00:00L'autre actualité du jour, c'est le procès d'un engrenage, le procès en appel de l'assassinat de Samuel Paty,
00:05qui s'est ouvert aujourd'hui, 5 ans après la mort de cet enseignant décapité par un islamiste tchétchène à la sortie de son collège
00:12pour un cours sur la liberté d'expression. Bonsoir Gaëlle Paty.
00:15Bonsoir.
00:15Merci d'être avec nous, vous êtes la sœur de Samuel.
00:18On va aller sur place au tribunal voir comment s'est passé cette première journée dans un instant.
00:23Je voudrais savoir d'abord comment vous vivez ce deuxième procès.
00:26C'est une épreuve évidemment de recommencer, de repartir pour 5 semaines d'audience
00:31après un premier procès en première instance qui avait déjà duré 7 semaines.
00:35Où tous les accusés ont été condamnés.
00:36Voilà, tous les accusés, les 8, ont été condamnés, 4 ont fait appel.
00:40Donc voilà, je me retrouve dans ce nouveau procès en appel.
00:44C'est douloureux mais je suis là et bien prête à assumer ma place dans ce procès.
00:49Mathias Tesson, vous avez suivi cette première journée d'audience aujourd'hui.
00:53Qui sont ces 4 personnes qui sont rejugées ?
00:58Eh bien il y a deux catégories d'accusés si j'ose dire.
01:01Il y a ceux qui se voient reprocher la complicité d'assassinats terroristes en l'espèce Naïm Boudaoud et Azim Epsirkanov.
01:08Tous deux condamnés en première instance à 16 années de réclusion criminelle pour avoir fourni une aide logistique à Abdoulak Andzorov.
01:16En l'espèce en l'accompagnant à acheter des armes blanches mais également en le convoyant sur place à Conflans-Saint-Honorir.
01:22Il est important de noter que ces deux accusés ont toujours contesté les faits qui leur sont reprochés et qu'ils ne sont pas considérés comme des personnes radicalisées.
01:33Et puis l'autre catégorie de personnes accusées, eh bien ce sont messieurs Brahim Chlina et Abdellakim Seffri.
01:39Oui, eux ont été condamnés à des peines de 13 et 15 années de réclusion criminelle en première instance pour avoir désigné Samuel Paty comme une cible,
01:48c'est-à-dire en déclenchant une espèce de fatwa numérique.
01:52C'est comme cela que cela avait été qualifié en première instance contre le professeur Samuel Paty.
01:59Tous les quatre sont dans le box et tous les quatre ont eu une nouvelle fois la parole, une première fois en appel pour ce nouveau procès qui s'ouvre.
02:08Et tous ont à nouveau contesté les faits qui leur sont reprochés. Ce nouveau procès en appel durera cinq semaines.
02:16Mathias Tesson, Jules Bedeau au Palais de Justice de Paris.
02:18Il y a un visage qu'on vient de voir, Gaël Paty, c'est le visage de ce prédicateur Abdellakim Seffri.
02:23Oui, c'est lui, il est présumé innocent, c'est le procès en appel, mais c'est lui qui, pour vous, pour la famille, a lancé la campagne, la fatwa numérique contre votre frère.
02:32Oui, tout à fait. En fait, il y a eu une étincelle dans le collège avec la fille de M. Chenina.
02:36M. Chenina a ensuite pris cette étincelle.
02:39Mais M. Seffri, oui, est celui qui, depuis toujours, dans toute sa vie, a soufflé sur ce genre d'étincelle pour en faire un feu.
02:48Et c'est ce qu'il a fait dans le cas de mon frère.
02:49Et voilà, donc je pense, moi je suis intimement convaincue, et la cour, en première instance, a été convaincue,
02:55que sans lui, M. Chenina n'aurait pas fait tout ce qu'il a fait ensuite.
03:00M. Chenina, c'est le père de l'élève qui a dit qu'elle avait été discriminée ce jour-là, alors qu'on sait qu'elle n'était pas en cours, qu'elle a menti.
03:07Elle avait séché les cours ce jour-là.
03:09Je voudrais simplement vous faire entendre, peut-être que les mots de l'avocat, vous les avez entendus tout à l'heure au tribunal,
03:13les mots de l'avocat de ce prédicateur, Maître Villemin, aujourd'hui.
03:16La décapitation de Samuel Paty, elle est tellement horrible qu'elle écrase tout le dossier, qu'il y a un tabou.
03:24Nous n'avons pas le droit de le dire, qu'il procédait à la discrimination des élèves musulmans.
03:28Alors lui disait que c'était pour protéger les élèves par rapport à cette caricature.
03:34Mais on ne protège personne dans l'école de la République en discriminant, en demandant à des élèves de se désigner en fonction de leur religion.
03:43Aujourd'hui encore, cet avocat dit que Samuel Paty a discriminé les élèves.
03:48Oui, tout à fait. Je sais que c'est sa position et c'est sa ligne de défense pour ce procès en appel.
03:55Samuel, c'était beaucoup moins le cas en première instance. Il faut le savoir qu'ils avaient d'autres stratégies.
04:01En fait, on l'accuse d'être responsable de sa propre mort.
04:04Et ça, c'est absolument inaudible, évidemment pour la famille, mais surtout parce que c'est tellement loin de ce qu'il était.
04:12Mon frère était quelqu'un qui était au contraire extrêmement tolérant, extrêmement curieux des religions.
04:16Voilà, donc c'est absolument inaudible pour tous ceux qui ont connu Samuel.
04:24Cette élève de 13 ans, elle n'est pas au procès là, mais on l'a entendue.
04:28Elle sera entendue.
04:29Elle sera entendue.
04:30Lors du premier procès, si je ne m'abuse, elle s'est excusée en quelques mots auprès des familles.
04:37Je ne suis pas tout à fait d'accord.
04:39Vous ne diriez pas ça ?
04:39Non, en fait, cette jeune fille, nous l'avons vue d'abord au procès des mineurs où elle a été condamnée.
04:4418 mois de prison avec sursis pour une dénonciation calomnieuse.
04:48Exactement.
04:49Non, ce n'est pas vraiment excusée.
04:50Elle a prononcé quelques mots d'excuse sur demande de ses éducateurs parce que ça faisait bien.
04:57Mais non, elle n'a jamais eu un mot honnête et franc vis-à-vis de la famille pour vraiment dire qu'elle s'excusait vraiment de ce qu'elle avait fait.
05:05Vous lui en voulez aujourd'hui encore ?
05:07Je ne veux pas l'en vouloir pour deux raisons principales.
05:09Parle d'une gamine.
05:10C'est ça.
05:11En fait, elle avait à peine 13 ans.
05:12Elle était à peine responsable de ses actes.
05:14Et puis, une gamine de 13 ans qui ment parce qu'elle s'est fait virer de son collège.
05:17Ça arrive tous les jours en France.
05:19Donc, je ne lui en veux pas, même s'il faut faire un effort quand même pour ne pas la haïr, cette jeune fille.
05:24J'en veux à son père.
05:25C'est lui le responsable qui a utilisé les propos de sa fille pour en faire une affaire.
05:30Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui encore, et plus aujourd'hui qu'hier, des enseignants ont peur de montrer les caricatures à l'école ?
05:36Je pense qu'ils avaient déjà certains peurs, déjà à l'époque.
05:39Je pense qu'ils ont encore plus peur aujourd'hui.
05:42C'est compréhensible.
05:45Et que, voilà, peut-être que dans certaines situations, ce n'est peut-être pas la meilleure façon d'aborder certains sujets.
05:51C'est-à-dire, vous, aujourd'hui, pensez que ce n'est pas une bonne idée de montrer les caricatures de Marmé à l'école ?
05:57Non, non, je ne dis pas que ce n'est pas une bonne idée.
05:58Ce n'est pas toujours une bonne idée en fonction de l'établissement où on est.
06:01En fonction, oui, et puis de la relation qu'on a avec ses propres élèves, avec l'équipe autour.
06:06Là, dans le cas de mon frère, c'était quand même, il faut voir, un collège très tranquille.
06:09On n'était pas dans des situations compliquées.
06:12Ce n'était pas de l'arrêt plus.
06:13Il n'y avait aucun problème lié à la religion dans cet établissement.
06:17On n'était pas du tout dans ce qu'on peut voir souvent aux informations.
06:21Il y a une partie des jeunes, aujourd'hui, quand on les interroge, qui pensent que le blasphème, encore aujourd'hui, est un délit.
06:29C'est une idée qui ne tombe pas naturellement comme ça.
06:32Qu'est-ce que vous leur diriez ?
06:34Avant de leur dire quelque chose, il faudrait déjà qu'on leur parle, en fait.
06:39Aujourd'hui, la loi est quelque chose qui reste très, très abstraite en France, pour tous.
06:44Et que, quelque part, différencier la loi de la République et la loi, entre guillemets, de la religion,
06:49il faut en parler, en fait, ouvertement.
06:52Je pense qu'on ne dit pas assez franchement les choses, clairement les choses.
06:57Et que je pense que les professeurs peuvent en parler, mais ils ne doivent pas être les seuls.
07:01On ne peut pas laisser les professeurs en première ligne sur ces sujets face à des élèves qui peuvent être...
07:08Ça peut être compliqué dans cette relation prof-élève sur ces sujets.
07:13Il faut absolument qu'on trouve le moyen d'aborder ces sujets autrement que dans les classes.
07:17Je voudrais qu'on dise un mot sur le comité de soutien à Samuel Paty, dont vous faites partie,
07:21qui dit aujourd'hui qu'il a sa place au Panthéon. Pourquoi ?
07:24Oui, il a sa place parce qu'effectivement, ce n'est pas un héros. Il n'est pas mort en héros. Je suis d'accord.
07:29Par contre, il a agi en tant qu'enseignant pour défendre les valeurs de la République.
07:34Et le Panthéon, c'est ça. C'est la défense et la reconnaissance que les valeurs de la République sont au-dessus de tout
07:40et qu'elles doivent être défendues.
07:42Est-ce que l'Élysée vous a contacté sur cet appel ou pas encore ?
07:45C'est Emmanuel Macron qui décide ?
07:46Oui.
07:47Qu'est-ce qu'il vous a dit ?
07:48Nous allons être reçus.
07:50Vous allez être reçus par le chef de l'État ?
07:52En tout cas, par un de ses conseillers.
07:54Allez, c'est une information que vous nous donnez ce soir.
07:57Merci beaucoup, Gaëlle Paty, d'être venue ce soir sur ce plateau.
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