00:00Le 16 octobre 2020, je suis infirmier anesthésiste, j'étais d'astreinte au bloc opératoire
00:05où je travaille et je reçois à 20h04 un SMS de ma mère qui m'annonce que mon frère
00:12s'est peut-être fait tuer devant son collège.
00:14Je l'ai eu au téléphone, elle m'explique qu'elle a appris par la presse qu'un professeur
00:20du nom de Samuel P. exerçant au collège du Bois-d'Aune a été tué et elle finira
00:26notre conversation téléphonique en disant qu'ils lui ont coupé la tête.
00:30Et en fait, on aura juste nous, je parle de la famille, la confirmation que c'était
00:35bien lui à presque minuit par un commissaire de Versailles.
00:39Au téléphone, ce commissaire m'annonce ce que je savais déjà et il me pose la question
00:48si j'avais des questions.
00:49Je ne sais pas, il y a quelque chose de presque machinal qui se met en route, je lui dis
00:53oui, deux.
00:55Donc c'était de savoir si l'assaillant était bien mort, ce qu'il m'a confirmé,
01:01et si on lui avait bien coupé la tête, ce qu'il m'a confirmé également.
01:04C'est à moi qu'on a rendu les affaires personnelles qui étaient retrouvées sur
01:11Samuel, notamment son sac à dos qui contenait son casque, un filet, elle y tenait beaucoup
01:19parce qu'il trouvait que c'était comme ça qu'on écoutait le mieux la musique,
01:24sa clé de sa classe.
01:25Ça, je ne le comprends qu'un an après.
01:27Et on n'a pas rendu le marteau, il est mis en pièce à conviction, mais il avait
01:34un marteau dans son sac.
01:35Il avait parfaitement conscience que sa vie était en danger.
01:39Le point de départ de ce qui va être entre guillemets le sujet polémique à l'époque,
01:46c'est que mon frère, dans le cadre d'un cours d'éducation morale et civique, qui
01:52est demandé par l'Éducation nationale, va faire un cours sur la liberté d'expression
01:56qui va le scinder en deux parties, et donc il va faire un cours qui n'est pas du tout
02:03un cours sur les caricatures, qui est un cours sur la liberté d'expression, et comme
02:08le recommande l'Éducation nationale, il va se caler avec les procès qui peuvent être
02:13en cours, et à ce moment-là, en octobre 2020, vient de commencer le procès contre
02:21ceux qui ont commis un attentat contre Charlie Hebdo.
02:23Donc il va expliquer qu'en France, on peut montrer des caricatures, que le blasphème
02:32n'est pas sanctionné, tout en précisant que justement, en voulant préserver la liberté
02:40de conscience de ces élèves qui ne veulent pas forcément voir des caricatures, que ça
02:45soit pour des questions religieuses ou sentimentales, c'est encore des jeunes, il propose et non
02:51impose à tous les élèves de voir ou de ne pas voir ces caricatures, en comptant que
02:57ce temps a duré vraiment que quelques secondes.
02:59Donc à la suite de ça, on va avoir une élève d'une de ses classes de quatrième qui ne
03:05va pas assister au cours, et qui va se retrouver exclue par l'établissement pour des problèmes
03:11de comportement.
03:12Le message envoyé par la principale, comme quoi elle est exclue, arrive donc le mercredi
03:217 octobre.
03:22C'est envoyé par SMS sur Pronote tout ce qui est possible aux parents.
03:28C'est à ce moment-là que le mensonge va être créé, elle va expliquer à sa maman
03:33qu'on lui aurait presque imposé de voir des caricatures et qu'elle se serait offusquée.
03:38Donc elle a 13 ans, il faut juste noter qu'à ce moment-là, même sa mère ne va pas forcément
03:44la croire, elle va la solliciter pour qu'elle aille chercher une preuve.
03:49Elle le fera en sollicitant des élèves de sa classe qui vont lui fournir les images
03:55qui étaient diffusées à ce cours.
03:57Et cette information-là va rendre fou de rage son père qui, dès le soir, va envoyer
04:05trois postes, dont l'un où il va donner l'identité de mon frère ainsi que la localisation
04:12du collège.
04:13Pour Abdullakh Ansarov, assaillant de mon frère, c'est sur Twitter qu'il va avoir
04:21notion qu'un professeur aurait commis un acte de blasphème envers le prophète Mahomet,
04:29ça lui sera fourni comme sur un plateau son nom et son adresse.
04:33Il faut comprendre que lui, ça fait un petit moment qu'il cherche à faire son djihad
04:37en France et qu'il recherche des cibles.
04:40Là, on lui offre tout.
04:43Il a les coordonnées du père de Zed, il va l'appeler, une conversation qui n'est
04:50pas connue, qui va durer 1 minute 23 secondes, où il y aura des échanges où l'un et
04:55l'autre se remercieront.
04:56Et ensuite, il y aura une correspondance avec une autre personne qui est mise en examen
05:02qui sera jugée cette fin d'année, où il y aura une sorte de triangulaire entre les
05:06trois où vont se passer les informations.
05:08On va lui apporter l'information que mon frère ne sera pas sanctionné et c'est
05:12ce qui va le déclencher à aller le tuer.
05:16Au sein du collège, les positions certaines ont été très clivantes envers mon frère.
05:24On va avoir deux, voire trois professeurs qui se sont clairement désolidarisés de
05:29lui avec deux mails qui ont été envoyés sur le groupe des professeurs.
05:35Il s'éloigne l'un de son éthique en disant qu'il avait œuvré contre la laïcité
05:44et donné des arguments aux islamistes.
05:46Ces mails, quand je les ai lus, je comprends pourquoi mon frère a pu les vivre comme
05:53une injure et qu'il ait fait un mail lui-même en retour derrière pour remettre les faits,
06:01dire que Zaid était absente.
06:03Là, on est en train de parler d'un fait qui n'existe même pas et c'est dans ce
06:08mail qu'il va annoncer qu'il est lui-même menacé par les islamistes locaux, que je
06:12peux déplorer par rapport à cette situation, c'est le manque de cohésion d'équipe
06:17qui aurait dû se mettre en route, surtout qu'à partir du moment où on sait que
06:24cet élève a menti, il aurait fallu faire bloc pour démentir cette rumeur qui, comme
06:31tout le monde sait, si une rumeur n'est pas démentie, elle ne fait qu'enfler.
06:34Et pourtant, c'est la posture de ne pas vouloir s'attaquer à la rumeur qui a été
06:40choisie, pensant que si on n'en parle pas, ça va disparaître un peu comme magie.
06:46L'assaillant arrive vers 14h devant le collège, il va se mettre à recruter des élèves,
06:52parce qu'autant il a le nom, autant il n'a pas le visuel.
06:54Donc il va recruter un premier élève, qui va lui verser 150 euros, lui disant qu'il
07:02en aura 300 à la fin pour qu'il désigne mon frère.
07:06Ce jeune va solliciter d'autres élèves à participer à ce qu'il appelle son dénoncement.
07:16Il finit en 5.
07:18Les élèves qui ont désigné mon frère ainsi que la petite menteuse ont été jugés en
07:24fin d'année dernière.
07:25C'est un procès où on sort avec une grande déception, parce qu'on attend ce qui est
07:31un petit peu une prise de conscience de ce qu'ils ont pu faire.
07:35Finalement, c'était une grande déception qu'il ne formule pas, sauf un, auquel je
07:42ne m'attendais pas.
07:43C'est celui qui est resté le plus longtemps avec Hans Arof, qui nous a présenté de façon
07:51émouvante et sincère ses excuses.
07:53C'est ce qu'il fera quand, à une suspension d'audience, je passerai devant lui, et qu'il
08:00lèvera timidement la tête pour me dire « pardon ». C'est un échange qui n'était pas du tout
08:07programmé, parce qu'on ne s'y attend pas, où je lui ai dit « tu vas être condamné
08:11pour ce que tu as fait ». Il m'a dit « oui », et je lui ai dit « tu vas avoir une vie ».
08:18Il me répond que sa vie était finie, et je lui ai dit « non, tu vas avoir une vie,
08:23et tu vas en faire quelque chose », parce que c'était ce que voulait mon frère.
08:27Comment vous avez réagi quand Dominique Bernard, un autre professeur, a été tué par un islamiste ?
08:38C'est la presse qui m'a appelée directement pour l'attentat de Dominique Bernard.
08:42Pour me l'annoncer, ils ont recommencé.
08:52C'était ce que j'ai sorti.
08:55Ça me fait toujours très mal de ne pas avoir réussi à empêcher qu'ils recommencent à temps.
09:05Je sais bien que moi, toute seule, je ne peux pas tout faire, mais on aurait dû prendre la
09:14mesure que c'était presque écrit qu'il allait y avoir un autre professeur.
09:18Et aujourd'hui, est-ce que vous pensez que des choses ont été faites pour que ça n'arrive plus ?
09:24Aujourd'hui, je pense qu'il y a des ébauches.
09:29C'est-à-dire que quand il y a des professeurs qui sont menacés, des personnels de direction,
09:34on voit bien que de suite, on a des ministres qui se déplacent, qui essayent de montrer qu'ils sont
09:40là. Mais dans les faits, on voit bien que même s'ils sont là, ça ne suffit pas.
09:49Finalement, les professeurs et les proviseurs finissent par se mettre en retrait pour convenance
09:59personnelle. Maintenant, à court terme, le 4 novembre, on va attaquer le procès de ce qu'on
10:05appelle les adultes. On dit les adultes parce qu'avant, il y avait les mineurs, même si c'est
10:09un peu impropre comme qualification. On est censé cette fois comprendre vraiment comment l'engrenage
10:18s'est tramé. Je ne vous avoue pas être sûr d'avoir toutes les vérités que j'attends. À défaut
10:24d'avoir toutes les vérités, j'espère que les condamnations seront à la hauteur de leur
10:27participation.
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