:10Jamais en Belgique, un mandataire public de ce niveau
00:13n'a été soupçonné d'avoir blanchi d'importantes sommes d'argent.
00:16Mais de quelles sommes parle-t-on ?
00:18D'où provient cet argent ?
00:19Et comment en est-on arrivé à soupçonner un ancien ministre des Finances de blanchiment d'argent ?
00:25Les journalistes du pôle enquête du soir, Louis Collard et Joël Matriche,
00:28nous expliquent leur enquête sur l'affaire Renders dans cette vidéo.
00:35La justice belge a ouvert une enquête pour blanchiment présumé,
00:40à l'encontre de Didier Renders, notre ancien commissaire européen à la justice,
00:44mais aussi multiple fois ministre fédéral.
00:47Une enquête pour blanchiment qui est gérée par le parquet général de Bruxelles,
00:50avec la police judiciaire fédérale de Bruxelles.
00:52Et la justice s'intéresse à la provenance de sommes d'argent importantes.
00:57On parle d'un million d'euros en tout.
00:59Pour 800 000 d'entre eux, déposés en cash sur le compte bancaire ou les comptes bancaires de Didier Renders
01:05et ou de son épouse Bernadette Prignon, qui était haute magistrate à la cour d'appel de Liège.
01:10Et pour le restant, 200 000 euros joués à la loterie avec des étiquettes de la Loterie nationale.
01:20L'enquête au sens large, pas seulement judiciaire, a commencé bien avant.
01:23La loterie a été assez transparente là-dessus.
01:25C'est en 2021, lors d'une check, d'une surveillance de leurs points de vente,
01:30qu'ils ont marqué des anomalies.
01:31Pour montrer à quel point ces anomalies sont grandes,
01:34je pense qu'il y a plus ou moins 5 500 points de vente en Belgique.
01:37L'Loterie nationale, où ils vendent des étiquettes,
01:39donc c'est des espèces de recherches, des codes-barres avec lesquels on peut rechercher son compte à la Loterie nationale.
01:44Parmi ces points de vente, 15 points de vente avaient un chiffre d'affaires étiquette supérieur à 5 000 euros.
01:504 avaient un chiffre d'affaires supérieur à 10 000 euros.
01:53Et là, on parle de deux joueurs, comme l'a dit lui, de M. Henders et de son épouse,
01:57qui ont chacun joué par an entre 20 et 25 000 euros.
02:01Donc, ils ont fait exploser tous les plafonds.
02:03Et lors de cette analyse des chiffres des points de vente,
02:06ça a évidemment éveillé la suspicion de la Loterie nationale,
02:09qui a demandé à un auditeur, KPMG, en février 2022, d'analyser plus largement le profil des joueurs.
02:15Et là encore, ça a confirmé la première analyse un petit peu en piring de la Loterie,
02:19à savoir qu'il y a deux comptes joueurs qui se démarquaient très franchement.
02:23Donc, sur un peu plus d'un million de joueurs actifs,
02:26il y a deux points, deux comptes joueurs, celui de M. Henders et celui de son épouse,
02:30qui se démarquent saluièrement.
02:32Donc, les faits ont été dénoncés par la Loterie nationale au parquet fédéral d'abord,
02:37qui a renvoyé le dossier, comme l'a dit lui, au parquet général de Bruxelles.
02:40Il y a la CETIF aussi, la Cellule de traitement des informations financières,
02:44qui a dénoncé les faits.
02:46La banque de M. Henders a aussi envoyé une notification,
02:49parce que, comme il vient de le dire, il y avait beaucoup d'apports d'argent liquide sur les comptes.
02:53Le parquet fédéral a ouvert une enquête.
02:55En 2024, la PGF a, elle, ouvert son enquête judiciaire de façon opérationnelle.
03:03Une semaine après qu'on ait sorti l'info, c'était le 3 décembre,
03:06la Loterie nationale elle-même a communiqué et a partagé tout,
03:10ou en tout cas une grande partie du rapport de KPMG sur l'analyse des points de vente,
03:14et qui expliquait toutes ces anomalies, qui expliquait comment fonctionnaient les étiquettes.
03:17Et il nous éclaire surtout sur la naissance de cette enquête judiciaire,
03:21donc tout part de cette analyse de la Loterie,
03:24mais il ne nous éclaire que sur du potentiel,
03:27en tout cas des soupçons de blanchiment à travers la Loterie.
03:30Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le dossier à charge de M. Henders et de son épouse
03:35est un peu plus large que ça, puisqu'on parle aussi de dépôts en cash
03:38sur les comptes bancaires de Didier Henders.
03:40Le parquet général a choisi d'ouvrir un dossier uniquement pour blanchiment,
03:44c'est-à-dire que Didier Henders et son épouse sont soupçonnées d'avoir,
03:48à partir d'argent gagné de façon illicite, de l'avoir transféré dans un réseau licite.
03:53Et dans les cas de blanchiment, c'est la personne mise en cause
03:56qui doit expliquer aux enquêteurs que son argent est d'origine licite, légale,
04:02et que donc, non, ça n'est pas du blanchiment.
04:04La charge de la preuve est quasiment immédiate,
04:06La limite, c'est que le parquet, donc le ministère public, la partie qui poursuit,
04:10doit quand même démontrer qu'il y a des raisons de penser
04:14que cet argent a été gagné de façon illicite de telle ou telle manière.
04:20Ce qui a rendu vigiants les enquêteurs et le parquet général de Bruxelles,
04:24c'est que de 1999 à très récemment, donc au 1er décembre 1999,
04:30les enquêteurs se sont rendus compte qu'il n'y avait pas de blanchiment.
04:33De 1999 à très récemment, donc au 1er décembre dernier,
04:37Didier Renders a enchaîné les hautes fonctions.
04:39Il était ministre fédéral, financier d'affaires étrangères pour l'essentiel,
04:42puis commissaire européen.
04:43Son épouse était présidente de chambre,
04:45donc haute magistrate à la cour d'appel de Liège.
04:48Ce qui explique que les enquêteurs ont attendu qu'il ne soit plus en fonction,
04:51qu'il ne soit plus commissaire européen à partir du 1er décembre dernier,
04:54pour le perquisitionner, les perquisitionner même, et les auditionner.
04:58Le couple Renders est présumé innocent
05:00Évidemment, on le rappelle, le couple Renders est présumé innocent
05:05à ce stade de l'enquête.
05:06Ce n'est qu'une enquête qui n'en est qu'à ses balbutiements.
05:09Leur système de défense, la façon dont ils se défendent en justice,
05:13leur appartient, c'est la leur.
05:14La seule réaction publique qu'il y ait eue quelques jours après l'éclatement,
05:17en tout cas du dossier, après les perquisitions et auditions,
05:20c'est un communiqué de son avocat,
05:22dans lequel l'avocat dément qu'il y ait eu blanchiment.
05:25Il parle d'une gestion du patrimoine privé de M. Renders.
05:29Mais voilà, il a été sollicité, évidemment, à de nombreuses reprises,
05:33très nombreuses, même par Le Soir et aussi par les autres médias.
05:36Et donc, c'est la seule réaction qu'il y ait eue,
05:39encore indirectement, de Didier Renders.
05:41C'est vrai que ce communiqué, il est très succinct
05:44et c'est un peu gênant du point de vue démocratique.
05:47Au vu des fonctions qu'ils ont chacun occupées,
05:50d'un côté au niveau judiciaire, de l'autre au niveau politique,
05:54il nous semblerait important qu'ils se justifient devant les Belges,
05:57tout simplement, pas devant un tribunal médiatique,
05:59mais devant les Belges,
06:00qu'ils ont eu soit à diriger aux fonctions ministérielles,
06:03soit à juger au niveau judiciaire.
06:05On parle d'une affaire, évidemment, de probité.
06:08C'est important, je pense, qu'ils s'expriment.
06:09Nous, on est avides d'explications.
06:11Ce qui est évident, c'est que Didier Renders et son épouse
06:14ont été entendus une première fois le 3 décembre,
06:17le jour même où ils ont été perquisitionnés.
06:19Ils doivent être réentendus.
06:20De toute façon, d'après ce qu'on a entendu,
06:22Didier Renders a évoqué plusieurs éléments de réponse,
06:26dont la thèse du joueur compulsif,
06:29mais il a surtout promis d'apporter des éléments et des justifications plus tard.
06:33Donc, ils doivent tous les deux être réentendus, peut-être plusieurs fois.
06:37L'autre élément, c'est que la police judiciaire fédérale
06:40a réalisé au moins deux perquisitions,
06:42à leur domicile à Hucle et dans leur maison de campagne du côté de Vissoul,
06:47et qu'il y a des éléments matériels,
06:49comme le contenu de téléphone ou d'ordinateur,
06:52que les enquêteurs doivent analyser pour poursuivre leur enquête.
06:58La Loterie et l'auditeur, donc APMG,
07:01ont analysé assez finement le profil des joueurs de la Loterie nationale.
07:05Il y a un peu plus d'un million de joueurs actifs.
07:08La thèse du joueur compulsif ne tient pas trop la route.
07:11Pourquoi ? D'une part, parce que chaque fois,
07:13d'après le rapport de la Loterie,
07:15M. Renders et son épouse jouaient le maximum autorisé,
07:19ou une mise de 500 euros par semaine en étiquette.
07:22Ils choisissaient apparemment les jeux avec le retour le plus important possible.
07:27La Loterie, dans son rapport, parle d'un retour de 60%.
07:30S'ils jouaient 1000 euros par semaine à deux,
07:33et donc ils récupéraient 600 euros,
07:34la semaine suivante, ces 600 euros-là,
07:36ils ne les remettaient pas pour jouer,
07:38ils les transféraient sur leur compte en banque
07:39et puis ils pouvaient racheter avec du cash pour 1000 euros de billet,
07:42ce qui n'est pas le comportement d'un joueur.
07:45Mon gain, je vais le réinvestir dans l'achat de nouveaux billets.
07:48Si je suis un joueur.
07:49Tandis que là, c'était chaque fois de l'argent frais qui rentrait dans le circuit.
07:52Le fait aussi que c'était uniquement des étiquettes,
07:54c'était des paiements en cash,
07:56ce n'était pas des paiements par virement.
07:57Ces étiquettes peuvent aussi s'acheter par virement et par carte bancaire,
08:00ce qui n'était jamais le cas.
08:01Et donc tout ça a créé, a façonné, comme l'a dit lui,
08:05des profils assez atypiques de joueurs
08:07qui se distinguent nettement des autres joueurs,
08:10on pourrait dire certains compulsifs, d'autres pas,
08:11mais des autres joueurs lambda de la Loterie nationale.
08:14Sur l'autre volet, c'est-à-dire les dépôts en cash réguliers
08:16pendant une longue période de temps,
08:18on parle d'une dizaine ou d'une quinzaine d'années,
08:21sur le compte bancaire de Didier Renders,
08:23ou les comptes bancaires de Didier Renders,
08:25c'est le cumul des sommes qui interroge,
08:27parce que même si c'est sur une longue période de temps,
08:30même si Didier Renders, vu ses hautes fonctions,
08:33gagnait bien sa vie,
08:35la question n'est pas là,
08:36puisque Didier Renders, il n'est pas payé en cash.
08:38Comme vous et moi,
08:39il perçoit un salaire sur son compte en banque directement.
08:42Donc la question est, d'où venait cet argent ?
08:44D'où venaient ces quelques 800.000 euros
08:48qu'il a déposés au fil du temps sur ses comptes bancaires ?
08:52Ça, c'est la première question.
08:53Et encore un dernier élément,
08:55d'après nos informations,
08:56ce comportement de joueur est d'autant plus suspect et atypique
09:01que Didier Renders et son épouse
09:03se sont mis à jouer ces importantes sommes d'argent,
09:05après que la banque de Didier Renders,
09:08dont à ce stade on ne connaît pas l'identité,
09:10a posé à son client de premières questions
09:12sur ses dépôts en cash,
09:13justement réguliers.
09:15Ça serait à partir de ce moment-là,
09:16c'est-à-dire c'est environ 4 ou 5 dernières années,
09:19que le couple Renders a commencé à jouer
09:22quelques 200.000 euros
09:23dans les étiquettes de la Loterie Nationale.
09:25Donc c'est tout ce faisceau d'indices
09:27qui ont tout d'abord motivé
09:29et la Loterie Nationale de son côté,
09:32et la CETIF, la Cellule de Traitement des Informations Financières,
09:35notre organe anti-blanchiment belge,
09:38à séparément faire des signalements au parquet,
09:41et le parquet ou les parquets,
09:43parce que le dossier a changé de main,
09:45à ouvrir une enquête pour blanchiment.
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