00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Bonjour Fahad Hidaroussi et Tsimanda, merci beaucoup de prendre la parole sur RTL.
00:08Vous êtes géographe installé à Mayotte. Quelle est la situation ce soir ?
00:13La situation n'a pas vraiment évolué depuis samedi.
00:19C'est toujours un spectacle désolant.
00:22Le territoire est défiguré, plein de cases à terre,
00:25les arbres ont perdu leurs branches, du coup pas de récolte cette année.
00:30A-t-on enfin des chiffres sérieux sur le nombre de victimes ou des évaluations ?
00:35S'agissant du nombre de victimes, j'ai cru entendre qu'il serait à l'heure actuelle environ 2000 personnes.
00:43Environ 2000 personnes, notamment une centaine sur petits terres.
00:47Mais bon, c'est quand même des chiffres à prendre avec du recul.
00:51Parce que selon la préfecture, il faudrait attendre d'ici quelques semaines pour avoir peut-être le bilan officiel.
00:57Oui, un bilan officiel et définitif, mais on commence à parler de 2000 victimes, je vous ai bien compris.
01:02Effectivement, j'ai entendu aujourd'hui dans une conversation de comptoir entre amis
01:08qui m'avaient dit que selon une personne qui travaille au CHM, au centre hospitalier de Mayotte,
01:13le nombre de victimes serait évalué à environ 2000.
01:17C'est très impressionnant, évidemment, et on a bien compris que ces chiffres ne sont pas définitifs.
01:22Une crise sanitaire majeure est-elle en cours ?
01:25Une crise sanitaire après une telle catastrophe est inévitable.
01:29Parce qu'il faut savoir que Mayotte traverse depuis plusieurs années une crise de l'eau.
01:34Donc les habitants ont du mal à s'approvisionner.
01:38Il faut savoir que depuis samedi, il y a plusieurs villages qui sont coupés de l'eau.
01:42Donc où est-ce qu'allons-nous trouver de l'eau ?
01:45Nous allons certainement devoir aller prendre de l'eau dans des puits, dans des rivières,
01:50et souvent ces eaux-là sont polluées, et voilà, problème sanitaire certainement après.
01:54En plus, les questions de transport qui, par définition, dans une île qui vient de connaître un pareil drame,
01:59sont compliquées, voire parfois inaccessibles.
02:02Effectivement, nous sommes sur un territoire insulaire.
02:05Il faut savoir que l'aéroport, à l'heure actuelle, n'est plus fonctionnel.
02:10Les vols commerciaux ont été interrompus.
02:13Juste les vols d'urgence avec les militaires qui peuvent atterrir sur l'île.
02:18Mais s'agissant des circulations intérieures à l'île,
02:22c'est plutôt le problème de carburant qui pose problème actuel.
02:26Il faut savoir que les services de l'État, l'ADAL et quelques services communaux
02:30ont déblayé depuis dimanche les différents axes routiers de l'île.
02:36On parle bien d'une île de 320 000 habitants très largement dévastée,
02:40j'allais vous dire entièrement dévastée, ou en tout cas entièrement touchée.
02:43Effectivement, il faut savoir que du nord au sud, en passant par le Chapieux,
02:47le territoire est complètement défiguré, comme je vous l'ai dit tout à l'heure.
02:51Tous les arbres, les gros arbres sont quasi à terre.
02:54Les branches ont été arrachées, les feuilles parties.
02:58Plein de tôles qui jonchent le paysage de Kaouine.
03:03J'ai l'impression que vous me décrivez un désert.
03:05Effectivement, c'est le cas.
03:07Les images qui ont pu être diffusées par les gendarmes
03:10témoignent de ce paysage désertique.
03:13C'est vraiment le chaos total.
03:15Vous nous confirmez que le plus grand bidonville de France a été rayé de la carte.
03:19Je suis désolé d'employer un terme pareil,
03:21mais ça semble rendre compte de la situation.
03:24Effectivement, parce qu'hier et avant-hier,
03:26j'ai pu aller dans ces lieux-là et m'entretenir avec quelques personnes.
03:30J'ai pu constater de mes propres yeux que le bidonville a été complètement rasé.
03:36Mais la population s'est quand même mobilisée depuis hier
03:39à aller chercher des tôles et à reconstruire de plus belles.
03:44Quelle est la situation concernant l'accès à l'eau potable et à la nourriture ?
03:49Concernant l'accès à l'eau potable,
03:51en tout cas dans le secteur où je viens, dans le nord-ouest,
03:54l'accès à l'eau potable n'est pas encore à l'ordre du jour.
03:58Il faudrait apparemment...
03:59J'ai pu m'entretenir avec un agent qui travaille à la CAE.
04:02C'est la société qui s'occupe des eaux ici à Mayotte.
04:05Il faudrait régler le problème de l'électricité
04:08parce que l'électricité et l'eau vont de terre.
04:11Parce que pour faire fonctionner les pompes, il faut de l'électricité.
04:14Donc à l'heure actuelle, nous n'avons pas d'eau
04:16et nous nous contentons juste des précipitations.
04:19L'île aurait de nombreux bidonvilles.
04:23J'imagine que les migrants, par définition illégaux, sont les premières victimes, non ?
04:28Effectivement.
04:29Parce que comme les images l'attestent,
04:32c'est les casentoles, la quasi-totalité,
04:35on va dire 99% des casentoles qui ont été vraiment littéralement rasées.
04:40Et il faut savoir que l'essentiel des bidonvilles
04:43est occupé par une population migrante venue essentiellement des comores.
04:49On va dire 99% des personnes qui habitent dans les bidonvilles
04:53viennent des comores.
04:56L'île a affronté des rafales jusqu'à 220 km heure, vous nous le confirmez ?
05:00220, 226, 230.
05:03Certains endroits, certainement 250.
05:06Mais rien ne résiste à ça, rien ?
05:08Rien ne résiste à un tel vent.
05:11Comme attestent des gros manguiers qui sont à terre.
05:15Il y a eu même des grues aux portes de Longoni,
05:17des grues qui servent de décharger les conteneurs.
05:20Les grues sont à terre.
05:22Donc voilà, un tel vent qui est quand même extrêmement violent
05:26pour les infrastructures et pour les enjeux, pour les biens que nous possédons.
05:30Vous aurez bien compris que je ne me permets aucun jugement là-dedans,
05:33mais est-ce qu'il y a un problème de manque de culture du risque,
05:37non pas spécifique bien entendu à la région,
05:40mais qui concerne tout simplement tous les Français
05:44qui à un moment ou à un autre sont confrontés à ce genre de violences naturelles ?
05:49D'accord. En fait, il faut savoir que le risque zéro n'existe pas.
05:53Donc le dernier cyclone qui a vraiment impacté l'île, c'était en 1984.
05:59Et le cyclone, on va dire, du même calibre que celui-ci, c'était en 1930.
06:04Du coup, depuis toutes ces années-là,
06:06un événement de tel emploi ne s'est jamais produit sur l'île,
06:10ce qui a fait que la conscience, la culture, la connaissance des risques s'est endormie.
06:16Ce qui fait que les personnes ont quand même sous-estimé l'ampleur de ce phénomène.
06:23Je voyais des commentaires de vos confrères qui semblaient dire
06:26qu'il y avait aussi sans doute à Mayotte une tendance à se sentir protégé
06:30par la barrière naturelle que représente Madagascar.
06:33Effectivement. Du coup, les cyclones dans cette région se forment d'Est en Ouest,
06:39ce qui fait que Madagascar sert d'une relative protection vis-à-vis de Mayotte.
06:45Donc, les cyclones, avant d'arriver sur l'île, butent sur Madagascar.
06:48Du coup, ils perdent en énergie.
06:50Et depuis toutes ces années-là, il faut savoir qu'il y a eu deux cyclones
06:54qui étaient à deux doigts de passer sur l'île de Mayotte,
06:56mais qui ont été déviés de sa trajectoire.
06:59C'était en 2018 et 2019, notamment le cyclone Belna et le cyclone Quenette,
07:04qui étaient quand même des cyclones avec des portes rafales.
07:09Donc, depuis toutes ces années-là, en fait,
07:12Madagascar, qui nous sert de protection, a fait que notre conscience
07:15vis-à-vis des risques s'est endormie.
07:17Bien sûr. Vous géographe, vous aviez déjà vu ça ?
07:20Personnellement, non.
07:23Jamais je n'ai expérimenté un tel événement. Jamais, jamais.
07:27Qu'avez-vous ressenti ?
07:29C'était de la tristesse. C'était impressionnant.
07:33Après, moi, je m'y attendais parce que lors de notre mission Evactu
07:38entre 2018 et 2021, j'ai eu une conversation avec Frédéric Léon,
07:45qui est professeur à l'Université Paul-Valéry Montpellier III,
07:48qui me disait qu'un jour ou l'autre, si Mayotte venait à expérimenter
07:52un tel événement, un cyclone en l'occurrence,
07:55c'était vraiment catastrophique, compte tenu des éléments
08:00que l'île dispose, un ensemble d'artifices
08:04qui peuvent à tout moment exploser.
08:06C'était quand même prévisible.
08:08Merci infiniment d'avoir pris la parole et de nous donner tous ces détails
08:12dans ces circonstances qui sont certainement extrêmement difficiles.
08:15Fad, Idaroussi, Tsimanda, géographe, vous interveniez depuis Mayotte.
08:19Merci beaucoup de nous avoir donné toutes ces informations.
08:21Il est 18h51. Dans un instant, nous allons retrouver Marc-Antoine Lebray.
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