00:00L'indépendance, elle n'est pas un droit pour le magistrat, c'est un devoir.
00:02L'indépendance, ce qu'il doit aux citoyens, c'est justement que quand ils jugent,
00:06le citoyen ne puisse pas se dire « j'ai été jugé par un juge de droite ou par un juge de gauche,
00:10on a requis contre moi, c'est un procureur de droite, c'est un procureur de gauche ».
00:14Pour nous, c'est essentiel à l'œuvre de justice.
00:18Donc, c'est pour ça que je reçois assez mal ce procès en politisation,
00:22d'abord parce que nous sommes, encore une fois, apolitiques.
00:24Est-ce que c'est facile ? Non, c'est difficile parce que nous avons tous des préjugés,
00:28nous avons tous des idées, mais il faut aussi savoir penser contre ces opinions et contre ces idées.
00:33Alors, encore une fois, oui, c'est difficile, mais nous devons le faire.
00:37Et la première chose que nous faisons, nous, pour le faire,
00:40c'est que nous ne prenons pas parti dans le champ politique.
00:43Nous sommes entendus par tous les parlementaires qui nous demandent notre avis,
00:47nous envoyons des courriers pour proposer des choses à tous les parlementaires
00:50représentés à l'Assemblée nationale et au Sénat, sans distinction.
00:54C'est pour nous extrêmement important.
00:57– Mais Aurélien Martini, Aurélien Martini, très bien, soit,
01:03et vous l'avez dit fort brillamment et avec beaucoup de pudeur,
01:07vous avez dit mon syndicat, notre syndicat fonctionne comme ça.
01:11Vous avez même dit qu'il n'y avait pas que votre syndicat,
01:14même s'il est ultra-majoritaire.
01:16Et moi, je suis très impressionné par ce vieux texte que vous connaissez aussi bien que moi,
01:20qui s'appelle la harangue de Baudot, Oscar Baudot, ce magistrat qui,
01:24dans les années 60, crée une organisation syndicale de juges
01:27dans laquelle il dit très simplement à ses juges d'être partiaux, de prendre parti,
01:35de préférer le pauvre au riche, de préférer, etc.
01:39De prendre parti avec une pensée qui imprègne toujours une partie des magistrats de gauche.
01:45Voilà, alors bien évidemment, quand nous les journalistes,
01:49on regarde une affaire dans un tribunal,
01:52on ne va pas dire tel magistrat appartient à tel syndicat.
01:55Ce serait grossier, inacceptable.
01:56Mais quand même, il y a aussi peut-être, j'ai envie de dire,
02:00ce risque pour certains prévenus, condamnés, non ?
02:05Oui, vous avez raison, c'est un risque.
02:07Mais la harangue de Baudot, c'est précisément ce qu'il ne faut pas faire.
02:11Ce n'est pas parce qu'on est riche qu'on est coupable,
02:12qu'on est pauvre qu'on est innocent ou l'inverse.
02:14Ça, ce sont des préjugés qui sont inacceptables de la part d'un magistrat.
02:18Je ne peux pas être plus clair.
02:19Cette harangue de Baudot, évidemment, je ne la reprends pas à mon compte
02:22parce que c'est faire prévaloir ses propres préjugés.
02:26Et ça, c'est inacceptable.
02:27Quand vous êtes devant un tribunal,
02:29vous devez avoir la conviction, sinon il n'y a plus de justice.
02:32Vous devez avoir la conviction que celui qui vous juge,
02:35eh bien, il est impartial et il vous juge selon les éléments objectifs du dossier.
02:40C'est pour ça que nous avons dans notre ADN la politisme.
02:42Et vous comprenez qu'il m'est assez désagréable d'entendre
02:45les magistrats sont politisés, alors que précisément,
02:48j'appartiens à une organisation, je suis membre du bureau national
02:51d'une organisation qui est ultra majoritaire, qui est l'état politique.
02:54J'entends bien que certains peuvent prêter le feu en la critique,
02:57mais ça n'est pas le cas de l'immense majorité des magistrats.
03:00Ne faisons pas de cas isolés, parce qu'il peut y avoir des magistrats
03:04qui font état de conviction politique, j'en conviens,
03:07mais ne faisons pas de cas isolés une majorité.
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