00:00Longtemps, je disais que chaque balle, c'était une balle contre Parkinson.
00:05C'est un message un peu collectif, inconscient, en fait, je trouve.
00:09Un !
00:09C'est drôle !
00:10Un !
00:10Mais qu'est-ce qu'il y a dans la balle ?
00:11Deux !
00:12Deux !
00:12On change de sens !
00:13Deux !
00:14Deux !
00:14Mon histoire de Parkinson, en fait, ça démarre en 2017,
00:19parce que je travaille mon instrument, comme tous les instrumentistes,
00:23et puis j'arrive sur ce genre d'exercice, quoi.
00:30...
00:35Puis à un moment donné, je sens que le doigt se bloque ici.
00:38...
00:41Je n'y arrivais pas, ça bloquait.
00:43Et donc je vais voir le médecin, qui me guide vers un neurologue,
00:46et en dix minutes, il me diagnostique Parkinson.
00:49Et donc j'ai reparti avec mes petits médicaments,
00:51on m'a expliqué que j'avais la maladie depuis dix ans,
00:54je me suis rendu compte que pourquoi je boitais un peu,
00:58et puis j'avais des douleurs dans le dos, etc.
01:00Donc on se demande d'où ça vient et en fait ça venait de là.
01:03Sinon mes symptômes c'est, voilà, il y a des douleurs,
01:06il y a des raideurs et de la lenteur.
01:08Mais c'est assez désagréable.
01:11Et puis aussi des confusions,
01:12quand on a deux choses à faire en même temps,
01:14ou l'une après l'autre, fin.
01:15Voilà, c'est pour ça que le ping-pong c'est quand même très bon,
01:18parce que ça oblige à s'organiser, à organiser ses gestes, etc.
01:24Moi je sens beaucoup plus de facilité dans mon corps
01:29quand je joue au ping-pong.
01:31Pendant deux mois j'ai été en vacances,
01:34j'ai pas fait de ping-pong,
01:35j'avais du mal à écrire de nouveau,
01:37du mal à articuler,
01:40parce que j'avais pas eu de pire, parce qu'on est un peu addicts.
01:43Mais surtout d'abord on se relâche,
01:45on prépare le saut.
01:48C'est un combat contre la raideur.
01:52Ils sont raides, ils ont un handicap qui est physique avant tout.
01:56Après, plus la maladie avance, plus il y a un côté psychique qui vient,
02:00parce qu'en fait le côté physique se dégrade, les deux sont liés.
02:03Donc on va essayer de remettre en place
02:05les connexions nerveuses entre le cerveau, la moelle épinière et les membres
02:09qui ont été perdues.
02:11Parce que la maladie de Parkinson, c'est une maladie qui ronge ses connexions
02:15entre le cerveau et la moelle épinière,
02:17et donc qui enlève le fait que j'attrape une balle quand elle arrive ici,
02:21ou je m'écarte quand elle vient sur moi.
02:22Je dis que le ping-pong, par contre, il a une dimension psychologique,
02:25la notion d'effet, la notion de trajectoire, la notion de déplacement.
02:29Il y a énormément de travail pour le cerveau.
02:31C'est un sport très complet,
02:33qui est pas non seulement physique, mais aussi cérébral,
02:37va permettre de progresser et de combattre la maladie au mieux.
02:42Chaque matin, je mets une demi-heure, trois quarts d'heure
02:45pour retrouver le coup droit.
02:47Je jouais pas au tennis de table.
02:49Un jour, j'ai vu une petite affiche, une petite publicité.
02:52En tout cas, c'était bon pour la maladie de Parkinson de jouer au tennis de table.
02:56Je m'étais un peu terré, j'avoue que je m'étais un peu caché de cette maladie.
03:02Je voulais pas que ça se sache, sûrement pas.
03:04À peine mes proches l'ont su pendant trois ans.
03:07Parce qu'on redoute complètement le regard de l'autre.
03:10On se sent déformé, on commence à boiter,
03:13on commence à avoir du mal.
03:16C'est pas évident. Encore aujourd'hui, c'est pas évident.
03:20Tu rentres chez toi et t'es pas bien.
03:22T'as toute ta famille qui est là et t'as pas envie de montrer.
03:26T'as pas envie de montrer, tu t'affaiblis en fait.
03:29C'est dur de montrer ses faiblesses.
03:31On n'est pas du tout des épongistes professionnels.
03:35Mais l'idée, c'était d'avoir un objectif,
03:38aussi de sortir de ce marasme un peu.
03:41Tu rentres dans une espèce de monde.
03:44Tu sais pas ce qui va t'arriver.
03:46Tu sais pas si le lendemain, tu vas pouvoir marcher.
03:48Donc moi, je me bats comme ça, avec le tennis de table.
03:51Et en plus, je suis quelqu'un d'assez passionné à la base.
03:54Donc ça m'a permis de transposer ma passion de la musique,
04:01faire le tennis de table.
04:04C'est un grand gamin. C'est un grand enfant.
04:07Il adore jouer. C'est un joueur.
04:09Lui, il veut du jeu. Il veut sentir que ça l'amuse.
04:12Il veut voir les résultats tout, tout de suite.
04:14Entre nous, on n'a pas besoin d'ice-breaking.
04:17C'est-à-dire qu'on sait tout à fait ce qui nous arrive.
04:19Donc les gens qui connaissent pas, ils osent pas trop poser de questions non plus.
04:22Par pudeur aussi, je sais pas.
04:24On le cache moins, et puis on a du mal à le cacher.
04:27Quand t'es dans les magasins, tu commences à déposer ton caddie.
04:31Puis la caissière te dit, est-ce que vous voulez que je vous aide ?
04:35C'est juste un signe, quoi. C'est juste un signe.
04:38C'est juste un signe.
04:43Dans le métro, plus je tremble, plus je tiens la barre fort pour pas trembler.
04:47À un moment donné, je me dis, va falloir que je la lâche quand même.
04:51C'est rigolo parce que n'importe quelle fille de 12 ans de n'importe quel club nous bat
04:55et on va au championnat du monde.
04:57Il y a un décalage énorme.
04:59Non, mais c'est pour rencontrer des gens du monde entier.
05:01C'est ça qui est sympa.
05:03Et puis voir, échanger et se prendre au jeu.
05:09Allez, vas-y !
05:11Alors aujourd'hui, on est à Mézières-les-Messes
05:13pour le championnat du monde de ping-pong de Parkinson
05:16et pour regarder Rémi.
05:18C'est un peu son moyen de contrer la maladie et de se battre fort.
05:22Alors c'est important d'aller l'encourager, le soutenir dans son combat.
05:26C'est vrai qu'il y avait toute une phase de déni dans laquelle il a été plutôt passif.
05:30Et quand il a commencé à vouloir jouer, c'est quand il s'est rendu compte
05:34que ça lui a permis de s'exprimer.
05:36Et vis-à-vis des autres, forcément, c'était public.
05:39Donc la maladie est devenue officielle.
05:41Et ça lui a permis aussi de mieux l'assumer, de mieux s'assumer.
05:44Il est vachement fier.
05:46Alors, c'était comment ?
05:48Alors là, je ne suis pas bien du tout.
05:50Mais bon, ça va passer quand même.
05:52Là, c'est l'heure. Je dois prendre ma dose.
05:54En fait, je me drogue.
05:56Et ça, je dois le faire 4 à 5 fois par jour.
06:00Donc là, c'est le moment magique.
06:02En général, je ne rate pas.
06:04Là, je reste tendu.
06:06Et voilà, c'est un peu...
06:08Je me bagarre plus avec moi-même qu'avec l'adversaire, finalement.
06:11Je suis crispé. Il faut que je me détende.
06:14Il faut que je libère mon jeu.
06:16Ça, c'est difficile à dire. T'aurais une idée ? Tu vois pourquoi ?
06:19Parce qu'il a un titre.
06:21L'année dernière, c'était un challenger.
06:24Cette année, il y a qu'un titre.
06:26Mon petit père.
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