00:00Yves Calvi, Aude Vernuccio, RTL Soir.
00:04Il est 18h41, merci à vous tous qui nous écoutez.
00:06Bonsoir Jean-Luc Angot.
00:08Bonsoir.
00:09Merci d'être avec nous sur RTL.
00:10Vous êtes inspecteur général vétérinaire au ministère de l'Agriculture.
00:14Une grosse responsabilité qui finit dans nos assiettes, je le précise.
00:18Alors revenons avec vous sur cette découverte surprenante.
00:20Nous aurions probablement consommé du bœuf aux hormones.
00:23Sans le savoir, c'est une enquête de la Commission européenne menée au Brésil qui le révèle.
00:27Comment est-ce possible ?
00:30En fait, il s'agit d'audits qui sont effectués par la Commission européenne
00:35chez les pays exportateurs vers l'Union européenne.
00:39Et comme vous le savez, depuis 1988, dans l'Union européenne,
00:43on interdit l'utilisation des hormones comme facteur de croissance.
00:47Et on l'a imposé également à nos pays exportateurs.
00:51C'est la seule norme de production qu'on impose aux pays tiers.
00:55Et il s'est avéré qu'avec cet audit, il n'y a pas de garantie de fiabilité
01:02dans le dispositif qui a été mis en place par les Brésiliens
01:05pour éviter que la viande de bovins promenant du Brésil
01:11ait été traitée à la base d'oestrogène, enfin d'oestradiol.
01:15Des résidus d'hormones dans la viande, est-ce qu'il y a vraiment un risque ?
01:19Il peut y avoir un risque parce que ces substances hormonales
01:25ont vraisemblablement un effet cancérigène chronique.
01:29Et c'est pour ça que l'Union européenne l'avait interdite dès 1988.
01:33Et on effectue bien entendu des contrôles aux frontières.
01:37Il y a des analyses qui sont faites, mais de façon aléatoire.
01:40Jusqu'à présent, il n'y a pas eu de mise en évidence
01:43de taux supérieur aux limites maximales de résidus.
01:47Mais comme je vous le dis, c'est fait de façon aléatoire.
01:50Donc dans la mesure où cette audite a mis en évidence des défaillances
01:55dans le dispositif brésilien, il serait d'une part nécessaire
01:59que les Brésiliens, bien entendu, prennent des mesures en amont.
02:02Et puis également que l'Union européenne prenne des mesures
02:05sur une augmentation des contrôles, ou un ciblage en tout cas,
02:09des contrôles pour rechercher ces résidus d'hormones.
02:11Jean-Luc Angot, pour qu'on comprenne bien, on a pu la retrouver où,
02:15cette viande chez le boucher, dans la grande distribution ?
02:18Cette viande, après, elle va dans tous les circuits de distribution.
02:23C'est plutôt essentiellement dans la restauration collective
02:29ou dans la restauration commerciale, puisque chez les bouchers,
02:32en général les bouchers se fournissent en viande française.
02:36Et d'ailleurs, ce qu'il faut bien dire aussi à nos auditeurs,
02:41c'est qu'on a des différences de production très importantes.
02:44Vous avez des exploitations de plusieurs milliers d'hectares au Brésil,
02:49avec des dizaines de milliers d'animaux,
02:51alors que pour l'élevage de poivrin, viande, français,
02:55on est autour d'une trentaine de vaches avec un pâturage à l'herbe.
03:00Donc des conditions complètement différentes.
03:02Et les hormones, ce n'est pas le seul problème,
03:04parce qu'il y a aussi l'utilisation d'antibiotiques
03:07comme facteur de croissance dans l'alimentation.
03:09Mais concrètement, dans nos assises, ça se traduit comment
03:12on la trouve cette viande dans des plats cuisinés, hachis par mentier, lasagnes ?
03:17Non, ça peut être aussi dans des morceaux de viande
03:20qui sont consommés dans les cantines ou dans les restaurants.
03:25C'est incroyable parce que, excusez-moi,
03:27les chefs, même dans les cantines,
03:30ne peuvent pas maîtriser totalement la provenance
03:34ou ils les achètent, par exemple, en sachant tout simplement
03:36que cette viande est moins chère.
03:38Vous comprenez ma question ?
03:39Oui, en fait, tout était basé sur la confiance
03:42et dans cet accord qu'il y avait avec le Brésil,
03:45avec aussi l'Amérique du Nord,
03:46parce que c'est le même cas avec le Canada et les États-Unis,
03:49où tous ces pays tiers s'engagent,
03:52avec un dispositif approprié,
03:54à ne pas utiliser d'hormones pour exporter vers l'Union européenne.
03:58Donc c'était basé sur cette confiance.
03:59Et ils signent des certificats sanitaires
04:01qui vont dans ce sens-là, si vous voulez.
04:03Donc là, l'audit de la Commission remet en question
04:06la confiance qu'on peut accorder dans ces pays.
04:08Alors le Brésil prévoit quasi officiellement
04:12d'augmenter ses contrôles.
04:13En attendant, il suspense ses exportations de bœufs vers l'Europe.
04:16Mais ils vont reprendre très vite, évidemment,
04:18et en plus grande quantité,
04:19si un accord avec l'Europe est bien signé.
04:22Est-ce qu'il y a de quoi être inquiet ?
04:24Il y a eu une commission d'évaluation
04:27de l'accord Bercosour,
04:29il y a quelques années,
04:30qui avait été demandée par le Premier ministre.
04:32J'ai été membre d'ailleurs de cette commission d'évaluation.
04:34Et on avait remis un rapport
04:36qui appelait l'attention
04:38sur un certain nombre de défaillances
04:40dans le dispositif.
04:42Et ils remettaient en question cet accord
04:44eu par Bercosour,
04:46aussi bien dans le domaine sanitaire
04:47que dans le domaine environnemental,
04:49avec tout ce qui est lié à la déforestation
04:51et aux problèmes de changement climatique
04:53qui peuvent avoir des conséquences
04:55sur les productions.
04:58Et c'est d'ailleurs aussi le cas
05:00pour les productions végétales,
05:02puisqu'ils utilisent aussi des pesticides
05:05qui sont interdits dans l'Union Européenne.
05:07Donc on n'a pas une réciprocité
05:10des normes de production
05:12entre l'Union Européenne et tous ces pays.
05:15Mais alors, est-ce que ce qui se passe en ce moment
05:18peut par exemple pousser
05:20les autres pays de l'Union Européenne
05:22à ne pas ratifier cet accord Bercosour ?
05:25J'espère bien que cette audite
05:28mettra en évidence
05:30qu'on ne peut pas faire confiance
05:32dans ce type d'organisation
05:34et qu'on espère bien
05:36qu'un certain nombre de pays
05:37se rallient à la France
05:38pour ne pas accepter cet accord UE-Bercosour.
05:43C'est dans ce sens-là
05:45que travaille notre ministre de l'Agriculture actuellement.
05:48Et cet accord est particulièrement sensible
05:50alors que les agriculteurs français
05:51s'apprêtent eux à manifester
05:53pour protéger leur production, j'imagine ?
05:55Tout à fait.
05:56C'est un problème aussi de revenus.
05:58Au-delà du problème de santé publique,
06:01il y a un problème également
06:02de distorsion de concurrence.
06:03Les hormones et les activateurs de croissance
06:06sont utilisés pour gagner plus de poids,
06:10plus d'argent rapidement.
06:11Et donc là, il y a une distorsion de concurrence
06:13par rapport à nos productions.
06:14Donc, on comprend que ça puisse poser
06:17des interrogations chez les éleveurs bovins.
06:19En plus, en France,
06:20on a une décapitalisation du cheptel
06:22très importante depuis plusieurs années.
06:24Il y a d'autres produits,
06:26d'autres importations
06:27qui suscitent des tensions ?
06:28Et si oui, lesquelles ?
06:30Avec les Brésiliens,
06:31ce n'est pas la première fois
06:32qu'on a des problèmes
06:33puisqu'il y a eu des problèmes
06:34avec la volaille en 2017
06:36et avec des falsifications
06:39de certificats pour recherche de salmonelle
06:42qui avaient conduit d'ailleurs
06:44à l'arrêt des importations
06:45à cette époque-là.
06:46Mais là, les Brésiliens
06:48ont suspendu leurs exportations.
06:49Il est bien évident qu'il va falloir,
06:52avant de reprendre ses exportations,
06:56et indépendamment de l'accord Mircosur,
06:58comme je vous l'ai dit,
06:59revoir avec eux le dispositif
07:01au niveau de la production
07:03et puis augmenter les contrôles
07:05sur les produits brésiliens.
07:06Pour en revenir à la viande,
07:08tout simplement,
07:09vous savez que les Brésiliens
07:10en mangent tous les jours.
07:11Visiblement, tout va bien.
07:13On parle d'argent ?
07:16Tout va bien, vous voulez dire ?
07:17De quel point de vue ?
07:18Sur le plan sanitaire ?
07:19Si les Brésiliens étaient malades
07:21en mangeant leur viande,
07:22on le saurait, non ?
07:23C'est de la chronicité.
07:25Après, s'il n'y a pas d'études
07:27épidémiologiques qui sont effectuées
07:30pour faire le lien
07:31entre les cancers qui sont apparus
07:34et l'alimentation,
07:35c'est extrêmement compliqué à prouver.
07:38On n'est pas dans la toxicité chronique.
07:41C'est de la quantité du chronique, effectivement.
07:43Il faudrait des études épidémiologiques.
07:45Déjà, peut-être regarder aussi
07:46l'espérance de vie moyenne,
07:48et puis des études épidémiologiques
07:50sur les taux de cancer
07:52et peut-être faire un lien
07:54avec l'alimentation.
07:55Merci beaucoup, Jean-Luc Angot.
07:56Vous êtes inspecteur général vétérinaire
07:58au ministère de l'Agriculture.
07:59Je le rappelle.
08:00Dans un instant,
08:01Marc-Antoine Lebray,
08:02pour le Breaking News.
08:03Je ne sais pas s'il viendra
08:04avec ses raviolis ou quoi.
08:05On verra bien.
08:06En tout cas, il ne va nous faire rien,
08:07c'est sûr.
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