00:00Deux minutes avant qu'il annonce la dissolution, j'ai dit à ma femme
00:05putain mais il va pas dissoudre, ben c'est exactement ce qu'il a fait.
00:10Et de mourir c'est à la fois la garantie d'une mort sans douleur au moment voulu
00:17mais c'est surtout la garantie d'une fin de vie sereine
00:21parce que tu sais que tu seras jamais dans cette situation
00:26où tu es pas encore mort mais plus tout à fait vivant.
00:30Je m'appelle Louis Grézy-Bois, j'ai 47 ans et je suis atteint de la maladie de Charcot.
00:37Quand tu apprends officiellement que ton espérance de vie vient de passer de
00:43on va dire 40 ans à 3 à 5 ans, forcément c'est très dur.
00:50La maladie de Charcot c'est une maladie neurodégénérative qui éteint un à un tes mustres.
00:57Pour être très clair, tu te paralyses tous les jours un peu plus
01:02et tu finis sans pouvoir bouger, même le petit doigt, mais aussi sans pouvoir parler
01:10car mon élocution est déjà touchée et sans pouvoir manger.
01:15Et tu finis par mourir lorsque tes mustres respiratoires lâchent.
01:20Mon quotidien je dirais que c'est une dépendance totale à mon épouse.
01:26J'ai besoin d'elle de jour comme de nuit.
01:29Je suis incapable d'accomplir la moindre action.
01:33Elle me lève, elle doit m'habiller, elle m'emmène aux toilettes.
01:38C'est elle qui me touche, c'est elle qui me change de position.
01:44Même la nuit, il faut bien imaginer qu'une maladie de Charcot
01:49n'est même pas capable de se retourner dans son vie la nuit.
01:53C'est une maladie qui est incurable.
01:55Moi je me bats même pas pour les maladies de Charcot,
01:58je me bats pour tous les malades français,
02:01pour qu'en France on arrête enfin de mal mourir.
02:05Le projet de loi est tombé à l'eau,
02:08et donc le temps que la loi passe, ça pourrait prendre un an ou deux.
02:13Évidemment je serais déjà mort.
02:16Moi je refuse d'aller mourir à l'étranger.
02:20Je suis français, je veux pouvoir m'éteindre en France,
02:24et aujourd'hui c'est pas possible pour moi.
02:27Et donc si la loi ne passe pas à temps,
02:32ce qui est évidemment devenu très probable,
02:35je demanderais à bénéficier d'une euthanasie clandestine.
02:40L'aide à mourir, c'est une liberté
02:43qui n'empiète rien sur celle des autres.
02:46Si certains ne veulent pas en bénéficier,
02:49ils n'ont qu'à ne pas demander.
02:51Et vous savez, les gens ne vont pas se précipiter
02:55pour demander l'aide à mourir.
02:57Moi, comme tout M.A. et S.O.,
03:00je veux vivre le plus longtemps possible.
03:03Mais si un jour ça devient trop dur,
03:06je veux simplement que ça puisse s'arrêter,
03:09pour mes proches, et qu'ils comprennent
03:12qu'est-ce qu'il y a de plus terrible
03:14que de voir un proche souffrir sans pouvoir rien faire.
03:18Et moi, c'est ce que je dis, l'aide à mourir,
03:22c'est simplement un acte ultime de soin.
03:26La dépendance, c'est quand même hyper dur à vivre.
03:30Ça vous infantilise, et il faut bien imaginer.
03:34Je ne peux même pas me gratter.
03:37Cette dépendance, elle est vraiment totale.
03:40Et moi, je ne veux pas imposer ça à mes proches
03:44pendant autant d'années.
03:46Quand un malade te dit « là, j'en peux plus,
03:49ma vie n'est que souffrance »,
03:51c'est qu'il a réfléchi à la question,
03:54c'est pas des paroles en l'air.
03:56Et le rôle d'une société digne de ce nom,
03:59à ce moment-là, c'est d'aider à partir.
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