00:00Sur Terre, on connaît tous la migration des gnous et des grandes migrations animales.
00:04Et sous l'eau, ça existe aussi. C'est ça.
00:06Et c'est aussi impressionnant. Et là, c'est à vitesse réelle.
00:09Il se passe ça sous la mer.
00:10Sauf qu'il faut mettre la tête sous l'eau pour le voir.
00:12C'est une migration qui est tellement grosse qu'en avion, en fait,
00:15ça forme un énorme serpent noir.
00:18Et c'est les sardines qui grouillent et qui remontent,
00:20qui sont collées les unes aux autres.
00:22Et c'est celle qui est au milieu qui va sûrement être protégée
00:24de la baleine ou du requin ou du dauphin.
00:27Là, il y a autour de moi des plongeons, des fous.
00:29Et donc, juste autour de moi, ils viennent à quelques centimètres
00:32de l'appareil photo pour attraper la sardine.
00:36Donc, je ne sais pas comment ils font pour ne pas me viser.
00:39Mais c'est juste impressionnant à vivre.
00:42C'est une scène hors du commun.
00:44Les chiffres de cette migration sont quelque part affolants.
00:46On parle de centaines de milliers de fous du Cap.
00:49C'est des dizaines de milliers de dauphins.
00:51C'est des milliers de baleines.
00:53Et puis les requins, je n'en sais rien parce qu'ils sont, eux, sous la surface.
00:55Ils sont beaucoup plus compliqués à compter.
00:57La grande migration du vivant, c'est un projet que je mène avec l'UNESCO
01:01dans le cadre des missions One Ocean.
01:03Le but de ce projet, c'est de témoigner de cette grande migration
01:05et du danger aujourd'hui de la voir disparaître
01:08parce qu'il y a des projets gaziers au large de la côte sauvage
01:12qui risquent d'anéantir ce phénomène naturel.
01:17Et bien sûr, voilà, le réchauffement climatique.
01:20Donc, c'est plusieurs mois de mission pour aller prendre un petit bout
01:23dans cette zone-là, un petit bout dans cette zone-là
01:25parce que c'est une migration sur plus de 1500 kilomètres.
01:27C'est un phénomène complètement fou.
01:29Un des plus grands, probablement, qu'on puisse voir.
01:31Ça part du Cap vers la baie d'Algoa.
01:33Ce sont ces sardines qui vont remonter,
01:35qui profitent du contre-courant d'Agoulas
01:37et qui vont remonter toute la côte sud-africaine,
01:39quasiment jusqu'au Mozambique.
01:41Et après, c'est ce lien très étroit,
01:43ce travail très étroit, une collaboration
01:45entre les fous du Cap et les dauphins.
01:48S'il n'y a pas de dauphins, les fous du Cap ne peuvent pas manger.
01:51C'est les dauphins qui vont passer sous les bancs,
01:53faire remonter les bandes de sardines.
01:55Et les fous du Cap vont se mettre en action pour les manger.
01:58Donc il y a un véritable lien entre toutes les espèces.
02:00C'est là où on comprend vraiment le fonctionnement d'un écosystème.
02:03Mais en y intégrant l'homme aussi, parce qu'à un moment,
02:05l'homme va profiter de ses sardines
02:07et les pêcheurs locaux vont profiter de ses sardines
02:09quand elles vont venir s'échouer sur les plages.
02:11On est tous interdépendants.
02:13C'est une grande colocation
02:15et si on ne respecte pas son colocataire,
02:18il y a un petit souci.
02:19Quand on travaille là-dessus, c'est compliqué.
02:21Un grand mer est compliqué parce que c'est souvent une grosse mer.
02:24On est en hiver, on est en Afrique du Sud
02:27et il faut passer ces barres de vagues
02:29qui sont absolument monstrueuses et effrayantes.
02:32Et tous les jours, elles sont effrayantes.
02:34Une fois qu'on est passé, il y a plus de calme
02:36et on est en quête des oiseaux,
02:38on est en quête de ces fous.
02:39Et à partir du moment où il y a là, là ou là,
02:42un groupe de fous qui commence à tourner
02:44et qui commence à pêcher,
02:45on sait qu'il se passe quelque chose dessous.
02:46À chaque fois que je saute et que je plonge,
02:48déjà je me mets souvent la tête la première
02:50pour voir immédiatement ce qui se passe sous l'eau.
02:52Parce qu'il y a souvent une inquiétude
02:55de la part des requins qui viennent au contact
02:57pour voir ce que c'est.
02:58Il y a un bruit, un splash et ils viennent au contact.
03:01Donc là, il faut avoir un petit peu d'attention
03:03et une fois qu'ils ont compris
03:04qu'on n'était pas vraiment très digeste,
03:08ils s'en retournent à leur sardine.
03:10Ensuite, il y a une attention à tout ce qui se passe,
03:12méfiance des fous et méfiance des baleines.
03:16Et éviter absolument la bouche de la baleine.
03:18Et là, sur ce moment-là précis,
03:21je suis tout seul et je suis entouré
03:24de ce mouvement de vie absolument exceptionnel.
03:27Et moi, ce que j'ai envie de raconter,
03:29c'est l'émotion en fait.
03:31C'est ce monde vivant et absolument surprenant
03:35que j'ai la chance de partager,
03:36d'enlever toutes les inquiétudes que j'ai
03:38juste pour être là et regarder, contempler,
03:41faire quelques photos.
03:42Mais c'est vrai que sur le moment,
03:43je n'avais pas le réflexe de la photographie.
03:45J'avais le réflexe de waouh, c'est incroyable.
03:49C'est un peu un cadeau d'amour,
03:53cette grande migration et ce moment-là.
03:55C'est un phénomène qui existe depuis des millénaires,
03:59qui nourrit les peuples de la côte
04:01et qui profite aussi à tous ces grands prédateurs.
04:03Et c'est très facile de se retrouver
04:06dans un banc de 3 000 ou 4 000 dauphins.
04:09Et ils nagent ensemble en formant une seule ligne
04:11et ils sont en quête du banc de sardines
04:13et ils vont venir entourer
04:14et ça devient l'orgie des dauphins.
04:17Et c'est vrai que moi,
04:19de me retrouver dans un banc comme ça,
04:21ce qu'on appelle les mégapodes,
04:23de comprendre que ce sont des groupes de dauphins
04:25qui se rassemblent les uns avec les autres
04:27alors qu'ils ne parlent pas forcément le même langage,
04:29j'ai trouvé ça extraordinaire de vivre ces moments.
04:33Malheureusement, peut-être les derniers moments
04:35de cette grande migration,
04:36c'est parce qu'il y a des projets de gaziers
04:38au large de la côte sauvage.
04:40C'est un projet d'exploitation à 1 000 mètres de profondeur,
04:43des choses qui n'ont jamais été faites jusqu'à présent.
04:45Et l'idée, c'est d'aller puiser ce gaz,
04:47donc continuer dans la production
04:50et l'exploitation d'énergies fossiles.
04:52Alors qu'on a tous maintenant,
04:54aujourd'hui je crois bien conscience
04:56que c'est un stop définitif.
04:58Le problème du projet gazier,
04:59c'est à la fois l'exploitation
05:00et la production d'énergies fossiles
05:02et aussi localement tout ce que ça va produire
05:05en termes de son et de pollution sonore.
05:07On le voit sur les manchots,
05:09les manchots du Cap.
05:11Il y a des zones où 70 % de la population a disparu
05:14à cause de la pollution sonore,
05:16d'après les chercheurs.
05:17Ce qui nous a été expliqué sur les manchots du Cap,
05:19c'est que simplement, le manchot du Cap
05:21utilise le son pour aller se nourrir,
05:24pour aller pêcher, pour aller manger.
05:26Et qu'à partir du moment où il y a une perturbation sonore,
05:29ce manchot du Cap, il ne peut plus aller manger
05:31parce qu'il n'a plus repéré sa proie.
05:33Il va être gêné par son ambiance.
05:35Mais c'est comme essayer de raconter une histoire
05:37à quelqu'un dans une salle de concert.
05:39Ça ne marche pas et on n'entendra pas.
05:41Et lui, il ne peut pas retrouver son lien avec la nourriture
05:44et il ne pourra pas aller se nourrir.
05:46Donc où il s'en va, où il disparaît.
05:48Et notre menace sur cette grande migration,
05:50c'est le réchauffement climatique
05:52parce que le réchauffement climatique agit sur l'océan,
05:54agit sur les grands courants.
05:55Et ça, tous les chercheurs l'expliquent très bien.
05:57Et s'il y a une modification de ces courants,
05:59il y a une modification à la fois de l'alimentation,
06:01des grandes routes migratoires,
06:03et il y a un moment où ça va s'arrêter
06:05parce que plus de courants, plus de vie.
06:07L'océan, c'est un réacteur en mouvement.
06:10Et si on stoppe le réacteur, tout s'arrête.
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